La Delamare-Deboutteville : la première automobile moderne a 140 ans !

Il est étonnant de constater que de nombreux passionnés s’intéressent à la première automobile moderne, la Delamare-Deboutteville. Cet article est dédié à Alphonse Beau de Rochas, Edouard Delamare-Debouteville et Léon Malandin.

Alphonse Beau de Rochas

Alphonse Eugène Beau, dit Beau de Rochas (1815-1893) commença sa vie professionnelle en tant qu’architecte bâtisseur. Il entama également une collaboration avec Philippe Breton, un ingénieur polytechnicien d’origine grenobloise. Ils remportèrent d’importants succès relatifs aux câbles télégraphiques, notamment avec la mise en service d’un câble sous-marin entre la France et l’Angleterre en 1851. Alphonse Beau s’installa à Paris en 1852 et se fait désormais appeler Beau de Rochas, sa première épouse décédée prématurément se dénommant Lucrèce Thérèse Henriette Jacques de Rochas. Au lendemain du rattachement de la Savoie et de Nice, en 1861, alors salarié de la Compagnie des chemins de fer du Midi, il proposa un tracé de voie ferrée « Grenoble – Gap – Digne – Nice ». Alphonse Beau de Rochas publia un mémoire d’une soixantaine de pages qui rassemblait les connaissances sur les moteurs et des propositions pour en améliorer le rendement. Le 16 janvier 1862, il déposa à l’Office National de la Propriété Industrielle, une demande de brevet concernant le moteur à quatre temps qu’il avait imaginé. Il contacta sans succès, plusieurs industriels pour exploiter son invention, son brevet tombant finalement dans le domaine public en 1863.

Pendant ce temps, Nikolaus Otto (1832-1891) fonda en 1864 avec l’ingénieur Eugen Langen (1833-1896), la première usine de moteurs au monde, consacrée à la fabrication d’un monocylindre deux temps utilisant du gaz de ville comme carburant. Plus de 4600 moteurs furent construits en Europe entre 1864 et 1882. En 1876, Nikolaus Otto déposa son premier brevet consacré au moteur à quatre temps en Alsace-Lorraine, un des Etats allemands. Ce brevet fut transformé en 1877, en brevet impérial allemand n° 532. Cependant, des tribunaux allemands, français et anglais invalidèrent le contenu du brevet en évoquant le brevet et le mémoire de 1862 d’Alphonse Beau de Rochas. Ainsi, tout constructeur pouvait fabriquer des moteurs à quatre temps sans risques de poursuites judiciaires.

Edouard Delamare-Debouteville et Léon Malandin

Diplômé de l’Ecole Supérieure de Commerce et d’Industrie de Rouen en 1879, Edouard Delamare-Debouteville (1856-1901) entra dans la filature famille de coton du Mont-Grimont (près de Fontaine-le-Bourg) employant 600 personnes, pour moderniser celle-ci. Il inventa en 1879 une machine universelle, (susceptible de servir à la fois de tour, de perceuse, de fraiseuse, de raboteuse, de visseuse/dévisseuse) et grâce à elle, il obtint une médaille d’argent à l’exposition de Francfort.  Il repéra un des chefs d’atelier pour son talent, Léon Malandin (1849-1912), et en fit son mécanicien. Ensemble, ils réalisèrent en 1882 un monocylindre 4 temps fonctionnant au gaz d’éclairage qu’ils montèrent sur un tricycle. Ils continuèrent leur expérience en le modifiant pour exploiter du pétrole comme carburant. Dès 1883, ils entreprirent un autre projet : réaliser un bicylindre d’une cylindrée généreuse de 8128cm³ (150×230) refroidi par air, délivrant 8ch à 250tr/mn. Son carburant se composait de pétrole contenant 3% d’huile. Il fut monté à l’arrière, transversalement, sur un break de chasse hippomobile. La suspension avant était constituée par un essieu rigide et de ressorts à lames longitudinaux. A l’arrière, l’essieu rigide était fixé sans suspension. Les freins, uniquement implantés contre les roues arrière, étaient à friction. Dépourvue d’une boîte à vitesses, la transmission était assurée par une chaîne de Galle, à un différentiel qui répartissait la puissance à l’aide de deux chaînes aux roues arrière. La vitesse maximale obtenue était de 10km/h. Les gaz d’échappement étaient évacués au travers d’une caisse remplie de silex pour amortir le bruit en tant que silencieux. Le carburateur était réchauffé par les gaz d’échappement. L’allumage était obtenu à l’aide d’une bobine et d’accumulateur. Le véhicule mesurait 2,75m de long, 1,65m de large, 2,05m de haut. Le 12 février 1884, Edouard Delamare Deboutteville déposa chez Armengaud à Paris une demande de brevet d’invention de quinze ans. Le brevet n° 160267, auquel était associé Léon Malandin, était le premier déposé au monde pour une voiture automobile à quatre roues propulsée par un moteur à 4 temps utilisant des éléments mécaniques novateurs. L’automobile moderne était née !

Tout en s’occupant de la  filature familiale de coton, Edouard Delamare-Debouteville et son complice, Léon Malandin, devinrent motoristes. Leurs recherches aboutirent au moteur à gaz Simplex construit par les ateliers Powell de Rouen. En 1896 lors de l’exposition de Rouen, le président de la République, Félix Faure fit nommer Edouard Delamare-Debouteville, officier de la Légion d’honneur. 70 brevets avaient déposés en France et à l’étranger. À l’Exposition universelle de Paris tenue du 5 mai au 31 octobre 1889, il obtient la médaille d’or pour un moteur au gaz pauvre, monocylindrique, de 100 chevaux. Dès lors, le moteur à gaz entra en concurrence avec la machine à vapeur. Le 5 juillet 1889, la société sidérurgique John Cockerill à Seraing en Belgique acquit le monopole de fabrication du moteur Simplex. En 1898, Cockerill lança un moteur monocylindre de 200 chevaux. En 1899, sortit un moteur monocylindre de 700 chevaux (1000 chevaux avec du gaz de ville) qui obtint le grand prix à l’Exposition universelle de 1900 à Paris. Édouard Delamare-Deboutteville reçut sept médailles d’or, trois diplômes d’honneur, un grand prix et l’Award de Chicago accordé aux moteurs à gaz. En parallèle, Édouard Delamare-Deboutteville et Léon Malandin créèrent le parc d’ostréiculture de Prat ar Coum à Lannilis en Bretagne. ils eurent une vie bien remplie

La Delamare-Deboutteville  de la Cité de l’automobile – Musée national – Collection Schlumpf de Mulhouse

Pour commémorer les 100 ans du dépôt du brevet  n° 160267, deux passionnés, Jacques Rousseau et Georges Ageon, de la Chambre Syndicale des constructeurs, imaginèrent la reconstruction de la Delamare-Deboutteville à partir des document contenus dans ledit brevet. Ils firent appel aux Compagnons du Devoir du Tour de France pour être le plus fidèle possible au modèle original. La partie moteur fut confiée à la Société Le Moteur Moderne. Deux sociétés, Valéo et Ducellier, apportèrent leur savoir pour la conception de l’embrayage et de la partie électrique. Le montage final fut réservé à un mécanicien Compagnon du Devoir. En 1985, la présentation officielle fut organisée, avec à son volant, Serge Delamare-Debouteville, le petit-fils du génial inventeur.


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