Focus sur : La Clénet Série 3 Asha, « la voiture d’Hollywood »

A l’instar de la marque Du Pont, le constructeur américain Clénet Coachworks puisse ses origines en France. En résultent des pépites incroyables recherchées des deux côtés de l’Atlantique aujourd’hui. Il faut dire qu’Alain Clénet, angevin d’origine, a réalisé un coup de maître en construisant, dans les années 1970/1980, des voitures aux allures d’automobiles d’avant guerre. Le succès est au rendez-vous, les Américains étant très friands de ce type de véhicules. Mais le destin allait le porter bien au-delà, sur les boulevards d’Hollywood ! Qui aurait cru que le Français Alain Clénet aurait rencontrer un tel succès outre-Atlantique, surtout auprès des plus grandes célébrités ? ABSOLUTELY CARS revient sur l’une de ses plus célèbres séries, la Clénet Série 3 Asha, rarissime dans l’hexagone et qui a su séduire Farrah Fawcett-Majors, Rod Stewart, Sylvester Stallone ou encore le Roi Hussein de Jordanie !

Alain Clénet, un fondateur autodidacte

Né en 1944, Alain Clénet est issu d’une famille appartenant au secteur automobile, ses parents et frères étant concessionnaires Ford à Angers. Il est immédiatement plongé dans l’univers. Il réalise sa propre voiture à l’âge de 15 ans : une dépanneuse. Sa vocation est toute tracée : il sera designer. Il décide donc de construire une voiture sportive, suite à ses études au sein de l’Ecole des Arts Décoratifs de Paris, alors âgé de 21 ans. En 1965, il imagine et dessine le modèle de ses rêves dans sa chambre d’étudiant, un dessin toujours conservé par ses enfants. Ce dessin est réalisé à l’échelle 1 et sa longueur correspond à celle de la pièce. Le prototype aurait été construit, reposant sur une base de Fiat 600, puis vendu, permettant à Alain Clénet de partir aux Etats-Unis pour vivre son « rêve américain ».

Outre-Atlantique, grâce aux contacts de son père, il fait ses gammes chez American Motors Corporation (AMC). Aux Etats-Unis, il remarque l’émergence du « néo-rétro » ou l’art de construire une voiture d’une précédente époque avec la modernité de son temps. Les exemples les plus emblématiques des années 1970 sont Excalibur ou encore Zimmer. Alain Clénet s’engouffre donc dans la faille. Son but est de créer une voiture haut de gamme s’inspirant du style des années 1930 pour proposer une automobile de luxe aux allures de Mercedes SSK. Installé à Santa Barbara, en Californie, Alain Clénet achète une Lincoln Continental MK IV et une MG Midget pour réaliser sa première voiture. Le châssis séparé, la partie avant dont la calandre et le bloc-moteur V8 constituent la base de cette « Clénet », tandis que le centre avec la capote et la partie arrière sont ceux du roadster anglais. Pour associer le tout, Alain Clénet réalise une nouvelle carrosserie avec des ailes en fibre de verre. Cette Clénet Série 1 sera officiellement présentée au Salon de l’Automobile de Los Angeles 1975. La voiture connaît son petit succès et trois investisseurs se présentent. Le Français lance ainsi sa marque en 1976 : Clénet Coachworks est née.

L’ensemble des processus de fabrication est entièrement fait artisanalement. Le cahier des charges met à l’honneur l’ultra-luxe, le confort et des motorisations ayant fait leurs preuves. Le résultat est bluffant, car le design et les finitions sont plus que remarquables, voire uniques. L’acquisition de ces modèles se fait par le bouche-à-oreille, car aucune concession, communication ou maintenance n’est alors mis en place. Jouant sur l’exclusivité, la Clénet Série 1 ne sera produite qu’à 250 exemplaires, jusqu’en 1979, au prix de 100 000$.

En 1979, la Clénet Série 2 est lancée, associant, cette fois-ci, le châssis et le moteur d’un Lincoln MK V avec la cabine d’une Volkswagen Coccinelle. Son gabarit est imposant avec 5.20m de long, 3.15m d’empattement, 1.88m de large. Toutefois, le marché s’est beaucoup développé en trois ans et de nombreux nouveaux concurrents sont apparus. Heureusement, la notoriété de la marque fut assurée de la meilleure des manières : le candidat et Président Ronald Reagan annonce que la Clénet Série 2 est la voiture élue « symbole du centenaire de l’automobile américaine » ! Les stars d’Hollywood comme Farrah Fawcett, Rod Stewart et Sylvester Stallone l’adoptent immédiatement. Elle se fait remarquer également par sa présence dans des séries TV alors très médiatisées comme Dynasty ou Dallas. Toufefois, prévue initialement à 250 exemplaires, elle ne les atteindra pas. En parallèle, en 1982, il sort la Clénet Série III « Asha ».

