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Hotchkiss a 120 ans. Depuis ses débuts, les automobiles proposées répondirent à une logique qui n’appartint qu’à ses dirigeants représentés, notamment, par Laurence Vincent Benét et Henry Mann Ainsworth. Des décennies après la disparition de la marque de Saint Denis, ces voitures, produites à contre courant du reste de la production mondiale, suscitent un grand intérêt auprès des passionnés, qu’ils soient britanniques, états-uniens ou français. Dans cette première partie, ABSOLUTELY CARS vous invite à redécouvrir les automobiles réalisées avant la Seconde Guerre mondiale.
Benjamin Berkeley Hotchkiss, l’homme qui ne vit les automobiles portant son nom
Benjamin Berkeley Hotchkiss (1826-1885) était connu et reconnu pour ses dépôts de brevets ayant trait à des armes. Il réalisa son parcours initiatique chez Samuel Colt (1814-1862). En 1855, il fonda une entreprise à New York pour fabriquer des fusils, des munitions et des canons. Ils furent abondamment achetés par le gouvernement fédéral nordiste pendant la guerre de Sécession (1861-1865). Après le conflit, il accepta une offre du régime du Second Empire français et créa une usine à Viviez dans l’Aveyron. En 1875, il transféra son activité dans la région parisienne, à Saint Denis, au lieu dit Le Barrage, route de Gonesse. Spécialiste des armes automatiques et à répétition (il céda ses droits à la Winchester Repeating Arms Company et à la Springfield Armory), il inventa et fabriqua la mitrailleuse à canons tournant. En février 1885, Laurence Vincent Benét (1863-1948) le remplaça.

L’activité étant dépendante des commandes de matériels de guerre, dès mai 1900, fut développée une nouvelle activité, la fabrication de pièces détachées pour les constructeurs d’automobiles. Le 31 juillet 1902, fut décidée la création d’un département automobile. Les premiers prototypes furent réalisés en 1903 pour aboutir à la fabrication de la Hotchkiss 20hp. Cette automobile allait à contre courant des voitures françaises qui connurent un véritable succès commercial. La cylindrée de son 4 cylindres muni de soupapes latérales était généreuse, 4156cm³ (105×120). Il délivrait 20ch à seulement 1000tr/mn. Cette puissance était transmise aux roues arrière au travers d’un arbre de transmission et de cardans selon le brevet de Louis Renault. Or, à cette époque, cette solution était retenue pour des voitures de faible cylindrée. De plus, sa boîte à vitesses offrait 4 rapports. Elle était extrêmement fiable. Les bases et constantes étaient posées :
- essieux avant et arrière rigides utilisés jusqu’en octobre 1948,
- transmission par cardans et boîte à vitesses 4 rapports (hormis la Hotchkiss Type Z 12/16hp de 1910 munie d’une boîte à vitesses 3 rapports) retenues à tout jamais,
- soupapes latérales et faible vitesse de rotation du moteur exploitées jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale,
- volant à droite.
Entre 1904 et 1906, plusieurs voitures de course furent réalisées avec des cylindrées bien plus généreuses sans pour cela remporter un certain succès. Les raisons furent nombreuses : poids conséquent des 4 cylindres, rupture des transmissions, consommation importante nécessitant de volumineux réservoirs, usure prématurée des pneumatiques… Cela n’affecta en rien l’image de ce nouveau constructeur.
Les Hotchkiss jusqu’à l’immédiat après Première Guerre mondiale
Selon le livret de Hotchkiss de juin 1967 intitulé « Les grandes heures de l’automobile Hotchkiss – 100 ans d’histoire – 1867-1967 », entre 1904 et 1914, 25 modèles furent soumis à l’approbation des spécialistes des Mines. L’importateur London & Parisian Motor Company (situé au 87, Davies Street, Oxfort Street à Londres) mit à disposition de ses clients de nombreuses caractéristiques techniques concernant les automobiles Hotchkiss. En 1907, de nombreux moteurs étaient de type « carré », les dimensions de l’alésage et de la course étant identiques, ce qui permettait d’obtenir un bon rendement et de faibles vibrations. Pour des raisons fiscales sur les marchés anglo-saxons (appliquées sur les alésages et non sur les cylindrées), les bielles furent allongées pour accroître les cylindrées et les puissances, cette solution étant plus onéreuse qu’un simple réalésage. Entre 1903 et 1914, l’usine de Saint Denis avait réalisé environ 3000 châssis.



