Interview automobile : La Jaguar X-Type Estate, la curieuse « Baby Jag' »

Nous en croisons souvent sur nos routes, mais sa discrétion va de pair avec son animal totem. Élaborée sous le nom de « projet X400 » dans les ateliers de la marque Jaguar, appartenant alors à Ford, elle ne connaîtra pas un succès à sa juste valeur. Pourtant la sobre et élégante Jaguar X-Type a de quoi séduire : de jolies lignes agréables en partie dessinées par Ian Callum, de très belles finitions premium, un confort à toute épreuve et des performances fortement honorables. Jaguar la plus vendue de l’ère moderne avec 362 775 exemplaires commercialisés, elle peut également se targuer d’être la première Jaguar à être équipée d’un moteur transversal ! Bref, une voiture à la hauteur de son surnom : « Baby Jag' » !

Aujourd’hui, nous sommes avec un passionné de la marque Jaguar qui possède une Jaguar X-Type Estate, dite « Break de chasse ». Pourquoi avez-vous choisi ce modèle-ci en particulier ?

Parce que j’ai toujours eu envie d’avoir une Jaguar X-Type. Quand elle est sortie, en 2001, le véhicule me plaisait. C’est la ligne de la Jaguar XJ, mais avec tout l’aspect économique pour pouvoir se la permettre : un turbo diesel qui ne fait que 5,6 litres aux 100. Elle a été produite en essence en plusieurs versions avec la Jaguar X-Type V6 2L, la Jaguar X-Type V6 2,5L et la Jaguar X-Type V6 3L. Les deux dernières étaient des quatre roues motrices et la version économique en essence est la 2L. Mais bon, ça consomme comme une voiture essence. Ils ont sorti, un peu plus tard, des versions diesel : la Jaguar X-Type 2L Diesel et la Jaguar X-Type 2,2L Diesel. Ce sont uniquement des tractions. Elles ne sont pas en version intégrale, mais elles représentent l’avantage de ne pas consommer. Par exemple, la Jaguar X-Type Break que j’ai, possède une boîte manuelle 6 rapports. Je l’ai acheté 80 000km et elle a désormais 220 000km. Grosso modo, en moyenne, elle s’est toujours contentée de la même quantité de gas-oil, soit 5,6L en moyenne. En bref, c’est une voiture économique.

Vous vous vouliez donc absolument ce modèle-ci. Est-ce que l’on peut dire qu’il y a une valeur sentimentale autour de cette voiture ?

Pas une valeur sentimentale, mais surtout une valeur des sens ! Le cuir est un Cornely. Il est tout doux. Il est beige. L’arrière des sièges avant est super soigné. Le placage est en vrai bois. L’intérieur a été pensé pour les chaleurs estivales, c’est pour cela que peu de modèles sont équipés d’un cuir noir. Jaguar, à cette époque-là, sur ce modèle-ci, fait que des cuirs beiges, parce qu’ils sont beaucoup plus supportables en été. Sans parler que cette couleur vanille se retrouve aussi dans le petit appareil qui permet de diffuser l’odeur vanille ! Cette voiture peut être comparée à un salon sur quatre roues ! (rires)

Vous semblez très passionné par cette marque. Que représente, pour vous, la marque Jaguar ?

La marque Jaguar est, d’abord, une marque de l’innovation. Cela a commencé avec les quatre freins à disques sur les Jaguar des 24 Heures du Mans, puis cela a été monté sur la Jaguar XK 150. Après il y a eu les quatre roues indépendantes avec la Jaguar Type-E et la Jaguar S-Type, qui est sortie en 1963. Dont déjà un confort, je dirais, digne de la concurrence, puisqu’en 1965, Rolls-Royce passe également aux quatre roues indépendantes. Ils n’étaient ni en retard, ni en avance, mais ils étaient dans l’histoire. Après, Jaguar représente les 7 victoires des 24 Heures du Mans (en 1951, 1953, 1955, 1956, 1957, 1988 et 1990, ndlr). Le « chaton » qui gagne les 24h du Mans, c’est la légende, quelque part ! Et après, tout est lié à Sir William Lyons (industriel britannique et fondateur de Jaguar, ndlr). Au départ, Jaguar ne s’appelait pas Jaguar. Il faisait des side-cars, puis des carrosseries, c’est-à-dire, que les gens achetaient des Austin Seven, mais de luxe. Elles n’avaient pas plus que ça une grosse motorisation. Cela permettait aux gens de se distinguer en rajoutant quelques sous. En somme, c’est Jaguar qui a inventé le « tunning » ! (rires) Après, ils ont fait leurs propres voitures avec des châssis Standard jusqu’à arriver à fabriquer leurs propres voitures. Nous sommes alors après la guerre. Il y a eu ensuite le fameux double arbres à came en tête sur la Jaguar XK 120 et sur les modèles limousines, soit le sport et le luxe ! S’en suivent la légendaire Jaguar Type-E derrière, la Jaguar XJ-S, qui est d’une beauté et d’une finesse magnifiques, puis une grande tradition de coupés, de cabriolets et de limousines. La Jaguar XJ-S, quand elle est sortie en 1975, a été un véritable phénomène. Cela a été l’une des deux plus belles voitures de la fin des années 1970. L’autre est une voiture magnifique, mais, hélas, très dure à préserver dans le temps. Il s’agit de la NSU Ro 80, dotée d’un moteur à bi-retord, très faible en hauteur tout comme la voiture. Nous retrouvons les mêmes caractéristiques chez la Jaguar XJ-S et la Jaguar X-Type : elles sont très faibles en hauteur. Entre le sol et la sommet du capot, il s’agit d’une des voitures qui a le capot le plus bas. Ce sont la ligne et l’histoire de la voiture qui sont très importants et c’est tout ça qui m’a séduit chez Jaguar !

