Interview automobile : L’Aston Martin DB2 MKIII, une beauté suprême

Présentée officiellement au Salon de l’automobile de Londres en 1953, l’Aston Martin DB2 MKIII est le parfait produit de la collaboration entre David Brown et Walter Owen Bentley ! Elégante, sportive et à la ligne moderne, cette « GT » avant l’heure innove aussi bien en matière de carrosserie qu’en matière de mécanique ! Son design fait rêver et nous laisse déjà imaginer la suite de la fameuse saga de « DB » ! ABSOLUTELY CARS vous propose de partir à la découverte de l’une des meilleures sportives des années 1950 qui a dépassé la barre symbolique des 200 km/h ! Mais pas avec n’importe quel modèle ! Ce sera aux côtés de l’Aston Martin, lauréat du concours d’élégance du Brussels Retro Festival 2006 dans la catégorie « Meilleur coupé d’après 1941 », vendue en 2019 lors de la vente Artcurial lors de Rétromobile ! Rien que ça et exclusivement pour vous !

L’Aston Martin DB2 MKIII, l’excellence en signature

L’Aston Martin DB2 MK3, l’histoire d’une voiture « so british »

Il est impensable d’écrire un article que l’Aston Martin DB2 MK3 sans évoquer dans un premier temps, son sauveur, David Brown ! Entrepreneur de renom issu d’une famille d’industriels britanniques, ce passionné d’automobile acheta, en 1947, deux marques en grande difficulté : Aston Martin et Lagonda. Son but : les fusionner pour les relancer ! Pari réussi pour l’homme d’affaires alors qu’Aston Martin s’offrait, en 1948, les 24 Heures de Spa, rentrant ainsi dans le monde de la compétition pour ne plus y sortir… En parallèle, des usines de Newport Pagnell, sortirent, l’une derrière l’autre, les toutes nouvelles sportives de cette marque renaissante : l’Aston Martin DB1 (1948-1949), puis l’Aston Martin DB2 (1950-1953). Dès 1954, la DB2 fut déclinée dans une version « Grand Tourisme » : la fameuse Aston Martin DB2/4. Cette voiture anglaise de sport connut deux séries : l’Aston Martin DB2/4 MK I et l’Aston Martin DB2/4 MK II. Mais celle qui nous intéresse est bien sa troisième génération, apparue en 1957 : l’Aston Martin DB2/4 MK III ! Il s’agit de l’ultime évolution de ce modèle emblématique. Si le style ne varie guère entre les différentes évolutions, certaines spécificités apparaissent :

  • le toit est rabaissé
  • sa calandre est monobloc type course (DB3S)
  • sa planche de bord est redessiné et une instrumentation est face au conducteur
  • les chromes latéraux disparaissent
  • les feux arrières deviennent verticaux et allongés (excepte pour l’Aston Martin DB2 MKIII A qui gardera les feux originaux)

De son histoire signée David Brown, l’Aston Martin DB2 MK III garde une mécanique 100% Lagonda, réalisée par l’ingénieur-fondateur de Bentley, Walter Owen Bentley, et retravaillée par un au autre ingénieur Tadek Marek. Ces modifications techniques sont principalement issues de la version compétition de l’Aston Martin DB3S, la fameuse version course de la DB3 qui revendiquait 210ch. De cette influence, en ressortent :

  • un nouveau bloc moteur
  • un double carburateurs SU H4
  • une pompe à huile
  • un overdrive (à partir de 1958, en option)
  • une boite de vitesse automatique Borg Wagner (à partir de 1959)
  • un embrayage à commande hydraulique (à partir de 1958)
  • des freins à disques Girling à l’avant (de série sur la MKIII B, dès 1957)
  • un nouvel échappement et admission, double échappement étant en option

Ainsi équipée, la puissance de la voiture est alors de 162 ch, pouvant monter jusqu’à 178 ch pour les modèles où l’option « système d’échappement double » avait été prise. Dans cette conformation, l’Aston Martin DB2 MKIII atteint les 97 km/h en 9,3 secondes avec une vitesse maximum de 193 km/h.

