Saga Shooting Brake : Aston Martin-Lagonda

Au XIXème siècle, la notion de « Break de chasse« , ou « Shooting brake » pour les Britanniques, désigne, de prime abord, un véhicule transportant tout un équipage de chasseurs, leurs matériels et leurs chiens de chasse. Toutefois, cette typologie servira rapidement de référence à des modèles de série type berlines ou coupés transformés sur-mesure, puis à une catégorie bien précise d’automobiles également appelées « estate« . Ce style s’est démocratisé en Angleterre dans les années 1920-1930, avant de conquérir toute la planète ! Depuis, certaines marques ont reproduit cette expérience et ont produit plusieurs voitures à un ou plusieurs exemplaires… jusqu’à conquérir les constructeurs européens les plus hauts de gamme des années 1960-1970 ! Ultra-sportifs et luxueux, ces versions sont peu courantes, voire extrêmement rares sur nos routes ! Avec ce premier volet de cette saga consacrée au « Shooting Break« , ABSOLUTELY CARS s’intéresse à l’ensemble des versions proposées par la marque de Newport Pagnell/Gaydon : Aston Martin-Lagonda !

Les Aston Martin et Lagonda Shooting Brake insufflées par David Brown

La Lagonda Rapide Shooting Brake, l’unique shooting brake Lagonda

David Brown (1904–1993), constructeur de tracteurs agricoles depuis 1936 sous la marque Ferguson-Brown, puis à partir de 1939, sous le nom de Brown, acheta Aston Martin et Lagonda, en 1947. Les nouvelles voitures adoptèrent le 6 cylindres muni d’un double arbre à cames en tête conçu par Walter Owen Bentley. L’une d’elle est la Lagonda Rapide, produite de 1961 à 1964, dotée d’un bloc-moteur de 3996cm3 de 236ch accouplé à une boîte manuelle 4 rapports ou à une boîte automatique 3 rapports et de 4 freins à disques. Avec ses 4,97m de long et ses 2,9m d’empattement, la Lagonda Rapide fut fabriquée à la main et sur commande uniquement pour un prix de base de 4950£ et à seulement à 55 unités. Avec ce modèle, nous voyons apparaître le premier et l’unique shooting brake officiel Lagonda : la Lagonda Rapide Shooting Brake. Cette déclinaison particulière, en un seul exemplaire, a été réalisée par la « Company Ltd of Barnard Castle » à qui nous devons également le revival du modèle en 2005 ! La carrosserie opte pour de l’aluminium laminé « fait main ». La partie arrière se pare d’un hayon avec lunette chauffante et essuie-glace. L’intérieur préfère reprendre la couleur des sièges arrières en cuir gris. La voiture appartient désormais à une collection privée Aston Martin.

L’Aston Martin DB5 Shooting Brake, la première d’une série

Qui ne connaît pas la fameuse Aston Martin DB5 ? La voiture de James Bond est cultissime, mais savez-vous qu’elle a été déclinée en shooting brake ? En effet, en 1963, David Brown a eu l’idée de concevoir un modèle destiné à la campagne pour satisfaire ses loisirs. L’Aston Martin DB5 vient alors d’être juste lancée et une version shooting break est tout trouvée afin de disposer d’un habitacle plus spacieux pour installer ses affaires de loisirs (polo, golf) et son chien. Le propriétaire d’Aston Martin fait donc appel à Harold Radford, carrossier londonien, pour transformer sa belle et lui offrir une carrosserie spécifique. Le projet est lancé en juillet 1963 et est finalisé en 1965. Parmi les modifications notables, nous trouvons l’allongement du toit, des renforcements latéraux en acier, des vitres et hayons fabriqués en une seule pièce, ainsi que le siège arrière rabattable. Côté moteur, nous retrouvons le 6 cylindres 4.0L de 282ch de sa version « classique ». Avec des performances identiques au coupé, cette voiture est considérée comme « le véhicule à double usage le plus rapide au monde » !

