Focus sur : La Lamborghini Jarama, une Italienne très complexe

Les années 1970 amènent, avec elles, un besoin essentiel de renouveau. Les constructeurs européens se tournent davantage à l’international, notamment vers le fructueux marché américain. C’est le cas de Ferrucio Lamborghini qui souhaite pérenniser l’historique production des coupés 2+2 et concurrencer, en même temps, Ferrari et sa Ferrari 330 GT. Pour sa toute nouvelle « supercar », le constructeur italien fait appel aux ateliers Bertone et à Marcello Gandini, déjà dessinateur de la Lamborghini Miura et de la Lamborghini Espada. Le résultat est stupéfiant : tout en angle et puissance, l’avant guerrier et l’arrière signé ! Son nom : Lamborghini Jarama. Pour les 50 ans du modèle, ABSOLUTELY CARS vous propose de revenir sur cette belle Italienne !

La Lamborghini Jarama, la dernière GT de Ferrucio Lamborghini

A la fin des années 1960, Ferrucio Lamborghini lance la Lamborghini Islero, elle-même dérivée des légendaires Lamborghini 350 GT et Lamborghini 400 GT 2+2. Hélas, cette toute nouvelle voiture ne reçoit pas le succès escompté, sans aucun doute trop classique point de vue design face aux très modernes Maserati Ghibli et Ferrari Daytona. Ainsi, Lamborghini se replonge dans un nouveau projet, seulement deux ans plus tard. Celui-ci se veut plus oser, plus dans l’air du temps, plus accessible… Elle doit pouvoir se décliner en gros volume et s’intégrer parfaitement sur le marché américain. Cette voiture, c’est la Lamborghini Jarama.

Pour relever ce défi de taille, Lamborghini fait appel à Bertone, célèbre carrossier italien, dont le designer en chef n’est d’autre que Marcello Gandini. Ce partenariat a déjà été auréolé de succès avec la Lamborghini Miura, la Lamborghini Marzal, la Lamborghini Espada et la Lamborghini Urraco. S’inspirant des lignes de l’ISO Rivolta Lele, dont il est l’auteur, Marcello Gandini redessine la voiture moderne des années 1970, à la fois anguleuse et racée. Le résultat : si la Lamborghini Islero était très discrète, la Lamborghini Jarama en est le complet opposé, véritable rupture stylistique avec sa devancière. Le châssis, que l’on doit lui-aussi à Marcello Gandini, est celui de de la Lamborghini Espada, avec un empattement raccourci de 2,7 cm, répondant parfaitement aux normes américaines. Doté de finitions épurées, l’habitacle, quant à lui, offre bien quatre places dont deux petites places-arrières, un peu justes pour des adultes.

La Lamborghini Jarama est officiellement lancée en 1970, sous le nom de « Lamborghini Jarama 400 GT« , lors du Salon de Genève, mais sa ligne ramassée, ses phares mi-clos et son design atypique ne font pas l’unanimité. Certains en critiqueront le manque d’homogénéité stylistique et son influence sur la répartition des masses ! Il faut dire que la comparaison avec les iconiques Lamborghini Espada et Lamborghini Miura est tentante. La même année, elle est commercialisée aux Etats-Unis, sans pour autant créer l’engouement attendu par Lamborghini.

Pourtant, la Lamborghini Jarama 400 GT aurait pu être une voiture attractive. D’une part, elle est moins chère que ses cousines de gamme. D’une autre part, elle est dotée d’un moteur V12 6 carburateurs Weber-« Bizzarini » 3,9L, issu de la Lamborghini Miura, accouplé à une boîte manuelle 5 rapports. Disposant d’une sonorité mélodieuse et pouvant pousser la pointe de vitesse à 245km/h, il développe 350ch pour un poids donné de 1540kg… Il faut savoir que la Lamborghini Jamara fait partie des modèles les plus lourds de la marque de Sant’Agata Bolognese avec la Lamborghini Espada et la Lamborghini LM 002. A noter que certains iront même jusqu’à dire que son moteur en position longitudinale avant déséquilibre la voiture, ôtant toute sportivité dans la conduite. Mais si ce n’était que ça, on lui aurait volontiers pardonner. Hélas, l’intérieur de la Lamborghini Jarama vieillit mal avec quelques défaillances au niveau de la qualité des matériaux et des finitions dans certains modèles. De fait, cette GT 2+2 va au plus mal après deux années de commercialisation et seulement 177 exemplaires produits entre 1970 et 1973. Lamborghini trouve alors une solution pour booster son modèle : la version Lamborghini Jarama S.

