De Bianchi à Autobianchi : une aventure humaine et industrielle transalpine émouvante (partie 1/2) !

Nous devons cette aventure à un homme exceptionnel, Edoardo Bianchi, qui, à 20 ans, créa un atelier mécanique en 1885 dans le centre historique de Milan, Via Nirone, il y a 140 ans ! Si on devait résumer ce que fut Bianchi, une seule photographie suffit, mais quelle photographie : celle de Fausto Coppi dans le Tour d’Italie de 1949 avec un maillot et un vélo Bianchi, accompagné par la voiture suiveuse Bianchi S9, l’excellence !

ABSOLUTELY CARS vous invite à redécouvrir les automobiles Bianchi dans ce premier article, puis les Autobianchi dans le suivant.

Bianchi et Fausto Coppi, un binôme éternel !

Edoardo Bianchi (1865-1946), orphelin à 4 ans et placé dans l’orphelinat Martinitt, créa un atelier en 1885 à Milan dédié à la réparation et à la construction des bicyclettes. En 1888, il équipa ses petites reines de pneumatiques inventés par John Boyd Dunlop (1840-1921). En 1895, il fut invité par la reine Marguerite de Savoie (1851-1926), épouse du roi Humbert 1er, en vacances à Monza, pour lui montrer le fonctionnement d’une bicyclette et lui apprendre à s’en servir. Il arriva avec une bicyclette dédiée à une femme, une première ! L’impact médiatique fut fulgurant, Edoardo Bianchi reçut le titre de « fournisseur officiel de la Maison royale » et les commandes affluèrent de toute l’Italie et de l’étranger. En 1897, il motorisa une bicyclette avec un monocylindre De Dion-Bouton. La branche motocyclette ne s’éteignit qu’en 1967. Pour développer ses activités, il fit construire une usine Via Nino Bixio, sa production débutant en 1902.

De son côté, Fausto Coppi remporta son premier tour d’Italie le 9 juin 1940 à 20 ans et fut recordman de l’heure à 22 ans. En mars 1943, il fut envoyé avec son régiment en Tunisie. Prisonnier de guerre en avril 1943, il rentra en Italie en mai 1945. Fin 1945, il signa un contrat avec l’équipe Bianchi. Décédant le 3 juillet 1946 dans sa villa de Varène des suites d’un accident de la route, Edoardo Bianchi ne vit pas toutes les victoires remportées par Fausto Coppi. Dans une Italie meurtrie par la Seconde Guerre mondiale, qui compta trois millions de vélos pour seulement 150000 voitures en circulation, remporter des courses cyclistes était le meilleur moyen de promouvoir une marque. Fausto Coppi courut pour Bianchi de 1946 à 1956, puis en 1958. Il remporta, entre autres, 4 tours d’Italie supplémentaires (1947, 1949, 1952, 1953), deux tours de France (1949, 1952), le Milan-Sanremo par trois fois (1946, 1948, 1949), cinq fois le Tour de Lombardie (1946, 1947, 1948, 1949, 1954), le Paris-Roubaix en 1950, le Championnat du Monde en 1953. Avec panache, il pédala au cours de sa carrière, plus de 3000km d’échappée en solitaire. Fausto Coppi décéda à l’âge de 40 ans « d’un mal étrange » (première page du quotidien Corriere della Sera du 3 janvier 1960) suite à un critérium à Ouagadougou. La firme italienne continua à briller par la suite, mais jamais autant que pendant les années Fausto Coppi. A la fin des années 60, la production des cycles fut transférée à Treviglio. Depuis mai 1997, Bianchi fait partie du groupe suédois Cycleurope AB. Tout récemment, l’usine de Treviglio fut totalement rénovée.

