Saga Shooting Brake : Ferrari

Associer sportivité et praticité fait partie intégrante du cahier des charges des constructeurs automobiles. Le meilleur exemple est bien évidemment le shooting brake ! Résultant de la transformation d’un coupé en « break de chasse », cette typologie de voiture s’est démocratisée, tout d’abord, en Angleterre dans les années 1920-1930, avant de conquérir toute la planète, y compris les marques de luxe et de sport ! Et la rencontre des deux donne un modèle exclusif, très spécial, voire unique ! Le meilleur exemple sont les shooting brake Ferrari, majoritairement réalisés sur-mesure et largement optimisés tout en conservant une bonne partie des éléments originaux ! Certains d’entre eux sont même devenus des légendes à l’image de Ferrari 365 GTB/4 Daytona Shooting Brake by Panther ! Ainsi, après un premier volet consacré à Aston Martin, ABSOLUTELY CARS s’intéresse à Ferrari qui a vu certains de ses modèles modifiés version « Estate » par l’intermédiaire de carrossiers d’excellence avant l’arrivée des premiers shooting brake « made in » Ferrari !

La Ferrari 212 Export Shooting Brake Fontana, la première de la série

L’histoire des shooting brake Ferrari commence en 1952. A cette époque, l’écurie d’endurance/F1 Scuderia Marzotto acquiert le châssis d’une Ferrari 212 Export. D’abord transformer en voiture de course, elle est transformée en « voiture d’assistance rapide » après avoir participé à la course Panamericana 1951 et gagné le Tour de Sicile 1951. Elle est alors confiée au carrossier Fontana, installé à Padoue, afin de la transformer en utilitaire. Ce sera la première Ferrari shooting brake de l’histoire de l’automobile ! Hélas, elle ne gardera pas cette forme et le modèle repassera en version spider, toujours par l’intermédiaire de Paolo Fontana. De cette transformation, il ne reste plus deux photos.

La Ferrari 250 GT SWB Breadvan, la course en mode « shooting brake »

Il faudra attendre une décennie pour revoir une Ferrari en « Shooting Brake ». Celle qui fait l’objet de cette transformation est une autre voiture de course, reposant sur le châssis d’une Ferrari 250 GT SWB de 1961 et ayant participé au Tour de France pour l’Ecurie Francorchamps. Cette Ferrari 250GT « Short Wheel Base » se voit alors carrossée de manière unique par un certain Giotto Bizzarini, fondateur de la marque éponyme en 1966, produisant entre autres la magnifique Bizzarrini 5300GT. Suite à cette transformation, elle sera surnommé « breadvan », soit littéralement « four à pain », par ses contemporains. Parfaitement conçue pour un aérodynamisme accru, elle participa à plusieurs courses dont les 24 heures du Mans 1962 pour l’écurie Scuderia Serenissima avec laquelle elle s’adjugea le titre dans sa catégorie GT, puis les 1000 km de Paris, le Guards Trophy et le Puerto Rican GP. Elle se termine sa carrière par la Coppa Gallenga Hillclimb en 1965. Il faut savoir que la mécanique installée est un V12 « Tipo 168 » à 6 carburateurs (avec têtes Testarossa) développant 286ch, accouplé à la boîte manuelle 4 rapports pour un poids de 935kg ! Désormais, il est possible de voir cet unique exemplaire, moultes fois répliqué, lors de championnats de véhicules historiques à l’image du Tour Auto, Goodwood, Mille Miglia ou encore Monterey.

La Ferrari 330 GT 2+2 Shooting Brake by Vignale, une commande très spéciale

En 1968, l’américain Luigi Chinetti Junior rêve de transformer sa Ferrari 330 GT 2+2 de 1965 en « shooting brake ». De l’autre côté, l’artiste Bob Peak vient d’essuyer un refus de la part de Ferrari concernant son projet de « shooting brake ». Les deux s’associeront et iront voir le célèbre carrossier Vignale afin de réaliser cette commande très spéciale. Pour se faire, Alfredo Vignale n’utilise que très peu de pièces de la carrosserie initiale. Le résultat final opte pour une teinte vert métal, un arrière or métal, une immense surface vitrée panoramique et des grilles sur les optiques avants. Cet unique exemplaire sera dévoilé du Salon de l’automobile de Turin 1968 sur le stand de la Carrizzeria Vignale ! A noter que le bloc reste celui d’origine : un V12 4.0 de 330ch. Après l’exposition, la voiture regagnera les Etats-Unis. Sa carrière alternera alors les différents concours d’élégance (Automobiles Classiques Louis Vuitton- Villa d’Este- Côme-Cernobbio). Elle sera même repeinte en bronze ! Puis dans les années 1990, cette automobile retraversera l’Atlantique pour terminer dans la collection privée d’un collectionneur français qui entreprit de la restaurer.

