Focus sur : La Chevrolet Corvette, une voiture politiquement incorrecte ?

Le 3 novembre 1911, il y a 110 ans, la marque Chevrolet fut créée à Detroit, suite à l’association de deux hommes, William Crapo Durant, homme d’affaires et Louis Chevrolet, incroyable pilote chevronné. La renommée ne se fit pas attendre et dans les années 1950, le constructeur américain était devenu un incontournable ! Chevrolet créa alors la surprise avec l’introduction sur le marché d’un magnifique roadster équipé d’une carrosserie en fibre de verre, en juin 1953… Il s’agissait de la Chevrolet Corvette ! Chez ABSOLUTELY CARS, nous avons trouvé tout à fait naturel de fêter cet anniversaire avec cette magnifique voiture, la plus connue de toutes les Chevrolet, mais aussi la plus représentative du savoir-faire états-unien qui a franchi contre vents et marées le temps !

La Chevrolet Corvette C1, les premiers pas d’un mythe

Dans les années 1950, Chevrolet connut sa part de succès. Les finitions chromées constituaient un argument de vente tant et si bien qu’une phrase courrait à Détroit : « Le chrome est Dieu et Harley Earl, son prophète. » Le designer californien Harley Jarvis Earl (1893–1969) fut embauché par le Président de General Motors, Alfred Pritchard Sloan (1875-1966), pour dessiner la première automobile La Salle, sortie en 1927. Le département « Art and Colour Section » devint en 1937, 10 ans après sa création, le département « Styling Section ». En tant que vice-président de General Motors, Harley Jarvis Earl inventa la « Dynamic Obsolescence », c’est-à-dire faire évoluer chaque année le style des modèles de façon à créer de la nouveauté sans pour cela déprécier, sur les marchés, les véhicules d’occasion. Devant le succès des roadsters britanniques sur le sol américain, notamment MG et Jaguar, il réinventa le concept au travers de la Chevrolet Corvette mise en production le 30 juin 1953 :

  • 6 cylindres en ligne de 3859cm³ muni de soupapes en tête, implanté en position longitudinale centrale avant, accouplé à une boîte à vitesses automatique 2 rapports
  • châssis de 2,59m d’empattement à roues avant indépendantes, supportant une carrosserie en fibre de verre offrant 2 places et ayant une longueur de 4,25m (4,27m entre novembre 1955 et octobre 1957)
  • capot ouvrant vers l’avant
  • rayon de braquage de 5,45m, 5,95m entre des murs
  • équipements sympathiques : radio, chauffage, pneus à flancs blancs, lave-glace (hard-top disponible à partir de novembre 1955)
  • poids de 1227kg et prix contenu.

Le 10 février 1954 au Salon de Detroit, Ford présenta un roadster sous la forme d’une maquette en bois, la Ford Thunderbird. Le constructeur distribua des milliers de catalogues que le public put étudier à loisir, engendrant des retards dans les décisions d’achat. La première « T-bird » sortit des chaînes de production le 9 septembre 1954 et tint ses promesses en étant équipée d’un moteur V8. En octobre 1954, la Chevrolet Corvette reçut son premier V8, muni d’un carburateur Rochester 4 corps. En novembre 1955, le 6 cylindres fut enfin retiré du marché. Cependant, face à sa rivale, la Chevrolet Corvette était devenue un outsider. Il fallait la viriliser :

  • novembre 1955 : phares verticaux, flancs creusés et boîte à vitesses manuelle 3 rapports disponible,
  • année-modèle 1957 : injection mécanique disponible et vitres électriques optionnelles,
  • année-modèle 1958 : quatre phares, capot muni de fausses persiennes surnommé « planche à laver », boîte à vitesses 4 rapports disponible et longueur portée à 4,5m,
  • année-modèle 1959 : disparition des hideuses fausses persiennes,
  • année-modèle 1961 : nouvel arrière dit « queue de canard ».

Par la grande diversité des combinaisons (palette de couleurs, peinture bi-ton, cylindrée, type et nombre de carburateurs, taux de compression, boîte à vitesses (manuelle 3 ou 4 rapports, boîte automatique 2 rapports), rapports de pont, évolution de la carrosserie), il se peut que chaque exemplaire qui nous soit parvenu, soit unique. 6 9015 exemplaires furent assemblés dans l’usine de Flint dans le Michigan entre juin 1953 et début 1954, puis dans l’usine de Saint-Louis dans le Missouri entre début 1954 et octobre 1962. Entre 1960 et 1976, la Chevrolet Corvette participa épisodiquement à l’épreuve reine de l’endurance, les 24 Heures du Mans, où elle obtient comme meilleure place, en 1960, la 8ème au classement général.

