Interview automobile : Le Peugeot J7, l’utilitaire qui a du lion

Au début des années 1960, Citroën et Renault dominent le segment des utilitaires avec le Citroën Type H et le Renault Estafette. Il faut dire que les « Trente Glorieuses », et la croissance qui va de pair, multiplient les opportunités. Surfant sur la vague, Peugeot veut se tailler la part du lion. En 1965, le constructeur de Sochaux propose donc sa vision de l’utilitaire à la fois moderne, pratique et facile d’utilisation. Ce nouveau modèle, c’est le Peugeot J7 ! Reprenant tout ce qui se fait de mieux à l’époque, il offre un confort et une tenue de route exemplaires grâce à ses quatre roues indépendantes, sa cabine avancée, un volume de chargement inédit grâce à son imposant gabarit et une utilisation quotidienne agréable grâce à ses portes coulissantes et sa luminosité intérieure. Bref, ce fourgon unique va redéfinir les codes, devenant rapidement la coqueluche des artisans et des commerçants français ! ABSOLUTELY CARS vous propose de découvrir ce modèle à travers le regard de l’un de ses propriétaires ! Retour donc sur le Peugeot J7, le fourgon qui a permis à Peugeot de s’installer durablement sur le segment des utilitaires !

Le Peugeot J7, l’utilitaire qui va révolutionner son monde

Dans les années 1960, les Citroën Type H et Renault Estafette dominent le marché de l’utilitaire en France. Chacun s’adresse à une clientèle propre, avec des usages différents et une diffusion géographique spécifique, le premier étant plus utilisé à la campagne, le second en ville. Mais en juin 1965, ils devront partager leur place avec un tout nouveau modèle : le Peugeot J7.

Il faut savoir que le Peugeot J7 n’est pas le premier fourgon de la marque Peugeot, qui commercialise alors le vieillissant Peugeot D3/D4, en association avec Chenard & Walcker. Toutefois, il ne fait pas le poids face aux leaders du marché. Pour rester compétitif, Peugeot imagine un nouvel utilitaire en collaboration avec le carrossier Chausson, nouveau propriétaire de Chenard & Walcker. Le but est de proposer un fourgon avec une structure compacte et moderne, à la fois solide et pratique, pouvant être utilisé par tous corps de métier.

Peugeot dévoile, en juin 1965, le Peugeot J7 ! D’une longueur de 4.47m, d’un empattement de 2.50m, d’une largueur de 2.00m et d’une haute de 2.35m de haut, ce dernier regroupe tout ce qui se fait de mieux à son époque : une transmission « traction », une carrosserie en tôle ondulée, un look rectangulaire moderne, des portes coulissantes latéralement, des portes à trois battants à l’arrière, des jantes tôlées unies… Si on devait réduire en un seul mot le Peugeot J7, ce serait « praticité » !

A l’intérieur, le conducteur bénéficie d’un pare-brise élargi grâce à une cabine avancée, lui permettant une meilleure visibilité et une meilleure luminosité dans l’habitacle. Derrière un volant à deux branches, nous retrouvons l’essentiel. Le tableau de bord changera par deux fois : en septembre 1967, avec une nouvelle planche à deux cadrans ronds et en septembre 1975, avec une nouvelle planche rectiligne reprenant le combiné de la Peugeot 104 et le volant à quatre branches de la Peugeot 504.

A l’arrière, le Peugeot J7 offre, selon les versions, 1400 kg (à partir de juin 1965) ou 1800kg (à partir de septembre 1965) de charge utile. Son plancher droit et bas en facilite le chargement tandis que l’accessibilité se fait soit par la porte coulissante latérale, très appréciée des livreurs, soit par les portes ouvrantes 3 battants de la partie arrière. En effet, avec le Peugeot J7, Peugeot a également mis l’accent sur le confort d’utilisation.