Les automobiles Bianchi d’avant la Première Guerre mondiale

L’usine de Milan fabriqua un tricycle et un quadricycle entre 1899 et 1903, équipés d’un monocylindre refroidi par air De Dion-Bouton implanté entre les deux roues arrière et d’un pédalier. Entre 1899 et 1900, fut également produite une voiturette également munie d’un monocylindre refroidi par air De Dion-Bouton implanté à l’arrière. Entre 1900 et 1903, des automobiles équipées d’un monocylindre refroidi par eau situé à l’avant, furent réalisées. La boîte à vitesses 3 rapports fut adoptée en 1902. L’éphémère bicylindre, disponible entre 1902 et 1903, était munie d’une boîte à vitesses 4 rapports tout comme les nouvelles 4 cylindres. En 1905, l’entreprise fut rebaptisée « Fabbrica di automobili e velocipedi Edoardo Bianchi & Cie ». En avril 1906, Edoardo Bianchi fonda à Brescia la « Società Bianchi Camions Automobili » qui disparut en 1908, la fabrication des camions demeurant pérenne jusqu’en 1919 en utilisant les organes mécaniques des voitures, quitte à allonger les empattements pour répondre aux besoins. Les automobiles Bianchi furent distribuées en Angleterre par Straker and McConnell Ltd, puis par Whiting Ltd et, à partir de 1917, par la filiale Bianchi Motors Ltd.

En juillet 1906 dans la revue pratique de locomotion parisienne Omnia, furent présentées la Bianchi 20/30hp (dénommée également Bianchi Tipo C) de 4942cm³, la Bianchi 40/50hp (Bianchi Tipo D) de 7964cm³ et la Bianchi 70hp (Bianchi Tipo E) de 11310cm³, une fulgurante montée en gamme ! A l’automne 1906, Edoardo Bianchi embaucha le motoriste Giuseppe Merosi (1872-1956), ce dernier le quittant en septembre 1909 pour ALFA qui devint, par la suite, Alfa Romeo. Embauché en 1907, Carlo Maserati courut avec la voiture de course Bianchi 120hp. Il finit huitième lors de la Coppa Florio à Brescia et n’arriva pas à se qualifier pour la course du Kaiserpreis. En 1908, il entra chez Junior.

En 1907, l’entreprise fut rebaptisée « Società Anonima Edoardo Bianchi ». Fut ouvert un second site industriel Viale Abruzzi, dédié aux automobiles (voitures et camions).

En 1914, sortit la Bianchi Tipo S avec une grille tarifaire extrêmement agressive. Elle était disponible en une seule couleur et avec quelques carrosseries. Son 4 cylindres offrait une cylindrée de 1244cm³ (1460cm³ entre 1917 et 1920). Son empattement était de 2,4m. Ce fut la seule 4 cylindres Bianchi munie d’une boîte à vitesses 3 rapports. Elle ne connut pas le succès escompté. En 1914, 45000 bicyclettes, 1500 motocyclettes, 1000 voitures et 40 camions furent produits (entre 1906 et 1919, Bianchi fabriqua 625 camions). En 1918, un bilan fut effectué : depuis ses débuts, Bianchi avait fabriqué 6529 voitures et seul FIAT en avait produit davantage.

Les automobiles Bianchi de l’entre-deux-guerres

Edoardo Bianchi changea de braquet en 1924. Les nouveaux modèles adoptèrent des 4 cylindres munis de soupapes en tête et les 4 freins à tambours. Leurs cylindrées étaient moindres ; le niveau de performances, conservé ; la consommation, amoindrie. En 1927, sortit la Bianchi V3-S7 très rapidement remplacée par la Bianchi S8 devenue célèbre ; toutes les deux étant équipées d’un 8 cylindres en ligne munie de soupapes en tête. La production totale de ces deux voitures fut de 190 exemplaires.

En juin 1934, fut lancée la Bianchi S9 équipée d’un 4 clindres OHV de 1453cm³. En 1937, elle fut vigoureusement restylisée et adopta le freinage à assistance hydraulique. Entre 1920 et 1945, les constructeurs italiens produisirent 851000 voitures, 81,9% attribuées à FIAT ; 7,8%, à Lancia ; 2,2% à Bianchi (le 3ème constructeur italien avec 18635 unités). La fabrication des voitures Bianchi s’arrêta en 1940. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Italie ressemblait à ce que nous voyons dans le film La ciociara de Vittorio De Sica (avec dans les rôles principaux, Sophia Loren, Eleonora Brown et Jean-Paul Belmondo) sorti en décembre 1960 et le film Le Voleur de bicyclette de Vittorio De Sica (avec dans les rôles principaux, Lamberto Maggiorani et Enzo Staiola) sorti en novembre 1948.