La Chevrolet Corvette C2, l’arrivée de la sportivité

En octobre 1962, fut lancée sur le marché, la seconde génération. La Chevrolet Corvette C2 était et est tout simplement magnifique. Elle reprit les solutions techniques de son ainée et son moteur V8. Mais la répartition en poids entre l’acier et la fibre de verre était différente sans pour cela engendrer un changement de poids notable. Son capot s’ouvrait toujours vers l’avant et les phares étaient escamotables. Elle était l’œuvre de deux designers, l’américain Larry Shinoda (1930-1997) et le germano-letton Anatole Lapine (1930-2012). Ce dernier fut à l’origine des Porsche 924, 928 et 944. Leur objectif était de rendre hommage à Jean Bugatti (1909-1939) et à son œuvre d’art, le coupé Bugatti 57SC Atlantic. Ainsi, le coupé fut équipé d’une double lunette baptisée « Split Window« . En octobre 1963, la lunette arrière divisée fut retirée pour une meilleure rétrovision. Des propriétaires firent modifier leur coupé et remplacer leur lunette arrière. Aujourd’hui, une Chevrolet Corvette C2 Split Window est extrêmement recherchée. Le roadster bénéficia d’un couvre-capote intégré à la carrosserie pour le rendre plus fluide. Dès octobre 1962, les versions les mieux motorisées reçurent le qualificatif de « Sting Ray » que nous pourrions traduire par la « raie vénéneuse ».

Son contenu technique n’était pas en reste. En effet, la Chevrolet Corvette C2 était équipée des 4 roues indépendantes. Avec une longueur de 4,45m, son empattement était de 2,49m pour une meilleure maniabilité. Sa liste des options était magnifique : sièges en cuir véritable, pare-brise teinté, vitres teintées, vitres électriques, hard top pour le roadster, climatisation, rapports de pont, assistance des freins, direction assistée, roues en fonte d’aluminium, pneus à flancs blancs, radio… En septembre 1964, les 4 freins à disques furent adoptés. En octobre 1965, les appui-têtes devinrent une option.

La Chevrolet Corvette C2 se vendit très bien. Les 117 964 exemplaires furent assemblés entre octobre 1962 et septembre 1967 dans l’usine de Saint-Louis. Il est vrai que sa rivale, la Ford Thunderbird, en adoptant 2 places supplémentaires en janvier 1958, était devenue moins désirable, plus pratique, plus onéreuse.

La Chevrolet Corvette C3, un roc au milieu de la tempête

En septembre 1967, fut mise sur le marché, la troisième génération. La Chevrolet Corvette C3 était et est tout simplement époustouflante. Disponible en roadster et en coupé avec un toit en deux parties amovible, elle reprit les solutions techniques de sa devancière et son empattement de 2,49m. Sa longueur était comprise entre 4,63m et 4,64m. Son capot s’ouvrait toujours vers l’avant et les phares étaient escamotables. Elle était l’œuvre du responsable en ingénierie Zora Arkus-Duntov (1909-1996) et du styliste en chef Bill Mitchell (1912-1988). Son contenu technique progressa : boîte à vitesses automatique 3 rapports au lieu de 2, aérodynamisme amélioré pour éviter le déjaugeage à pleine vitesse, dégivrage de la lunette arrière pour le coupé en option… Les premiers exemplaires livrés étaient dépourvus des signatures latérales « Stingray ». La puissance, le couple, la cylindrée et le taux de compression étaient gravés sur une plaque implantée sous le levier de vitesses. Le magazine « Echappement« , créé en 1968, nous abreuva de caractéristiques techniques. Ainsi, la version dénommée Chevrolet Corvette Stingray 427 V8 Turbo-Jet L88, disponible entre septembre 1967 et septembre 1968, possédait un V8 atmosphérique de 6996cm3 développant 530ch à 6400tr/mn (couple de 746Nm à 4000tr/mn). Son carburateur était un Holley 850CFM 4-barrel (4 corps). Son taux de compression était de 12,5. Sa boîte à vitesses 4 rapports lui permettait une vitesse maximale supérieure à 210km/h et le 0 à 100km/h était franchi en 4,2 secondes. Nous étions en 1968 !

A une époque où les étudiants criaient et écrivaient sur les murs « Il est interdit d’interdire », le gouvernement états-unien commençait à énoncer ses règles contre la pollution qui furent cumulées, en septembre 1970, avec un changement radical de référentiel en matière de puissance réelle et de couple. En peu de temps, les voitures américaines perdirent de leurs lustres et le porte-drapeau américain, la Chevrolet Corvette C3, vit fondre la puissance de ses moteurs. Pour l’année-modèle 1975, la Chevrolet Corvette C3 Stingray 350 était équipée d’un V8 de 5733cm3, ne développant plus que 167ch à 3800tr/mn. Sa vitesse maximale était comprise entre 174 et 186km/h. Le 0 à 100km/h était franchi entre 9,9s et 11s. Les constructeurs allemands et japonais envahirent les Etats-Unis. Les constructeurs américains commencèrent à délocaliser. Le nombre de salariés états-uniens employés dans le domaine de l’automobile baissa régulièrement. Cette industrie se sauva en mettant sur le marché de plus en plus de pick-up.

