Focus sur : L’Hino 4CV, la Japonaise aux origines françaises

Qui ne connaît pas l’incontournable Renault 4CV ? La petite « frenchy » a su conquérir le monde, jusqu’au Pays du Soleil Levant, où les marques européennes étaient encore peu présentes. Vendue à des milliers d’exemplaires dans le Japon d’après-guerre, ce coup de maître a été réalisé par la marque Hino qui produisit des Hino 4CV sous licence Renault. Peu de chose oppose la Française et la Japonaise : pneumatiques Dunlop, clignotants, embrayage spécifique et planche de bord entièrement revue… si bien que la Hino 4CV, bien plus connue sous le nom d’Hino PA, est souvent considérée comme la soeur jumelle de notre petite française ! Mais une sœurette des plus indépendantes dont la production dura cinq années supplémentaires après l’arrêt officiel de la Renault 4CV, en 1961 ! ABSOLUTELY CARS vous propose d’apprendre plus sur ce chapitre peu connu de l’Histoire automobile !

Le Japon d’après-guerre : une future terre d’automobiles

Les premières Renault 4CV furent réalisées sous licence au Japon, à partir de 1953, par la marque Hino, sous la dénomination Hino PA. A cette époque, peu de constructeurs nippons que nous connaissons aujourd’hui, construisaient des automobiles. Nous pouvons citer :

  • Aichi qui commença la production du triporteur Djaianto, en 1947 et qui fabriqua les fameuses Cony, de 1959 à 1970.
  • Daihatsu qui se dénommait Hatsudoki Seizo, avant 1951 et qui fabriqua, entre autres, des triporteurs de 1930 à 1972. La première tentative en matière de véhicules de tourisme fut la ravissante Daihatsu Bee équipée de 3 roues disponible de 1951 à 1956. La première 4 roues fut lancée en 1963.
  • Honda qui réalisa ses premières voitures en 1963.
  • Isuzu qui commença la production des Hillman Minx, en 1953 et qui réalisera ses propres voitures à partir de 1961.
  • Mazda qui construisit ses premières voitures en 1960.
  • Mitsubishi qui importa la Kaiser-Frazer Henri J entre 1951 et 1954, qui fabriqua le triporteur Mizushima entre 1946 et 1962, le scooter Silver Pigeon entre 1946 et 1963, la Jeep Willys CJ-3B entre 1953 et 1998… La première voiture de tourisme apparut en 1960.
  • Datsun du groupe Nissan qui produisit sa première lignée entre 1932 et 1959, reposant sur une technologie AUSTIN Seven. Par la suite, la firme s’émancipa.
  • Tama qui réalisa ses véhicules électriques entre 1947 à 1951. Le moteur thermique fut adopté en 1952 et en 1955, Tama Motors Company devint Prince Motor Company.
  • Subaru qui construisit sa première voiture en 1954, en 20 exemplaires. La production de masse débuta en 1958.
  • Suzuki qui fabriqua des voitures sous la marque Suzulight de 1955 à 1969 et qui produisit des automobiles sous son nom à partir de 1965.
  • Toyota qui débuta la production de masse, à partir de 1951, avec un 4×4 qui deviendra le Land Cruiser. En parallèle, la firme produisit des voitures de tourisme sous la marque Toyopet, de 1947 à 1968. En 1961, fut introduite une gamme complémentaire vendue sous son nom.

