Focus sur : La Renault 4CV, la voiture française star des années 1950

 « 4 chevaux, 4 portes, 444 000 francs ! » Tel était le slogan de Renault pour vendre sa mythique Renault 4CV ! Conçue par Fernand Picard et Charles-Edmond Serre à la suite du développement de trois prototypes dont deux imaginés durant la Seconde Guerre mondiale, l’iconique citadine française révolutionnera le monde de l’automobile ! Symbole du retour de la paix et de la prospérité, c’est la première voiture française accessible au plus grand nombre… si bien qu’elle fut voiture la plus vendue en France jusqu’en 1955 ! Spacieuse pour son époque, économique et au design des plus charmants, la « 4 pattes », comme elle est affectueusement surnommée, est devenue une légende de l’automobile d’après-guerre. ABSOLUTELY CARS vous propose de revenir sur l’histoire de la première voiture française ayant franchi la barre du million d’exemplaires !

Retour sur la naissance de la Renault 4CV

Tout comme Citroën et son projet TPV (Très Petite Voiture), Renault et le service dédié aux Etudes de Fernand Picard esquissent, en secret, une étude de véhicule de petit gabarit, doté d’un bloc en position centrale arrière. L’objectif est de proposer une voiture fiable, simple, robuste et économique. Les dimensions sont minimalistes : 3.60m de long, 1.45m de large et 1.43 de haut… et ce, pour un poids maximum de 500kg sur la balance. Le tout accueille quatre personnes à bord et les valises. Le prototype de la Renault 4CV est testé à la fin de l’année 1941. Toutefois, la Seconde Guerre mondiale et la réquisition des usines par les Allemands vont couper court à l’avancée du concept. Le projet est relancé par Pierre Lefaucheux, nouveau directeur de la Régie Nationale des Usines Renault. Malgré la mise en place du Plan Pons, qui demande à Renault de faire des voitures moyenne gamme, Renault sortit sa nouvelle populaire : la mythique Renault 4CV, en référence à sa puissance fiscale.

Le modèle définitif de la Renault 4CV se voit doté de quatre portes, au lieu de deux comme sur les prototypes . Elle est dévoilée lors l’édition 1946 du Salon de Paris, tout premier salon automobile depuis la fin de la guerre. L’intérêt suscité des visiteurs va l’emmener loin : pendant près de 14 ans de carrière, cette voiture s’est inscrite dans une ère de renouveau dans l’économie et la liberté.

La Renault 4CV, la voiture populaire au cœur du processus de relance nationale

Surnommée « La voiture qui remet la France sur Roue », la Renault 4CV est produite l’année suivante, en 1947. L’engouement est immédiat et les commandes affluent. Elle constitue l’unique modèle de Renault après la guerre avec la Renault Dauphine et ce, durant près de quinze ans ! Afin de répondre à cette demande croissante, le processus de fabrication évolue grandement par l’intermédiaire de Pierre Bézier. Il se caractérise par l’installation de matériel permettant d’effectuer de multiples tâches sur une même pièce. Les notions du Fordisme changent radicalement la manière de produire et les cadences s’accélèrent. En moins de 10 ans, la Renault 4CV enchaîne les records :

  • en 1950 : le 100 000ème exemplaire sort des chaînes avec près de 300 véhicules produit par jour
  • en 1954 : 500 000ème unités produites par l’usine de Boulogne Billancourt
  • en 1958 : la barre du million est passée, une première pour une voiture française !

Les voitures inaugurales arborent une teinte de carrosserie « couleur sable » (peinture faite au Mans), dont l’origine remonte à 1942. Pour l’anecdote, les troupes allemandes de l’Afrika Corps de Rommel s’en servaient pour camoufler leurs chars. Cette réutilisation de teinte se fera sur les 300 premiers véhicules et lui vaut d’être baptisée « la motte de beurre ». Toutefois, le délai d’attente est long, étant parfois d’un an. La distribution dans les concessions est lente et difficile, compte tenu des capacités de production peu compatibles avec les commandes d’alors. Il faut attendre 1949 pour l’atteinte des objectifs de 300 unités/jour, amenant le succès qu’on connaît aujourd’hui !

