Au détour des rues parisiennes : Août 2020

Se balader, flâner, découvrir…. Bref la vie parisienne et c’est ce que l’on aime, notamment quand nous tombons nez à nez avec une charmante voiture aussi rare que belle. A chaque coin de rue, se trouve peut-être cette perle rare. Ainsi avec cette rubrique « Au détour des rues parisiennes », ABSOLUTELY CARS déniche pour vous ces véhicules qui font mine de passer inaperçus, hélas sans succès… Que l’on aime les pots de yaourts, les berlines, les coupés ou les SUV, c’est un choix. Mais rester indifférent face à ces icônes européennes ou américaines est difficile. Allez, hop ! La rubrique mensuelle d’ABSOLUTELY CARS vous réserve ce mois-ci plein de surprises avec trois merveilles extraordinaires : une Bugatti Type 35, une Renault R20 Turbo 4×4 Paris-Dakar et une Volkswagen Type 166 Schwimmwagen !

La voiture du mois : la Bugatti Type 35

Elles étaient bleues. Elles étaient françaises. Elles étaient victorieuses. Les années 1920 marque, pour le constructeur français Bugatti, une période riche en succès. Fort de son expérience engrangé avec la Bugatti Type 13, Ettore Bugatti dévoile, lors du Grand Prix de l’ACF 1924, à Lyon, sa toute nouvelle voiture de compétition : la Bugatti Type 35 ! Première des Bugatti à arborer la célèbre calandre en fer à cheval, cette merveille hors normes renforcera un peu plus la légende de la marque de Molsheim ! En effet, la Bugatti Type 35 est l’une des rares voitures pouvant se targuer de plus 2000 victoires en courses, aussi bien sur circuit qu’en côte ! Ce record inégalé à ce jour fut, notamment, permis par le nombre particulièrement élevé d’exemplaires produits et vendus, soit environ 640 Bugatti, toutes versions confondues. Il faut savoir que vendre une voiture de compétition aux particuliers est une caractéristique propre à cette marque. Mais outre sa réussite irrévérencieuse en courses, la Bugatti Type 35 fut également un succès commercial sans précédent ! Elle servira de base à pas moins de huit versions complémentaires : la Bugatti Type 35A, la Bugatti Type 35B, la Bugatti Type 35C, la Bugatti Type 35T, la Bugatti Type 37, la Bugatti Type 37A, la Bugatti Type 39 et la Bugatti Type 39A.

La Bugatti Type 35 se caractérise par l’élégance de son design, son radiateur chromé en forme de fer à cheval, sa partie arrière façon « boat-tail » et ses roues 8 rayons plats en aluminium conçues pour ne pas déjanter ! Il faut savoir que cette sportive est dotée d’un châssis et d’une carrosserie entièrement créés pour ce modèle. Son essieu avant est formé d’une seule pièce polie, réalisé par les forgerons de Molsheim. , La suspension avant est assurée par des ressorts à lames semi-elliptiques tandis que l’essieu arrière dispose de ressorts quart-elliptiques. Elle dispose aussi d’un saute-vent présent uniquement devant le pilote, d’un carrossage positif et de tambours de frein actionnés par câble Bowden.

La Bugatti Type 35 est une biplace, en adéquation avec le nouveau règlement des Grands Prix qui impose un mécanicien avec le pilote. Son habitacle a su conserver cette présentation « course » avec un accès digne d’un contorsionniste. En effet, l’écart entre l’immense volant quatre branches et le siège ne laisse que peu de espace pour les jambes et le tronc du conducteur. Il fait face à un tableau de bord entièrement en aluminium bouchonné, doté d’une instrumentation minimaliste avec quatre cadrans.

Côté mécanique, la Bugatti Type 35 est armée d’un double 4 cylindres en ligne à simple arbre à cames en tête, soit un 8 cylindres atmosphérique 24 soupapes en deux blocs en aluminium. D’une cylindrée de 1991 cm3, il développe 95ch pour une vitesse de pointe de 170 km/h. Le tout est associé à une boîte mécanique 4 rapports non synchronisés dont le levier est placé à l’extérieur de l’habitacle, soit à gauche, soit à droite selon la conduite. Bref un petit joyau de mécanique avec un excellent rapport poids/puissance, la Bugatti Type 35 ne pesant que 750 kg sur la balance ! Réputée pour sa fiabilité, la Bugatti Type 35 fait preuve également d’un excellent comportement routier pour une propulsion de cette époque, ce qui forgea un peu plus sa réputation !