Revenons à la voiture qui nous intéresse : la Jaguar X-Type Break. Pouvez-vous la décrire en trois mots ?

Vanille ! Elle a un cuir vanille et elle sent la vanille ! (rires) Après qu’est-ce que je pourrais dire ? Voiture économique : c’est sa deuxième qualité. C’est également une voiture confortable. Ce qui est assez curieux, c’est que tous les gens qui sont montés dedans, ont été étonnés de la position de conduite. C’est la même que l’Alfa Romeo Alfasud Sprint. C’est marrant : c’est une Anglaise avec une position de conduite d’Italienne.

Quels sont ses qualités et ses défauts ?

Ces qualités sont sa consommation de carburant (5,6L aux 100, ndlr) et ses 155ch pour 400 Nm de couple. Bref, c’est une voiture qui roule très bien et très vite, qui accélère très fort. Après, c’est une traction qui roule très facilement sur la neige. Il n’y a jamais de problème. Son moteur est transversal. Cela a été une première chez Jaguar ! Le grand avantage du moteur transversal est d’offrir assez de place à l’intérieur tout en ayant un encombrement extérieur acceptable. Côté défaut, ceux qui n’aiment pas cette voiture, disent que c’est qu’une Ford Mondeo. Pourtant, il est impossible de monter des pièces de la Ford Mondeo sur la Jaguar X-Type ! Ce n’est pas si évident que ça de déceler une pièce commune entre ces deux modèles. On pourrait également qualifier de défaut son manque de noblesse. Par contre, on n’aime pas ou aime cette voiture. C’est à double tranchant : soit c’est qu’une Ford Mondeo, soit c’est « Baby Jag » ! C’est son surnom !

Quels sont les aspects les plus attrayants ou les plus marquants de cette voiture ? Le petit détail qui fait le plus !

Le détail qui fait le plus ? Le placage en vrai bois ! C’est le détail qui tue tout ! La console remonte au-delà des boiseries. Au lieu d’avoir un système linéaire, on a un système qui monte, marque de fabrique des voitures anglaises. En somme, quand nous sommes dedans, il est impossible de ne pas savoir qu’on est dans une Jaguar. La voiture, d’elle-même, est Jaguar.

La version « break » de la Jaguar X-Type est assez rare. Est-ce qu’il y a un engouement autour de ce modèle ?

Sur les 360 000 modèles vendus, il n’y a eu que 10% de break, soit 36 000. Est-ce qu’il y a un engouement ? Difficile à dire. Le problème est qu’il y en a énormément au Royaume-Uni, en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne… Elle s’est donc bien vendue, mais simplement à l’époque, le propriétaire de la marque était Ford. Elle a fait carrière pendant 8 ans, de 2001 à 2009. Avec ce nombre d’exemplaires, pour Ford, c’est un échec commercial. Pour les gens qui adorent la Jaguar X-Type, c’est vraiment pas mal ! Jaguar n’avait jamais fait une voiture aussi compacte ! Cela leur a permis de présenter une voiture économique pour toucher un plus grand nombre de gens. Après, ce n’était pas pour cela que naturellement les clients potentiels allaient se porter sur cette voiture-là. Il faut penser, qu’en Angleterre, sa concurrente directe était la BMW Série 3 en break qui possède également la double ouverture sur le coffre. Après, il y a également son prix, notamment d’occasion : si elle a moins de 80 000 km, généralement, les gens en demandent autour de 10 000€, sachant qu’en une semaine, elle est vendue ! Donc c’est qu’il y a un engouement pour l’acheter, mais cela ne touche pas tout le monde.

Vous avez voyagé plusieurs fois avec elle à l’étranger, notamment au Royaume-Uni. Quel regard portent les Anglais sur la Jaguar X-Type Break ? Est-ce qu’il change par rapport au regard français ?

