Focus sur le Renault Espace et sa descendance : grandeur et décadence

Le 16 avril 1984, le premier monospace Renault Espace sortit de l’usine de Romorantin, il y a 40 ans. C’était une véritable voiture à vivre. Sa descendance fut prolifique.

Absolutely Cars vous invite à redécouvrir cette saga mouvementée.

La genèse du Renault Espace

Pour diriger la branche automobile du groupe de Jean-Luc Lagardère (1928-2003), Philippe Guédon (1933-….), ingénieur de l’École nationale supérieure d’Arts & Métiers d’Angers, fut embauché en mars 1965. Il s’intéressa au projet du designer Fergus Pollock qui travailla sur une nouvelle idée, le Chrysler Supervan. Son objectif était la sauvegarde de l’emploi de l’usine Matra de Romorantin. Avec son équipe, il développa toute une série de prototypes, le P16 utilisant le soubassement des Talbot 1510/Solara, muni d’une suspension à 4 roues indépendantes et d’un moteur transversal, le P17 exploitant le soubassement de la Talbot Horizon, le P18 sur base Peugeot 305…

En 1981, la direction de Peugeot, repreneur de Chrysler Europe, signifia à Philippe Guédon, l’abandon de toute collaboration. Ce dernier se rapprocha de Bernard Hanon (1932-2021), président-directeur général de Renault depuis août 1981, et lui présenta le prototype P23 le 15 décembre 1982. Bon nombre d’équipements provenaient de duo Renault 18/Fuego. Le moteur était implanté en position avant longitudinale. L’essieu arrière était rigide, une constante pour les futures générations. Sa structure portante était en acier galvanisé ; les éléments de sa carrosserie, en matériaux composites. Les évènements s’enchaînèrent rapidement. En janvier 1983, Peugeot céda à Matra sa participation dans le capital de Matra Automobile. En avril 1983, le prototype définitif fut achevé. En juin 1983, Renault et Matra signèrent un accord pour la production et la commercialisation du monospace Renault Espace. En décembre 1983, les études s’achevèrent. En janvier 1984, la production des exemplaires de présérie débuta. Le 16 avril 1984, le premier véhicule de série sortit de l’usine de Romorantin.

La première génération du Renault Espace : la partie n’était pas gagnée !

Le monospace Renault Espace reçut un accueil enthousiaste du public. Nos anciens virent en lui, la digne descendance de la Renault 16. L’aménagement intérieur était modulaire : 2 sièges « pétale » pivotants à l’avant, 3 sièges individuels pour la seconde rangée ou 1 siège central et 2 implantés à l’arrière ou 3 rangées de 2 sièges ou 3 rangées de 2+3+2 sièges. Son empattement était de 2,58m pour une longueur de 4,25m (4,3m avec la motorisation turbo diesel). La boîte à vitesses manuelle offrait 5 rapports. Cependant, seulement 9 exemplaires furent vendus en juillet 1984. Sur 5923 unités produites en 1984, 2703 furent vendues !

La raison de ce lancement difficile était liée à sa grille tarifaire calquée sur celle de l’autoroutière Renault 25. En 1985, 14083 exemplaires furent produits et vendus. Les chauffeurs de taxis furent les premiers acquéreurs ; leurs clients, les seconds. En 1986, 19320 unités produites ; en 1987, 23 584. Georges Besse (1927-1986), président-directeur général de Renault depuis 1985, et Raymond Lévy (1927-2018), président-directeur général de Renault entre 1986 et 1992, soutirent l’engagement de la Régie auprès de Philippe Guédon. En janvier 1988, le Renault Espace fut restylisé et la proue devint soumise. Le remplacement de phares empruntés auparavant au véhicule utilitaire Renault Trafic, porta sa longueur à 4,37m. En décembre 1988, apparut le Renault Espace Quadra, équipé d’une transmission permanente à 4 roues motrices et d’un viscocoupleur central. En 1988, 31798 unités furent produites ; en 1989, 44 458 ; en 1990, 47 420. Les 5108 derniers exemplaires furent vendus en 1991. La production totale attint 191694 unités, soit une moyenne annuelle de 31949 exemplaires.