Une fois le résultat dévoilé, l’intérêt grandit du côté des clients d’Aston Martin. Pour répondre à cette demande, près de 12 exemplaires seront produits entre 1965 et 1967 dont deux furent utilisés par David Brown lui-même ! Si la voiture conserve sa sportivité, elle perd en légèreté et en rigidité. A noter que le coût de la transformation représente un surcoût équivalent à 1,5 fois le prix de l’Aston Martin DB5 initiale, soit 6412£ au total (4412£ + 2000£). Harold Radford devient alors le référent de l’Aston Martin DB5 « Estate », l’usine produisant l’Aston Martin DB5 étant complète. Bon nombre de ces réalisations furent exportées outre-Atlantique !

L’Aston Martin DB6 Vantage Shooting Brake, le prochain chapitre

En 1965, Aston Martin présente la remplaçante de l’Aston Martin DB5 : l’Aston Martin DB6. Elle se déclinera en version cabriolet avec l’Aston Martin « Volante », mais également en break de chasse avec l’Aston Martin DB6 Vantage Shooting Brake, basée sur la version la plus luxueuse de l’Aston Martin DB6. Apparue en 1966, nous devons également cette version shooting brake à Harold Radford qui reprend le processus de transformation déjà effectué sur sa devancière. Dotée d’un 4 cylindres en ligne 4L développant 325ch, la nouvelle Aston Martin DB6 Shooting Brake conserve le titre de « véhicule à double usage le plus rapide au monde » ! A noter que le supplément pour la transformation était toujours de 2000£. Elle fut produite à 6 exemplaires dont une avec le volant à gauche.

Mais ce n’est pas la seule de l’Aston Martin DB6 Shooting Brake qui existe, car il se trouve que le carrossier londonien FLM Panelcraft a travaillé sur une seconde vision du « Break de chasse » ! Déjà spécialisé dans la conversion de berlines classiques en coupé ou break, l’Aston Martin DB6 « FLM Panelcraft » garde une grande partie des éléments de la partie arrière. On dénombre que trois exemplaires sortis des ateliers de FLM Panelcraft.

L’Aston Martin DBS Estate, la dernière de FLM Panelcraft

Le carrossier londonien FLM Panelcraft ne s’est pas arrêté avec l’Aston Martin DB6 Shooting Brake, puisqu’en 1970, il a travaillé, cette fois, sur une Aston Martin DBS Estate. Il s’agit d’une commande en provenance de l’entreprise britannique HR Owen Ltd pour un client écossais. Ce modèle repose sur l’Aston Martin DBS, rendue célèbre par la série Amicalement Vôtre. Produite de 1967 à 1971, elle est équipée d’un 6 cylindres DOHC de 3996cm3 avec triple carburateur SU, développant 286ch, accouplé à une boîte automatique 3 rapports Borg Warner. Cette Aston Martin DBS Estate se caractérise par un coloris de caisse « Garrison Green » (repeinte en rouge puis noire métallique), une vitre latérale unique, un hayon Hillman Hunter et une galerie de toit. Cependant, le coût de la transformation fut nettement plus cher que les précédents modèles. Les estimations finales semblent atteindre 10 000£, soit 2 fois le prix de l’Aston Martin DBS originale ! Elle sera finalement produite à un seul et unique exemplaire. Elle représente la dernière réalisation « Shooting Brake » de FLM Panelcraft avec Aston Martin. Aujourd’hui, cette voiture en est à son 3ème propriétaire.

L’Aston Martin-Lagonda Shooting Brake by Kielstra, une création à part entière

Nous devons cette Aston Martin-Lagonda Shooting Brake by Kielstra au designer indépendant, Harry Kielstra. Ce dernier décide, en 1980, de réaliser sa propre version « shooting brake » de la Lagonda Rapide. Il réalisera deux exemplaires dans son garage en optimisant l’espace intérieur, notamment du coffre pour un meilleur taux de charge. Le résultat est incroyable, digne des plus grands designers !

Les Shooting Brake Aston Martin suite au rachat de Ford

L’Aston Martin Virage 3/5 portes Shooting Brake, le break Aston Martin le plus cher du monde

Avec les années 1990, Aston Martin, qui appartient désormais au Groupe Ford, perpétue le Shooting Brake avec l’Aston Martin Virage. Celle-ci succède, en 1988, à l’Aston Martin V8 dont elle reprend le V8 5,3L de 550ch. En 1992, le nouveau président d’Aston Martin, Walter Hayes, dévoile, lors de l’édition du Salon de l’Automobile de Genève 1992, les premiers prototypes 3 portes de sa version break : l’Aston Martin Virage 3 portes Shooting Brake. Reprenant le gabarit de l’Aston Martin Virage originelle, elle allie différents éléments en provenance de différents constructeurs, à l’image des optiques Audi, des feux arrières Volkswagen Scirocco, des rétroviseurs Citroën CX et un hayon arrière Ford. Sa production se fait, cette fois-ci, au sein de l’usine britannique Aston Martin et par l’intermédiaire de voitures « clients ». On ne sait combien de véhicules furent produits (5 ou 6), mais elle obtint le titre du break Aston Martin le plus cher du monde, coûtant 165 000£ (environ 185 290€).

