Focus sur : La Jaguar E-Type, la voiture du siècle

affiche retromibile 2021

Le salon Rétromobile 2021 avait prévu de mettre les petits plats dans les grands pour les 60 ans de la Jaguar E-Type. En témoigne l’affiche de Rétromobile 2021 qui représente une superbe Jaguar E-Type. Celle qu’Enzo Ferrari décrit comme « la plus belle voiture jamais fabriquée » fut, en effet, dévoilée au public, le 15 mars 1961 à l’hôtel-restaurant du parc des Eaux-Vives, le long du lac Léman, la veille du Salon de l’automobile de Genève ; il y a 60 ans. A cette occasion, ABSOLUTELY CARS vous propose une incroyable trilogie sur les traces de la Jaguar Type-E au travers de trois volets ! Ainsi, après avoir découvert les Jaguar produites en série et conçues avant l’apparition des coupé et roadster Jaguar E-Type et la fascinante histoire de Jaguar et les 24 Heures du Mans, immergez-vous… au cœur de l’histoire de la voiture du siècle, la Jaguar E-Type, dénommée Jaguar XK E en Amérique de Nord et ses évolutions !

La Jaguar E-Type série 1

La Jaguar E-Type fut fabriquée de 1961 à 1974 en 72 527 exemplaires sous la forme de trois séries. Ses devancières furent produites en 30 390 exemplaires, 12 055 pour la Jaguar XK 120, 53 pour la Jaguar XK 120 C-Type, 8 884 pour la Jaguar XK 140, 16 pour la Jaguar XK SS et 9 382 pour la Jaguar XK 150. Bref, la Jaguar E-Type, c’est la saga d’un immense succès commercial ! Et tout commença le 15 mars 1961, jour où elle fut présentée en roadster et en coupé 2 places.

Le 6 cylindres en ligne de 3,8 litres, muni d’un double arbre à cames en tête et de 3 carburateurs, provenait du roadster Jaguar XK 150S. Il était monté cette fois-ci dans un châssis tubulaire boulonné sur la coque arrière, à l’instar de la Jaguar D-Type, les freins à disques avants étant situés dans les roues. L’arrière était constitué par une caisse autoporteuse en acier. La particularité de ce modèle résidait dans les suspensions, les roues avants indépendantes assurées par des barres de torsion et deux amortisseurs, la cage isolante arrière afin d’éviter toute remontée de vibrations, contenant 4 ressorts hélicoïdaux, 4 amortisseurs, un différentiel, 2 freins à disques. La Jaguar E-Type était munie de 6 amortisseurs, les fameux Koni, qui étaient réglables pour adapter le véhicule à la conduite. Elle était également la première Jaguar de série offrant 4 roues indépendantes. Bien entendu, le moteur XK fut décliné en deux versions, 8 et 9 de taux de compression, et accouplé à des ponts offrant différents rapports. Son empattement était de 2,44m et sa longueur de 4,45m.

Pour clôturer la partie technique de la Jaguar Type-E, son châssis devait être graissé annuellement et la boîte à vitesses offrait 4 rapports, la première n’étant pas synchronisée. Elle ne fut jamais proposée avec un overdrive par manque de place, ce qui contraria quelques acheteurs potentiels, l’overdrive engendrant une économie notable en termes de consommation. Etonnamment, les garagistes demandaient à leurs clients, leurs consommations, 13 litres aux 100km attendus ; au-delà, inspection et réglages des 3 carburateurs ; en deçà, reproche par la garagiste auprès du client car les chambres n’étaient pas assez remplies par le mélange, les 11 litres aux 100km étant atteignables, mais non recommandables. Ainsi, était justifiée l’absence de l’overdrive. Toute une autre époque…

Lorsqu’Enzo Ferrari la vit, il dit « c’est la plus belle voiture jamais fabriquée ». Oh oui, qu’elle est belle… Quand on a cinq ans à la fin des années 1960 et qu’on entend pour la première fois son bruit amplifié par le mur de l’usine des Biscottes Roger, rue Lieutaud à Aix-en-Provence, il était éminant de quitter le tas de sable dans lequel on joue pour la voir… Le soir même, la Citroën 2CV garée devant la concession British Leyland, cours Gambetta, un vendeur nous montra les entrailles de la merveille : le long capot étant soulevé, le hayon sur ses gonds situés à gauche fut ouvert, le volant en bois était mince, ses 3 branches percées en aluminium poli étincelait, point de ronce de noyer… et un prospectus en cadeau.

