Focus sur : La Ford T, l’emblématique et révolutionnaire Américaine

Qui ne connaît pas la célébrissime Ford T ? Cette voiture a profondément marqué l’Histoire automobile, portant son influence jusqu’à aujourd’hui et au-delà des cercles des passionnés ! Elle est avant tout la voiture des changements : première automobile construite sur des chaînes de production, première voiture populaire au monde et premier véhicule ayant passé le million d’exemplaires ! Elle est celle qui a « mis l’Amérique sur des roues » ! Elle est celle qui a fait, de la voiture, un incontournable ! ABSOLUTELY CARS vous dévoile tout sur cette première voiture accessible au plus grand nombre, rêve d’un homme qui changea à jamais le monde : Henry Ford !

La Ford T, la création de la voiture universelle rêvée par Henry Ford

Bien que ses premières réalisations dans le monde de l’automobile datent de 1896 avec la Ford Quadricycle, Henry Ford ne s’est jamais revendiqué comme un pionnier de l’automobile. Toutefois, son nom restera étroitement à l’innovation industrielle. On dit même de lui que c’est le père de l’automobile moderne ! D’abord mécanicien, puis ingénieur chez Edison Illuminating Company, appartenant au célèbre Thomas Edison, il fonda la Ford Motor Company, en 1903.

Dès lors, Henry Ford a l’ambition de démocratiser l’automobile, réservée jusqu’alors aux classes aisées, pour toucher un plus grand nombre de clients. Il faut dire qu’à l’époque, les voitures sont construites sur-mesures, les châssis et les carrosseries étant vendus séparément et excessivement chers par rapport aux salaires des ouvriers. C’est dans cette optique qu’il imagina la Ford A I, une voiture relativement « bon marché » pour l’époque, vendue seulement pour 750$. A noter qu’Henry Ford n’est pas le premier à investir ce créneau, voyant ses voitures concurrencées par, notamment, Oldsmobile. La Ford A sera produite à 1700 exemplaires, remplacée par la suite par la Ford C, vendue pour un nombre similaire d’unités. Mais c’est insuffisant pour Henry Ford et la seule solution pour augmenter le nombre de véhicules vendus, selon lui, doit passer par un changement drastique des modes de production. Son but : rationaliser la production. Et pour se faire, cela passe par une standardisation.

Henry Ford prend le parti pris que la voiture populaire n’a pas besoin d’être personnalisée, la solidité et la fiabilité étant les deux seules caractéristiques demandées. Et cela passe par la simplicité : une même voiture esthétiquement semblable aux pièces interchangeables, facile à concevoir ! Et cela doit commencer dès son montage ! Se basant sur la méthode industrielle de travail appelée « Taylorisme », qui demande des travailleurs spécialisés répartis sur des missions simples, chronométrées et répétitives, il réorganise ses usines en mettant en place ses propres méthodes de management. Il décompose ainsi chaque étape de la production d’une voiture sur la chaîne de montage. Nous sommes en 1913 et tout est mis en place pour l’avènement de la Ford T !

En effet, la Ford T n’a pas attendu la mise en place du Fordisme pour être créée, le premier exemplaire étant sorti d’usine le 27 septembre 1908. Elle succède à la Ford S, elle-même s’inspirant de la Ford N, le modèle le plus vendu alors. Fruit de plusieurs prototypes, elle est l’aboutissement de cinq ans de travail pour créer la voiture « universelle » imaginée par Henry Ford. Elle correspond en tout point à sa vision future de l’automobile : châssis standardisé en échelle rectiligne, moteur coulé d’un seul bloc, carrosserie unique constituée de plaques de tôle… Ici tout est appliqué en série, même la couleur, tant qu’elle est noire, permettant un prix d’achat défiant toute concurrence : 850$ !

Et son succès est immédiat ! 10 607 Ford T sont produites en 1909, correspondant à la moitié des voitures construites par Ford la même année. Puis 18 864 exemplaires, en 1910 et 78 440 en 1912 ! Face à cette incroyable croissance, Henry Ford applique sa nouvelle méthode, le Fordisme, à l’usine d’Highland Park, à Détroit : en 1914, plus de 200 000 unités sortent de cette usine ! Avec cette nouvelle méthode où chaque ouvrier réalise la même tâche fixe sur une chaîne d’assemblage où un convoyeur central achemine la voiture de poste en poste, la durée de production passe de 12h à 90 minutes ! Ce seront près de 4000 voitures qui seront produites chaque jour !

Les incroyables cadences de production et le développement des usines font, à l’époque, de Ford, l’un des plus importants employeurs des Etats-Unis. C’est également l’un qui paie le mieux, à hauteur de 5$ par jour (contre 2,3$ avant 1913) ! En France, sa méthode inspire André Citroën qui ira même rencontrer Henry Ford afin d’appliquer cette « solution » à ses usines. Un phénomène dont les excès seront dénoncés, par la suite, dans le film, « Les Temps Modernes », produit et réalisé en 1936 par le célèbre Charlie Chaplin.

Grâce à l’application du Fordisme, les pays du monde entier se mécanisent et l’automobile se voit scinder en deux avec, d’un côté, les constructeurs-artisans se réfugiant dans le luxe et de l’autre, les voitures produites à la chaîne ! Ce choix affectera de nombreuses marques au crépuscule de la Seconde Guerre mondiale.