En 1994, Aston Martin présente l’Aston Martin Virage « Lagonda Saloon 4 portes » et l’Aston Martin Virage Shooting Brake 5 portes, longue de 5.05 mètres. A noter que la version « classique » était longue de 2.61m. Cette déclinaison qui arbore soit le logo de Lagonda, soit d’Aston Martin, se voit également équipée d’un bloc-moteur V8 6,3L de 465ch. Et ne démordant pas à sa réputation, son tarif pouvait aller jusqu’à 3 120 000 F !

L’Aston Martin V8 Vantage Shooting Brake Roos, le break le plus rapide et le plus solide du monde

Harry Roos et son entreprise, Roos Engineering, sont un distributeur officiel d’Aston Martin depuis 1975, en Suisse. En 1999, il commercialise l’Aston Martin Virage V8 Vantage, produite depuis 1992. Il utilisera ce modèle comme base à sa première réalisation : l’Aston Martin V8 Vantage Shooting Brake V600 Roos. La conception et la fabrication dure deux ans avec un processus inédit : l’habitacle est entièrement revu avec des sièges arrières rabattables à plat, une partie arrière sur-mesure et une porte arrière spécifique. Le dessin du toit est complètement inédit et le châssis, renforcé. L’ensemble offre un surpoids de 60kg mais conserve les performances du coupé grâce à son V8 suralimenté de 600ch et abattant le 0 à 100 km/h en 3,9 secondes ! Roos Engeneering réalise son rêve : construire « le break le plus rapide et le plus robuste du monde » ! Proposé à un tarif de 500 000 USD, on ne compte que 3 exemplaires produits.

L’Aston Martin-Lagonda V8 Shooting Brake, deux versions « haute couture »

Roos Engineering ne s’arrête pas à l’Aston Martin V8 Vantage Shooting Brake Roos, puis qu’en 2000, le préparateur continue son aventure chez les Shooting Brake Aston Martin avec l’Aston Martin-Lagonda V8 Shooting Brake, reposant sur la base de la Lagonda Rapide Série III. Equipée d’une motorisation V8 5.3 de 309ch, elle ne sera déclinée qu’à un seul exemplaire doté des plus fins raffinements : sellerie en cuir, boiserie, tapis en laine d’agneau…

Toutefois, ce n’est pas l’unique Aston Martin-Lagonda V8 Shooting Brake, puis que nous devons un second exemplaire à la carrosserie François VULTAGIO SA de Sion ! Les éléments externes et internes ont été faits avec des moules. La carrosserie dont le toit, les renforts latéraux, le hayon et les ailes, est en aluminium. L’habitacle dispose de sièges en cuir Connolly, d’une finition en alcantara et d’une moquette de luxe. Le bloc-moteur correspond à un V8 5.3 de 305ch offrant une vitesse max de 235km/h, le tout pesant 1.8 tonnes sur la balance !

L’Aston Martin Bertone Jet 2, voulue par Bertone, signée par Giorgetto Giugaro

En 2004, le carrossier turinois Bertone présente l’Aston Martin Jet 2. Reprenant la structure de l’Aston Martin Vanquish V12, la transformation comprend un design imaginé par le designer italien Giorgetto Giugiaro. La longueur de caisse et l’empattement gagnent 20cm. La face avant est retravaillée au niveau des phares, de la calandre et des ailes. Un toit panoramique et une partie arrière alliant carbone et aluminium complètent le tout. L’intérieur est ultra-luxueux avec de l’aluminium, du cuir et des boiseries exotiques tandis que l’assise arrière rabattable est plus spacieuse. Un chef d’œuvre ! Néanmoins il est difficile d’estimer le type de bloc installé ou le poids de l’engin, car, bien que Bertone est tout fait pour qu’elle puisse être produite en petite série, ce concept restera à un seul et unique exemplaire ! A noter que Bertone réalisera une nouvelle version de son shooting brake, en 2013, avec son Aston Martin Jet 2+2.