En 1946, Giuseppe Bianchi succéda à son père. Les voitures suiveuses de Fausto Coppi, les Bianchi S9, étaient des véhicules anciens. Aujoud’hui malgré une fiabilité reconnue, bien peu d’automobiles Bianchi ont survécu, seulement 48 dont 25 Bianchi S9.

En 1934, Bianchi reprit la fabrication des camions :

  • entre 1934 et 1939, le Bianchi Mediolanum 36 sous licence Mercedes-Benz équipé d’un 4 cylindres diesel de 4952cm³ (110×130) délivrant 57 chevaux DIN,
  • entre 1938 et 1939, le Bianchi Mediolanum 68 équipé d’un 4 cylindres diesel de 4849cm³ (105×140) délivrant 60 chevaux DIN,
  • entre 1939 et 1945, le Bianchi Mediolanum Miles équipé d’un 4 cylindres diesel de 4849cm³ (105×140) délivrant 65 chevaux DIN,
  • entre 1946 et 1950, le Bianchi Mediolanum Civis équipé d’un 4 cylindres diesel de 4849cm³ (105×140) délivrant 65 chevaux DIN,
  • entre 1951 et 1952, le Bianchi Audax équipé d’un 4 cylindres diesel de 5322cm³ (110×140) délivrant 84 chevaux DIN,
  • entre 1952 et 1955, le Bianchi Sforzesco équipé d’un 4 cylindres essence de 1810cm³,
  • entre 1952 et 1955, le Bianchi Fiumaro (dénommé Autobianchi Fiumaro entre 1955 et 1956) équipé d’un 4 cylindres diesel de 5322cm³ (110×140) délivrant 84 chevaux DIN,
  • entre 1952 et 1955, le Bianchi Filarete (dénommé Autobianchi Filarete entre 1955 et 1958) équipé d’un 4 cylindres diesel de 5322cm³ (110×140) délivrant 84 chevaux DIN,
  • entre 1952 et 1955, le Bianchi Visconteo équipé d’un 4 cylindres diesel de 3770cm³ (100×120) délivrant 54 chevaux DIN (dénommé Autobianchi Visconteo entre 1955 et 1959, muni d’un 4 cylindres diesel de 4156cm³ (105×120) délivrant 60 chevaux DIN),
  • entre 1958 et 1960, l’Autobianchi Ambrosiano équipé d’un 4 cylindres diesel de 4156cm³ (105×120) délivrant 67 chevaux DIN,
  • entre 1959 et 1968, les Autobianchi Scaligero et Estense équipés d’un 4 cylindres diesel de 4156cm³ (105×120) délivrant 61 chevaux DIN (munis d’un 4 cylindres diesel de 4397cm³ (108×120) délivrant 85 chevaux DIN entre 1962 et 1968).

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, les sites industriels de Bianchi avaient souffert des bombardements. La nouvelle usine de Desio, complémentaire, fut mise en service en 1947. Giuseppe Bianchi voulut créer une nouvelle société pour continuer la fabrication des camions et envisager celle des voitures. Pour cela, il garnit la corbeille de la mariée à l’aide du site industriel Viale Abruzzi, de l’usine de Desio, du talentueux tennisman et entrepreneur Ferruccio Quintavalle (1914-1998), porte-drapeau du savoir-faire des salariés. Leopoldo Pirelli (1925-2007), PDG de la compagnie portant son nom et produisant des câbles et des pneumatiques, apporta sa contribution. Ils démarchèrent Vittorio Valletta (1883-1967), embauché par Giovanni Agnelli (1866-1945) en 1921, PDG de FIAT entre 1945 et 1967. Le 11 janvier 1955, fut créée Autobianchi (33% de parts sociales pour la famille Bianchi ; 33%, pour Pirellli ; 34%, pour FIAT). Outre le changement de marque des camions, une nouvelle aventure se dessinait.

Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’Archives


Laisser un commentaire