Mais l’aventure mécanique de ce modèle ne s’arrêta pas là. La liste des options s’allonge avec la production du moteur DBB. Celui-ci se caractérise par un triple carburateur « double corps » Weber avec des arbres à cames spécifiques, montant la puissance à 195 ch ! Seule une dizaine de voitures équipées de cette option. Et pour ceux qui souhaitaient passer la barre de 200 ch, une option « moteur de compétition » DBC de 214 ch était également disponible ! A noter que ces options spécifiques de moteur restent très rares au vu du nombre de voitures commercialisées !

Après 551 unités produites dont 84 cabriolets, la dernière Aston Martin DB2/4 MK III sortit de son usine en juillet 1959, déjà remplacée par l’Aston Martin DB4, commercialisée alors depuis octobre 1958 !

Coup de projecteur sur l’Aston Martin DB2/4 MKIII du jour

Rencontrer un modèle vu lors d’une vente aux enchères comme celle d’Artcurial à Retromobile 2019 est chose rare ! Mais le destin réserve beaucoup de surprises comme ce matin-ci où nos équipes ont rencontré cette belle à nouveau ! A croire que sa destinée était de rester dans notre bonne et vieille capitale !

Sortie de l’usine de Feltham, en Angleterre, le 18 juillet 1957, cette Aston Martin DB2/4 MKIII fut immatriculée au Garage Mirabeau pour la première fois à Paris, suite à la commande de Monsieur Schock. Elle portera alors le numéro « 620 GF 75 ». Sa jolie couleur « British Racing Green » est celle d’origine et elle la conservera tout au long de sa vie.

Trente ans plus tard, en 1993, elle changera pour la première fois de main, afin de se glisser dans celles du célèbre navigateur et copilote automobile français, Philippe Monnet ! Pour l’anecdote, son illustre propriétaire a brillé sur l’ensemble des mers du globe avec de nombreux records du monde à la clé, notamment celui du Tour du Monde de 1988 ! Côté automobile, il fut le copilote d’Hubert Auriol et de Jean Louis Schlesser.

Ce n’est qu’en 2001 que la révision complète de la voiture est effectuée, à 78 240 km d’origine ! Cette Aston Martin DB2/4 MKIII connaîtra également une restauration complète de sa carrosserie, amenée dans les ateliers de Gipimotors, véritable orfèvre belge dans la restauration et l’entretien de voitures historiques ! Châssis, carrosserie, jantes et chromes sont entièrement démontés, polissés, vérifiés et remontés avec une précision chirurgicale. Un véritable travail d’orfèvre que nous pouvons admirer avec ces images exclusives !

Et le résultat est tout simplement sublime aussi bien extérieurement qu’intérieurement, dans le respect le plus total pour le véhicule et son histoire ! En effet, sa patine d’origine a été conservée ! Elle a gardé son intérieur en cuir rouge et ses deux valises en cuir sur-mesure ! Dès qu’on s’assoit, on perçoit les vibrations des années tandis que l’ambiance Aston qui règne en maître, prend tout son sens. Une expérience incroyable qui nous donne envie de la découvrir davantage, notamment après avoir vécu les enchères !

En effet, cette Aston Martin DB2/4 MKIII est passée sous le marteau de la célèbre maison de ventes aux enchères « Artcurial » lors de l’édition 2019 de Rétromobile. Il s’agissait du lot N°41, adjugé par le commissaire-priseur, Hervé Poulain, pour la somme de 238 400 € (hors frais de dossier) alors qu’elle était estimée entre 180 000 – 260 000 € ! Rien d’étonnant pour cette Aston Martin DB2/4 MK3 « matching number » ! Après n’est-ce pas l’un des chef d’oeuvre de David Brown avec l’Aston Martin DB4 et l’Aston Martin DB5 ?

Parole de collectionneur : « L’Aston Martin DB2 MK3, une ambiance, une beauté et un plaisir à partager »

En février 2019, nous avons pu admirer, dans le paddock Artcurial, lors de l’édition 2019 de Retromobile, cette magnifique Aston Martin DB2/4 MKIII. Pourtant, ce n’était pas la seule voiture passée sous le feux des enchères alors. Pourquoi avez-vous choisi d’acheter celle-ci plus qu’une autre ?