Les Aston Martin Shooting Brake sous l’ère de Prodrive

L’Aston Martin Boniolo V12 Vanquish EG Shooting Brake, une commande spéciale

Quality Cars est une société installée à Vigonza, spécialisée dans la conception de carrosseries spéciales. En 2007, un client anonyme leur demande de transformer en break de chasse la magnifique Aston Martin Vanquish I, produite entre 2001 et 2004 à 1 492 exemplaires et dotée d’un V12 atmosphérique à 60° de 466ch. Cette commande spéciale sera réalisée par le designer Francesco Boniolo. Elle se caractérise par un style rappelant les avions des années 1940 avec sa caisse allongée couleur « Racing Green », son toit panoramique « Isolite », ses portières « suicides » et son habitacle en bambou et cuir « Homard ». L’Aston Martin Boniolo V12 Vanquish EG Shooting Brake était née !

L’Aston Martin-Lagonda Shooting Brake, un véhicule unique en son genre

En 2014, la marque Lagonda connaît son revival avec sa limousine Lagonda Taraf, dotée d’un V12 à 48 soupapes de 5935cm3 développant 537ch et accouplé à une boîte automatique 8 rapports ! Produite à 100 exemplaires, cette berline de luxe ne sera, hélas, commercialisée qu’au Moyen-Orient. Elle donnera également lieu à une déclinaison « break de chasse », connue sous le nom d’Aston Martin-Lagonda Shooting Brake ! Toutefois, cette déclinaison n’a été produite qu’à très peu d’exemplaires.

L’Aston Martin Virage Shooting Brake Zagato Centenaire, la belle qui marque un anniversaire

A l’aube de 2014, les Aston Martin DB9 Spyder et Aston Martin DBS Centennial sont rejointes par la très spéciale Aston Martin Virage Shooting Brake Zagato. Basée sur l’Aston Martin Virage V12 de 2011, nous devons son design à Norihiko Harada, travaillant pour le carrossier Zagato. Dévoilée lors de la 1ère édition du Chantilly « Art & Elegance » 2014, Aston Martin fête de la plus belle manière son centenaire et sa collaboration avec Zagato ! Elégant, ce break de chasse détonne par sa ligne atypique et ses proportions uniques. A noter que cette voiture est une demande spéciale d’un client européen de la marque ! Quid de la motorisation et des données techniques ? Hélas, nous n’avons trouvé aucune information à ce sujet.

L’Aston Martin Vanquish Zagato Shooting Brake, l’ultime collaboration d’Aston Martin/Zagato

En 2016, Aston Martin s’offre à nouveau les services du carrossier Zagato pour redesigner sa fameuse Aston Martin Vanquish II. D’abord en version coupé, le modèle sera décliné cabriolet, puis en 2017, en speedster et en shooting brake. Dévoilé le 16 août 2017, l’Aston Martin Vanquish Zagato Shooting Brake dispose d’une structure « 3 portes » entièrement retravaillée, d’un toit en carbone, d’un pavillon fuyant, d’une lunette arrière inclinée et d’un coffre à deux niveaux ! De ses sœurs, elle ne conserve que le capot et les phares. A l’instar du coupé, de la « volante » et du speedster, elle sera produite qu’à 99 exemplaires, tous numérotés et tous déjà vendus avant même que la fabrication ne commence ! Et ce, pour un prix unitaire de 650 000£ (700 000€). Elle vient clôturer les éditions spéciales de l’Aston Martin Vanquish II et sera l’ultime modèle de l’association Aston Martin/Zagato

L’Aston Martin DB11 Shooting Brake, une nouvelle pierre à l’édifice

En 2020, Aston Martin est rachetée par Lawrence Stroll. Parmi les nouveautés 2020 d’Aston Martin, se trouve l’Aston Martin DB11 Shooting Brake. Basée sur l’Aston Martin DB11, sortie en 2016 , nous devons son magnifique design à X-Tomi Design. Hélas pour nous, ce modèle risque de rester sous la forme d’un concept-car virtuel.

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’Archives

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