Les Cadillac, point de mire de l’après « Grande Guerre »

Le 11 novembre est un jour historique, mais surtout de mémoire. C’est l’occasion de nous rappeler et de commémorer nos soldats jeunes partis à la guerre, sacrifiant leur vie à la patrie. C’est cet esprit de dévouement avec lequel nous avons renoué, lors du COVID-19, chaque fois que nous applaudissions le personnel soignant sacrifiant leur vie privée, leur vie tout court pour les malades. Le 11 novembre, c’est aussi un rappel de la solidarité mondiale face à l’ennemi. C’est la mémoire de la participation de nombreux pays et particulièrement des Américains. A l’occasion des commémorations du 11 novembre, ABSOLUTELY CARS souhaitait vous proposer un sujet qui sort de l’ordinaire en vous parlant de ce qui s’est passé après la signature de l’armistice avec les Cadillac laissées en Europe !

La Première Guerre mondiale : l’effort de guerre américain

L’année dernière, à l’occasion du centenaire de la signature du Traité de Versailles, notre équipe s’était déjà plongé au cœur de la Première Guerre mondiale pour mieux comprendre l’utilisation des véhicules lors du premier conflit mondial ! Cette signature met fin officiellement à la Grande Guerre (1914-1918) et chaque soldat retrouva sa patrie d’origine. Mais après le départ des Américains, que nous reste-t-il dans notre mémoire de leur présence ?

  • L’histoire américaine et française parlent peu de cet événement : seuls les cimetières nous rappellent qu’ils sont venus se battre auprès de nous,
  • La vente de surplus, particulièrement les véhicules militaires. Parmi ce stock, nous pourrions nous arrêter sur quelques modèles de la marque Cadillac.
  • Une affaire liée à ces Cadillac qui fait toujours parler d’elle : l’affaire Seznec, au-delà de son innocence ou de sa culpabilité – ce qui n’est pas le sujet de cet article -, nous pouvons nous intéresser à un des aspects de l’affaire : le trafic des Cadillac.

D’après les auteurs du livre “L’affaire Seznec : nouvelles révélations” d’Albert Baker et Bertrand Vilain. édité chez Coetquen (2011), un trafic de Cadillac n’est pas possible en cette fin de guerre 14-18, car elles sont peu nombreuses. Il faut dire qu’il y a peu de modèles. Quels sont ces modèles ?

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Rompant avec leur politique isolationniste, les Américains entrent en guerre en avril 1917. C’est la Cruiser and Transport Force qui se charge d’amener plus de 2 million de soldats, du matériel en grande quantité, des armes, toutes sortes de marchandises et particulièrement du matériel motorisé. Les Américains envisagent un long conflit. L’Etat américain commande donc plus de 130 000 véhicules, 40 000 automobiles dont 12 750 voitures sont destinées au champs de bataille européens. Ces tonnes de matériel transitent par de nombreux ports comme Saint Nazaire ou Brest, les Américains montrant ainsi leur force logistique. Elles sont ensuite acheminées vers des camps tel que celui de Pontanezen. Parmi ces véhicules, certains sont restés célèbres : les ambulances Ford T présentes dès 1915 grâce à l’association American Ambulance Field Service. Cadillac participe lui aussi à l’effort de guerre et a permis aux troupes et particulièrement aux officiers de circuler sur le territoire français. La firme déclare avoir expédié 2095 automobiles pendant la durée du conflit mondial, soit des véhicules « standard seven-passager », soit des châssis. Elles sont soit conduites sur le front, soit données aux officiers et à l’Etat major. La conduite à gauche est de série depuis l’introduction du V8 en 1914, mais celles données aux armées anglo-saxonnes ont le volant à droite. D’autres sont transformées en ambulances.

Il semblerait que nous devons leur présence sur le territoire français au Général Pershing, un inconditionnel des Cadillac.

En effet, il considérait qu’elles étaient solides, modernes et fiables et qu’elles étaient les meilleures voitures pour mener le combat. Il commence à les utiliser lors du conflit à la frontière mexicaine puisqu’il choisit une Cadillac surmontée d’une mitrailleuse pour partir en reconnaissance, ce choix étant guidé par la puissance de son moteur : un moteur V8 très fiable. Il semblerait que ce fut une Cadillac Série 51 V8 de 1915.