Aujourd’hui, la voiture électrique nous est imposée et les taxes carbone frappent nos industries. Quelles seront les conséquences pour les salariés de l’industrie automobile européenne ? Les constructeurs européens, ne seront-ils pas tentés par la mise en place de chaînes de production dans les pays asiatiques, quitte à importer leurs productions ? Les constructeurs asiatiques, ne seront-ils pas tentés d’importer sur le vieux continent leurs productions ? Il suffit de prononcer deux lettres, « MG », ou deux mots, « Morris Garages », pour se rendre compte que nous pourrions être tentés par cette marque au détriment d’une marque européenne. Est-ce normal qu’un constructeur de voitures électriques utilise l’électricité carbonée du Texas et expédient des passagers dans l’espace ? Une voiture thermique ne pollue que proportionnellement à sa consommation et à son usage. Pourquoi ajouter des taxes à l’achat, à l’importation pour les voitures intra-communautaires d’occasion et annuelles ? Ne sommes-nous pas en train de revivre en 1975 ?

Au début des années 1970, le gouvernement états-unien énonça ses règles en matière de sécurité. En septembre 1972, la Chevrolet Corvette C3 Stingray perdit ses pare-chocs chromés. En septembre 1975, le roadster fut retiré du marché. Entre septembre 1972 et fin 1982, la longueur de cette diva fut comprise entre 4,69m et 4,71m.

En septembre 1976, le qualificatif « Stingray » fut retiré. Le 15 mars 1977, la 500 000ème Chevrolet Corvette fut assemblée. Les clients restaient fidèles à ce coupé 2 places. En octobre 1977, une bulle fut installée à l’arrière. Disponible pour la première fois sur la Chevrolet Corvette de 1981 munie d’une transmission automatique, un nouveau ressort à lames en fibre de verre implanté à l’arrière permettait d’économiser du poids. En 1981, la production fut transférée de l’usine de Saint-Louis dans l’usine Bowling Green dans le Kentucky. En décembre 1981, pour l’année-modèle 1982, la bulle fut équipée de gonds et la boîte à vitesses automatique 4 rapports était adoptée.

La Chevrolet Corvette C4, le renouveau du modèle

Après 20 ans de bons et loyaux services, le châssis de 2,49m d’empattement fit place à un tout nouveau de 2,44m. Mise sur le marché en mars 1983, la Chevrolet Corvette C4 apporta son lot d’innovations : tableau de bord électronique, boîte à vitesses manuelle 5 rapports (6 rapports à partir de l’année-modèle 1989), simples phares escamotables, panneaux de carrosserie en plastique moulé, bulle arrière en verre, ressort mono-lame transversal avant, pavillon de toit amovible mono-pièce, voire translucide… Sa longueur était comprise entre 4,48m et 4,54m.

Le roadster fut ajouté en octobre 1985. Son design était dû à Dave McLellan et Jerry Palmer. Entre 1989 et 1995, la Chevrolet Corvette C4 ZR1 fut proposée à la vente : V8 de 5733cm³ muni de 4 arbres à cames en tête et de 32 soupapes, puissance comprise entre 380ch et 411ch, vitesse maximale comprise entre 290 et 293km/h, 0 à 100km/h franchi en 4,5s… La millionième Chevrolet Corvette fut produite le 2 juillet 1992. A partir de 1994, les Chevrolet Corvette participèrent à nouveau aux 24 Heures du Mans.

La Chevrolet Corvette C5, le retour de la puissance

Après avoir fait face aux contraintes environnementales et sécuritaires ainsi qu’à deux chocs pétroliers, nous vint la cinquième génération : la Chevrolet Corvette C5, disponible entre le 1er octobre 1996 et le 2 juillet 2004. Son empattement fut porté à 2,65m et sa longueur à 4,56m. Le V8 de 5665cm3 était fort classique : atmosphérique, 16 soupapes en tête entraînées par un arbre à cames central. Sa puissance minimale était de 344ch. La Chevrolet Corvette était de retour. La répartition des masses était idéale : 50% à l’avant, 50% à l’arrière. Lors des premiers essais, les journalistes spécialisés employèrent un qualificatif pour la définir : « raffinée ». Présentée en coupé, elle devint disponible en roadster pour l’année-modèle 1998 et en targa pour l’année-modèle 1999. Aux 24 Heures du Mans 2004, les Chevrolet Corvette C5 finirent aux 6ème et 8ème places du classement général, précédées uniquement par des sport-prototypes !