Non, il n’y a pas de grands changements. Il y a beaucoup de Jaguar X-Type à l’heure actuelle. Peut-être que dans les années à venir, il y en aura moins. C’est surtout les Américains qui sont surpris qu’il existe une version break en Jaguar X-Type, surtout avec le volant à gauche. On me pose souvent la question : « Comment ça se fait que vous ayez une Jaguar X-Type Estate avec le volant du bon côté ? ». Enfin, selon le côté américain ! (rires)

Nous avons eu le plaisir de croiser la version berline, dite classique, de la Jaguar X-Type. Quelles sont les grandes différences entre ces deux modèles ?

Il n’y a pas tellement de grandes différences entre la Jaguar X-Type Berline et la Jaguar X-Type Estate. La première est à 4,67m de long et la deuxième est à 4,72m. Il y a vraiment très peu de différence de longueur. L’empattement est le même. Les moteurs sont les mêmes. Cela veut dire que tout ce qui était disponible en berline était disponible en break. La seule différence, c’est que le break est apparu tardivement. 2001, on sort la berline. 2004, on sort le break. Cela fait relativement long. A noter que le moteur 2,2L fut proposé qu’à partir de 2005. Donc, grosso modo, dès 2005, il y a eu la combinaison break-2,2L Diesel. 2009, la voiture disparaît. C’est donc une voiture qui n’a duré que quatre ans. Sur cette période, le moteur 2,2L ne s’est vendu que deux ans, de 2005 à 2006, en boîte manuelle. Par cette conjecture, cela fait de cette Jaguar X-Type Estate-ci, un modèle particulièrement rare, car je n’aime que les boîtes manuelles.

Quels conseils donnerez-vous à des futurs acquéreurs qui souhaiteraient acheter une Jaguar X-Type Break ?

C’est difficile de donner des conseils. Comme pour toute voiture, il faut l’essayer ! Pour savoir si l’on est bien dedans, si on adhère à la position de conduite… Voir si le coffre est suffisant, car le coffre de la Jaguar X-Type Estate n’est pas trop grand pour un break. En somme, si on adhère à ce type de voiture… Il faut l’essayer. Après, il y a des points à vérifier, comme pour toutes les voitures. Beaucoup de ces voitures ont passé la barre des 200 000 km et il y en a énormément qui s’approchent des 400 000 km ! Cela fait des kilométrages relativement élevés. Les voitures qui ont moins de 80 000 km, se vendent très facilement. En une semaine, elles partent ! Et c’est très difficile d’en négocier le prix. Après le mieux, c’est de faire un petit peu de frais, à savoir que quand vous l’allez acheter, vous lui faites passer un nouveau contrôle technique. A l’issue du contrôle technique, la personne vous dit qu’elle est impeccable, vous pouvez l’acheter ! Après si vous n’avez pas peur de consommer, offrez-vous la gaufre d’avoir la version Jaguar X-Type 3L quatre roues motrices ! Là, c’est un vrai moteur Jaguar, tandis que sur un diesel 4 cylindres 2L ou 2,2L, c’est un moteur Ford-Mazda. A noter que tous les V6 sont des moteurs Jaguar. Si vous favorisez la plaisir de conduire, c’est mieux d’opter pour les versions essences. Pour ma part, j’ai choisi une version diesel pour pouvoir l’utiliser tous les jours et sur de grandes distances !

Quelle serait la valeur d’un modèle similaire, en bon état, avec ce kilométrage et ces options ?

Elle ne serait pas chère, car elle a 220 000 km. C’est une voiture qui serait aux alentours des 4000€ ! Par contre, on monte vite à 10 000€ pour une berline qui a moins de 80 000 km et on est dans une fourchette entre 12 000€ et 17 000€ pour un break 2,2L avec ses 400 de couple, affichant moins de 80 000 km.

La question de la fin : avez-vous des voitures qui vous font rêver et que vous souhaiterez avoir dans votre garage ?

Beaucoup ! Je suis passionné de voitures ! (rires) Je trouve toutes les Anglaises intéressantes, de la Mini, l’originelle sortie en 1959, aux Riley et Wolseley. En voitures françaises, celles qui m’attirent le plus sont celles dessinées par Robert Opron. Après je rajouterai la Matra 530, le targa, en forme de grenouille et la Renault 17 découvrable, très fine et très belle, surtout la deuxième génération. En voitures italiennes, une ASA ! Malheureusement, les prix montent. C’est ma préférée avec son quatre cylindres étudiée par Enzo Ferrari et elle est belle ! Et aux enchères, les prix s’envolent. Je risque d’y courir toute ma vie derrière ! (rires)

Article co-écrit par : ABSOLUTELY CARS & Fanny CARICONDO
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS

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