Pour son arrivée en Europe, lors du conflit de la Première Guerre mondiale, Woodrow Wilson, 28ème Président des Etats-Unis, lui donne carte blanche. Aussi le Général Pershing mise sur le progrès industriel et choisit pour son Etat-major des voitures Cadillac. C’est ainsi que 2500 Cadillac Série 57 M (pour militaire) sont expédiées et assemblées en France. Elles se distinguent des voitures civiles, car elles possèdent un réservoir supplémentaire et par leur couleur. D’abord bleues, le Général Pershing décide de les faire peindre en vert. En 1918, les Cadillac type 57 soutiendront les troupes françaises et américaines lors de la deuxième bataille de la Marne.

CADILLAC Serie 51
CADILLAC Serie 51

Les Cadillac de la Première Guerre mondiale

Coup de projecteur sur les voitures exportées du Général Pershing

Les Cadillac ont une particularité : depuis 1912, elles sont équipées du démarreur électrique. Henry Martyn Leland (1843-1932), l’un des trois fondateurs de la marque Cadillac, en 1902, fut choqué par la mort de son ami Byron J. Carter (1863-1908), fondateur des marques Jackson (1903-1923) et Cartercar (1905-1915), ce dernier décédant tragiquement de la gangrène consécutive à une blessure liée à l’utilisation d’une manivelle. En 1909, la firme est achetée par General Motors. Peu après, Henry Martyn Leland embauche l’ingénieur d’origine écossaise D’Orsay McCall White pour trouver une solution à une problématique : faire grimper en image de marque et en notoriété Cadillac sans pour cela remettre en question la chaîne de production et les solutions en matière de châssis. Pour obtenir un moteur compact et puissant, D’Orsay McCall White s’inspire du V8 français De Dion-Bouton monté en première mondiale sur une automobile en 1910 et met au point la Cadillac Serie 51, lancée en septembre 1914. Remplaçant le 4 cylindres, ce moteur est exploité jusqu’en 1927 et sans cesse amélioré via la Cadillac Serie 63 bénéficiant des freins sur les 4 roues.

Pour la petite anecdote, les salariés des usines Cadillac offrirent au Général Pershing, une Cadillac Suburban, dont les éléments du moteur seraient estampillés de son nom et du drapeau américain !

L’affaire Seznec ou le trafic de Cadillac après la Première Guerre mondiale

Lorsque l’armistice est signé, la paix assurée, le retour des troupes et du matériel s’avère compliqué. L’Etat américain décide de rapatrier les soldats et peu de matériel. De nombreux stocks militaires restent sur le territoire français. Ils sont vendus à l’Etat français contre un montant de 400 millions de dollars or payables en 10 ans. Quant aux voitures, certaines sont allées à la casse ; d’autres seront vendues entre 1919 et 1923. Ces ventes ne se feront pas toujours de façon légale. C’est ainsi que Guillaume Seznec se retrouve, en 1923, à conduire vers Paris, une Cadillac Serie 57 équipée d’un V8 afin de la vendre grâce à un intermédiaire, le notable Pierre Quémener. Derrière cet achat, se cacherait, dès 1922, un trafic de Cadillac vers l’Union soviétique profitant de l’embargo décidé par les Alliés contre ce nouvel Etat. Il n’existe pas de preuve de ce trafic. De plus, les Américains n’étant pas engagés dans cet embargo, exportent vers la Russie des voitures neuves. Ford est leur premier fournisseur, AMO, producteur russe nationalisé en 1919 ne pouvant faire face à la demande. Quant à la Nomenklatura naissante, elle préfère rouler en voitures de prestige étrangères : Lénine circulant en Rolls-Royce Silver Ghost. Le responsable du Guépéou (ancêtre du KGB), Félix Edmoundovitch Dzerjinski, circulait, en 1923, dans une rutilante Cadillac Serie 61 et ne se serait pas contenté d’une Cadillac Serie 57 brinquebalante.

Quant aux Cadillac militaires, il est difficile d’en trouver actuellement sur le marché des voitures de collection. Il en resterait une aujourd’hui qui a été rapatriée en 1919, avec un petit nombre véhicules comme témoignage de la participation à la Grande Guerre. Elle est inscrite au National History Vehicle Registry mais tous ne sont pas d’accord pour considérer que ce modèle est bien un véhicule militaire.

Article co-écrit par : ABSOLUTELY CARS & CARDO
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’archives

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