La Chevrolet Corvette C6, l’automobile américaine sportive par excellence

La Chevrolet Corvette C6 fut disponible entre juin 2004 et février 2013. Son empattement fut porté à 2,69m. Sa longueur contenue était comprise entre 4,44m et 4,48m. Son design était dû à Tom Peters. Son capot s’ouvrait toujours vers l’avant. Le grand changement stylistique résidait dans l’abandon des phares rétractables. Elle fut proposée en trois types de carrosseries : targa et roadster, coupé pour les versions Chevrolet Corvette C6 Z06 et Chevrolet Corvette C6 ZR1. Les moteurs flirtaient avec les 6 litres de cylindrée, la puissance minimale dépassant les 400ch. Les 500ch étaient atteignables avec le 7 litres de cylindrées. Avec un compresseur, le 6162cm³ produisait 647ch à 6500tr/mn ! Magique !

Aux 24 Heures du Mans 2005, les Chevrolet Corvette C6 finirent aux 5ème et 6ème places du classement général, précédées uniquement par des sport-prototypes ! Aux 24 Heures du Mans 2006, une Chevrolet Corvette C6 finit à la 4ème place du classement général, dernière l’Audi R10, la Pescarolo C60 et une autre Audi R10. Cet exploit fut réalisé par Olivier Gavin, Olivier Beretta, Jan Manussen. Aux 24 Heures du Mans 2007, une Chevrolet Corvette C6 finit à la 6ème place du classement général… Par sa longévité, son palmarès et son positionnement tarifaire, la Chevrolet Corvette est l’automobile américaine sportive par excellence, voire la voiture mondiale sportive par excellence !

Le 10 juin 2009, l’usine Bowling Green fabriqua la 1 500 000ème Chevrolet Corvette.

Lorsqu’en Europe de l’Ouest, les Daewoo devinrent des Chevrolet, fut introduite la marque Corvette exploitée entre 2005 et 2013.

La Chevrolet Corvette C7, difficile de faire plus beau !

La Chevrolet Corvette C7 fut produite entre septembre 2013 et juillet 2017, puis entre novembre 2017 et novembre 2019, suite à un arrêt temporaire de l’usine Bowling Green. Son empattement fut porté à 2,71m. Sa longueur était comprise entre 4,49m et 4,57m. Son design était dû à
Hwasup Lee. Sa conception était due aux directeurs Kirk Bennion et Tom Peters. Son capot s’ouvrait toujours vers l’avant. Le grand changement stylistique résidait dans l’abandon de la bulle pour le coupé au profit d’un hayon classique. Le V8 atmosphérique de 6162cm³ développait entre 461ch et 466ch à 6000tr/mn. Muni d’un compresseur, il développait 659ch à 6400tr/mn sur les versions Chevrolet Corvette C7 Z06 coupé et roadster, 766ch à 6400tr/mn sur les variantes Chevrolet Corvette C7 ZR1 coupé et roadster. Elle fut proposée en deux types de carrosseries : targa et roadster.

La Chevrolet Corvette C8, une œuvre d’art venue d’Outre-Atlantique

La Chevrolet Corvette C8 commença sa production en février 2020 dans l’usine Bowling Green : « Born in the USA » pour citer le chanteur Bruce Springsteen. Sa particularité réside dans l’implantation de son V8 atmosphérique : central longitudinal arrière ! Son empattement est de 2,72m et sa longueur de 4,63m. Son design est dû à Tom Peters. Sa toute nouvelle structure est en aluminium offrant deux coffres, un à l’avant, l’autre à l’arrière. Des ressorts hélicoïdaux remplacent les ressorts à lames des modèles précédents. Le 14 août 2020, la 1 750 000e Chevrolet Corvette fut assemblée. La Chevrolet Corvette C8 est, pour la première fois de son histoire, commercialisée au Japon et plus de 300 ventes furent enregistrées en moins de 60 heures ! Son prix démarre à plus de 10 millions de yens, soit l’équivalent de 91 000 dollars (84 363 euros), contre 59 995 dollars (55 618 euros) aux Etats-Unis. Elle est proposée en deux types de carrosseries : targa et roadster avec hard top rétractable électriquement. Arrivant en France en cette fin d’année 2021, le site français Chevrolet indique un prix débutant à 88 620 euros et un rejet de CO2 de 277g/km, soit 30 000 euros supplémentaires pour 2021 ou 40 000 euros supplémentaires pour 2022.

Article co-écrit par : ABSOLUTELY CARS & CARDO
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’archives

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