La place des véhicules durant la Première Guerre Mondiale

Près de cent ans nous séparent de la Signature du Traité de Versailles, qui mit fin à la Première Guerre Mondiale (1914-1918). Alors que le Centenaire de cette signature sera fêté en France comme à l’étranger, ce vendredi 28 juin 2019, ABSOLUTELY CARS profite de la fin des célébrations de la Grand Guerre pour revenir sur un point essentiel de cette période : l’avancée technologique et mécanique. Découvrez comment cette guerre a changé la manière de concevoir les stratégies militaires grâce à l’arrivée et l’utilisation des véhicules lors du premier conflit mondial !

Le 28 juin : un anniversaire mêlant industrie et humain

Lorsque la Première Guerre Mondiale débute, en 1914, les militaires imaginent que la guerre sera rapide. Il s’agissait d’une armée professionnelle allant à l’assaut de l’ennemi sur le champ de bataille grâce à sa cavalerie. Avec la guerre de tranchée, la guerre change de visage. Il faut plus d’hommes. Les offensives à cheval sont impossibles, remplacés par les assauts humains. Il faut plus de munitions, car nous ne sommes plus sur un champ de bataille mais enlisé sur un front fixe que chaque corps militaire espère conquérir pour faire bouger la guerre.

Comment approvisionner ce front d’hommes loin de tout, en armes, nourriture, en hommes ; comment soigner les blessés, les éloigner du cataclysme, comment les sauver pour qu’ils retournent combattre ? ABSOLUTELY CARS vous propose une analyse sur ces véhicules ayant aidé à la victoire finale.

Les Taxis de la Marne : les plus célèbres véhicules de la Première Guerre Mondiale

Retour sur le contexte historique des Taxis de la Marne

Conscient de la nécessaire réactivité et rapidité à gérer cette guerre, les taxis de la Marne sont devenus le symbole de l’entrée de la modernité dans la Grande Guerre. En septembre 1914, Paris est menacé par les troupes allemandes qui sont à 40 km de la capitale. Il faut absolument mettre en place un plan afin de protéger la capitale et rapidement. Une offensive dans la Marne est envisagée pour arrêter l’ennemi, mais il faut des troupes fraîches pour continuer le combat.

Si la première idée fut d’utiliser les trains pour le transport des troupes, elle fut abandonnée. En effet, le front était mal desservi par le réseau ferroviaire et un déraillement bloquerait l’acheminement. Le Général Gallieni réquisitionne alors les taxis de Paris[1] pour palier à ce problème, le 06 septembre 1914. Ils ont pour mission de rejoindre la ville de Temblay-les-Gonessses et de récupérer les soldats français afin de les mener au plus vite et au plus près du front.

[1] Source  : Alban Sumpf, » les taxis de la Marne », histoire par l’image (en ligne) consulté le 17 avril 2019, URL : www.histoire-image.org/fr/etudes/taxis-marne

La Renault Type AG, héroïne de la Grande Guerre

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Renault Type AG

C’est ainsi que la Renault Type AG de 8 chevaux entre dans la légende. Cet épisode marque l’histoire, car l’initiative est inédite. Elle préfigure l’image de l’union entre l’arrière et les soldats, une aventure héroïque et patriotique.

Produite de 1905 à 1914, la Renault Type AG, dite « Taxi de la Marne », est un bicylindre de 1060cm³, 8cv, boîte 3 vitesses, 40km/h, longueur de 3,6m (1206cm³ à partir de 1907, 3,75m à partir de 1911). Depuis sa création en 1899 jusqu’à la Première Guerre Mondiale, l’usine Renault construisit 40 000 automobiles. Pendant la Grande Guerre, Louis Renault coordonna la fabrication de toutes les entités nationales, se rendant d’une usine à l’autre sur le territoire métropolitain français !