Le châssis de la Renault 4CV est fixé à une carrosserie tout en rondeur, tandis que l’habitacle est spécialement imaginé pour accueillir quatre personnes à bord, avec les bagages. Au cours de sa carrière, plusieurs version de la Renault 4CV sont proposés. Dès 1948, la commerciale (ou utilitaire) est commercialisée. Elle se caractérise par un seule couleur de carrosserie noire, des portières tôlées, un plancher recouvert de bois, l’absence de siège passager et de banquette arrière, qui offre une capacité de chargement de 200kg. En parallèle, le modèle initial propose une finition « Luxe » et « Grand Luxe ». Elles se distinguent par des déflecteurs, un sabot d’aile arrière et un toit en toile rétractable, présent uniquement sur les versions « Grand Luxe ». En 1949, le pavillon de toit bombé est de série sur toutes les Renault 4CV. La marque ajoute une signalétique arrière au travers d’un feu arrière pour la version « Normale » ou de deux pour la version « Luxe ». La Renault 4CV « Grand Luxe » type R1060 sort également à la même époque, se distinguant par un toit en toile rétractable. Près de 9 518 unités trouveront preneurs. Cela dit, cela reste des exemplaires très spéciaux.

Deux ans plus tard, les premiers changements arrivent avec le remplacement des versions « Luxe » et « Grand Luxe » par celles « Affaires » et « Sport ». La « Normale » disparaît également du catalogue. La carrosserie se dote de nouveaux clignotants. En 1953, c’est au tour de la « Commerciale » d’être stoppée. Renault fait aussi une tentative de lancer la « Service », mais cette version-ci ne dura que 8 mois. Cette dernière offre un « colori » extérieur gris unique, une finition plus sobre avec l’unique présence du logo Renault, des portière ouvertes par câble, des vitres arrières fixes, l’absence de clignotant, une sellerie en tissu sur ressort en métal et une roue de secours dans le coffre avant.

A partir de 1954, la Renault 4CV voit sa face avant redesignée avec trois barrettes chromées, des jantes pleines et une planche de bord similaire à celle de la Renault Dauphine. Une transmission électro-magnétique d’origine Ferlec y est installée en 1955.

En 1956, une autre version quitte la gamme : la Renault 4CV « Grand Luxe « découvrable. Les ultimes modifications que connaîtra la Renault 4CV, correspondent à la fin de l’aération au niveau du pare-brise et à la mise en place des roues inédites. Essentiellement produite à Billancourt, elle arrêtera sa carrière en 1961.

Les motorisations de la Renault 4CV

Dès sa commercialisation, le choix se porte sur l’installation du groupe propulseur en position de porte-à-faux arrière. Il s’agit d’une question de budget et de technique. Une fois le bloc Cléon installé, la transmission passe en direct sur les roues arrières.

La Renault 4CV est dotée d’une mécanique 4 cylindres en ligne développant respectivement 17ch (760cm3) pour la « Normale » et 21ch (747cm3) pour la « Grand Luxe ». La « Découvrable » bénéficie de la puissance de la « Grand Luxe ». La boîte de vitesse est une boîte manuelle 3 rapports. A partir de 1950, la cylindrée retenue est celle de la « Grand Luxe », car cela lui permet de s’engager dans des courses. Il faut attendre trois ans supplémentaires pour que l’ensemble de la gamme se dote du bloc de 747cm3 de 21ch. Côté boîte de vitesse, la Renault 4CV offre une transmission électro-magnétique Ferlec à partir de 1955, en option. Le tout est associé à un système de refroidissement (radiateur) placé derrière la banquette arrière avec une prise d’air sur l’avant des ailes arrière. Un freinage est assuré par des freins hydrauliques à tambours sur les quatre roues. Côté performance, la Renault 4CV offre une vitesse de pointe de 103 km/h.