La Ferrari 365 GTB/4 Daytona Shooting Brake by Panther, la voiture de toutes les légendes

En 1975, Luigi Chinetti Jr a un nouveau projet en tête pour l’un de ses clients : transformer une Ferrari 365GTB/4 Daytona Sport Wagon de 1972 en shooting brake en prenant comme référence l’esquisse d’une Cadillac break coupé. Pour se faire, il va se tourner vers le carrossier Panther Westminds, situé dans le Surrey, au Royaume-Uni. Le but est de créer de créer un « shooting break ultra-sportif » aussi bien préparé mécaniquement qu’esthétiquement. Le designer Bob Gittleman dessina cette Ferrari mythique. Le résultat final est dévoilé trois ans plus tard, mais a quadruplé le prix de la voiture initiale ! Ainsi nous nous retrouvons avec une familiale 2 portes avec des jantes à rayons Borrani, une partie arrière vitrée et s’ouvrant en papillon. Complétement transformée, seuls le capot et le pare-brise sont d’origine ! L’habitacle est également dotée d’une planche de bord avec console centrale en bois, d’une sellerie cuir Nero et d’un plancher arrière en bois. Toutefois, le projet s’arrêtera là. En effet, mécaniquement, ce shooting break devait être équipé d’un V12 Turbo estimé à 700ch pour 400 km/h ! De quoi en faire fantasmer certains ! Néanmoins, le propriétaire décida de garder le moteur d’origine, un V12 4.4 de 352ch accouplé à une boite manuelle 5 rapports. Mais il n’en fallait pas plus pour la faire rentrer dans la légende ! A noter que le palmarès de cette Ferrari 365 GTB/4 Daytona Shooting Brake by Panther comporte plusieurs participations au Festival de Goodwood et à des concours d’élégance !

Les Ferrari 365 GTC/4 0et GT4 by Felber & Michelotti : en phase avec les années 1970

Nous devons pas une, mais deux Ferrari Shooting Brake au designer italien Giovanni Michelotti qui dessina dès 1948 des carrosseries exclusives de plusieurs modèles Ferrari. S’il mit à profit tout son génie, leur conception fut confiée au carrossier suisse Felber, concessionnaire Ferrari et concepteur d’exemplaires uniques. La première création fut nommée Ferrari 365 GTC/4 Shooting brake by Felber et fut exposée au Salon de l’automobile de Genève 1977. Cet unique exemplaire sera pas la suite exportée aux Etats-Unis. Le deuxième modèle repose, quant à lui, sur la Ferrari 365 GT4 Shooting brake by Felber baptisée « Croisette », dévoilée en 1976. Le résultat offre un coloris bi-tons bleu et beige. Les renforts latéraux ont notamment la particularité de comporter cinq ouïes horizontales. A noter que Felber a également réalisé, dans les années 1980, une Ferrari 412i Shooting Brake, mais cet unique modèle est, aujourd’hui, considéré comme disparu.

La Ferrari 456 GT Venice, le shooting brake du Sultanat de Brunei

Les nineties offrent également leur lot de surprise avec une toute nouvelle version break de chasse Ferrari. Commande très spéciale du Prince du Sultanat de Brunei, Jefri Bolkiah, ce dernier souhaite, en effet, disposer d’un véhicule unique en son genre. Nous sommes en 1995 et le modèle retenu n’est d’autre que la magnifique Ferrari 456 GT, dessinée par Pininfarina dans sa version coupé et cabriolet. Le sultan fait donc appel au carrossier Pininfarina pour produire sa version shooting brake. La transformation s’accompagne d’un empattement réduit, de prises d’air latérales, d’un hayon avec béquet et de cinq portes. Côté mécanique, elle conserve sa motorisation initiale, à savoir un V12 de 5474cm3 de 442ch. Dénommée « Ferrari 456 GT Venice« , le Sultan en commandera sept exemplaires, mais n’en recevra que six dont quatre berlines et deux spyder. Le dernier modèle sera, quant à lui, acquis par un anglais installé à Londres.

