Nous y étions : L’Exposition Concept-car Beauté Pure à Compiègne

Cette semaine, l’équipe d’ABSOLUTELY CARS a épanché sa soif de découvertes avec l’exposition Concept-car Beauté pure, ouverte au public depuis le 29 novembre 2019 ! L’instant d’un après-midi, vous pourrez y découvrir une trentaine de prototypes automobiles et motos exceptionnels, appartenant à des collections privées ou à des musées nationaux français et étrangers. Il faut dire que le cadre est enchanteur, le Château de Compiègne, ancienne demeure des Empereurs Napoléon Ier et Napoléon III, étant un écrin hors normes ! Vent de fraîcheur et signe annonciateur du renouveau du fameux Musée national de la voiture du Château de Compiègne, cette magnifique présentation vraiment unique est la toute première rétrospective de ce type à l’échelle mondiale ! Entre modèles, croquis et maquettes, nous vous proposons un avant-goût de cette exposition qui vaut le détour !

Concept-car Beauté pure : la nouvelle exposition du Musée de l’automobile de Compiègne

L’exposition Concept-car Beauté pure mêle avec finesse l’histoire et l’art dans un écrin miroir des plus sublimes. Les voitures et motos apparaissent les unes après les autres au grès de la visite du Château de Compiègne, si bien qu’elles s’entremêlent pour ne faire plus qu’un avec le lieu. Idéal pour une visite en famille qui ne partage pas la même passion accrue de l’automobile, cet événement vous plonge dès les premières salles dans le monde si particulier des concept-cars avec de modèles aussi rares qu’exceptionnels !

La visite de l’exposition Concept-car Beauté pure, débute avec la galerie des gardes. Sous la lumière des immenses vitres donnant sur la Cour d’Honneur, huit prototypes dont un d’avant-guerre, dévoilent leurs lignes sous la lumière du soleil. Celle en proue attire, toute de suite, l’œil ! Il faut dire que ce n’est pas n’importe quelle voiture ! C’est une Bugatti T28 de 1921, tout droit sortie des réserves du Musée national de l’Automobile de Mulhouse !

Première voiture sans vocation purement sportive signée Ettore Bugatti, la présentation de la Bugatti T28 eut lieu lors du Salon de Paris de 1921. Le modèle, en lui-même, est totalement inédit : la ligne, les finitions et la motorisation (un 8 cylindres de 90 ch) en font un véhicule alliant plaisir de conduite, souplesse et puissance. Sa conception fut tellement rapide qu’une partie de la mécanique n’est pas reliée entre elle à l’image du carburateur et des freins à câbles. Mais l’important réside autre part ! En effet, ce prototype Bugatti est avant tout une vitrine technologique. En l’observant, il est facile de déceler les toutes nouvelles innovations techniques alors développées par la marque qui seront appliquées plus tard aux futurs modèles « de série » !

S’il est dur de quitter du regard la belle des belles, le rez-de-chaussée recèle bien d’autres merveilles à l’occasion de l’exposition Concept-car Beauté Pure, à l’image de :

