Elva Cars, de pilote à constructeur automobile

En 2020, la marque McLaren a dévoilé à la presse son tout dernier modèle, la McLaren Elva, véritable hommage à la McLaren M1A, premier speedster de course signé par ce constructeur automobile. Mais savez-vous que cette dernière avait été construite par une société extérieure, chose nullement surprenante dans les années 1960 ? Et que cette entreprise n’est autre que le constructeur britannique Elva Cars ? Nous devons à cette firme anglaise, bien sûr, la McLaren-Elva M1A, mais également de nombreuses voitures de courses dont l’Elva Courier ou encore l’Elva GT160 ! ABSOLUTELY CARS vous propose de revenir sur le constructeur automobile anglais Elva Cars, peu connu aujourd’hui, sur les pistes de compétitions comme sur la route !

Frank G. Nichols, un homme passionné par les courses d’automobiles

Frank G. Nichols (1921-1997) quitte l’école à quatorze ans et après avoir passé un certain temps dans l’armée, jusqu’en 1947, il commence à travailler comme concessionnaire de véhicules d’occasion près de Bexhill, dans le Sussex de l’Est, connue pour avoir été le théâtre de la première course automobile sur le sol britannique. Rapidement, il se découvre une passion pour la compétition et s’engage au volant d’une Lotus VI, puis d’une CSM. Il côtoie plusieurs pilotes avec qui il remporta des victoires notables. Il faut savoir que dans les années 1950, les artisans-constructeurs sont nombreux à participer aux courses de promotions, à l’image de Brabham, de Cooper, de Lola ou encore de Lotus… Et Frank G. Nichols compte bien y prendre part. Il a l’intention de construire une voiture de sport/course à bas prix.

En 1955, il crée alors « Elva Engineering Co Ltd » dont le nom provient d’une phrase française : « elle va« . Après des débuts assez modestes avec l’Elva MKI, l’entreprise se développe rapidement. Elle deviendra la spécialiste de la réalisation en kits spécialement conçus pour la course, accouplés à des blocs moteurs Ford. Le 22 mai 1955, Robbie Mackenzie-Low établit à Prescott un nouveau record de 51,14 sec à bord d’une Elva MKI. En 1956, il sort l’Elva MKII, équipée d’une carrosserie en fibre de verre Falcon Shells et d’un moteur Coventry-Climax de 1100 cm3. Avec cette nouvelle voiture de courses Elva Cars et la production de Formules Junior, Elva connut un rythme soutenu avec de nombreuses voitures exportées aux États-Unis… si bien qu’un distributeur américain, Carl Haas, lui suggéra la conception d’une voiture de sport Elva de série. L’Elva Courier est née? connaissant un grand succès à la fois sur route et sur piste. Assemblée dans une usine spécialement construite à Hastings, elle fut principalement vendue aux Etats-Unis.

En 1958, la marque Elva Cars développe l’Elva MK IV, révolutionnaire pour son époque. Elle est dotée d’une toute nouvelle suspension arrière indépendante utilisant des essieux oscillants à bras pivot. Son design a été spécialement étudié pour la rendre la plus aérodynamique possible avec une zone frontale réduite. En 1959, une Elva Mark IV conduite par Frank Baptista, Art Tweedale et Charley Wallace termina à la première place de sa classe et 19ème au classement global des 12 Heures de Sebring. La même année, Arthur Tweedale et Bob Davis, au volant d’une Elva Mk IV, remportent la Marlboro Six Hour Endurance Race, dans le Maryland. Une victoire qui se transformera en doublé en 1960 ! L’Elva Mk V aura également son lot de victoires dans des courses importantes.

En 1961, une première mésaventure financière oblige Elva à céder la production de son unique voiture de série, l’Elva Courier, à Trojan Limited. De son côté, Frank G. Nichols poursuit la conception de véhicules sportifs « routiers » et de courses au travers de la Formule Junior et des Elva MK VII BMW/Porsche. Le 8 septembre 1963, Bill Wuesthoff et Augie Pabst remportent la Road America 500, septième manche du Championnat des États-Unis de course sur route, au volant d’une Elva Mk.7-Porsche, dotée d’un quatre cylindres à plat de 1700 cm3 d’origine Porsche et d’un ventilateur de refroidissement horizontal. Le 7 juin 1964, Edgar Barth remporta la manche d’ouverture du Championnat d’ Europe de courses de côte, à Rossfeld, dans le sud de l’Allemagne, avec une Elva-Porsche Mk VII équipée d’un moteur huit cylindres à plat Porsche. En 1964, Elva produit son ultime voiture de courses : l’Elva MK VIII, équipée d’un moteur BMW 1,8L ou Holbay-Ford 1,15L. En 1965, Elva se rapproche de Trojan Limited afin de fabriquer la McLaren-Elva-Oldsmobile. Lors du Racing Car Show de 1966, Elva exposa deux voitures de course sportives : la McLaren-Elva Mk.II V8 et l’Elva-BMW Mk. VIIIS. L’Elva-BMW Mk. VIIIS fut équipée d’un moteur OHC quatre cylindres BMW 2L.

A la même époque, Frank G. Nichols cède ses parts à Trojan Limited, quittant par la même occasion, la scène du sport automobile pour se reconvertir dans la pêche sportive. Elva ne survivra pas très longtemps après le départ de son fondateur, disparaissant définitivement en 1968. En treize ans d’existence, Elva Cars a su concevoir et construire des véhicules routiers et de courses d’exception, désormais très recherchées aussi bien en Europe qu’Outre-atlantique !