Les taxis de la Marne continuèrent à rouler dans Paris pendant l’Entre-Deux-Guerres. Puis ils furent déclassés. Le contrat signé avec Renault et la Compagnie Française des Automobiles de Place stipulait l’interdiction de vendre les taxis avec leur carrosserie. Ainsi les châssis vendus, les carrosseries furent détruites. Il reste donc peu d’exemplaires que nous trouvons soit chez des passionnés, soit dans les musées de la Première Guerre Mondiale comme au Musée de l’Armée à Paris aux Invalides.

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Exemplaire de taxi de la Marne restauré et exposé au Musée des Invalides de Paris

L’importance stratégique des véhicules sanitaires

Beaucoup d’hommes sont morts ou ont été blessés lors des assauts entre 1914 et 1917. Le service de santé des armées a dû s’adapter à cette situation : soigner au plus près du front des hommes en masse (plus de 20 millions de blessés), des blessures nouvelles liés aux éclats d’obus, des corps déchirés par les nouvelles armes (obus, mitraillettes…) et le développement rapide de la gangrène. Très rapidement est mis en place un protocole qui organise la gestion des victimes militaires dès les premiers secours jusqu’à leur convalescence loin du front. Ainsi, le paysage militaire est traversé par les allers/retours des automobiles sanitaires. Le rôle des ambulances devient primordial dans cette nouvelle organisation : rapidité du transport, tri et envoi. Peu nombreuses au départ, elles feront rapidement le lien entre les différentes infrastructures médicales. Le service sanitaire militaire se dote de divers véhicules :

  • L’Autochir (Ambulances Chirurgicales Automobiles ACA) qui sont des unités chirurgicales mobiles françaises composées de camions. Le principe est connu dès 1912. C’est l’ingénieur Paul Boulant qui conçut un prototype présenté aux armées : une salle d’opération mobile utilisant les châssis des bus de la société de construction mécanique du Havre (Schneider et Cie). L’ambulance est expérimentée à l’initiative du docteur Maurice Macille. A partir de février 1915, les Autochirs sont généralisées sous la tutelle du Service de Santé des Armées. Elle sont regroupées en division de cinq camions Berliet Type CBA, deux camionnettes et quatre véhicules sanitaires Renault.
  • L’ambulance centre de radiologie (les « petites Curie« ) : face aux blessures graves que les combats provoquent, Marie Curie est persuadée qu’il ne faut plus déplacer les blessés, mais amener le matériel directement sur le front pour poser un diagnostic rapide. Elle crée donc une unité radiologique mobile. En détectant les fractures ou les projectiles dans le corps blessé du soldat, elle permet au chirurgien d’être plus efficace. Elle commande dix huit voitures radiologiques sauvant ainsi plus d’un million de soldats. Pour concrétiser cet effort patriotique, elle fait appel à des bienfaiteurs dont la Princesse Murat qui lui fera le don de sa voiture Lorraine-Dietrich carrossée pour devenir une ambulance par Radiguet Massiot.
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La plus célèbre des GREGOIRE produites à Poissy de 1903 à 1924, la Type 80-4 de 1912 carrossée par Alin&Liautard et offerte par l’impératrice Alexandra Feodorowna de Russie à l’armée française en 1914 (disponible de 1910 à 1914, 4 cyl. de 3217cm³, 26cv, boîte 4 vitesses, 85km/h).
  • Les ambulances de l’American Field Service [2] : à l’entrée de la guerre, les Américains, philanthropes, fondent des associations pour soigner les soldats européens. Ces ambulances transportent donc les blessés jusqu’à l’hôpital américain de Neuilly. Ils ont utilisé des voitures Ford « Modèle T ». Ce véhicule produit en très grande série, créé en 1908 par Henry Ford grâce au taylorisme, devient, en 1914, une ambulance très abordable grâce aux ateliers de Levallois-Perret. Mme Vanderbilt offre dix châssis Ford T. Simple, fiable, facile d’utilisation ces dix châssis reçoivent un habitacle qui permet d’accueillir quatre brancards sur une structure de bois, abrité par un toit en toile. Elles seront baptisées l’araignée à cause de leur haut châssis. En 1917, on estime qu’il y avait plus de deux cents ambulances Ford « T » en activité. Nous pouvons en voir une au Musée Franco-américain de Blérancourt. Les Anglais transformèrent également des Rolls-Royce en ambulances carrossées par Rippon’Brothers.
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Produite de 1908 à 1927, la Ford T : 4 cyl. de 2896cm³, 20cv, boîte 2 vitesses, 68km/h en version non utilitaire, 2,54m d’empattement.

