Nous y étions : Une « Croisière vers l’Ouest » pour le Centenaire de Citroën

Citroën a été fêté en grandes pompes à La Ferté-Vidame, ce week-end, mais ce n’était pas le seul événement phare autour de la marque aux Chevrons. En effet, le vendredi 19 juillet 2019, sur les marches de l’Automobile Club de France, Place de la Concorde, quatre autochenilles Citroën-Kégresse ayant faites la Croisière Jaune (1931-1932), étaient réunies par le Comité des Constructeurs Français d’Automobiles et l’Aventure Peugeot Citroën DS. A l’occasion du Centenaire de Citroën, elles ont remonté les Champs Elysées, une véritable première dans l’Histoire de l’Automobile ! ABSOLUTELY CARS revient sur cette épopée fantastique sur la plus belle avenue du Monde ! Et ce, en costumes d’époque !

La Croisière vers l’Ouest, prologue du Centenaire Citroën

L’autochenille : une rencontre entre André Citroën et Adolphe Kégresse

Exotisme, découverte et voyages rythment les défis du XXème siècle. Qui n’a jamais rêvé d’aventures dans des contrées reculées ? Qui n’a jamais voulu découvrir des continents, seul, derrière le volant de sa voiture ? André Citroën et son équipe l’ont fait, organisant, de ce fait, un coup de maître médiatique, promouvant la marque aux chevrons ! Avec cette initiative, le constructeur va plus loin que n’importe quel de ses concurrents, créant lui-même la légende Citroën. Ces quatre traversées mémorables (la Traversée du Sahara en 1923, la Croisière Noire de 1924 à 1925, la Croisière Jaune de 1931 à 1932 et la Croisière Blanche en 1934) n’auraient pu être réalisées sans un véhicule tout terrain : l’autochenille ! Pour mener à bien son projet, le fondateur de Citroën a utilisé le brevet déposé par l’ingénieur français Adolphe Kégresse, en 1910, pour créer ses autochenilles. Visionnaire, il met en place des chenilles en caoutchouc sur un châssis automobile, permettant d’améliorer grandement l’adhérence.

Premier véhicule doté de chenilles en séries, ces « voitures à chenilles », dotées d’une carrosserie « Torpédo », furent utilisées, par la suite, par les armées françaises et polonaises jusqu’en 1939, leurs capacités de traction atteignant 6 tonnes ! Leur production se poursuivra jusqu’en 1940 où les chaînes de production s’arrêteront après la Grande Débâcle.

Les autochenilles présentes lors de la « Croisière vers l’Ouest »

Longtemps oubliées par le Grand Public, le Centenaire de Citroën a fait sortir de sa torpeur quatre magnifiques exemplaires d’autochenilles pour une dernière croisière : celle vers l’Ouest. Partant de l’Automobile Club de France, ce convoi historique a rallié la Place de la Concorde à la Place de l’Etoile, traversant sous le regard ahuri des touristes les Champs Elysées. Elles rejoindront par la suite la Ferté-Vidame (Eure-et-Loir) pour le Rassemblement du Siècle, où seront exposées à côté de deux autres autochenilles.

Les modèles, ainsi exposés, au nom invitant aux voyages, sont – à l’exception du Scarabée d’Or, reconstruite en 2017 à l’identique par l’Association des Voitures et des Hommes – des véhicules d’époque, élément assez rare pour être souligné ! Ils sont issus de collections privées, leurs propriétaires – en tenue d’époque pour l’occasion – étant tous membres de l’Association France Véhicules 40.

ABSOLUTELY CARS vous propose de vous pencher davantage sur chacun de ses véhicules uniques, avant que Monsieur Christian Peugeot et Monsieur Jean Todt ne lancent cette Croisière vers l’Ouest !

Le Scarabée d’Or, voiture de Georges-Marie Haardt

Parmi les quatre grandes dames exposées devant l’Automobile Club de France, l’une d’entre elles retient le regard. Elle est, en effet, une reconstruction fidèle d’une des plus célèbres autochenilles ayant été construites : le Scarabée d’Or. Cette Citroën-Kégresse B2 a participé à l’Expédition « Croisière Noire » en 1924, conduite par l’explorateur et proche ami d’André Citroën, Georges-Marie Haardt. Il fut notamment le Chef d’Expédition des trois premières aventures Citroën ! Son plus grand succès fut la Croisière Noire, partant d’Algérie et arrivant en Afrique du Sud. Il fut également une source d’inspiration pour le célèbre dessinateur Hergé qui créera le personnage de Milou sur la base du chien Flossie de Haardt. Nous pouvons dire que le pari de reconstruire ce mythe à l’identique, en trois ans, est totalement réussi pour l’Association Des Voitures et des Hommes !

La Citroën-Kégresse B2 : l’autochenille en mode « civil »

Une autre autochenille Type B2 K1 était également présente dans sa robe bleue. Celle dont l’aspect est plus civil que ces trois autres voisines, reste quand même impressionnante par ses dimensions : 3,65 m de longueur pour 1500 kg. Elle peut accueillir à son bord trois à quatre passagers à bord ! Côté moteur, celui se limite à un 4 cylindres 1452 cm3 de 20 ch pouvant aller jusqu’à 45km/h. « Elle servait plutôt à tirer les avions sur la base aérienne de Villacoublay« , explique le collectionneur et propriétaire, Michel Brunet. Construite en 1922, cette voiture n’a jamais été armée et a été revendue, par la suite, à un agriculteur de la Somme dans les années 1940.