Au début des années 1950, peu de Japonais pouvaient s’offrir une voiture particulière. Conscient que le Japon devait exporter, car dépourvu de richesses naturelles, le ministère du Commerce extérieur et de l’industrie dénommé MITI pour Ministry of International Trade and Industry, fondé en 1949, s’investit pour rapprocher les industriels locaux des industriels occidentaux. Mais ces derniers se montèrent méfiant vis à vis d’un transfert de technologie. Le groupe Nissan continuait à échanger avec Austin, ce qui lui permettait de se maintenir en tant que leader et d’exporter en Australie. Isuzu s’approcha de Hillman et Hino de Renault. En 1953, les voitures particulières ne représentaient que 17% des véhicules vendus. Elles étaient lourdement taxées, entre 20 et 50% du prix de vente. Pour favoriser le développement de son industrie, l’importation de voitures d’occasion étrangères fut rendue plus difficile. A la fin des années 1950, le pouvoir d’achat d’une partie de la population s’étant accrue et le prix des voitures baissa. Le libre échange n’étant pas envisagé, les constructeurs qui s’étaient les plus développés commencèrent à implanter des usines à l’étranger, la première étant celle de Toyota au Brésil, en 1958.

L’histoire du constructeur japonais Hino

Hino, ou plus exactement Hino Heavy Industry Company, fut fondée en 1942, à Hino, près de Tokyo, pour fabriquer des moteurs diesel destinés à la marine japonaise. Après la Seconde Guerre mondiale, Hino fit des autobus et des camions. En 1953, commença la production des Renault 4CV sous licence française. Le MITI imposa à Hino des minima de production : 2000 exemplaires, la première année, 2600, la seconde, 3400, la troisième. Dans les accords signés par le MITI, Renault et Hino, il était prévu de passer de 25 % de pièces japonaises à 75 % au bout de 12 000 voitures produites. En 1957, 100% des pièces étaient japonaises. La Hino PA fut fabriquée en 34 853 exemplaires, sa production étant transférée à Hamura en 1963.

Les modèles complémentaires, fabriqués à Hamura, furent développés en échangeant avec la Régie Renault :

  • Hino PB : proche de l’utilitaire Renault Estafette, 4 cylindres OHV, traction et 4 roues indépendantes.
  • Hino PC Contessa 900 : développée à partir de la Hino PA, elle en reprit les solutions techniques, caisse autoporteuse, 4 roues indépendantes, 4 cylindres OHV implanté en porte-à-faux arrière mais adoptant une culasse de type crossflow, coffre avant s’ouvrant comme la Renault 4CV et non comme la Renault Dauphine.
  • Hino PD Contessa 1300 : développée à partir de la Hino PC Contessa 900, radiateur à l’arrière comme sur les Renault 8 et 10 (situé entre l’habitacle et le moteur sur la Hino PC Contessa 900 et sur la Renault Dauphine).
  • Hino Pick-up Briska FG et Hino Pick-up Briska FH : 4 cylindres OHV implanté à l’avant entraînant les roues arrière.

L’exportation fut envisagée rapidement vers l’Australie, vers l’Europe avec, comme porte d’entrée, les Pays-Bas, vers les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Suisse, l’Autriche, la France plus tardivement… Pour être parfaitement aligné sur les goûts des Européens, Hino sollicita le designer italien Giovanni Michelotti (1921-1980). L’usine de Haïfa d’Israël fut exploitée de 1963 à 1968.

HINO Contessa 1300 Sprint Michelotti équipée de 4 freins à disques
HINO Contessa 1300 Sprint Michelotti équipée de 4 freins à disques

L’épilogue de l’Hino 4CV

Au milieu des années 1960, le MITI intervint auprès des industriels du monde de l’automobile pour concentrer les moyens humains et financiers. En 1965, Aichi-Cony fut absorbée par Nissan et à partir de 1970, les usines originelles et complémentaires (Nagoya, Atsuta, Eitoku, Matsusaka, Minato, Ōe, Tsu) produisirent des moteurs et des transmissions pour Nissan. En 1966, Prince fut absorbée par Nissan qui conserva deux lignées de produits, les Gloria et les fameuses Skyline.

Fin 1966, Hino devint une filiale de Toyota tout en conservant son domaine de prédilection, la réalisation des autobus et des camions. Aujourd’hui, cette filiale emploie plus de 34 000 salariés avec une production avoisinant les 200 000 véhicules. En 1967, Daihatsu devint une filiale de Toyota en maintenant la fabrication des mini-citadines.

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS & CARDO
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’archives

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