La seconde génération du Renault Espace : un restyling important

Le Renault Espace II fut produit entre janvier 1991 et octobre 1996. Il reprit les solutions techniques de son prédécesseur et son empattement. Sa longueur était de 4,43m. Les freins arrière à tambours étaient présents sur la motorisation turbo diesel. Les freins arrière à disques étaient optionnels sur les 4 cylindres de 1995cm³ et 2165cm³, montés en série sur la version Quadra et avec le V6 de 2849cm³. La face avant était magnifique avec ses rétroviseurs intégrés. Son Cx était compris entre 0,32 et 0,36. Le cap des 500 000 exemplaires fut franchi en juillet 1996 en incluant les Renault Espace I. En 5 ans, le Renault Espace II fut assemblé à 317225 unités, soit une moyenne annuelle de 63445 exemplaires. Le succès commercial était bien présent !

La troisième génération du Renault Espace : le Renault Espace le plus abouti réalisé à Romorantin

Le Renault Espace III fut présenté en octobre 1996 et sa commercialisation débuta en décembre 1996. Son empattement était de 2,7m et sa longueur, de 4,52m. Les motorisations étaient implantées transversalement ce qui garantissait une belle habitabilité. La boîte à vitesses manuelle offrait toujours 5 rapports. Les freins arrière à tambours étaient associés au 4 cylindres essence de 1998cm³ délivrant 114ch ECE à 5400tr/mn. Les freins arrière à disques furent montés à partir de septembre 2000 sur les motorisations turbo diesel. Les freins arrière à disques furent montés en série sur les autres motorisations. La version Quadra ne fut pas reconduite. Son design ne provint pas de Matra, mais de Thierry Métroz, designer extérieur chez Renault. Son Cx était de 0,34. En janvier 1998, apparut le Renault Grand Espace, son empattement étant de 2,87m pour une longueur de 4,79m. En 5 ans, le Renault Espace III fut assemblé à 365323 unités, soit une moyenne annuelle de 73065 exemplaires. En trois générations, 874242 unités furent produites !

La quatrième génération du Renault Espace : une carrosserie en acier

Le Renault Espace IV fut fabriqué à Sandouville dans une usine Renault entre 2002 et 2014. Tout en acier, l’objectif fut d’accroître le volume de production et de vente. Son empattement était de 2,8m pour une longueur de 4,66m (empattement de 2,87m et longueur de 4,86m pour la variante Renault Grand Espace). La boîte à vitesses manuelle offrait 6 rapports. Le Renault Espace III 2.2 dCI 130 pesait 1662kg. Le Renault Espace IV 2.2 dCI 150 pesait 1775kg. Avec 5 personnes à bord, il était difficile de descendre sous les 10 litres aux 100km de gasoil. En 12 ans, il ne fut fabriqué qu’à 372692 unités, soit une moyenne annuelle de 31058 exemplaires, moins que le Renault Espace I !

Le « coupéspace » Renault Avantime : un marché de dupe !

Sous l’ère de Louis Schweitzer (1942-….), président-directeur général de Renault entre 1992 et 2005, fut dévoilé le révolutionnaire concept-car Renault Avantime. Il fut présenté au public en mars 1999 et réalisé à partir de la plate-forme du Renault Espace III, doté d’un empattement conservé de 2,7m. La liste des équipements était pléthorique :

  • toit entièrement vitré, ouvrant et coulissant,
  • portes à double cinématique, en aluminium et matériaux composites, sans encadrement des glaces latérales,
  • 4 glaces électriques latérales sans montant central,
  • phares avec veilleuses horizontales au xénon,
  • badge magnétique de verrouillage et déverrouillage des portes,
  • système d’accompagnement sur support DVD Pionner (écran 16/9 escamotable au centre de la planche de bord),
  • lecteur DVD situé dans la console centrale arrière (deux écrans 16/9 intégrés aux dossiers des sièges avant),
  • climatisation individuelle,
  • 4 sièges individuels intégrant, chacun, une ceinture de sécurité embarquée,
  • système d’arrimage des bagages à sangle rétractable,
  • compartiment spécifique dédié aux petits bagages implanté sous le plancher de coffre…

Présentant l’œuvre de Thierry Métroz lors du 69ème Salon de l’automobile de Genève en mars 1999, Patrick Le Quément (1945-….), patron du design de la marque au Losange entre 1987 et 2009, affirma que le véhicule commercialisé en serait proche à 95 %, pari tenu et gagné ! En septembre 2001, débuta la vente du « coupéspace » Renault Avantime 3.0 V6 24V. Réalisé dans l’usine Matra de Romorantin, sa longueur était de 4,64m. Son soubassement était en acier galvanisé, sa carrosserie en matériaux composites, sa structure supérieure en aluminium. Le spot publicitaire était magnifique, avec la participation du génial créateur de mode Jean-Paul Gaultier et l’exploitation du slogan « Renault, créateur d’automobiles ».