La Citroën P17, imaginée pour la Croisière Jaune (1931-1932)

Nous avons également rencontré, à l’occasion de cette Croisière vers l’Ouest, une Citroën P17 s’étant illustrée lors de la « Croisière Jaune » ! Pendant un an et deux mois, entre 1931 et 1932, elle a fait partie du convoi qui a rallié Beyrouth (Liban) à Pékin, en Chine ! Parmi ses nombreux exploits, nous pouvons notamment citer l’ascension de l’Himalaya avec une certaine dextérité. A noter que certaines autochenilles ont dû être désossées pour passer certains cols ! Pour les plus curieux, il faut savoir que cette autochenille P17 a été construite sur une base de Citroën C4F et possède sous le capot un 4 cylindres 1628 cm3 de 30 ch pour 1850kg !

La Citroën P19, le fameux Croissant d’Argent

La dernière dame de ce rendez-vous n’est d’autre qu’une Citroën Type P19. Construite sur la base d’une Citroën C6, son utilisation fut uniquement militaire. Néanmoins, elle ne fut jamais armée, l’armée l’utilisant plutôt pour tracter des charges lourdes. Longue de 4,30 m et d’un poids de 1850 kg, offrant 42 ch grâce à un 6 cylindres 2442 cm3, ce modèle appartient au Groupe Pamir et porte le N°5. Il s’agit d’une réplique du « Croissant d’Argent », abandonnée lors de la traversée du Pakistan en 1931. Parmi les équipements embarqués, il y a des caméras, des valises et une remorque offrant la possibilité d’établir un campement !

Interview exclusive de François ALLAIN : « L’automobile est un patrimoine français. »

Bonjour M. ALLAIN. Tout d’abord, merci beaucoup pour cette interview réalisée à l’occasion de la Croisière vers l’Ouest, à l’intérieur de cette magnifique Citroën P17. Que représente ce rassemblement, cette Croisière vers l’Ouest, pour vous au-delà du Centenaire de Citroën ?

J’estime qu’il est important de prouver, à l’ensemble des gens, que l’automobile est un patrimoine français qui s’intègre à l’Histoire humaine. La France est, d’ailleurs, considérée comme le berceau de l’automobile. Aujourd’hui, on distingue deux types de véhicules :

  • l’un, destiné à l’usage quotidien avec des voitures modernes, technologiques, économes en carburant et peu polluant
  • l’autre, plus accentué sur l’aspect collection, qu’on sort de temps en temps pour montrer le savoir-faire national

La France n’a pas à rougir, puisqu’elle fait partie des pays ayant participé au développement automobile, avec l’Angleterre, l’Allemagne et l’Italie. Les autochenilles Citroën en sont la parfaite illustration avec un système inventé dès 1910 !

Pourquoi Citroën a-t-il choisi la Ferté-Vidame pour le Rassemblement du Siècle qui s’est lancé aujourd’hui dans le Perche ?

Ce choix s’explique tout simplement, compte tenu du fait que ce lieu était la piste d’essai secrète de la marque aux chevrons. Lors du changement de propriétaires dans les années 1930, Michelin a décidé d’acquérir une nouvelle propriété, à proximité de Paris (environ 100 km) et suffisamment éloignée pour être discrète. Le lieu est protégé par des murs d’où la quasi-impossibilité pour les paparazzis de s’infiltrer. Encore aujourd’hui, le domaine appartient à Citroën.

Cette année, nous nous sommes rencontrés sur plusieurs grands événements, toujours liés de près ou de loin à Citroën. Quelle relation entretenez-vous avec cette marque ?

A titre personnel, j’admire les marques françaises et ce rassemblement le représente parfaitement. Citroën est la marque la plus connue au Monde et a une place particulière dans ma passion. En effet, André Citroën et son équipe représentent l’innovation dans la communication et le marketing.

En France et à l’international, que représente la marque aux chevrons auprès du Grand Public ?

Je pense que Citroën incarne le mieux la France. Très rapidement, la marque a su communiquer et s’exporter à l’étranger avec la mise en place de filiales et l’organisation d’événements comme la « Croisière Jaune ». Cela constitue des éléments ayant contribué à l’aura de la marque et démontré ses capacités à travers le Monde et l’Histoire.

Que symbolise la présence de ces autochenilles qui ont remonté les Champs Elysées, pour les parisiens et pour vous ?

Il est important de montrer aux gens et aux jeunes que l’histoire de France est aussi industrielle, car l’automobile vit avec son époque dans les périodes de joie et de tristesse. Il faut rappeler les instants innovants et performants. La remontée de ces autochenilles de la Concorde, avec un départ de l’Automobile Club de France, jusqu’à la Place de l’Etoile reste symbolique.

Remerciements tout particuliers à François ALLAIN pour sa disponibilité et le temps consacré à cette interview.

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS 
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’Archives
Parole donnée à : François ALLAIN, journaliste sur RMC Découverte

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