  • la Panhard Dynavia du Musée National de l’Automobile de Mulhouse : avec sa forme en goutte d’eau, Louis Bionier (directeur des études de carrosserie de Panhard) conçoit, en 1943, cette voiture développant 28 ch et pouvant accueillir jusqu’à 6 passagers. D’abord réalisé en maquette puis en prototype roulant, cette « expérience » met en place des innovations comme la construction modulaire et l’aérodynamisme poussé. L’ensemble des travaux, la personnalité et la capacité d’observation de Louis Bionier ont fait grandement évolué la vision de l’automobile !
  • La SOCEMA – Grégoire du Musée ACO des 24 Heures du Mans : Première voiture à turbine réalisée par la Société de Construction et d’Equipements Mécanique pour l’Aviation, sa structure châssis-carrosserie, signée Hotchkiss, est en aluminium. Sa suspension indépendante se devait de battre des records du monde. Avec ses 100ch, la vitesse de pointe annoncée était de 200km/h. Toutefois, elle était déjà battue par la Rover T1 sans même avoir couru.
  • Chrysler Ghia Streamline X Gilda de la Collection Bradley Calkins : Présenté en 1955, ce concept car est signé Giovanni Savonnuzzi, directeur technique du carrossier Ghia. Son design met à l’honneur un aérodynamisme radicalement extrême étudié en soufflerie. L’ensemble général extérieur et intérieur est clairement futuriste, mais reste à l’état de démonstration. Le nom de Gilda fait référence à Rita Hayworth dans le film de 1946, « Charles Victor ».
  • La Plymouth Ghia Asimetrica Roadster de la Collection Vouzellaud : en 1960, sur base de Plymouth Vaillant, Virgil Exner décide de développer un nouveau design . Aussi appelée Plymouth XNR, en référence au concepteur, l’objectif est de rivaliser avec Ford et Chevrolet sur le segment des cabriolets racés. La dérive aérodynamique reprend l’idée de la Jaguar Type D. L’arrière est doté d’un X, afin d’en rappeler le nom. Sous le capot, se loge un 6 cylindres en ligne de 145ch à boîte automatique 3 rapports. Il était même prévu de la sortir en petite série ! Hélas le sort en a voulu autrement !
  • La Chevrolet Corvair Testudo Bertone de la Collection Giorgetto Giugiaro : Au début des années 1960, le constructeur américain Chevrolet n’a qu’une obsession : rivaliser avec les modèles européens. Pour cela, il sort la Chevrolet Corvair. Dans le même laps de temps, la marque imagine une version plus « italienne » utilisant le châssis de la Chevrolet Monza. Pour le côté design, elle fait appel à Bertone et à Pininfarina qui sont alors chargés de la revisiter. Le prototype Chevrolet Bertone est signé par Giugiaro et construit en moins de 120 jours ! Les lignes retravaillées sont fluides et pures. L’arrière fait penser à une carapace de tortue d’où l’appellation « Testudo ». L’habitacle offre une visibilité optimale avec une position de conduite basse et un tableau de bord en L accueillant une instrumentation verticale. Sous le capot, on retrouve le 6 cylindres à plat de la Chevrolet Corvair, développant 142ch et accouplé à une boite 4 rapports.
  • La OSI Alfa Romeo Scarabeo II du Musée Storico Alfa Romeo : « l’Officine Stampaggi Industriali« , spécialisée dans la réalisation de projets automobiles, propose, en 1966, l’Alfa Romeo Scarabeo. Mêlant rondeur et angles, le dessin est agressif tout en restant d’une légèreté incroyable grâce la vision panoramique de l’habitacle. En effet, la surface vitrée est large avec une connexion directe avec le moteur. Elle est dotée d’un 4 cylindres en ligne, transversal arrière de 115ch, associé à une boîte 5 rapports. Le confort de conduite est assuré par des suspensions françaises, celle de la Renault R8.

L’exposition Concept-car Beauté pure : un parcours riche en découvertes et en surprises

Si cette première entrée en matière est juste exceptionnelle, la suite de l’exposition Concept-car Beauté pure est hors normes. En effet, une vingtaine de concept-cars automobiles est dissimilée à l’étage du Château de Compiègne, y compris dans les appartements historiques des empereurs Napoléon Ier et Napoléon III. Sous les dorures et à côté des meubles d’époque, telles des œuvres d’art, elles côtoient études, croquis, photos et maquettes, autant de témoins dans un état de conservation incroyable du passé automobile ! Parmi elles, quatre véhicules ont attiré notre attention :