Ainsi, le Peugeot J7 fut immédiatement adopté par les particuliers grâce à ses nombreuses déclinaisons « châssis-cabine », « pick-up » (1966), fourgon vitré, fourgon tôlé, minibus (octobre 1965)… Certains étaient spécifiquement préparés par des carrossiers comme Carrier, Durisotti et Heuliez. Il servira également de véhicule pour les services de secours et de sécurité tandis qu’il deviendra la coqueluche des professionnels-artisans.

Côté mécanique, le Peugeot J7 fut équipé de deux motorisations de base :

  • le bloc-moteur essence de la Peugeot 404, à savoir le 4 cylindres en ligne 1.5L (puis 1,6L en 1970) de 58ch pour le Peugeot J7 1400 et le 4 cylindres 1.6L de 59ch (puis 1,8L de 65ch en 1970) pour le Peugeot J7 1800
  • le bloc-moteur diesel « Indenor » à savoir le 4 cylindres en ligne 1,9L (puis 2,1L en 1978) de 53ch pour le Peugeot J7 1400 et le 4 cylindres de 2.1L de 57ch (puis 2.3L de 66ch en 1978) pour le Peugeot J7 1800

L’accès au moteur se fait depuis l’extérieur, sous la calandre, mais aussi depuis l’intérieur via un capot situé entre les sièges avants. Le système de freinage se traduit par des freins à tambours. En septembre 1967, un servo-frein est également disponible en option ou en série en fonction des modèles. En 1974, le Peugeot J7 adopte des freins à disques à l’avant.

La carrière du Peugeot J7 se solde en 1980, après 15 années de commercialisation et 336 220 exemplaires produits, laissant sa place au Peugeot J9.

Parole de collectionneur : « Le Peugeot J7, un véhicule utilitaire français à tout faire »

Aujourd’hui, nous sommes partis à la découverte d’un véhicule bien particulier, puisque c’est un utilitaire. Il représente par excellence les années 1970 ! Utilisée par les artisans et les professionnels de l’époque, la star du jour n’est pas n’importe quel utilitaire, puis qu’il s’agit d’un Peugeot J7 de 1973.

C’est le premier d’une longue lignée ! Le Peugeot J7 est la réponse de Peugeot par rapport au Renault Estafette (sorti 6 ans avant le Peugeot J7, en 1959, ndlr). Il reprend un peu l’esprit du Citroën Tube qui était la référence des années 1950/1960 et qui reprenait le moteur de la 11D Traction. C’est le véhicule qu’on pouvait trouver dans « X » versions : police, ambulance, fourgon, bétaillère…. grâce à sa plateforme assez traditionnelle et à son moteur avant Peugeot 404, en traction bien sûr. Le Peugeot J7 a été décliné pour différentes utilisations. Il y a eut beaucoup de Peugeot J7, dans cette configuration dite tôlée, qui ont fait leur carrière chez les pompiers, dans les ambulances et dans la sécurité civile, notamment dans le médical et le paramédical, avec bien évidemment des aménagements spécifiques.

En termes d’aménagement, pouvait-on le moduler à notre guise en rajoutant des banquettes ou autres ?

Il y avait plusieurs solutions. Ce véhicule existait avec une double banquette qui arrivait pratiquement jusqu’au capot moteur. C’était la configuration « fourgon ». Et sur les documentations de l’époque, on peut voir toutes les déclinaisons possibles : le carrossier, le pick-up, la bétaillère, le minibus… les versions longues, les versions courtes… Ce modèle-ci est la version la plus basique du Peugeot J7, par exemple. Il fait tout de même plus de 3m de la porte arrière jusqu’à l’arrêt de charge et a une hauteur sous le plafond d’un peu plus d’1m 80, ce qui est une grande, grande nouveauté pour les utilitaires de cette époque-là ! Ce qui permet de rentrer ses charges sans être courbé comme dans d’autres. Très très pratique ! Et surtout, c’est l’un des premiers avec une porte à glissière latérale. On arrivait avec sa charge et on posait directement. Le côté double ouverture était très pratique pour les artisans.

