Interview exclusive : Jean-Louis Blanc, Président de la FFVE, nous parle des ZFE-m

Fondée en 1967, la Fédération Française des Véhicules d’Epoque (FFVE) œuvre pour la préservation, la transmission et la valorisation du patrimoine roulant. Elle est à l’origine de plusieurs avancées significatives dans le domaine de l’automobile et des véhicules d’époque : la mise en place du Certificat d’immatriculation de collection (CIC) en 1984, la lutte contre la Directive des véhicules en fin de vie en 1999, la sauvegarde des véhicules militaires en 2005, la baisse des taxes d’importation d’un véhicule d’époque en 2015, la dérogation pour les véhicules de collection pour circuler librement en ville en 2016, l’abandon de la taxation 36CV en 2017, l’exemption de la taxe à l’essieu pour les camions de collection en 2019… Aujourd’hui, son nouveau cheval de bataille est les Zones à Faibles Emissions – mobilités (ZFE-m). ABSOLUTELY CARS est allé à la rencontre de Jean-Louis Blanc, Président de la FFVE, afin d’en savoir plus sur les avancées faites en faveur des véhicules de collection dans les métropoles françaises !

Bonjour Monsieur Jean-Louis Blanc. Tout d’abord, je souhaitais vous remercier de nous accueillir au siège de la Fédération Françaises des Véhicules d’Epoque (FFVE), à Boulogne-Billancourt, en région parisienne. Aujourd’hui, nous sommes ensemble pour parler des ZFE-m, c’est-à-dire des Zones à Faibles Emissions – mobilités. Mais qu’est-ce qu’est qu’une ZFE-m ?

Il s’agit d’une directive européenne qui a été approuvée par la France, en 2008. Cela fait 14 ans. C’est une réglementation qui stipule qu’il faut baisser le taux des émissions d’oxyde d’azote et de microparticules dans l’air. Chaque état doit prendre des mesures pour respecter les normes communautaires qui ont été fixées d’un commun accord par tous les pays européens dont la France. Il faut donc qu’on réduise les teneurs de l’air en oxyde d’azote et en microparticules. Le premier concerne, plutôt, les moteurs mal-réglés. Le second implique, plutôt, les premiers diesels. Au début, aucune action n’a été faite. On a alors commencé à s’inspirer des réglementations des Zones à Circulation Réglementée (ZCR), déjà mises en place à Paris, dans le Grand Paris et à Grenoble. Ça, c’était en 2017-2019, soit 11 ans après la norme communautaire. Puis, en décembre 2019, la loi LOM (loi d’orientation des mobilités, ndlr) a été mise en place. Elle fut en soi un premier pas. Elle a, notamment, désigné onze métropoles en France en les enjoignant de prendre des mesures avant le 31 décembre 2021 pour réduire la pollution en oxyde d’azote et en microparticules. Parmi les villes choisies, on retrouve Paris, Grand Paris, Rouen, Strasbourg, Lyon, Grenoble, Nice, Toulon, Aix-Marseille, Toulouse et Montpellier. Si toutes se sont préparées à faire appliquer cette loi, aujourd’hui seules six ou sept d’entre elles ont pris leur arrêté de ZFE-m, c’est-à-dire interdisant la circulation de certains véhicules au sein de leur métropole ou dans une partie de leur métropole. Tout ça est basé sur les vignettes Crit’Airs.

En effet, nous avons vu, ces dernières années, apparaître les vignettes Crit’Airs sur nos voitures. Hors, les voitures de collection n’ont pas officiellement de vignettes. Cela aura-t-il un impact sur nos véhicules de collection ?