  • La Velam Isetta du Manoir de l’automobile Lohéac : En 1957, ce « Véhicule Léger à Moteur », d’origine française, préfigure le principe même de la voiture citadine à 3 roues à l’instar de la BMW Isetta. La structure de cette voiture est renforcée, abaissée et allégée avec de l’aluminium. Avec son bi-cylindres refroidi par air (avec turbine) est destiné à battre des records de vitesse. Ce qu’elle fera à 7 reprises sur l’Autodrome de Linas-Monthléry !
  • La Jamais Contente du Musée National de la voiture de Compiègne : La barre des 100km/h est désormais franchie et nous ne sommes le 29 avril 1899 ! Ce record fut réalisé dans la plaine d’Achères, dans les Yvelines. Son concepteur d’origine belge, Camille Jenatzy, a utilisé l’acier pour le châssis et de l’aluminium riveté (partinium) pour la carrosserie. Avec son look en « torpille », ce véhicule est le tout premier disposant d’un aérodynamisme travaillé pour battre des records. La direction passe par un guidon en V. La motorisation entièrement électrique avec deux moteurs à l’arrière tandis que le freinage passe par des freins à câbles ou au pied.
  • Le Lurani Nibbio I de la Collection Federrico Gottsche Bebert : Le comte de Calvenzano, Lurani Cernuschi, a lui-même imaginé et construit ce modèle unique. Le châssis est en acier, sur lequel repose une carrosserie en aluminium. Le moteur de 500cm3 n’est autre que celui de la Motoguzzi, développant une puissance de 50ch
  • La De Goucy de la Collection Andreas Pohl : Ingénieur de profession, Enguerrand de Goucy est connu pour avoir réalisé des voitures de compétitions à l’aérodynamisme poussé. Hélas, ce prototype automobile, conçut, en 1948, est inachevé. Il ne dispose que d’un châssis tubulaire, d’une carrosserie en aluminium, d’une suspension avant à roues indépendantes… mais pas de moteur. De Goucy se concentrait sur la conception et non sur le développement, d’où des performances annoncées invérifiables sur piste.

Mais il est temps de quitter cette session « course » pour s’aventurer dans les appartements privés des monarques d’autrefois pour découvrir la suite de l’exposition Concept-car Beauté Pure. Au grès des salles et des sublimes décors impériaux du Château de Compiègne, les visiteurs y admirent des voitures des plus atypiques :

  • L’œuf du Musée des Arts et Métiers Paris : Avec ses trois roues et son poids-plume de 65kg, cet engin est l’oeuvre de Paul Arzens, un artiste-peintre ayant toujours mis au centre de ses créations la mobilité urbaine. La visibilité est totale avec une surface vitrée en plexiglas panoramique alliant une carrosserie en aluminium. Côté moteur, c’est un monocylindre à deux-temps développant 5,5ch.
  • La Reaf 50 du Motor Museum Riga : Dans les années 1950, en pleine Guerre Froide, Moscou fait appel à l’ingénieur Vsevolod Bahchivandzhi pour concevoir un véhicule civile et militaire, accueillant 4 passagers. Après la présentation d’un cabriolet et d’une berline devant le régime, le projet n’est finalement pas accepté. Cette Reaf 50 en est l’unique survivante. Sous le capot, le bloc est inconnu. Il peut s’agir d’un 2 ou 4 cylindres refroidi par air accouplé à une boîte semi-automatique.
  • Le Leyat Helica Sport d’une Collection privée : Voler et rouler sont les deux sujets majeurs de la première moitié du 20ème siècle. Marcel Leyat utilise les techniques de ces deux domaines pour aboutir à cette Helica Sport. La particularité de ce modèle réside dans son hélice. Le bonus : ses roues arrières sont directrices ! Le moteur provient de l’aéronautique avec un ABS Scorpion bi-cylindres de 30ch refroidi par air. Le tout pèse 225kg sur la balance !
  • La Monaco Trossi du Museo dell’automobile Turin : Les gènes de la compétition sont omniprésentes dans l’Entre-Deux guerre. Cette monoplace de 1935 fut commandée par le Comte Trossi à l’ingénieur Augusto Monaco. Sa structure mêle automobile et aéronautique. Construite pour la course, elle ne participera jamais, hélas, à un grand prix. Cette expérience traduit une volonté de faire évoluer la Formule 1 avec des techniques et une mécanique innovantes. Le châssis est en manganèse, les suspension indépendantes et réglable et les freins hydrauliques. Le bloc est à l’avant, en forme d’étoile. Il développe 250ch.