Pour quelles raisons avez-vous choisi ce modèle en particulier ?

Le luxe… la finition… le côté pratique… le vintage (rires). Mais aussi le côté Peugeot France, Peugeot Sochaux ! Je cherchais avant tout un véhicule utilitaire français à tout faire. Et je suis tombé sur ce Peugeot J7 qui provient de la Drome. Un plombier-artisan-chauffagiste l’avait. Il souhaitait le vendre, car il arrêtait son activité. Il lui avait permis de transporter les longs tuyaux par exemple. Toute la carrière professionnelle de ce monsieur a été réalisé avec ce Peugeot J7. Et c’est justement ce passé qui m’a attiré. Quand j’ai appelé la famille, son fils m’a dit que son père était allé le chercher à Peugeot Nanterre, en 1973. Cela m’a plu de connaître son historique et d’acheter en deuxième main ce Peugeot J7. Je suis allé le chercher dans la Drôme et j’ai mis tout de même 12 heures à remonter dans la région parisienne. Un peu sur l’autoroute. Un peu sur la nationale. On prend le temps de vivre et on passe avec une grande décontraction devant les radars (rires).

En trois mots, comment qualifiez-vous ce Peugeot J7 ?

Le Peugeot J7 donnait le sourire ! Il a le moteur de la Peugeot 404 (à savoir le 4 cylindres OHV carburateur simple corps, ndlr), une voiture que j’adore ! Et il a surtout déjà une conception qui opte pour la facilité. Il est pratique. On peut conduire avec les portes ouvertes. Il y a un côté un peu vacances, très agréable… Je dirais même que c’est un peu la « Méhari des utilitaires », même si on n’est pas chez le même constructeur !

Quelles sont les qualités et les défauts de ce Peugeot J7 ?

Tout d’abord, il ne faut pas oublier que c’est un véhicule, dans la circulation d’aujourd’hui, qui est un véhicule lent. Après, il garde comme atout son hyper-capacité de charge, sachant qu’il n’y a pas d’arrêt de charge comme sur les utilitaires d’aujourd’hui. Il a aussi un côté « bonne à tout faire », ce qui est très particulier. Et bien sûr le look ! Moi qui avait dix ans en 1968, son look me rappelle celui de certains véhicules de police qui allaient chercher les étudiants quand ils n’étaient pas tranquilles. Quant aux défauts… A vide, il freine de l’arrière, pas du tout de l’avant, car il a un répartiteur de charge qui peut se bloquer. Il faut toujours penser qu’on est dans un véhicule des années 1960/1970 à vitesse lente et il ne faut surtout pas le conduire comme un utilitaire d’aujourd’hui de la marque. Il faut faire attention, moins que sur une Renault Estafette sur le mouillé, mais il faut faire attention. C’est pour ça que j’ai changé les pneus et que j’ai arrangé un tout petit peu le freinage, sachant que vous êtes sur quatre tambours. Ce sera le premier et le dernier modèle à en être équipé. Peugeot passera rapidement aux freins à disques.

Quel est l’engouement provoqué à son passage ?

C’est un capital sympathie énorme ! L’autre jour, j’étais sur la Butte Montmartre et il y avait des commerçants, des artisans, des cafetiers qui levaient le pouce en l’air, parce que c’est un véhicule qui fait parti de leur histoire de professionnels. Beaucoup de maraîchers, des gens des marchés, notamment celui de Grenelle (dans le XVème arrondissement de Paris, ndlr), vous accueillent volonté, car ils ont eut ou possèdent toujours des Citroën C25 ou des Peugeot J7. Ils ont encore des Peugeot J7 qui tournent ! Et les jeunes d’aujourd’hui qui rencontrent cet utilitaire Peugeot, se disent « Qu’est-ce qu’on est bien ! Qu’est-ce que c’est pratique ! Qu’est-ce que c’est sympathique ! »

Aujourd’hui, quelle est la côte d’un modèle comme celui-là ?