La pépite du mois : la Renault R20 Turbo 4×4 Paris-Dakar

Si la première voiture de cet article nous a replongé dans le monde des courses, celle-ci nous amène sur les sentiers de terre d’un autre continent ! En effet, la pépite de ce mois d’août n’est d’autre qu’une magnifique Renault R20 Turbo 4×4 ayant participé au rallye Paris-Dakar avec les frères Bernard Marreau et Claude Marreau ! Nés à Nanterre et issus du milieu automobile, leur père étant garagiste, ils s’embarquèrent, en 1967, pour un tour du monde, mais celui-ci ne sera pas conclu. Toutefois, l’ensemble de leur périple est sauvegardé sur une caméra 16mm qui recevra le prix du film amateur à Cannes en 1969. Son nom : « De l’autre coté du temps ». Forts de cette expérience qui a renforcé leur passion pour l’aventure, ils entament dès 1969 de nouvelles traversées ! Tout d’abord entre amis, au volant de deux Renault 4L ! Puis, dans un second temps, en compétition avec la Traversée d’Afrique, du Cap à Alger, à bord d’une Renault 12, cela à deux reprises avec un record à la clé, de 15 432km, abattu en 8 jours, 22 heures et 18 minutes avec l’aide d’Yvon Garin !

Mais c’est au volant de cette Renault R20 Turbo 4×4 qu’ils vivront leur plus grande aventure, en participant à l’édition 1981 du célèbre Paris-Dakar ! Ce n’était pas leur premier rallye, l’édition 1978 les voyant débarquer avec une Renault 4L entièrement préparée après 700h de travail et ce, pour un budget minime. Leur connaissance du terrain les fait surnommés « les Renards du désert », notamment face aux puissants et imposants Range Rover, Toyota et Volkswagen. Lors de cette première participation, ils prirent une magnifique 5ème place. L’année suivante, ils présentent la même voiture, cette fois-ci armée d’un bloc-moteur de R5 Alpine Groupe II ! Avec ce bolide, ils montent sur la 3ème marche du podium. Bref, il n’en fallait pas plus pour créer un partenariat avec Renault, complété par Elf et Uniroyal, ce qui permit aux frères d’engager, en 1981, cette Renault R20 Turbo 4×4 !

Cette Renault R20 Turbo 4×4 est une petite bombe ! Elle est équipée d’un 4 cylindres 1,6L (1584 cm3) de 133ch. Il est accouplé à une boîte manuelle 5 rapports type « Proto » et à une transmission intégrale issue, à l’avant, de la R30. L’échappement est décalé sur le toit tandis que le plancher arrière provient d’un Renault Trafic. Les performances de cette voiture sont plutôt remarquables : 200km/h pour 1436kg sur la balance ! Il faut savoir que deux prototypes furent construits. Après un abandon lors de l’édition 1981, ils remportent finalement l’épreuve l’année suivante avec le numéro 150 et ce, malgré les problèmes mécaniques à répétition ! A partir de 1983, l’équipage opta pour une Renault R18 break V6 4×4, avant de se tourner vers les prototypes Lada et Mitsubishi, puis enfin, la catégorie des buggy. De ce fait, pouvoir admirer dans les rues de Paris, cette voiture unique, victorieuse au Paris-Dakar, était un véritable événement que nous souhaitons partager avec vous !

A noter que la voiture que nous avons photographié dans les rues de Paris est une réplique, l’original étant au Musée Renault. Il s’agit de la 4ème et dernière réplique construite et officielle de la Renault R20 « Marreau ». Elle repose sur la base d’une Renault 30 V6 et est dotée d’une boîte 5 rapports. Pour l’anecdote, elle est signée des Frères Marreau sur la porte avant droite et est même utilisée lors de rallyes historiques en France et au Maroc !

Le coup de cœur du mois : la Volkswagen Type 166 Schwimmwagen

Nous ne pouvions pas terminer cette rubrique sans vous parler ce modèle extraordinaire : une Volkswagen Type 166 Schwimmwagen ! Cette voiture particulière est issue de l’esprit de Ferdinand Porsche et a été conçue par l’ingénieur Trippel. Son nom pourrait se traduire en français par « voiture qui nage », ce qui en dit déjà long sur ce qu’elle est ! En effet, la Volkswagen Type 166 Schwimmwagen est un véhicule amphibie à quatre roues motrices ! Commandée par l’armée lors de l’attaque contre la Pologne, elle fut, notamment, utilisée lors de la Seconde Guerre mondiale par l’Armée allemande pour la l’évacuation de blessés, la liaison et la reconnaissance.