Les plus belles pièces de l’Exposition Concept-car Beauté pure

Si l’Exposition Concept-car Beauté pure à Compiègne est très dense en modèles exceptionnels, le clou du spectacle se trouve en seconde partie ! Comme il est dur de rester insensible face à ces deux italiennes se trouvant dans les appartements impériaux :

  • L’Alfa Romeo Giulietta Sprint Spider Bertone issue d’une collection privée : La base est une Alfa Romeo Giulietta Sprint modifié en roadster sportif, créant le modèle aujourd’hui exposée. L’idée provient d’un importateur de New-York, Max Hoffman. Pour réaliser cette création, Bertone et Pininfarina ont été mis face-à-face. Le designer de Bertone est Franco Scaglione qui applique des modifications esthétiques et aérodynamiques, pour mieux transcender cette magnifique voiture. Malheureusement, ce prototype de 1956 ne sera pas retenu. A noter que le bloc-moteur en aluminium correspond à un 4 cylindres de 65ch.
  • La Fiat Stanguellini 1200 Spider America Bertone issue d’une collection privée : En 1957, Nuccio Bertone est le propriétaire d’un exemplaire de la Fiat 110TV. Dans le même temps, il entame un processus d’optimisation. Le châssis est retravaillé par Stanguellini et le moteur est gonflé (4 cylindres en ligne-1200cm3- 59ch) Sa présentation officielle a lieu la même année au salon de Turin. Si le projet en resta là, la carrière de ce prototype continua via les concours d’élégance et salon internationaux.

Si les appartements de l’Impératrice créent une aparté dans l’exposition Concept-car Beauté Pure, la suite de la collection se trouve dans les cuisines avec trois derniers prototypes juste exceptionnels sortis tout droit des années 1960 :

  • La Mercedes-Benz C111-1 du Mercedes-Ben Classic : En 1969, le Salon de Franfort accueille un prototype issu de la firme de Stuttgart : la Mercedes C111. Dessinée par le futur directeur de style de l’étoile, Bruno Sacco, sa carrosserie en fibre de verre est montée sur un châssis spécifiquement conçu. L’ensemble des caractéristiques techniques et technologiques sont abordés : design, processus de fabrication, sécurité, confort, performance, rendement,… Motorisée par un Wankel à injection Bosch de 280ch en position central arrière, la boîte est mécanique à 5 rapports.
  • La Vauxhall SRV de Vauxhall Motors : Ce véhicule expérimental dénommé « Styling Research Vehicule » est le fruit d’une collaboration entre différents constructeurs européens. Les lignes ressemblent aux prototypes d’endurance, tandis que l’habitacle est digne d’un vaisseau spatiale. Sa conception est uniquement réalisée avec 3 matériaux : l’aluminium, la fibre de verre et le bois. Avec une hauteur atteignant tout juste le mètre, il ‘agit d’une berline 2 portes accueillant 4 passagers. La technologie permet de régler directement les appendices aérodynamiques et les suspensions via le tableau de bord. Le moteur est un 4 cylindres en ligne en position arrière « Slant 4 ».
  • La MG EX234 issue d’une collection privée : Les années 1960 marquent une période difficile pour le groupe BMC et la marque MG. La gamme vieillit et a besoin de rajeunir. Le carrossier et designer Pininfarina s’en charge avec un renouveau total du style et de la mécanique. Le châssis est en acier, les suspensions sont hydrolastic et le moteur est le 4 cylindres en ligne de la MGB/Midget. Le coût est très (voire trop) important pour la marque qui abandonne ce projet.

Bref, l’Exposition Concept-car Beauté pure est une magnifique rétrospective sur plusieurs décennies de design et création ! Vous pourrez en profiter jusqu’au 23 mars 2020, au Musée de l’automobile de Compiègne, au sein du château éponyme.

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS

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