Focus sur : La Peugeot 203, la lionne du renouveau

A la sortie de la Seconde Guerre mondiale, le secteur de l’automobile est en ruine, notamment en France. Les usines ont été fortement bombardées aussi bien par les Allemands que les Alliés et l’acier est si rare que l’Etat Français met en place des quotas. Celui ne sera réservé qu’aux entreprises automobiles jugées assez importantes à l’instar Renault, Citroën et Peugeot. Citroën profite de cette période chaotique pour relancer la production de sa Citroën Traction tandis qu’elle imagine déjà ce que sera la future Citroën 2CV. Quant à Renault, le constructeur au losange travaille d’ores et déjà sur son nouveau projet : la Renault 4CV ! Face à cette concurrence féroce, Peugeot se doit de renouveler sa gamme. La marque au lion prend alors le parti pris de la construire qu’autour d’un seul et unique modèle. Un pari audacieux qui fera renaître Peugeot de ces cendres ! Cette voiture, ce sera la Peugeot 203 !

La Peugeot 203, une française aux influences américaines

A la fin des années 1940, la marque au lion souhaite créer la toute nouvelle Peugeot : une voiture de type « routière », de 7 CV confortable et sécuritaire, idéale pour le segment moyen supérieur. Sa conception repose sur un design moderne, un habitacle spacieux et une fiabilité à toute épreuve, sans oublier une maintenance faible. Son prototype, en berline, est dévoilé à la presse, en octobre 1947, au sein d’une concession Peugeot. Toutefois, il faudra attendre 1948 pour que sa version définitive soit officiellement présentée au grand public, lors du Salon de l’Automobile de Paris.

La Peugeot 203 y rencontra un incroyable succès ! Il faut dire qu’elle est bien différente de ses homologues, rien qu’au niveau du design ! La ligne générale de la Peugeot 203 s’inspire librement des voitures Outre-Atlantique récemment débarquées en Europe, leur reprenant la forme bi-corps et le fameux « fastback ». Son gabarit s’en trouve allongé et élargi dans un style tout en rondeur et longueur.

Commercialisée jusqu’en février1960, la Peugeot 203 fut produite à 699 863 unités ! Elle fut, notamment, l’unique modèle vendu par Peugeot jusqu’en 1955, répondant à l’ensemble des besoins des Français grâce à ses nombreuses déclinaisons.

Construite sur une coque autoporteuse qui lui sert de châssis – une première pour Peugeot ! -, la Peugeot 203 est grandement optimisée en termes d’accessoires à l’instar de son toit ouvrant, de série dès 1948 ! Toujours en avance sur son temps, elle sera progressivement améliorée avec, par exemple, la mise en place de déflecteurs avant, de pare-chocs en inox et d’une toute nouvelle vitre arrière, en 1952, d’un nouveau bouclier avant, en 1953, d’un lave-glace, en 1955, de clignotants modernes, en 1956…

Côté intérieur, les finitions de la Peugeot 203 sont soignées avec une sellerie « tissu » ou cuir pour les versions « Luxe », qui recouvre les portières et les sièges. La visibilité est plus que satisfaisante, notamment à l’arrière, rendant l’habitacle agréable. Le tableau de bord est minimaliste, derrière un volant en bois disponible en accessoirerie. Il sera entièrement revu, en 1952, tandis que les sièges seront retravaillés pour être transformer en « couchette », si besoin.

Une motorisation simple et économique signée Peugeot

La Peugeot 203 est dotée d’un moteur 4 cylindres de 1290cm3 en position longitudinale avant développant 42ch. Caractérisé par une culasse hémisphérique en Alpax à soupapes en tête, il est accouplé à une boîte manuelle 4 rapports, la 4ème vitesse étant surmultipliée, lui permettant de rouler jusqu’à 115 km/h à un régime relativement bas. Le système de freinage est assuré hydrauliquement par tambours.

En 1952, le moteur évolue et gagne 3ch supplémentaires pour passer à 45ch tandis que la boîte de vitesse devient synchronisée (sauf la 1ère). Les performances de la Peugeot 203 s’en voient renforcées, lui permettant de faire une pointe de vitesse à 120 km/h.