Coup de projecteur sur la Ford T : la technique et la mécanique de cette dame en noir

Le succès de la Ford T est, à son époque, sans précédent, faisant d’elle, la voiture la plus vendue de la 1ère moitié du XXème siècle ! Il faut savoir qu’une voiture en circulation sur deux était une Ford T et ce quel que soit le pays ! Elle démocratisa la voiture « populaire » et permis au plus grand nombre d’acquérir une automobile ! Car, si à ses débuts, elle était affichée au prix de 850$, celle-ci se vendit à seulement 260$ après la mise en place du Fordisme !

Si son prix est bien sûr en lien direct avec son succès, cette automobile doit beaucoup à l’ingénieur américain Childe Harold Wills et son équipe hongroise qui surent imaginer une voiture fiable et simple ! Ils surent répondre avec exactitude au cahier des charges d’Henry Ford :

  • un châssis à longerons et tôles en acier embouties
  • une carrosserie en tôles alors que les voitures de cette époque étaient majoritairement en bois
  • un accélérateur au volant
  • un bloc-moteur coulé en une seule fois de 4 cylindres 2,8L à culasse amovible développant 20ch
  • une transmission semi-automatique à « trains de pignons épicycloïdaux » : 2 rapports et sa marche arrière
  • un réservoir de 47,30 litres pour une autonomie optimale
  • des suspensions à lames
  • des freins à bande de transmission
  • l’absence d’embrayage, ce qui fait de la Ford T, l’ancêtre des véhicules à boîte automatique
  • un habitacle standardisé réduit au strict minimum
  • une maintenance très faible

Une recette gagnante puisqu’en 1914, Ford dépasse tous les constructeurs mondiaux en termes de voitures produites/an, devenant le premier constructeur mondial ! La Ford T franchit la barre du million d’exemplaire, en 1916, puis des deux millions, en 1923 ! En 1922, Ford produisit un million d’exemplaires, rien que cette année-ci ! Le 15 juin 1924, la dix-millionième Ford T sort des chaînes de production ! En 1925, Ford correspond à 44% de la production de voitures américaines !

Henry Ford soutient les ventes en créant le premier « service après-vente » de l’industrie automobile, composé d’un réseau d’agents rigoureusement sélectionnés, pour assurer l’entretien des véhicules, affermissant l’excellente réputation de cette voiture et de la marque ! Il permit également à ses employés d’accéder à la Ford T, faisant d’eux les premiers ambassadeurs de la marque !

Toutefois, la Ford T sera victime de ce succès. En effet, pour la produire à des millions d’exemplaires, le système d’Henry Ford ne permet guère de changement. Si de nouvelles carrosseries verront le jour avec la Tudor et la Fordor, en 1923, par exemple, elle ne connaîtra pas d’évolutions notables, restant fidèle à sa version de 1908. Se vendant de plus en plus mal, elle perdra alors et inexorablement des parts de marché face aux autres constructeurs américains à l’instar de Cadillac, Chevrolet, Dodge, Lincoln qui disposent d’une gamme plus large. En effet, la clientèle « grand public » a évolué, devenant plus exigeante en matière de style, confort et performances. La Ford T n’est plus en phase avec son temps. En 1926, Ford ne détient plus que 36% de la production automobile américaine. L’année suivante, elle est arrêtée, après 16.5 millions de véhicules écoulés. Elle reste la voiture la plus vendue dans le monde jusqu’à l’arrivée de la Volkswagen Coccinelle et ses 21 millions d’exemplaires !

La Ford A II prendra sa succession, sans atteindre les scores de sa devancière, mais pérennisant la méthode de management d’Henry Ford.

Caractéristiques Données
Moteur4 cylindres longitudinal avant – 1 carburateur – culasse en fonte
Puissance20ch
Cylindrée2 892 cm 3
TransmissionPropulsion arrière par arbre – cardan – pont
Boite de vitesse2 rapports + marche arrière
FreinsFreins à levier Tambours
Poids900kg
Vitesse max65km/h
Nombre d’exemplaires16 482 040 exemplaires

La Ford T Racer, la déclinaison « course » de la Ford T

En parallèle des versions « grand public », la marque américaine avait également développer une voiture de compétition : la Ford T Racer ! Cette voiture courut sur les circuits, entre 1910 et 1913, auteur de nombreuses victoires et records. L’homme qui pilota cet engin, est le très connu Franck Kulick. Il participa à de nombreuses compétitions, notamment, la course d’endurance « Les 500 miles d’Indianapolis », de nombreuses courses de côtes ou de vitesse comme sur le Lac St Claire, à Détroit, le 12 février 1912, où il roula à 173 km/h, un exploit pour l’époque !

Malheureusement, l’aventure cesse en 1913, par décision d’Henry Ford qui préfère se concentrer sur la vente des modèles T « routière ». Il faudra attendre 1953 pour que Ford reprenne part à la compétition avec les championnats de F1 d’endurance ou encore de rallye ! Aujourd’hui, l’originale Fort T Racer, surnommée « Seconde 999 » en référence à celle du début du siècle conduite par Barney Oldfield, est conservée dans le Michigan, au Musée Henry Ford de Dearborn.

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’archives

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