Il n’y a pas de côte, parce qu’acheter un Peugeot J7, c’est avant tout un coup de cœur. Il y en a à tous les prix et dans tous les états. A l’époque, je l’avais acheté autour de 2000-2500€ et on était en 2015. Après vous avez des épaves roulantes à 900€, mais ça porte le nom d’épave, sans historique, avec « x » bidouilles qui leur font perdre le côté « conforme à l’origine », incluant des gros problèmes de recherches de pièces et des modifications à faire. Cela peut rapidement devenir compliqué. Et vous en avez des très très beaux, qui peuvent arriver à 7000-8000€, parce qu’ils sont dans un état impeccable. De ce fait, il n’y a pas vraiment de côte. Je dirais que le marché actuel, dans les fourgons, quand on en trouve dans cet état-là, on doit être à 4000-5000€. A noter que le premier Peugeot J7, celui de 1965, est quasiment introuvable. Il faut être connaisseur pour le repérer : les feux arrières cylindriques comme les Méhari, la petite trappe d’accès au radiateur juste sous le pare-brise… quelques petits détails…

Côté mécanique, que faut-il regarder ?

On n’est pas loin du moteur de la Peugeot 404, dans sa version essence. La culasse est spécifique, puisque c’est un 4 cylindres essence avec un seul carburateur. De ce fait, la culasse est très particulière au niveau de l’admission d’essence. Elle n’est pas facile à trouver. Il faut faire également attention au collecteur d’échappement qui est en fonte et qui a tendance à mal vieillir, spécifique à ce modèle-là. Il faut donc être un tout petit peu prudent sur certaines pièces-moteur.

Est-ce qu’il faut être un grand connaisseur en matière de mécanique pour oser le Peugeot J7 ?

Non, parce qu’il a fait une belle carrière. Mais comme tout véhicule ancien, il faut avoir un réseau pour certaines pièces. Aujourd’hui, c’est faisable. Dans quelques années, ça va être un tout petit peu plus compliqué, car la refabrication n’est pas au rendez-vous. Beaucoup de Peugeot J7 ont fini dans les casses, parce qu’usés jusqu’à la corde et de ce fait, beaucoup de pièces détachées sont abimées. Il faut donc se rapprocher des spécialistes. A noter que le Peugeot J7 est un dérivé de la Peugeot 404 et qu’il en reprend une partie du train avant et la mécanique.

La question de la fin : avez-vous des voitures qui vous font rêver et que vous souhaiterez avoir dans votre garage ?

Une seule réponse : la voiture de Jean Daninos ! La Facel Vega ! Tout petit, je m’intéressais à la Facel Vega. Pour moi, c’est l’un de plus beaux coups de crayon des voitures françaises. Et si je devais en choisir une, ce serait la Facel-Vega Facel II (type HK2), sortie à 184 exemplaires. Après dans l’accessible, il y aurait le coupé Peugeot 404 dans sa première version. Si non, chez Renault, je regrette la vente de mes deux Renault Floride S. Je m’en suis séparé à contrecœur pour rassurer ma banquière, hélas… La Floride S est la plus rare des Renault Floride, puisque c’est celle qui utilise le moteur de la Renault 8. Issue d’un joli dessin de Monsieur Pietro Frua, elle est, pour moi, « LA » voiture des sixties ! En étrangères, il y aurait quelques Italiennes comme le coupé Lancia Fulvia… Et je viens de récupérer une jolie BMW 2000CS de 1966 qui est une approche de Karmann et de Bertone… Elle est sortie à peine à 3300 exemplaires parce qu’elle est en boîte automatique. Ce que je préfère chez une ancienne, c’est le premier coup de crayon. L’authenticité de la ligne. C’est pour ça que j’aime le Peugeot J7, c’est parce qu’il est le premier dans cette ligne.

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS 
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS

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Une réflexion sur “Interview automobile : Le Peugeot J7, l’utilitaire qui a du lion

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