La Ferrari FF, le premier shooting brake signé par Ferrari

Dans les années 2000, le designer néerlandais Michel Vandenbrink se lance dans la création d’un shooting brake reposant sur la Ferrari F612 Scaglietti. Hélas, le projet ne vit pas le jour. Pourtant, l’idée ne fut pas perdue et un shooting brake est bien sorti en 2011 avec la remplaçante de la Ferrari F612 Scaglietti, la fameuse Ferrari FF. Si la voiture symbolise une « rupture décisive avec le passé« , elle en réinvente les codes, notamment ceux du shooting break. La Ferrari FF Shooting brake se caractérise par un gabarit imposant (4.90m de long, 1.95m de large et 1.38m de haut), un habitacle 4 places polyvalent et un large coffre de 800 litres pouvant accueillir largement des valises ou des sacs de golf ! La ligne est fluide et musculeuse qui ne peut laisser insensible ! Inédit chez Ferrari, ce premier shooting brake réalisé par la marque de Maranello est un pari gagnant, même si la marque décrit plutôt ce véhicule comme une « Ferrari quatre places » dotée de quatre roues motrices. Côté mécanique, nous retrouvons un V12 6.2L de 660ch en position longitudinale avant, une boîte F1 7 rapports à double embrayage, une transmission intégrale, 4 modes de conduite (Comfort, Sport, wet/ice snow, ESC Off) et des suspensions « magnéto-rhéologiques ». Les performances sont clairement à la hauteur : 0-100 en 3.7 secondes et 330km/h en vitesse de pointe !

La Ferrari GTC4Lusso, une véritable beauté

En 2016, Ferrari lance la remplaçante de la Ferrari FF, la fameuse Ferrari GTC4 Lusso. Ce nouveau modèle a pour but de pérenniser le shooting brake chez Ferrari avec un raffinement supplémentaire tout en réinterprétant le concept avec une forme extrêmement profilée. Parmi les optimisations techniques, nous pouvons citer les trois sièges arrières individuels, une instrumentation côté passager (moteur, vitesse,…), un éclairage LED, des roues arrières directrices… Côté mécanique, nous trouvons un bloc V12 6.2 de 690ch en position longitudinale avant, une boîte F1 7 rapports à double embrayage, une transmission intégrale et des suspensions « magnéto-rhéologiques ». Ainsi équipée, elle abat le 0 à 100 km/h en 3.6 secondes pour 316km/h en vitesse de pointe.

La Ferrari 612 Shooting Brake, la concrétisation d’un projet

En 2019, le designer néerlandais Michel Vandenbrink a dévoilé sa version de la Ferrari 612 Scaglietti Shooting brake, soit près de dix ans après ses premières esquisses ! Et nous pouvons dire qu’une seule chose : ce shooting break digne d’une d’un chef d’œuvre. Mixte entre la Ferrari 250 GT SBW « Breadvan » et la Ferrari GTC4Lusso, ce break sportif respecte toutes les caractéristiques de sa version classique, notamment son V12 5.8L de 540ch ! Bien qu’il n’existe qu’un seul exemplaire construit à ce jour, Michel Vandenbrink envisage d’en sortir d’autres de son atelier, mais uniquement sur commande. A noter que le prix de vente de cette GT est estimé à 340 000€ en fonction des personnalisations du client !

La Ferrari 812 Shooting Brake, une déclinaison venue d’Hongrie

En 2017, Ferrari lance sa Ferrari 812 Superfast. Mais savez-vous que ce modèle peut être décliné en break de chasse ? C’est ce que réalise le hongrois X-Tomi, depuis quelques année ! Si cette entreprise conserve le V12 36.5 de 800ch d’origine, la carrosserie est restylisée. Et nous pouvons le dire : le résultat est bluffant ! Toutefois, il est difficile de dire combien d’exemplaires ont été transformés, sachant que la modification se fait uniquement sur-demande.

La Ferrari Breadvan Hommage, l’esquisse de l’avenir

Ferrari et le shooting brake est une longue histoire, comme le représente si bien le dessin réalisé en studio par Niels Van Roij afin de rendre hommage à la Ferrari 250 GT SWB Breadvan. La structure repose sur la Ferrari 550 Maranello et sur un travail de préparation unique, car l’ensemble de la carrosserie demanderait des moules spécifiques. A titre d’informations, ce concept-car, s’il venait à être produit, ne conserverait, mécaniquement, que la boîte de vitesse et la transmission… Ainsi peut être sera-t-il le prochain chapitre de cette histoire !

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’Archives

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