La Volkswagen Schwimmwagen a utilisé, au premier abord, le moteur et la mécanique du modèle Volkswagen Type 86 et de la Volkswagen Coccinelle Type 87, toues les deux à quatre roues motrices. Mais le côté « amphibie » du cahier des charges obligea le constructeur allemand à construire un tout nouveau châssis et une toute nouvelle carrosserie. Cela donna un prototype dénommé « Volkswagen Type 128« , basé sur le châssis d’une Volkswagen Kübelwagen d’un empattement de 2,4m. Ce prototype repose alors sur un châssis et sous-bassement flottants et se voit armée d’un moteur 4 cylindres à plat, d’une transmission intégrale et d’une hélice rétractable. Seuls 30 exemplaires sortirent des usines de production de Molsheim, Fallersleben/Wofsburg et de Stuttgart entre 1938 et 1941. Des modifications sont alors apportées afin de l’optimiser pour correspondre davantage aux contraintes physiques de l’amphibie. Il fut donc raccourci, d’un empattement de 2m, et rendu plus petit (3,82m de long, 1,48m de large et 1,08 de haut). Ce changement en fait un véhicule pratique et maniable, capable de transporter quatre personnes avec leur chargement aussi bien sur terre que dans l’eau. Il est alors produit à grande échelle sous le nom de Volkswagen Type 166 Schwimmwagen.

La Volkswagen Type 166 Schwimmwagen est dotée d’un habitacle épuré dépourvu de portières et dont le toit a été remplacé par une capote amovible. Les soldats devaient enjamber les flancs pour s’y asseoir. Une mitrailleuse peut même y être installé. L’instrumentation, quant à elle, est sommaire avec un volant trois branches, un seul cadran, deux voyants (rouge et vert) et une plaque indicative.

Côté mécanique, on trouve un 4 cylindres à plat 1.1 (1131cm3) de 25ch, accouplé à une boite manuelle 4 rapports (+ 1 pour la transmission tout-terrain). Toutes les Volkswagen Type 166 Schwimmwagen étaient à quatre roues motrices uniquement en première et en marche arrière avec certains modèles. Elles avaient des différentiels autobloquants ZF sur les essieux avant et arrière. Dotée de moyeux arrière à engrenage à portique, elles avaient une étonnante bonne conduite de route, pouvant aller jusqu’à 80km/h sur terre ! Dans l’eau, elle possède une ligne de flottaison très basse. L’hélice s’abaisse depuis le pont arrière et un simple accouplement permet de la conduire à partir d’une extension du vilebrequin. Elle pouvait aller ainsi jusqu’à 10 km/h dans l’eau ! Mais qui dit propulsion, dit toujours en marche avant et pour faire reculer la belle, il faut… pagayer ! Il est tout de même possible d’enclencher la marche arrière pour que le mécanisme des roues la fassent lentement reculer. A noter que les roues avant de cette voitures font office de gouvernail. Forte de ces deux modes, la Volkswagen Type 166 offre une maniabilité et une mobilité intéressante du haut de ses 910kg, pouvant franchir aisément un gué de 45 cm !

Produite à 15 584 unités de 1941 à 1944, dont 14 276 à Fallersleben et 1 308 à Stuttgart, la Volkswagen Type 166 Schwimmwagen fut la voiture amphibie la plus produite en série de l’histoire de l’automobile ! Son utilisation fut surtout remarqué sur le Front de l’Est, lors de la Seconde Guerre mondiale, s’affranchissant de la neige et de la boue. Quelques Volkswagen Type 166 connurent aussi l’Afrika Korps et la Yougoslavie. Beaucoup furent donc détruites durant ces guerres. Il faut savoir également que les Volkswagen Type 166 Schwimmwagen étaient principalement assemblés par des prisonniers de guerre qui ont, quelquefois, saboté les soudures de la carrosserie, les rendant submersibles. De ce fait, peu d’exemplaires sont parvenus jusqu’à nos jours, d’où leur rareté sur les routes et lors de manifestations historiques.

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS 
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS

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