En effet, cette voiture était une Jaguar à part, réalisée à l’économie. Le tableau était revêtu de simili, les contre-portes et la console également. Les sièges et l’accoudoir central n’avaient que les parties en contact avec le conducteur et le passager en cuir. Les passe-fils, les parties latérales des sièges étaient en simili. Le dos des sièges était en velours, il s’agissait d’une Jaguar Type-E 2+2. Le charme de cette voiture résidait dans sa répartition des coûts, principalement consacrés à la partie mécanique. Aussi, les Jaguar X-Type étaient vendues moins chères que les Jaguar XK 150, au même prix que les Peugeot 404 coupé ou cabriolet aux Etats-Unis et deux fois moins chères qu’une Aston Martin.

Cette ligne si particulière était due à l’aérodynamicien Malcolm Sayer. Sir William Lyons voulut lancer une variante adaptée à son usage. En 1963, fut étudiée une 4 portes. Ce projet n’aboutit pas, car la largeur intérieure était inadaptée pour une berline.

En octobre 1964, des améliorations décisives apparurent : la cylindrée du moteur XK fut accrue de 3,8 à 4,2 litres, le pont autobloquant fut installé, la boîte de vitesses 4 rapports fut totalement synchronisée. En mars 1966, la version Jaguar Type-E 2+2 fut lancée avec un empattement allongé porté à 2,67m pour une longueur de 4,69m, avec une boîte automatique 3 rapports Borg-Warner optionnelle. La Jaguar E-Type 2+2 est reconnaissable entre toutes grâce à ses longues portes munies de baguettes chromées. Présentée par Sir William Lyons, elle fut la solution toute trouvée par ce dernier pour son usage personnel suite à la non réalisation de la version Jaguar E-Type 4 door.

En 1967, les glaces sur les phares disparurent en même temps que la peinture gris lumière insérée entre les vitres extérieures et les phares proprement dits. Cette dernière série fut dénommée rétrospectivement Jaguar Type E série 1 1/2.

Conduire une Jaguar E-Type 4,2 Litre série I, c’est comme boire un vin délicat. Réglage du siège, du volant en profondeur, des rétroviseurs…. vous voyez un gamin de 5 ans avec une casquette de travers…. le central possédant un levier jour/nuit. Clé de contact tournée, la pompe gave les carburateurs, puis se tait. Bouton de démarrage appuyé, le 6 cylindres parle. Sortie délicate du garage, la direction non assistée est légère et directe (2,75 tours d’une butée à l’autre), le rayon de braquage est important (5,6m pour les châssis courts, 6,25m pour un coupé 2+2). Vous n’avez pas encore franchi le portail que votre collègue en Citroën Méhari est déjà attablé à une terrasse au centre du village. La pédale d’embrayage est douce et le moteur ne manque pas de couple. La voiture demeure une ballerine malgré son poids compris entre 1256kg pour le roadster et 1402kg pour le coupé 2+2. Sa tenue de route est impériale par temps sec et les trajectoires incisives. Le confort des suspensions est très satisfaisant. Le volant est d’un diamètre correct, sa jante un peu trop fine, les pédales sont rapprochées et jouer du talon-pointe est faisable. Quant aux freins, vaste débat, les 4 freins à disques Dunlop ne donnent pas le résultat d’une Citroën DS équipée de freins à disques uniquement sur les roues avants, ni d’une Citroën GS bien plus populaire, munie de 4 freins à disques, sortie, il est vrai, 9 ans après. Les étriers multi-pistons Cooper Craft dorés montés à l’avant ne sont pas une dépense inutile, les étriers avants passant alors à l’arrière. La Jaguar E-Type 4,2 Litre est la plus aboutie, la Jaguar Type-E série 1, la plus jolie… La boîte de vitesses 4 rapports totalement synchronisée est bien agréable. Sur 38 419 exemplaires de la Jaguar E-Type série 1, 40% furent équipées du 3,8 litres, 60% du 4,2 litres.