La Lamborghini Jarama GTS, la nouvelle chance de Lamborghini

En 1972, Lamborghini présente au grand public sa version retravaillée de la Lamborghini Jarama : la Lamborghini Jarama GTS. « S » pour sportive… voilà qui est bien prometteur. Elle est relookée, arborant désormais des prises d’air dans les ailes, une bosse de capot agressive, un pare-brise repositionné et des clignotants relocalisés. Les roues en alliage de magnésium à verrouillage central devient des roues sur moyeux à 5 boulons. Dans la manœuvre, elle perd quelques kilos pour un poids total de 1461kg. A l’intérieur, le tableau de bord est redessiné, plus ergonomique et garni d’aluminium. Les commutateurs sont relocalisés sur la console centrale. Doté de matériaux plus nobles, l’habitacle connaît une véritable isolation phonique et un dégagement est créé pour les sièges arrière. En option. le toit amovible type « Targa » sera même proposé l’intérieur. Le système d’échappement, les culasses et les carburateurs sont révisés, permettant une augmentation de la puissance à 365ch, accouplé soit la boîte manuelle 5 rapports soit à une boîte automatique 3 rapports (en option). La direction assistée de série fait également son apparition. En bref, la Lamborghini Jarama 400 GTS redore la blason de Lamborghini en tant que GT. Voiture préférée de Ferruccio Lamborghini, le construction en possédait justement une, aujourd’hui exposée au Musée Lamborghini, à Sant’Agata Bolognese, en Italie. Pourquoi celle-ci en particulier ? Parce que c’était le « parfait compromis entre les Miura et l’Espada. » a-t-il déclaré lors d’une interview, en 1991. Toutefois, sa GT préférée jouera de malchance, avec que quelques 150 exemplaires produits de 1973 à 1976. En effet, l’arrivée de la Lamborghini Coutach, en 1974, aura aussitôt fait d' »estocader » la Lamborghini Jarama.

Néanmoins, la production très contingentée de la Lamorghini Jarama – seulement 330 exemplaires toutes versions confondues – fait d’elle une voiture désormais très recherchée. Boudée un temps par les collectionneurs, sa rareté, sa discrétion et son épique histoire attirent les passionnés les plus avisés de la marque de Sant’Agata Bolognese. Dès lors, elle est en bonne position dans les enchères avec une côte à partir de 150 000€ pour un exemplaire bien conservé. Mais la bête reste tout de même délicate, demandant beaucoup d’attentions pour sa remise en état, ses réparations ou encore son entretien quotidien. Mais après tout, n’est-elle pas la dernière GT à moteur avant de Ferrucio Lamborghini ?

A noter que la Lamborghini Jarama 400 GTS fut également déclinée en version rallye, via un unique prototype réalisé en 1972 par le néozélandais Bob Wallace, pilote d’essais Lamborghini de 1964 à 1975. Connue sous le nom de Lamborghini Jarama Rally S, elle était armée d’un moteur V12 3,9 L à injection de 380ch, repositionné pour atteindre une répartition de poids de près de 50/50. Elle pouvait aller jusqu’à 270 km/h et abattait le 0 à 100 km/h en 5 secondes. Bob Wallace construisit cette voiture à partir d’une coque nue. Il la rigidifia et la sécurisa avec de l’acier léger. Il a également amélioré le corps de la Lamborghini Jarama avec de l’aluminium, se débarrassant, entre autres, des phares articulés et des disques en plastique d’origine. La voiture gagna ainsi près de 300 kg. Peinte en orange et noir, elle ne participa pas, cependant, à aucune course. La voiture aurait été restaurée au Royaume-Uni en 1990 après avoir été découverte en Arabie saoudite.

Caractéristiques Données
MoteurV12 avec 6 carburateurs double corps Weber situé à l’avant
Puissance350ch, puis 365ch
Cylindrée3929 cm3
TransmissionArrière
Boite de vitesseManuelle 5 rapports
Automatique TorqueFlite 3 rapports
Poids1540 kg, puis 1461 kg

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS 
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’archives

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