C’est un peu le fruit du hasard. J’ai des amis passionnés par les voitures anglaises classiques, mais ce modèle m’a toujours interpellé. D’une part, l’Aston Martine DB2 MKIII est moins connue que les suivantes (L’Aston Martin DB4 et l’Aston Martin DB5, ndlr), et d’autre part, moins onéreuse en collection. Il faut savoir que, pour ce modèle-ci, le moteur a été entièrement refait dans les années 2000. La carrosserie a suivi avec un démontage et remontage complet, dans les règles de l’art. Mais l’élément le plus crucial est que l’intérieur est resté dans son jus d’origine ! Il conserve son cachet et ses odeurs d’antan auxquels viennent s’ajouter une patine et un charme qui feraient craquer plus d’une personne ! Le kilométrage d’origine est certifié à 81 000kms. Et dans une vente aux enchères telle qu’Artcurial de Rétromobile 2019, le prix de vente me semblait attractif. Cela en valait la peine !

En trois mots, comment pouvons-nous la décrire ?

Une ambiance, une beauté et un plaisir à partager !

Quelles sont les principales caractéristiques de cette voiture exceptionnelle qui vous ont attiré ?

Exceptionnelle, je ne sais pas, mais définitivement rare ! C’est ce point qu’il faut mettre en avant. On est sur une production de 84 exemplaires pour cette version coupé DB2/4 MKIII. Ce que l’on remarque instinctivement, c’est la ligne ! Elle est belle et préfigure les futurs modèles produits par David Brown jusqu’à la fin des années 1970; On va la retrouver avec l’Aston Martin DB4, l’Aston Martin DB5 et l’Aston Martin DB6. Pendant près de 25 ans, ce design a évolué tout en restant intemporel et reconnaissable !

Mais il y a aussi le fameux 6 cylindres en ligne construit et assemblé par Tadek Marek, qui courait dans les principales compétitions européennes et que l’on va retrouver dans l’Aston Martin DB6. La base moteur est identique d’où un retour aux sources essentiel pour la marque. Le succès d’Aston Martin était déjà reconnu sur les circuitsn mais côté production « sur route », l’Aston Martin DB2 reste très peu connue, mais préfigure les autres « DB ». La majorité des amateurs et passionnés visualisent plus l’Astin Martin DB4 et l’Astin Martin DB5, notamment au travers de son apparition dans la saga James Bond.

Que vous inspire la personnalité du designer et ingénieur David Brown ?

C’est lui qui a réellement sauvé la marque d’une disparition définitive. On retrouve ce personnage avec d’autres constructeurs, à l’image de Ford (Henry Ford) ou encore Ferrari (Enzo Ferrari). Aston Martin n’est pas un nom d’un concepteur, mais elle a su se créer une saga et un univers autours de ses modèles. Cela reste des industriels avec des objectifs de rentabilité. Mais, Aston Martin a laissé une trace indélébile dans le monde de l’automobile avec une production limité de véhicules. J’ai tendance à le comparer à un artiste qui réalise un tableau. On est dans le Top 5 ou le Top 10 des designers avec ses collègues chez Jaguar, Rolls-Royce et Bentley. On est légèrement en dessous des firmes de Goodwood et de Crewe, mais il s’est toujours inspiré de la course (et notamment des 24 heures du Mans notamment avec l’Aston Martin DBR1, ndlr). Cette Aston Martin DB2 reprend les codes de compétition tout en s’adaptant aux routes plus classiques. C’est un véritable coup de maître !

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Sachant que ce modèle date de 1957, quelle sont les différences avec les premières séries lancées en 1954, c’est-à-dire les Aston Martin DB2/4 MK I et MK II, et les dernières de 1959 ?

Le pavillon est plus incliné, ce qui lui donne une ligne fuyante que l’on peut qualifier de « fastback ». A intérieur, on dispose du nouveau tableau de bord arrondi reprenant la forme de la calandre, dont les instruments sont en face du conducteur. On va retrouver cette présentation avec les autres DB. L’ancien était droit avec des inserts de chaque côté et les compteurs au centre. Ensuite, à partir de 1958, elle subit un lifting avec des phares arrières verticaux que l’on peut sans doute déclarer « plus modernes », mais qui dénaturent, selon les goûts, le dessin d’origine. Dans les deux cas, on est toujours content d’être au volant d’une Aston Martin DB2 !

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Pouvez-vous nous décrire les sensations de conduite ?