La Renault 4 CV et ses exemplaires spécifiques ou destinés à l’exportation

La Renault 4CV au service de la Police

La Renault 4CV se fait remarquer également au sein de la police française avec une version spécifique. C’est en 1955 que les ateliers Currus (déjà auteur de la préparation des paniers à salade) s’attaquent à la Renault 4CV. Cette version est reconnaissable par sa carrosserie blanche et noire. Près de 73 véhicules sont ainsi commandées. Les modifications sont notables :

  • Antivol Neiman
  • batterie 12V
  • culasse optimisée
  • échappement spécial
  • émetteur-récepteur à ondes courtes
  • embrayage électro-magnétique
  • phare orientable à la portière droite
  • puissance de 30ch pour une vitesse maximum de 120 km/h

Le Plan Pons et la Renault 4CV : l’exportation de la petite « frenchy »

En 14 ans de carrière, ce modèle a su charmer les populations au-delà de l’hexagone. Sur 1 105 547 unités écoulées, près de 170 000 ont été exportées en dehors de la France. Parmi les pays d’exportations, les Etats-Unis sont les premiers, de 1948 à 1961, avec des chiffres de vente inférieurs à 5000 unités. La Renault 4CV va aussi conquérir le Pays du Soleil Levant, dès 1953, avec des voitures produites sous licence Renault. A noter que même l’Australie a produit des Renault 4CV dans son usine de Sydney, entre 1951 et 1961 !

Côté européen, la mythique Renault 4CV fut exportée également en Belgique, où elle était produite par les usines d’Haren, de 1948 à 1961 et en Espagne, aux usines de Valladolid, de 1951 à 1961. En 1961, sort le 1 105 547ème et dernier exemplaire des usines de Billancourt, signant l’arrêt de la Renault 4CV La relève sera assurée par une tout aussi iconique populaire : la légendaire Renault R4, plus connue sous le nom de Renault 4L.

Parole d’un passionné : « C’est ma référence initiale »

Bonjour Jacques, merci beaucoup de nous consacrer un peu de temps pour nous parler de la Renault 4CV. Vous en avez possédé une entre 1967 et 1972 Elle vous a laissé un très bon souvenir. Pourquoi avoir choisi cette voiture, justement ?

La Renault 4CV a été la première voiture de mes parents, un peu par hasard, car mon père souhaitait une Citroën 2CV. J’étais quelque peu déçu de ce choix, car, à l’époque, la Citroën 2CV n’était, pour moi, qu’une moto avec une carrosserie. Sur ces considérations, une Renault 4CV d’occasion en très bon état a été proposée à mon père et j’en ai été ravi. Elle était grise avec des roues en étoiles rouges. Elle était de 1954. Quelques années plus tard, en 1967, étant étudiant, j’ai souhaité une voiture, car la résidence universitaire était assez loin du centre ville. Ayant un faible budget ,j’ai trouvé une Renault 4CV de 1956 en bon état vendue par un gendarme.

Vous avez connu plusieurs exemplaires de la Renault 4CV. Que représente-t-elle pour vous ?

La Renault 4CV représente la liberté, chère à tout étudiant, et l’autonomie. Elle m’a suivi dans l’aventure de « Mai 68 ». Elle représente aussi mes premières tentatives mécaniques. Je faisais environ 3 à 400 km par semaine, et bien qu’elle ne m’ait jamais abandonné, le moteur était un peu poussif, surtout dans les montées. Très vite, je lui ai refait le moteur : équilibrage du vilebrequin, changement des coussinets, alésage des cylindres, changement des pistons et des segments, rodage des soupapes, rectification des portées du joint de culasse et changement du joint… et enfin j’ai refais le disque d’embrayage. L’année suivante, j’ai même refais la peinture ! Cette première voiture est devenue ma référence initiale. Aujourd’hui, je m’occupe de la reproduire en miniature et à l’identique. C’est un travail long et minutieux qui demande une attention particulière aux détails, tels que la calandre, les clignotants, les jantes et le tableau de bord. Il reste encore beaucoup de chose à faire dessus, mais le résultat final sera du plus bel effet !

Quels souvenirs avez-vous en termes de sensations de conduite ?

Un bourdonnement agréable dans tout l’habitacle ! Et l’apprentissage d’une conduite très instable ! J’ai appris très vite ce qu’était le survirage ainsi que le contrôle à l’accélération et au contre-braquage. Je n’ai fais, en tout et pour tout, avec elle que deux têtes à queue et aucune sortie de route malgré une vitesse importante, car les limitations de vitesse n’existaient pas encore. Comme j’aime à le dire, elle ne roulait pas toujours très droit, mais elle volait très bas. En m’en souvenant, je la vois comme la voiture de Donald, dans les bandes dessinées : à 10 cm au-dessus de la chaussée ! (rires)

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’archives

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