Regards Croisés : La Citroën 2CV et la Citroën Méhari, deux âmes-sœurs (1/3)

Quelquefois, le hasard crée des situations concasses… comme un certain dimanche où deux voitures mythiques se sont croisées dans les rues de Paris. La première, entièrement grise, est une icône de la marque Citroën dont la popularité n’a d’égale que sa côte d’amour. La deuxième, à la coque en plastique verte, est devenue légendaire avec le cinéma, notamment grâce à la saga culte des « Gendarmes de St Tropez » ! Elles ont toutes les deux participé, cet été, au plus grand rassemblement de Citroën au monde – le Rassemblement du Siècle -, à la Ferté-Vidame. L’une s’appelle Citroën 2CV et l’autre, Citroën Méhari, mais pour les intimes, c’est « Georgette » et « Ma Biche » ! Reflet des voitures populaires des années 1950 et 1960, la rencontre entre ces deux mamies et monuments du Patrimoine automobile français est un moment unique que vous propose ABSOLUTELY CARS !

La Citroën 2CV, la voiture populaire par excellence

Imaginée dès 1935, après la reprise de Citroën par Pierre Michelin, le nouveau directeur, Pierre-Jules Boulanger, se met immédiatement au travail avec un seul objectif : concevoir un véhicule pratique, économique et pouvant transporter 4 personnes avec des valises (50kg de bagages). Cette nouvelle voiture est destinée au monde rural et ouvrier dont les revenus sont faibles. Le but est de rendre accessible la voiture et ainsi de toucher une nouvelle clientèle. Le projet « toute petite voiture » ou TPV est lancé.

En 1939, les premières esquisses papiers aboutissent aux prototypes. Elles répondent aux attentes de la marque et celles des futurs clients, à savoir :

  • 2CV fiscaux (pour éviter des taxes supplémentaires)
  • une boite 3 vitesses
  • un moteur « traction avant »
  • une suspension souple mais solide ayant fait ses preuves (le fameux test des œufs)
  • 4 places
  • une capacité de charge de 50kg de bagages

Malheureusement, la Deuxième Guerre mondiale mettra fin officiellement à cette expérience qui sera suspendue jusqu’à la fin de la guerre. Les rares prototypes existants sont désormais exposés au Conservatoire Citroën à Aulnay-sous-Bois. Mais le projet n’a pas pour autant arrêté. Les recherches reprennent en secret, dès 1941, avec les trois prototypes encore conservés. Ce n’est qu’en 1948 que le projet « 2CV Type A » est présenté au public français et les avis divergent. D’un côté, les médias émettent et rédigent des critiques plus que négatives face à cette nouvelle voiture. Elle est notamment traitée de « caisse à sardines » ! De l’autre, le Grand Public voit en elle un moyen de se motoriser à un prix très bas, en pleine période de reconstruction. En effet, c’est la voiture la moins onéreuse proposée sur le marché (avec la Renault 4cv qui était 33% plus chère en 1949). Néanmoins, sa valeur neuve (soit 228 000 Anciens Francs, soit environ 2 280,00€ Nouveaux Francs) correspondrait à environ 18 284€ actuels ! En effet, il fallait, en 1950, 15,2 mois de salaires pour un ouvrier payé au SMIG (ancêtre du SMIC), soit 15 000 francs, pour s’offrir une 2CV !

Pourtant, malgré ce prix surprenant, la Citroën 2CV conquit les cœurs par sa fiabilité, sa facilité de conduite, son embrayage centrifuge et sa boîte à 4 vitesses. La classe moyenne devient « Citroëniste » malgré les délais de livraison (5 ans en 1960, puis 10 mois en 1960) et ses conditions de paiement (5% du prix à la commande, plusieurs acomptes, puis 50% à la livraison et ce sans remise tarifaire).

Trois ans plus tard, la version utilitaire de la 2CV est commercialisée avec la Citroën « Type AU ». D’autres versions verront le jour avec la Citroën « 2CV Type AZ » (plus puissante) , en 1954 et la Citroën « Type AZLP (porte de malle), en 1958. Leur capacité de chargement atteint les 150kg tandis qu’elles peuvent accueillir deux personnes.

A partir de 1975, soit 27 ans après son lancement, Citroën améliore et optimise la 2CV, celle-ci devenant vieillissante. Elle subit la concurrence de la Citroën Dyane (plus puissante et moderne que la 2CV). On voit, ainsi, apparaître sur les routes des versions 2CV « Spécial » et 2CV « 6 », accompagnées par des évolutions visuelles et intérieures. Le prix, quant à lui, conserve son attractivité financière, véritable force de vente de la Citroën 2CV. Plusieurs versions spécifiques sortiront des chaînes de production avec notamment la Citroën 2CV « 4×4 Sahara », Citroën 2CV « Export », la Citroën 2CV « Spot », la Citroën 2CV « Charleston », la Citroën 2CV « France 3 », la Citroën 2CV « Dolly », la Citroën 2CV « Marcatello »… et bien sûr la Citroën 2CV « 007 » dans le film de James Bond, « Rien que pour vos yeux », en 1981 !

Hélas, les années 1980 seront fatales à la 2CV qui verra sa production diminuer, puis s’arrêter, en 1988, pour l’usine de Levallois Perret et, en 1990, pour l’usine de Mangualde au Portugal.