La Clénet Série 3 Asha, le must-have d’Hollywood

Lors de la création de la Clénet Série 3 Asha, en 1982, Clénet Coachworks est au sommet de son art. En effet, en 1982, l’usine Clénet, basée à Santa Barbara, compte 200 salariés et 170 modèles sont construits annuellement de manière artisanale. La marque envisage même de multiplier par trois la production et d’arriver à 500 exemplaires par an. En effet, Alain Clénet a prévu de vendre à 250 unités sa Clénet Série 2 et à 500 unités sa Clénet Série 3 Asha !

La Clénet Série 3 Asha doit son nom à une histoire d’amour, une histoire d’amour paternelle, celle d’un père à sa fille cadette qui, pour lui rendre hommage, a donné son nom à la troisième série de son œuvre : « Asha ». Chaque modèle est unique, car le client choisissait ce qu’il désirait. L’extérieur se pare de luxe avec un coloris métallisé unique ou bi-ton. Elle se caractérise par ses deux portes, son capot très long, sa calandre et ses pare-chocs chromées, ses optiques avants antibrouillards, ses rétroviseurs réglables électriquement et des pneumatiques à flancs blancs/jantes à rayons chromés. Elle est disponible soit en roadster/convertible avec son toit rigide, soit en hardtop avec sa capote souple. A noter qu’il n’en existe que cinq exemplaires dans le monde dans cette dernière configuration.

La Clénet Série 3 Asha est un strict biplace avec une construction monocoque. Son habitacle est reculé et étroit, malgré les grandes dimensions de cette voiture (5,19m de long, 1,88m de large et 3,15m d’empattement). Il se pare d’un tableau de bord en bois en ronce de noyer doté d’une instrumentation moderne des plus complètes, d’un volant 4 branches avec direction assistée, des panneaux de porte en cuir et ronce de noyer, d’un cendrier en cristal, de sièges en cuir Connolly électriques avec accoudoir central, de fenêtres d’aération gravées, de vitres électriques, de la climatisation, de la radio avec antenne rétractable, de tapis en laine de mouton,…

Côté mécanique, la Clénet Série III Asha est équipée du bloc-moteur Ford V8 de 4942cm3 d’une puissance de 134ch en position longitudinale avant. Cette propulsion possède une boîte de vitesse automatique 4 rapports actionnée via une commande sur le tableau de bord. Les performances sont modestes : 0-100 en 12 secondes pour une vitesse de pointe de 154km/h pour la Clénet Série III Asha Convertible et de 157km/h pour la Clénet Série III Asha Hardtop. Le comportement routier passe par des éléments techniques contemporains, car la Clénet Série 3 pèse tout de même 1635kg. Le système de freinage est assuré par des disques. Petit élément chic : un éclairage est installé à l’intérieur du capot afin de mieux checker le moteur.

Quand la Clénet Série 3 Asha sort et bien qu’affichée à 65 000$, une somme à l’époque, les stars d’Hollywood se l’arrachent à l’instar des célébrités Farrah Fawcett-Majors, Rod Stewart, Sylvester Stallone ou le Roi Hussein de Jordanie. Toutefois, la Clénet Série III Asha ne connut pas l’envol espéré. En effet, des investissements trop importants, un marché déclinant et un divorce mettent en faillite Clénet Coachworks, en 1983. L’entreprise dépose le bilan après avoir produit 250 Clénet Série I, 182 Clénet Série II, 37 Clénet Série III « Asha ». Elle sera rachetée par Alfred J. DiMora qui continuera à produire la Clénet Série II et la Clénet Série III tout en sortant la Clénet Série IV jusqu’alors en état de projet. La production est réalisée dans la seconde usine produite à Goleta. Le prix d’achat débute à 62 500$ et atteint 82 500$. Au final, 187 Clénet Série 2 ont été produites, 65 Clénet Série 3 Asha et 15 Clénet Série 4. Hélas, l’aventure s’arrêta quatre ans plus tard, en 1986.

Quant à Alain Clenet, il retrouve ses premiers amours : le design. Il créée le bureau d’étude « Asha Technologie » dédié à la conception de carrosserie. Il travailla notamment avec un constructeur de deux roues chinois et le département « McLaren Performance Technologie » pour lancer la Buddy. Malheureusement, elle ne sera jamais commercialisée malgré une présence au Salon de l’Automobile de Pékin 1998.

La Clénet Série III Asha, toujours au centre des actualités

La voiture personnelle du fondateur de « Clenet Coachworks« , une Clénet Série 3 Asha n°42/500, anime actuellement l’actualité ! Disparue depuis de nombreuses années, des explorateurs « Urbex » qui se baladent dans une forêt angevine, retrouveront le véhicule partiellement caché sous une bâche. Une fois la vidéo diffusée sur YouTube, les Youtubeurs contacteront l’un des enfants pour lui faire part de leur découverte, ayant lu un article dans un journal local relatant la disparition de la fameuse Clénet série 3 Asha n°42. Une procédure est engagée par Richard Clénet contre la veuve d’Alain Clénet. Il semble que la décision soit en faveurs des descendants qui ont pu mettre la voiture « épave » à l’abri. On ne sait le degré de préservation de l’intérieur, car la voiture est restée à l’extérieur pendant des années.

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS 
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’archives

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