[2] Source : Hervé Cultru, « Intervention des Etats-Unis dans la première guerre mondiale » histoire par l’image ( en ligne) consulté le 17 avril 2019, URL www.histoire-image.org/fr/etudes/intervention-etats-unis-première-guerre-mondiale

Les marques automobiles participant à l’effort de guerre

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Le constructeur Charron propose à l’armée 4 modèles :
TA  : 6hp 4cyl 58×100 4/6pl 1914
RG  : 12hp 4cyl 80×120 4/6pl 1917
PG  : 15hp 4cyl 85×150 4/6pl 1917
B10 : 17hp 4cyl 90×140 4/6pl 1917

Avec la Première Guerre Mondiale, pour la première fois, nous parlons de guerre industrielle. En effet, ce sont les capacités industrielles à innover et à produire en grande quantité qui font la différence. Dans chaque pays, les industries se convertissent et se mettent au service de l’armée (réponse à la demande d’équipements et armements, vêtements, repas…). Pour transporter ces produits vers le front, il faut des véhicules[3] (grand mouvement d’allers et retours de voitures, motos, bicyclettes ou camions que nous montrent les premiers films militaires sur le front). Des ingénieurs de talent, comme Ernest Mattern chez Peugeot, Charles de Frémiville chez Panhard Levassor, André Citroën, Louis Renault, vont adapter leur production civile aux besoins militaires.

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Au catalogue militaire, une seule ARIES est référencée : la S5/4 15hp 4cyl 80×140 6pl 1916-1919

Les automobiles servent essentiellement à transporter  les autorités en visite sur le front, ceci dans les plus beaux modèles de l’époque (La limousine Panhard sans soupapes 16cv modèle 1913 ; limousine Dietrich 16CV de 1905…). Les deux roues servaient d’estafette. Quant aux camions, ils transportent le ravitaillement, les munitions, sans oublier les troupes.

Des commandes ont été faites à Berliet et Renault en juin 1914, livrés en juillet 1914. Très tôt, les véhicules civils sont recensés et classés pour être réquisitionnés dès l’entrée en guerre.

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Camions BERLIET sur la voie sacrée reliant Bar-le-Duc à Verdun. Il s’agit de Berliet type Z, 4cyl, 110×140 de 5322 cm3, 22ch à 1250 tours/mn

Les camions transportant essentiellement la nourriture sont des Berliet. L’abandon des chevaux permet aux sections automobiles d’être plus rapides et efficaces. Rapidement la pénurie des autobus et omnibus Schneider PB2 impose l’utilisation des camions bâchés. C’est ainsi que se côtoient sur la voie sacrée des Latil TAR (Tracteur d’Artillerie Latil) 4×4 mis au point en 1913, puissant doté de 5 vitesses qui transporte vers le front les canons de 155mm ; le Renault 3T ou le Berliet CBA. Nous pouvons voir quelques modèles au Musée de la Grande Guerre de Meaux ou à la Fondation Berliet.

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Tracteur Latil 4×4 TAR : 40hp 4cyl 120×160 de 7238 cm3

[3] Source : Les camions de la Victoire 1914-1918, édition Massin

Article co-écrit par : ABSOLUTELY CARS & CARDO
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’archives

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