La tenue de route de la Peugeot 203 se traduit par une maniabilité remarquable et souple, grâce à sa direction à crémaillère et ses suspensions à ressort transversal sur l’avant.

La Peugeot 203 ou la voiture aux incroyables déclinaisons

Les déclinaisons de série de la Peugeot 203

De la berline à l’utilitaire en passant par la familiale 

Présentée en 1948, la production de la Peugeot 203, dans sa version « berline », sera lancée que quelques semaines après. Après un début un peu lent, dû aux restrictions autour de l’acier, avec seulement 100 véhicules/jour, la Peugeot 203 verra ce chiffre double au début des années 1950. C’est à cette même période qu’elle sera déclinée, dès 1950, en version familiale, commerciale, pick-up, fourgonnette (break tôlé) et fourgon.

La Peugeot 203 Familiale est avant-tout un break avec trois rangées de sièges, se différenciant par ses chromes et sa 3ème banquette arrière qui lui est exclusivement réservée. La Peugeot 203 Commerciale est, quant à elle, un break avec 2 rangées de sièges. Elles seront commercialisées jusqu’en 1956. La familiale fut produite à 25 218 exemplaires. A noter que la berline, produite jusqu’en 1960, fut vendue plus de 500 000 exemplaires.

Une version « Utilitaire » dite « Camionnette bâchée » et « Fourgon tôlé » sera également développée, spécialement imaginée pour les commerçants. Déclinée en camionnette, fourgonnette, ambulance ou encore plateau-cabine, le gabarit de la Peugeot 203 Utilitaire a été allongé et ses capacités de charge poussés jusqu’à 850kg, la rendant populaire et pratique. Les suspensions ont été, notamment, renforcées pour contenir les charges ! Le fourgon sera produit jusqu’en 1952, la fourgonnette jusqu’en 1960 et la camionnette bâchée jusqu’en 1957, pour un nombre totale de 157 000 utilitaires produits.

La Peugeot 203 et ses versions décapotables

A la même période, la Peugeot 203 Berline Découvrable fera également son apparition, en 1949. Destinée au cruising et au plaisir de conduire, elle est une déclinaison particulièrement inédite pour un constructeur français. Pour cette version, la Peugeot 203 se voit légèrement designée, façon coupé, avec une poupe dessinnée. Commercialisée avec une finition haut de gamme, elle peut accueillir à son bord jusqu’à quatre personnes.

Elle sera rejointe, en 1951, par la Peugeot 203 Cabriolet, dotée d’un équipement supérieur, d’une sellerie exclusivement en cuir et disponible en trois coloris (noir, bleu et rouge). Celle-ci dispose d’une finition dite « Grand Luxe », se caractérisant par ses phares antibrouillards, ses ailes ornées de chrome, son volant spécifique, sa montre électrique, son double pare-soleil ou encore ses pneus à flanc blanc !

La Peugeot 203 Berline Découvrable laissera définitivement sa place à la Peugeot 203 Cabriolet, en 1954, bien qu’elle fut la berline découvrable française la plus vendue à son époque avec 11 514 exemplaires produits. Avec cette disparition, la Peugeot 203 Cabriolet devient la Peugeot 203 Grand Luxe et sera produite jusqu’en 1957 à 2 567 unités.

La Peugeot 203 Coupé, l’ultime déclinaison

En 1952, apparaît la Peugeot 203 Coupé. Dans la continuité de la Peugeot 203 Cabriolet, elle en a hérité la finition « Grand Luxe » et se veut être une voiture prestigieuse pour la ville. Hélas, le design n’arrive pas à séduire les clients qui estime que son plus grand défaut esthétique est son pavillon arrière quel que peu trop haut et trop court. Vendue seulement à 953 exemplaires, sa production est arrêtée en 1954, faisant d’elle la série la plus rare de la Peugeot 203.