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(42, rue Lourmel, 15ème arrondissement de Paris)

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Henry Mann Ainsworth, « Monsieur Hotchkiss »
Henry Mann Ainsworth (1884-1971) fut embauché grâce à son oncle et tuteur, comme dessinateur au bureau d’étude à Saint-Denis en 1904. En 1908, suite à l’obtention de son diplôme d’ingénieur, il prit la direction du service des essais. En 1910, il fut chargé de développer le réseau commercial en Egypte et en Inde. En 1914, il s’engagea dans l’armée britannique et fut affecté sur le front. Pendant cette période, les machines-outils furent déménagées momentanément sur Lyon. En 1916, il reçut une nouvelle affectation en tant que directeur de la filiale de Coventry créée en 1915 (elle fabriqua des moteurs dès la fin du conflit, puis fut vendue à Morris en 1923). En avril 1923, il revint à Saint-Denis, en tant qu’attaché de direction auprès de Laurence Vincent Benét. En 1925, il prit le poste de directeur de la branche automobile et, en 1927, il fut nommé administrateur délégué.
Lors du Salon de l’automobile de Paris 1935, l’assistance au freinage hydraulique fut adoptée. Cependant, suite à un accident, Henry Mann Ainsworth décida de retirer ce dispositif au cours de l’année 1936 et l’assistance mécanique Bendix fut alors remontée. Les Hotchkiss furent vraiment des voitures à contre courant ! La même année, débuta la fabrication des camions, en collaboration avec le constructeur français Laffly avant la Seconde Guerre mondiale. Auparavant, furent exploités des châssis sur lesquels furent montées des mitrailleuses automatiques. En 1937, fut acquise une participation majoritaire chez Amilcar.
En 1940, Henry Mann Ainsworth rejoignit Londres et travailla avec Lord Beaverbrook (1879-1964) pour ravitailler le Royaume-Uni. Entre 1942 et 1945, il fut conseiller technique au ministère des munitions et du matériel à Ottawa au Canada. Après le conflit, il reprit son poste. En 1948, il accepta le montage de l’assistance au freinage hydraulique Lockheed. En 1950, il prit une retraite bien méritée.

en 1909 en Turquie

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Les Hotchkiss de l’entre-deux-guerres

Après le conflit, l’usine de Saint Denis dut prendre en compte l’arrêt brutal des commandes des armes, la loi du 1er juillet 1916 (contribution due par toute entreprise ayant fait des bénéfices supplémentaires ou exceptionnels depuis le 1er août 1914 jusqu’à 18 mois après la fin du conflit), le vieillissement de ses machines-outils, l’obsolescence de ses produits, l’exiguïté du marché détenu par les constructeurs généralistes Renault et Peugeot, auxquels s’ajouta un nouvel acteur, Citroën. Hotchkiss envisagea une montée en gamme, avec la Hotchkiss Type AF (3ème série) équipée d’un 4 cylindres de 3969cm³ muni de soupapes latérales (dénommée Hotchkiss Type AH entre 1920 et 1923), avec la Hotchkiss Type AL équipée d’un 4 cylindres de 3969cm³ muni de soupapes en tête, avec la Hotchkiss Type AK équipée d’un 6 cylindres de 6569cm³ muni d’un arbre à cames en tête et de 4 freins à tambours qui, finalement, resta à l’état de prototype.

Le 8 novembre 1922, un nouveau modèle fut agréé par le service des mines. Malgré la mévente de la Clément-Bayard 12/14cv type A3 en tant qu’unique proposition, Hotchkiss proposa son modèle AM. Il ne fut complété par la Hotchkiss Type AM80 qu’en 1928. Pendant 4 ans, il demeura l’unique proposition qui alla à contre courant. Son 4 cylindres de 2413cm³ muni de soupapes latérales délivrait une puissance remarquable : 40ch à 2400tr/mn. Son équipement était complet : démarreur électrique et 4 freins à tambours. En 1923, la branche automobile fut transférée au 168 boulevard Ornano à Saint Denis (site Pleyel) et l’usine située au lieu dit Le Barrage, route de Gonesse, à Saint Denis, fut affectée à la fabrication des carrosseries. Ainsi, le client put s’offrir une voiture « clé en main », comme chez les constructeurs généralistes. Pour elle, Hotchkiss adopta le slogan « La voiture du juste milieu ».
Le 25 septembre 1925, ce modèle adopta une distribution réalisée à l’aide de soupapes en tête (50ch à 2800tr/mn) et fut renommé Hotchkiss Type AM2. La firme de Saint Denis opta pour un nouveau slogan « Tranquille à 100…avec une Hotchkiss ». En 1928, commença l’introduction de différentes variantes, les motorisations 6 cylindres proposées exploitant des soupapes en tête. Lors du Salon de l’automobile de Paris en octobre 1932, de nouvelles dénominations apparurent.

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Lors du Salon de l’automobile de Paris en octobre 1933, la calandre devint inclinée. Le succès commercial perdura. En 1936, Henry Mann Ainsworth accepta la nationalisation de la branche armement implantée, depuis 1920, au 60-66 quai Michelet à Levallois-Perret. Avait-elle apporté réellement des bénéfices ? Hotchkiss continua son parcours à contre courant : absence d’une suspension avant à roues indépendantes, d’une assistance au freinage hydraulique, d’une boîte à vitesses pré-sélective optionnelle. Entre 1919 et 1929, environ 15000 châssis furent réalisés ; entre 1930 et 1940, 35238 automobiles furent produites malgré la crise de 1929 !

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Pour la suite, à la semaine prochaine…
Article co-écrit par : ABSOLUTELY CARS & CARDO
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’Archives