C’est assez amusant, car on revient véritablement aux années 1950. Elle est relativement lourde au départ (1270kg pour 160ch, ndlr), mais rapidement, on dispose d’une certaine légèreté et à partir de 70km/h, on profite du « cruising ». Elle devient même joueuse dans les virages, les courbes et les ronds-points, d’où un dynamisme reconnu pour l’époque. Cette Aston Martin DB2/4 dispose d’un pont court avec des passages de vitesses plus réactifs et une montée dans les tours plus rapide. Les performances ont aussi évolué? car rouler à 160km/h avec ce type de véhicule était impressionnant. Même à basse vitesse, la voiture est agréable à conduire pour l’usage que j’en fais. Elle est le parfait compagnon pour se balader le week-end ! Et puis, contrairement aux Rolls-Royce et Bentley de la même période, on est dans un autre univers. La sportivité ne faisait pas partie des critères principaux de ces deux marques, les meilleures places étaient à l’arrière et le poids est nettement plus important (quasiment 2 tonnes sur la balance).

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Quel est l’engouement des passants lorsqu’ils la voient ?

Sachant qu’il s’agit un modèle méconnu du grand public, les personnes qui la croisent, sont, à la fois, surpris et emballés. Si c’était l’Aston Martin DB5, on peut mettre un nom dessus. Celle-ci s’y apparente, mais ils n’arrivent pas à mettre un nom dessus. Il est vrai qu’avec une production globale de 551 unités dans le monde et une vente exclusivement européennes et américaines, on n’avait peu de chance d’en rencontrer une dans la rue ! Elle a une côte d’amour propre aux anglaises si on la compare aux Healey ou aux Triumph, qui éveillent la nostalgie et le style des années 1950.

Côté entretien, trouve-t-on encore les pièces sur ce type de modèle ?

On a quelques spécialistes en France et en région parisienne. Mais la majorité se trouve en Angleterre. La restauration et l’entretien de véhicules de collection font partis de leur culture avant les constructeur eux-mêmes ! Aujourd’hui, les marques telles que Mercedes, Porsche,… disposent d’un département « classic » où les voitures restaurées sont plus belles qu’à l’époque. On trouve des pièces et des artisans, mais cela peut devenir une source de soucis mécanique et financiers. Le prix de certaines pièces est élevé en corrélation avec le modèle.

En plus d’être un passionné de l’Aston Martin DB2/4 MKIII, vous avez une appétence pour le marché de la voiture de collection. D’après vous, la bulle spéculative est toujours présente ?

On a vu que 2018-2019 marquaient le pas par rapport aux autres années avec une baisse d’environ 15%. Sur les modèles très rares, l’engouement est très important d’où des côtes surélevées. Si on prend la Citroën DS ou la Jaguar Type-E, produites à plusieurs dizaines ou centaines de milliers d’exemplaires, ces modèles deviennent de moins en moins abordables. On ne sait pas le contexte prévu dans les années à venir en termes d’essence et d’héritage. Il faut se souvenir de cette époque que l’on a pas forcément vécu.

En parlant d’héritage, quel est l’avenir de cette Aston Martin DB2 MKIII ?

L’idée est, bien sûr, d’être visible et de conserver ce modèle. Je ne sait pas si sa place est dans un musée ou au sein d’une fondation. Peut-être y-aura-t-il des manifestations de passionnés le week-end ? Ce type de véhicule a de l’avenir, notamment sur les concours d’élégance à l’instar de Chantilly Arts et Elégance (cette année, nous avions pu observer une magnifique concentration d’Aston Martin, ndlr) ou sur les circuits comme lors de l’événement Le Mans Classic. L’occasion de retracer une page de l’histoire automobile est unique !

Le mot de la fin : pouvez-vous nous citer les deux événements les plus marquants qui vous avez vécu ?

Je dirais instinctivement le Goodwood « Revival » et « Festival« , en Angleterre et bien sûr le concours d’élégance de Chantilly. Ces deux événements rassemblent des marques et modèles uniques, que l’on peut qualifier d’œuvres d’art. On ne les voit nul part ailleurs. Cette Aston Martin DB2 MKIII permet de se raccrocher à cela en y participant. Chaque manifestation a sa spécificité et c’est ce qui fait leur diversité, leur variété et le bonheur des propriétaires et passionnés !

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS 
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS

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