Au cours de la première moitié de l’année 2002, furent ajoutées les versions Renault Avantime 3.0 V6 24V automatique, Renault Avantime 2.0 16V, Renault Avantime 2.2 dCi. La motorisation turbo diesel s’avéra extrêmement fragile, avec à la clé, un échange standard au bout de 65000 km, expérience vécue.

Sans un soutien financier généré par la fabrication du Renault Espace dans l’usine de Romorantin, l’aventure du « coupéspace » Renault Avantime, un concept extrêmement audacieux et futuriste, parut périlleuse. Insatisfait par le volume de vente, Renault stoppa l’épopée en février 2003. 8557 Renault Avantime furent produits en 18 mois, la moitié ayant été exportée. Le 26 février 2003, Matra annonça la fermeture de son usine ; plus de 1500 salariés furent licenciés avec le retrait du Renault Espace III ; 1000, avec le retrait du Renault Avantime ; plus de 2500 au total !

La cinquième génération du Renault Espace : un SUV qui n’en fut pas un !

Sous l’ère de Carlos Ghosn (1954-….), président-directeur général de Renault entre 2005 et 2019, le Renault Espace V fut fabriqué à Douai, entre mars 2015 et avril 2023. D’un empattement de 2,88m pour une longueur de 4,86m, toujours équipé d’un essieu arrière rigide, offrant 5 ou 7 places, il reprenait le style SUV sans pour cela proposer des versions 4 roues motrices. Le système 4Control (4 roues directrices) était disponible en option. En 8 ans, il ne fut fabriqué qu’à 97589 unités, soit une moyenne annuelle de 12199 exemplaires.

La sixième génération du Renault Espace : le fleuron de Renault fabriqué en Espagne !

Sous l’ère de Luca de Meo (1967-….), président-directeur général de Renault depuis 2020, le Renault Espace VI fut présenté le 28 mars 2023. Il est fabriqué à Palencia en Espagne. Il s’apparente à un Renault Austral, avec un empattement porté de 2,67m à 2,74m, une longueur portée de 4,51m à 4,72m. Il offre 5 ou 7 places, une motorisation turbocompressée et hybride 3 cylindres, une boîte à vitesses automatique multimode. Une banquette remplace désormais les trois sièges individuels arrière ; quant à la troisième rangée de sièges, elle conviendra aux plus jeunes. Le système 4Control (4 roues directrices) et la suspension à 4 roues indépendantes sont disponibles en option. Son prix débute à 45000€.

Le Renault Rafale : la version liftback du Renault Espace VI

En mars 2024, apparut le SUV Renault Rafale. Il reprend la plate-forme du Renault Espace VI, sa motorisation, sa transmission et son empattement de 2,74m (pour une longueur de 4,71m). Sa ligne est de style liftback 5 portes 5 places, les encadrements des glaces latérales au niveau des portières étant toujours présents. La suspension à 4 roues indépendantes est montée en série, le système 4Control (4 roues directrices) étant disponible en option ou monté en série selon les marchés. En octobre 2024, fut ajoutée la variante dénommée Renault Rafale PHEV 4WD, les roues arrière étant entraînées par un moteur électrique complémentaire implanté à l’arrière.

Le SUV Renault Rafale, actuel porte-étendard de la marque, reprend la dénomination de l’avion de course Caudron-Renault Rafale. L’avionneur Caudron fut créé en 1909 à Le Crotoy, ses installations industrielles étant déménagées à Issy-les-Moulineaux en 1914. Il exploita principalement des moteurs Renault tant et si bien que le 1er juillet 1933, Louis Renault acheta Caudron pour former Caudron-Renault. Le palmarès en matière de records fut, tout simplement, fantastique. Le Caudron-Renault Rafale, également dénommé C430, C450 et C460, était issu du Caudron-Renault C362 et du Caudron-Regnier C366 de 1933.

Le Caudron-Renault Rafale était stylistiquement tellement réussi qu’Hergé exploita le Caudron-Renault C460 dans les aventures de Jo, Zette et Jocko, dans les albums Le testament de M. Pump et Destination New-York, sous la dénomination Stratonef H22.

Banalement, le porte-étendard Renault Rafale est fabriqué à Palencia en Espagne, et non en France à l’instar des avions Caudron-Renault…

Article co-écrit par : ABSOLUTELY CARS & CARDO
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’Archives


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