Les modèles d’Elva Cars : de la piste à la route

Les Formule Junior, purement sportives

Les Formules Junior apparaissent sur les pistes de courses en 1958, suite à leur homologation par la CSI (Commission Sportive Internationale) et la FIA. Imaginée comme une « entrée de gamme », ces monoplaces de courses permettent aux jeunes conducteurs de faire leurs premiers pas. Elva Cars en fait partie. Dès septembre 1959, Frank G. Nichols produit la série Elva FJ 100, composée d’une structure tubulaire et propulsée par un bloc-moteur BMC Série A de 948cm3 ou un moteur à deux temps DKW, en position central avant. Ses jantes de 15 pouces sont en magnésium. Le confort et la tenue de route passent par des suspensions indépendantes. Le carnet de commande se remplit progressivement, boosté par les succès de l’Elva-DKW FJ 100 sur les pistes de Linas-Monthléry et de Sebring. En parallèle, Frank G. Nichols change la position du moteur de l’avant vers l’arrière, réutilisant le bloc-moteur BMC, prenant le nom d’Elva FJ 200. La monoplace continue à truster les podiums. L’ultime version de la Formule Junior sera le prototype Elva FJ-Ford, en 1961.

L’Elva Courier, l’unique sportive de série d’Elva Cars

L’Elva Courier MK II, la première d’une longue série

Principalement développé par la marque Elva et Peter Nott, le prototype Elva Courier fut construit au début de 1958. Cette voiture de sport destinée à la route se devait d’être relativement simple à fabriquer, compétitive sur la piste et facile à entretenir ou à réparer. Sa carrosserie en aluminium a été construite autour du châssis Williams & Pritchard. Elle donnera naissance à l’Elva Courier MK II. Une grande partie de la voiture a été produite en interne par Elva Cars. Destinée aux pistes, elle fut vendue principalement outre-atlantique. Doté d’un moteur MGA 1500cc de 72ch avec une boîte manuelle 4 rapports, elle réalisait de le 0 à 60 en 11,2 secondes et une vitesse de pointe de 100 mph, soit 160 km/h. A partir de 1959, l’Elva Courier MK II fut améliorée, donnant l’Elva Courier Spyder, un modèle spécialement développé pour les courses. Toujours fabriquée en kit, elle fut produite dans une nouvelle usine basée à Hastings. L’Elva Courier MK II sera vendue à près de 400 modèles jusqu’en 1961.

L’Elva Courier MK III et l’Elva Courier MK IV, figures de la passation avec Trojan Limited

En 1961, l’Elva Courier et sa production sont cédées à l’entreprise Trojan Limited qui en délocalise les usines à Purley Way. L’Elva Courier MKII est retravaillée, se dotant d’un châssis plus rigide et d’une technique plus moderne (suspension avant Triumph avec freins à disque, bloc-moteur MGA 1622cc…). Le prototype Elva Courier Mk III Coupé et l’Elva Courier Mk IV sont présentés à la presse au RAC Country Club, à Epsom, en septembre 1962. Peu de chose les différencie : l’habitacle reste identique avec une instrumentation minimaliste et un confort typé course.

La production de l’Elva Courier Mk IV est lancée en avril 1963, avec déjà 80 commandes passées. La déclinaison roadster apparaît dans la foulée. Elle offre le choix entre deux blocs moteurs. L’un est anglais en provenance de la MGB (1798cm3) et l’autre est américain issu de la Ford 1500GT (1500cm3). Les performances sont clairement au rendez-vous avec une vitesse de pointe atteignant les 250km/h. En octobre 1963, c’est la première voiture de sport de plus de 100 mph avec quatre roues à suspension indépendante vendue à moins de 1000£ ! Elle sera produite à 214 exemplaires dont 175 roadsters, 35 coupés et 4 en versions courses.

Elva Cars et ses associations germano-anglaises

L’Elva-Porsche MK VII, le projet inabouti

Suite à la victoire de Bill Wuesthoff et Augie Pabst lors la Road America 500, au volant d’une Elva Mk.7-Porsche en septembre 1963, Elva Cars s’inspire de ce modèle de compétition pour lancer « l’Elva-Porsche« . Cette voiture aurait été dotée d’un bloc moteur 4 cylindres de 1700cm3 de 80ch optimisé pour la route, bien que l’idée d’y implanter un 8 cylindres fut intenté. Hélas, ce modèle ne vit pas le jour, car Elva Cars ne réussit pas à l’homologuer pour la route.

Elva Cars et BMW, l’union de deux technologies

Elva Cars va également s’associer avec la marque allemande BMW, donnant ainsi naissance à l’Elva MK VIII S, doté d’un moteur BMW 1,8L ou d’un moteur Holbay-Ford 1,1L. Elle est dévoilée, en 1966, lors du Racing Car Show, aux côtés de la Mclaren Elva MKII V8. La version « Elva-BMW MK VIII » sera, quant à elle, proposée avec en option trois blocs américains (Chevrolet V8/ Ford V8 ou Oldsmobile). Toutefois, sa conduite reste assez difficile par rapport à l’Elva MK VII.

Son association avec BMW donnera également la magnifique Elva GT 160 Coupé-BMW. Présentée en 1964, lors du Salon de Turin et d’Earls Court, la belle sportive sera victime du nouveau partenariat entre Trojan Limited, nouveau actionnaire d’Elva Cars et McLaren, se tournant ainsi vers la conception de carrosseries. De ce fait, l’Elva-BMW GT 160 Coupé est la dernière routière sportive d’Elva Cars. En moins d’une année, elle sera seulement produite en 3 unités. Elle laissera derrière elle le souvenir d’une marque qui disparaît peu à peu du paysage automobile.

Aujourd’hui, les modèles Elva Cars sont très rares et une bonne partie se trouve désormais outre-Atlantique, entre les mains de collectionneurs privés. Elles continuent à courir sur les circuits internationaux lors de compétitions historiques.

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’archives

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