Comme vous le savez, nos véhicules de collection ne sont pas « critérisables » pour ainsi dire. Donc si on ne fait rien, ce sera fini. Elles ne pourront plus circuler, ni rouler, ni sortir… Elles seront bloquées. La FFVE est donc allée à la rencontre de ces onze métropoles afin qu’elles accordent une dérogation pour les véhicules de collection. Pourquoi ? Parce que, tout d’abord, il n’y en a pas beaucoup. C’est 0,5% du parc automobile français. Elles circulent vraiment très peu : elles ne représentent que 0,03‰ de la circulation. C’est vraiment rien : vous pouvez toutes les interdire, mais vous n’aurez aucun effet mesurable sur la qualité de l’air ! Il faut savoir qu’elles ne font que 1000km par an en moyenne. Elles circulent donc 15 fois moins que la moyenne et sont 10 fois moins nombreuses. Au total, elles sont 150 fois moins polluantes que les autres ! Cela contribue qu’à un cent-cinquième de la pollution. C’est vraiment rien ! Par contre, si on ne prévoit pas de dérogation, elles seront interdites et si vous les interdisez, vous détruisez un patrimoine. Si vous détruisez un patrimoine, vous faites disparaître les animations et les rassemblements dans les villes et vous cassez un secteur économique très croissant (qui représente 4 milliards de chiffre d’affaires et plus de 24 000 emplois, ndlr). Les conséquences seraient très importantes. Et ça porterai également atteinte à ce patrimoine incroyable. La France est l’un des pays fondateurs de l’automobile ! En France, la première automobile a vu le jour en 1894 et cinq ans plus tard, en 1899, on faisait 1800 véhicules ! La même année, les Etats-Unis en avaient fait 200. On était donc la « start-up nation » de l’automobile et aujourd’hui, ça continue puisque deux des six leaders mondiaux sont français ! C’est notre histoire et on ne peut pas rejeter notre histoire. Ainsi, on a fait la démarche d’aller voir chacune des métropoles concernées. Toutes les ZFE-m, qui ont été décrétées aujourd’hui, ont toutes une dérogation pour les véhicules de collection. Celles qui n’ont pas encore arrêté leur ZFE-m, nous ont dit qu’elles prévoyaient cette dérogation. Je pense que sur les onze premières zones, nous aurons la dérogation partout.

Il a été évoqué la mise en place d’une vignette spécifique aux véhicules de collection.

Le seul pays qui a vraiment appliqué la réglementation dès 2008, est l’Allemagne. Ils sont très fiers de leur histoire automobile. Nous pouvons l’être aussi. Il y a deux fois plus de véhicules de collection en Allemagne qu’en France. Par contre, il y a beaucoup de collectivités qui sont gérées par des partis écologistes bien que ce ne soit pas les mêmes que chez nous. Pourtant, une mesure nationale a été prise afin d’offrir la liberté de circulation aux véhicules de collection dans les ZFE-m. On vous donne une lettre sur la plaque d’immatriculation, un « H », qui indique que ce véhicule est de collection et qu’il a le droit d’être là. Il faut penser à l’application de la mesure de dérogation. Il faut que ce soit facilement applicable et pour cela, il faut un signe distinctif sur la voiture. Il faut également que le passant qui voit une voiture ancienne, comprenne qu’elle a le droit d’être là. On a essayé d’obtenir une lettre sur la plaquette d’immatriculation, mais ce n’est pas possible. On a donc demandé une vignette qui remplacera la lettre. Elle sera comme une vignette Crit’Air, mais elle valorisera la collection. Il n’y aura pas de taxe, car ce sera simplement un signe distinctif qui permettra aux services chargés de l’application de la réglementation de repérer les véhicules.

Au août 2021, a été voté la loi Climat et Résilience qui prévoit que toutes les agglomérations de plus de 150 000 habitants devront prendre un arrêté ZFE-m avant 2025. Cela concerne 33 nouvelles agglomérations. Dans le cadre de cette nouvelle règlementation, vous êtes entré en dialogue avec le Gouvernement. Pouvez-vous nous en dire plus ?