CaractéristiquesDonnées
Moteur Moteur boxer bicylindre refroidi par air
Cylindrée375 cm3
425 cm3
435 cm3
602 cm3
Puissance De 9 à 29ch
Transmission Avant
Boite de vitesse4 rapports + marche arrière
FreinsTambours puis à disques
PoidsDe 475 à 575kg

Critiquée, aimée, adulée, la Citroën 2CV n’a cessé d’être dans l’esprit et le cœur des Français. La « Deudeuche », comme les passionnés et amoureux de ce modèle l’appellent, est désormais considérée comme l’icône automobile des années 1950 et 1960. Après de 5,1 millions d’exemplaires vendus à travers le monde, entre 1948 et 1990, dont 3,7 millions en France, elle est devenue un véritable art de vivre à la française et un symbole international de notre pays !

La Citroën Méhari, la Citroën version « Plein Air »

De la Citroën 2CV, est dérivée un autre modèle culte : la Citroën Méhari. Issue du même « châssis », ces deux cousines ont plus de points communs que l’on ne pense. Cela s’en ressent dès qu’on se glisse derrière son volant, mais aussi par les nombreux points similaires intérieurement et extérieurement. Mais pour mieux connaître la Méhari, nous vous proposons un retour en arrière, dans les années 1960. Plus précisément en 1968 où un drôle et nouveau véhicule arpente désormais les plages et les petites routes de campagne française. Tout dans cette voiture est unique, voire exotique. Déjà, son nom. Méhari signifie « dromadaire » en arabe et comme l’animal, elle se devait être « tout-terrain » !

Au programme du cahier des charges : pouvoir traverser un champ labouré avec un panier d’œufs posé sur la banquette, sans les casser. Cet exploit fut possible grâce à ses suspensions spéciales à grand débattement. Elle aura pu être un véritable « tout-terrain », dans le strict sens du terme, si son moteur, un 602 cm3 de 29 ch, avait été plus puissant pour le franchissement d’obstacles.

L’histoire de la Méhari est aussi atypique que la voiture elle-même, notamment sa conception. Tout commence en 1967 avec le comte Roland Paulze d’Ivoy de la Poype, un industriel français qui s’associa à Jean-Louis Barrault, designer et à Jean Darpin afin de concevoir une voiture personnalisée via un kit. Ils se tournèrent immédiatement vers un véhicule simple, fiable, économique et robuste : la 2CV camionnette. Les premiers tests amèneront les trois associés à revoir la carrosserie pour qu’elle soit plus rigide et résistante. La présentation du projet dans les locaux de Citroën sera un succès, la Méhari entrant dans la gamme utilitaire Citroën.

La présentation officielle de la « Dyane 6 Méhari« , de son nom complet, a eu lieu en mai 1968, au Golf de Deauville avec huit exemplaires présentés et huit teintes différentes :

  • La jaune s’accore avec le golf
  • La bleu spécialement pour les forces de l’ordre et de sécurité (avec un gyrophare).
  • La grise, pour les hipppies avec des fleurs, guitares
  • La rouge, pour les pompiers (avec un gyrophare orange et des extincteurs)
  • La beige, pour les chasseurs (doté un pelle et d’une plaque de désensablement)
  • La verte, pour les agriculteurs et fermiers (chargée de foin)
  • La turquoise, pour la plage ( (avec parasol, ballons et maillots de bain)
  • La blanche, la spéciale car elle contient des lapins qui furent offerts à chaque journaliste présent.

Plus de 2500 unités commencent alors à sortir des chaînes de production avec plusieurs modifications à l’ordre du jour : 3 teintes de couleurs vives (Hopi rouge, Tibesti/Montana vert, Kirghiz orange, Kalahari/Hoggar beige, Atacama jaune), 4 places, la banquette arrière rabattable (option puis de série), feux-arrières arrondis, les clignotants sur les ailes, une capote intégrale à boutons, un pare-brise rabattable (option puis de série), le lave-glace (option), l’antivol (option), le chauffage, la ceinture de sécurité ventrale… La charge utile atteint 400 kg, pour un poids à vide de 525 kg.

Les premiers succès se confirment rapidement. En 1969, plus de 25 méhari traversent sept pays lors du voyage retour du Raid « Liège/Dakar/Liège ». Il y a aussi l’armée qui l’adoptera avec une version, bien évidemment, baptisée « Armée ». Onze ans plus tard, la version 4×4 apparaît au catalogue, avec une traction intégrale. Thierry Sabine, pilote de rallye et fondateur du Paris-Dakar, a effectué la reconnaissance du tracé avec ! Cependant, faute de rentabilité, sa production s’arrête en 1983 avec environ 1200 unités vendues. Le reste des pièces seront utilisées sur les autres Méhari.

La seule série spéciale sera la Méhari « Azur » (1983) avec seulement 700 modèles produits et destinés aux marchés français, italiens et portugais. Elle se distingue par sa robe blanche et bleue, une sellerie rayée de la même couleur, une capote blanche et bleue pouvant s’ouvrir au niveau des places. Elle fera partie du millésime 1986-1987 en version 4 places contrairement à la «  »normale » qui devient une stricte 2 places.

1987 marque la fin définitive de la Méhari avec l’arrêt des chaînes de l’usine portugaise de Mangualde. Au total, 144 953 exemplaires furent produits dont 1200 en version 4×4. L’année 1974 restera dans les annales en tant que « production annuelle record » avec près de 14 000 modèles assemblés.

CaractéristiquesDonnées
Moteurbicylindre à plat refroidi par air
Cylindrée602 cm3
Puissance 29ch
Transmission avant puis 4X4
Boite de vitesse4 rapports + marche arrière
Freinstambours puis à disques
Poids525 kg

Avec ces deux modèles emblématiques, ABSOLUTELY CARS ne pouvait que faire une interview croisée ! Retrouvez dès demain, « Georgette », la Citroën 2CV, et « Ma Biche », la Citroën Méhari ainsi que leurs propriétaires !

La suite ? Demain !

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS

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