La Jaguar E-Type Lightweight

Disponible de 1963 à 1964, construite en seulement 12 exemplaires, la Jaguar E-Type Lightweight était un coupé destiné à la compétition tout en pouvant être utilisé sur les routes, exploitant un empattement court de 2,44m pour une longueur de 4,45m. Les premiers exemplaires étaient désignés sous l’appellation « tout aluminium », car la carrosserie et le bloc-moteur étaient en aluminium. Très rapidement, le bloc-moteur en fonte originel regagna le compartiment moteur. Les résultats de cette voiture en compétition furent décevants. Aux 24 Heures du Mans, son meilleur résultat fut une 9ème place en 1963 (192,68km/h). L’année précédente, les coupés 2 places de série obtinrent les 4ème et 5ème places avec 173,61km/h et 173,48km/h de moyenne. Elles ratèrent de très peu la 3ème place du podium, la Ferrari 250 GTO de l’équipe nationale belge ayant établie une moyenne de 175,58km/h.

Le plus téméraire des pilotes sur Jaguar-Type Lightweight fut l’Allemand Peter Lindner (1930-1964) qui gagna la course AVUS, le 06 octobre 1963, seule victoire remportée par cette voiture. Le 11 octobre 1964, il se tua sur l’autodrome de Linas-Montlhéry, sa voiture étant reconstruite par la société britannique LYNX en 1978.

La Jaguar E-Type série 2

En décembre 1968, la Jaguar E-Type série 2 apparut tout en conservant ses trois variantes de carrosseries : le roadster, le coupé 2 places et le coupé 2+2. Le système de freinage fut amélioré grâce l’adoption d’étriers Girling et un unique taux de compression de 9 fut retenu. Les options air conditionné et direction assistée devinrent disponibles. Des changements esthétiques furent introduits : bouche agrandie, phares agrandis sertis d’amples joncs chromés, clignotants agrandis implantés sous le pare-chocs avant, feux arrières déplacés sous le pare-chocs arrière et remplacés par ceux de la Lotus Elan S2, pare-brise beaucoup plus incliné pour le coupé 2+2. Elle fut fabriquée en 18 809 exemplaires.

La Jaguar E-Type série 3

En mars 1971, la Jaguar E-Type série 3 apparut tout en conservant deux variantes de carrosseries : le roadster et le coupé 2+2, avec un seul empattement de 2,67m pour une longueur de 4,68m. Cette modification notable permit le montage de la boîte de vitesses automatique 3 rapports Borg-Warner optionnelle dans le roadster. Les freins furent renforcés. La direction à crémaillère devint assistée en série. Le 6 cylindres 4,2 litres fut disponible avec 2 taux de compression, 8 et 9. Le plus important changement fut l’introduction du V12 équipé de deux arbres à cames en tête, de quatre carburateurs Zenith-Stromberg et d’un allumage électronique Lucas Opus Mark 2. Son taux de compression était de 9, 7,8 pour la version nord-américaine de 244ch. Ces voitures étaient facilement reconnaissables par leurs passages de roues évasés et leurs calandres à lattes croisées. Elle fut produite jusqu’en 1974 à 15 287 exemplaires.

Epilogue : la Jaguar Type-E, une voiture toujours d’actualité

Bien entendu, Jaguar continue à fabriquer des cabriolets et des coupés, de bonnes factures. Les prix s’alignèrent sur ceux de la concurrence. Lors de leurs présentations, Jaguar ne peut s’empêcher d’évoquer la Jaguar E-Type, inutilement. En 2014, la surprise vint de Lyonheart Cars Limited, implantée à Coventry, propriété de la société suisse Classic Factory, avec son modèle K qui est une réinterprétation moderne et magnifique de la Jaguar E-Type. Créée le 25 octobre 2011, cette société disparut le 7 février 2017 sans avoir égaillé nos routes. La Jaguar E-Type, élue en mars 2008 par les internautes du Daily Telegraph « la plus belle voiture jamais fabriquée », n’aura jamais de remplaçante.

A noter que pour les 60 ans de la Jaguar Type-E, Jaguar va reconstruire sa plus célèbre voiture en douze exemplaires, six roadsters et six coupés. Ces « Jaguar Type-E 60 collection » seront tous similaires au modèle présenté le 15 mars 1961 au Salon de l’automobile de Genève. Ils posséderont quelles modifications techniques et une couleur de carrosserie « spécial 60 ans » : le « Drop Everything Green “77 RW” » pour le roadster et le « Flat Out Grey “9600 HP” » pour le coupé. Elles seront équipées du six cylindres en ligne 3.8 de 265ch, accouplé à une boîte manuelle 5 rapports. Les heureux propriétaires seront réunis pour fêter cet anniversaire et feront la route de l’usine Coventry à Genève, comme le fit la Jaguar Type-E coupé présentée à Genève, soixante ans plus tôt !

Article co-écrit par : ABSOLUTELY CARS & CARDO
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’archives

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