En août 2021, avec la loi Climat et Résilience, on a fait un deuxième pas. Il y avait, au départ, 33 villes concernées et ça s’est agrandi à 45. Il est fort probable qu’il y en aura d’autres qui ne sont pas obligés de le faire, mais qui voudront le faire. Imaginez-vous donc la situation dans laquelle se trouveront les collectionneurs, ne sachant plus où ils pourront aller ! On a donc continué notre démarche auprès du Gouvernement. Il nous a bien écouté. La loi LOM prévoyait une action très centralisée : on confiait aux collectivités territoriales le soin d’organiser leur propre ZFE-m. Ils ne sont pas revenu en arrière, mais ils ont dit que « Pour le Gouvernement, le patrimoine automobile et industriel était incontournable et inestimable. Il fallait le respecter. ». Ils ont vu tout le travail réalisé par nos soins auprès des collectivités. Ils ont demandé au Ministre des Transports d’écrire une lettre à toutes les agglomérations pour accorder une dérogation aux véhicules de collection. Ce n’est pas une obligation, mais c’est une forte recommandation du Gouvernement. Et donc, fort de ça, je pense qu’il n’y aura pas de difficulté pour la circulation des véhicules de collection. C’est un pas énorme ! Jamais un Premier Ministre n’a parlé de véhicules de collection ! C’est le premier qui le fait. Jamais un Ministre de l’Ecologie n’a parlé de véhicules de collection ! Pour faire progresser la cause, on est allé au Parlement. Des sénateurs ont même écrit et déposé un projet de loi qu’ils ont voté. Ce même projet de loi a été présenté à l’Assemblée Nationale. Il n’a pas pu être inscrit, mais pendant les débats, le Ministre de l’Ecologie a reconnu le patrimoine automobile industriel français ! C’est une avancée très importante : c’était la première fois que les véhicules de collection étaient reconnus comme un patrimoine industriel !

Toutes ces dérogations ne concernent que les véhicules dits « de collection », c’est-à-dire qui ont une carte grise « collection » (CGC) attribuée par la FFVE. Est-ce que cela deviendra l’un des principaux avantages de la carte grise de collection dans l’avenir ?

Il faut que les propriétaires de véhicules de collection se tranquillisent. Aujourd’hui, le statut de « véhicule de collection » est toujours associé au Certificat d’Immatriculation de Collection. Pour l’avoir, le véhicule doit être maintenu dans son état d’origine sans modification substantielle. Ce statut n’offre aucun inconvénient, sauf de ne pas pouvoir l’utiliser à titre professionnel. Il y a beaucoup de fausses idées là-dessus et des réticences basées sur des fausses craintes. Par exemple, les personnes craignent de ne pas pouvoir circuler d’un département à l’autre. C’est fini depuis 2009 ! Au contraire, c’est un passeport. La carte grise « collection » vous permet de circuler en Allemagne, y compris dans les ZFE-m ! Allez circuler dans des ZFE-m avec un véhicule lambda en Allemagne : c’est impossible ! C’est un refuge et une garantie supplémentaire. Il n’a pas de doute ! Avec la carte grise « collection », on peut circuler. Elle permet aussi aux véhicules de garder leur valeur. C’est plus facile pour les vendre, par exemple. Il faut savoir aussi que la carte grise « collection » est réversible ! Et si vous avez un accident assez grave, votre voiture de collection n’est pas obligée d’aller à la casse ! Elle est remboursée à la valeur de sa côte estimée. De ce fait, vous n’êtes pas obligé de la détruire : vous pouvez la refaire ! Si vous tenez beaucoup à votre voiture, vous pouvez la réparer. Les véhicules sans carte grise « collection » peuvent être détruits. Autre avantage : les assurances sont moins chères. Il n’y a que des avantages ! Par contre, c’est une utilisation de loisir. Ce n’est pas un véhicule d’usage courant ou professionnel. C’est pour une utilisation occasionnelle.

Nous souhaitions également aborder avec vous toute la communication qui s’est faite autour des ZFE-m et qui a créé un sentiment « anti-voiture ». Est-ce que vous avez réussi à changer cette image ou du moins à amoindrir ce sentiment qui a fait du tord à toute une communauté ?