La compétition au programme

Dès le lancement de la Peugeot 203, Peugeot s’inscrit en compétition avec son modèle et se voit auréoler de succès :

  • En 1950 : réalisation du Raid Paris-Le Cap en 16 jours, 11 heures et 26 minutes avec une voiture « Commerciale » dotée de nouvelles suspensions, d’un filtre à huile, d’un support moteur renforcé, d’un radiateur agrandi, d’un double réservoir et d’une couchette.
  • En 1951: Première place lors du Rallye de Monte-Carlo
  • En 1952 : Première place lors du Rallye de Yougoslavie
  • En 1953 : Tour d’Australie
  • En 1954 : Première place au Rallye Safari dans sa catégorie
  • En 1958 : Tour de Corse

En parallèle, la Peugeot 203 est une fervente participante au célèbre Tour de France cycliste, souvent utiliser au cœur même de la caravane publicitaire. C’est la version commerciale qui est majoritaire utilisée, tandis que les cabriolets sont réservés aux officiels suivants le tour. La camionnette se contente de contenir les pièces de rechange.

Le must du must : la Peugeot 203 Darl’Mat

Chaque constructeur a son préparateur et Peugeot ne déroge pas à la règle. Son association avec Emile Dar’mat est bien connue. Tout d’abord concessionnaire Peugeot dans le 15ème arrondissement de Paris, il a réalisé de nombreuses préparations carrosseries très spéciales pour certains modèles de la marque dont certaines vont participer à des compétitions ! Parmi ses réalisations, nous trouvons la Peugeot 203 Darl’Mat. Elle repose sur la base d’une Peugeot 203 Berline, construite à la main à l’usine de Sochaux avant d’être préparée par les ateliers Darl’mat à l’instar du modèle du jour, signé par Georges Paulin.

En effet, la ligne générale de cette Peugeot 203 Darl’Mat est spécifique à ce modèle, rabaissé de 7 cm. Le capot avant a été retravaillé et diminué en hauteur, tandis que la calandre au design américain affirmé arbore des chromes rutilants. La cellule centrale, propre à l’habitacle, a été surbaissée de 7 cm avec des formes plus fluides et aérodynamiques. Les ailes avants sont chromées et plus galbées alors que celles arrières disposent de flasques chromés camouflant les roues. La poupe de la voiture a été radicalement redesigné avec une malle accompagné d’un discret aileron. Le tout donne un design moderne dont la ressemblance avec certains modèles américains de la même époque est frappante. Pour le plaisir du détail, sur ce modèle-ci, nous retrouvons également les attributs « Darl’Mat », c’est-à-dire le blason de Paris, serré dans la patte d’un lion.

L’intérieur de la Peugeot 203 Darl’Mat est paré d’aluminium et de cuir, symbolisé par la sellerie. Le tableau de bord est optimisé avec des instruments Taupin. Tandis que le volant est signé Quillery, le reste de l’habitacle dont les panneaux de portes est entièrement personnalisable, selon les souhaits des clients.

Côté moteur, notre retrouvons le bloc-moteur de la Peugeot 203 boosté à 50ch pour une vitesse de pointe de 130 km/h. Quelques demandes ont été satisfaite avec un moteur réalisé à 1500cc donnant 60ch pour une vitesse de pointe de 135 km/h. En effet, la Peugeot 203 Darl’Mat adopte une mécanique revue à la hausse, point de vue technique avec un double carburateur Solex, une nouvelle culasse, de nouvelles têtes de pistons, des ressorts de suspensions modifiés et un échappement Nardi.

Il faut savoir qu’une seconde déclinaison de la Peugeot 203 Darl’Mat sera proposée, en 1953, avec la Peugeot 203 Berline Découverte. Toutefois, chacune de ses versions était nettement plus chère qu’une version de série. Par exemple, il fallait compter environ le double par rapport à la Peugeot 203 Berline classique pour avoir sa version Darl’Mat, sachant déjà que la version classique coûtait l’équivalent de 40 mois de salaires pour un ouvrier payé 13 520 francs mensuels, soit 532 000 francs !

Au total, près de 120 Peugeot 203 furent customisées par les ateliers Darl’mat, mais, hélas, peu sont en état de rouler aujourd’hui ! De ce fait, en voir une, de nos jours, reste un moment inoubliable ! A noter que l’Association des Amis de Darl’Mat en compte deux dans leur réserve, dont cette version-ci et son pendant en cabriolet.

 Article écrit par : ABSOLUTELY CARS 
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’archives

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