Le Premier Ministre, la Ministre de l’Environnement et le Ministre des Transports nous ont confirmé que les véhicules de collection appartenaient au patrimoine français ! C’est énorme ! Cela a été très clair et c’est une très grande avancée ! On n’avait jamais vu ça ! Le climat n’a jamais été aussi positif qu’actuellement pour les véhicules de collection ! Et je pèse mes mots ! Il ne faut pas oublier que le monde des collectionneurs est composé de citoyens. Ils sont comme tout le monde. Ilssont également sensibles à la qualité de l’air et à la pollution. Ils sont aussi écologistes que les autres. Ils sont aussi respectueux de l’environnement que les autres. Pour preuve : on fait plusieurs choses à la FFVE en ce moment dans ce sens ! Premièrement, chaque fois qu’on délivre une attestation qui va permettre aux collectionneurs d’obtenir une carte grise de collection, on plante un arbre ! Cette année, on va célébrer le 100 000ème arbre qu’on plante. Et des vrais arbres ! On a maintenant une trentaine de sites en France, grâce aux collectionneurs. Deuxièmement, on fait actuellement une campagne avec un sponsor. Chaque fois qu’on est dans un salon de véhicules de collection, on offre la possibilité aux collectionneurs de venir vérifier le réglage de leur moteur. On analyse les gaz. On ne répare pas le moteur, mais on lui dit quels sont les points à améliorer. C’est un diagnostique de la qualité des gaz d’échappement. En effet, quand un véhicule de collection pollue, c’est que le moteur est mal réglé. Quand ils sont très bien réglés, c’est impeccable ! Il n’y a pas de microparticules. Ils fonctionnement à 95% à l’essence. Ce ne sont pas des diesels. On se comporte donc en excellents citoyens du climat ! Et en plus, on roule peu !

Notre dernière question concerne la jeunesse et la transition des « anciens » vers les « jeunes ». Aujourd’hui, quel est le message que vous voulez faire passer aux jeunes de 20-30 ans qui souhaitent acquérir une voiture de collection et/ou pérenniser notre patrimoine ?

On a fait plusieurs choses dans ce sens. On a lancé, il y a deux ans, des Certificats de Qualifications Professionnels (CQP), pour des jeunes essentiellement, en tôlerie et mécaniques anciennes. On finance 50 CQP par an en France et ce, tous les ans, parce que tous les restaurateurs de véhicules anciens cherchent de la main d’œuvre qualifiée. On fait ça depuis 2020 avec le CNPA (Conseil National des Professions de l’Automobile). On a pu lancer quatre centres et cette année, on va en lancer douze ! Ceci est complètement nouveau ! C’est né ici, au cœur de la FFVE, au sein de nos groupes de travail. On fait ça, car ça correspond à un marché. Je suis surpris par le nombre de jeunes qui viennent sur nos salons. On participe à huit grands salons nationaux et il y a énormément de jeunes ! Et ce qui est marrant, c’est qu’il y a beaucoup de filles et de jeunes femmes qui aiment ça, parce que les voitures de collection ont de la personnalité, du design et une élégance ! Elles ont quelque chose ! Elles sont un peu moins communes ou du moins un peu moins toutes pareil que les véhicules actuels. On a donc un groupe de travail qui réfléchit sur les jeunes et un groupe de travail qui réfléchit sur les femmes. Il faut savoir que la FFVE est avant tout une fédération avec 1100 clubs et avec une assemblée générale avec 300 ou 400 personnes ! De ce fait, toutes les idées sont là ! Et on essaie de les fédérer pour les transformer en mesures concrètes. C’est comme ça que nous avons créé tous ces programmes (« Transmission et savoirs », « Véhicules de collection et transition énergétique », « Nouveaux carburants et véhicules de collection », « Sécurité et véhicules de collection », « Lieux de l’histoire automobile », « Concours d’Elégance », « Journée Nationale des Véhicules d’Epoque »,…). Pour les Journées Européennes du Patrimoine 2022, on va faire 150 événements avec le Ministère de la Culture ! Comme vous le voyez, on fait beaucoup de chose ! Et il y a encore beaucoup de sujets qui sont actuellement en études !

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & FFVE officiel & Réseau Action Climat

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