Bitter : le petit constructeur qui valorisa Opel !

Lors du salon international de l’automobile (IAA) de Francfort, le 13 septembre 1973, fut présenté l’élégant coupé Bitter Diplomat CD. La naissance d’un constructeur est toujours un évènement. ABSOLUTELY CARS vous invite à redécouvrir l’histoire de ce constructeur allemand et rend hommage à Erich Bitter qui nous quitta le 10 juillet 2023.

Les débuts de la marque Bitter

La naissance de Bitter était due à la motivation de six hommes ! Leonard Ralph Mason (1910-1974), le directeur d’Opel, mit en concurrence le bureau de design interne dirigé par le Californien Charles Morrell Jordan (1927-2010) avec le concepteur italien Pietro Frua (1913-1983). Ainsi, en 1969, pour chapeauter la gamme d’Opel, furent présentés deux prototypes.

Leonard Ralph Mason demanda à Pietro Frua de réaliser une synthèse entre les deux concept cars et de produire ce coupé 2+2. Présenté en 1970, Pietro Frua refusa de le fabriquer en petite série.

En septembre 1970, Leonard Ralph Mason fut remplacé par Alexander Cunningham qui demanda au successeur de Charles Morrell Jordan depuis juillet 1971, David Holls (1931-2000), de trouver une solution pour produire ce coupé 2+2. Ce dernier d’adressa à Erich Bitter (1933-2023), concessionnaire multimarque implanté à Schwelm qui distribua et entretint des Intermeccanica, NSU, SAAB, Volvo, Abarth. Il fut également coureur automobile entre 1963 et 1969, principalement sur Abarth. Après s’être mis d’accord avec le carrossier stuttgartois Baur et avoir obtenu d’Alexander Cunningham la garantie Opel et l’accès au réseau commercial de la firme de Rüsselsheim, Erich Bitter créa la Bitter GmbH & Co. KG en 1971. Le 13 septembre 1973, lors du salon international de l’automobile (IAA) de Francfort, fut présenté l’élégant coupé Bitter Diplomat CD.

La Bitter Diplomat CD, un splendide coupé 2+2

Lors de la présentation du coupé Bitter Diplomat CD, la presse spécialisée, notamment suisse et allemande, lui réserva un accueil mitigé. Il ressemblait beaucoup à la Maserati Ghibli présentée en novembre 1966 au Salon de l’automobile de Turin. De plus, sa carrosserie monocoque autoporteuse était lourde, 1720kg. Sa suspension arrière était constituée par un essieu De Dion. Son capot s’ouvrait vers l’avant. Son originalité résidait dans la présence d’un hayon et des 4 freins à disques ventilés. Son empattement était de 2,69m pour une longueur de 4,86m. Les performances annoncées ne pouvaient être réalisées : le bimensuel allemand AMS révéla un franchissement du 0 à 100km/h en 10,3s au lieu de 9,2s, une vitesse maximale de 209,3km/h au lieu de 220km/h. La consommation était également importante. Le carburateur était un Rochester 4 corps. La boîte à vitesses automatique était une GM Hydramatic 3 rapports. Assemblé à Schwelm, son prix était élevé. En Suisse, ce coupé coûtait 12,5% de plus qu’une Jensen Interceptor III, 16% de plus qu’une Iso Rivolta Lele. Entre 1973 et 1979, le coupé Bitter Diplomat CD fut réalisé à 395 exemplaires, un exploit dû à son esthétique intemporelle, à son haut niveau de finition, à la fiabilité de son V8 de 5354cm³.

La Bitter SC, la remplaçante

En mai 1978, Opel lança son modèle Senator équipée du fameux 6 cylindres en ligne de 2969cm³ muni d’un arbre à cames en tête et de l’injection Bosch L-Jetronic. La nouvelle Bitter SC bénéficia naturellement de cette motorisation. Elle était accouplée à une boîte à vitesses manuelle 5 rapports ou une boîte à vitesses automatique GM Hydramatic 3 rapports. Son empattement raccourci était de 2,68m pour une longueur comprise entre 4,85m et 4,91m. Sa ligne rappelait celle de la Ferrari 400i. Elle fut dessinée par Giovanni Michelotti (1921-1980) et son travail fut achevé par  Erich Bitter. Elle n’était pas équipée d’un hayon, son capot s’ouvrait vers l’arrière, la suspension à 4 roues indépendantes était présente. Entre le printemps 1981 et le printemps 1982, OCRA, implantée à Turin, réalisa les 79 premières carrosseries, malheureusement sensibles à la rouille à cause de l’utilisation de tôles en acier recyclé. La Carrozzeria Maggiora, également située à Turin, reprit le flambeau. La sellerie cuir provenait de la société SALT implantée également à Turin. Très rapidement, Erich Bitter confia l’assemblage à Steyr-Daimler-Puch AG. La transmission intégrale devint également disponible sur le coupé. Au printemps 1983, fut ajoutée la version cabriolet (d’une longueur de 4,91m) qui fut immédiatement équipé d’une motorisation de 3849cm³ développée par le motoriste Mantzel et munie d’une injection  Bosch LE-Jetronic. En 1984, fut ajoutée une nouvelle version, la limousine d’un empattement de 3,01m pour une longueur de 5,06m. Le coupé fut assemblé à 461 exemplaires ; le cabriolet, à 22 unités ; la limousine, à 5 exemplaires.

La Bitter Type 3, l’Arlésienne

La Bitter Type 3 joua l’Arlésienne. Erich Bitter présenta un cabriolet (avec hard top optionnel) en 1987, une limousine dénommée Type 4 en 1989, deux autres limousines dénommées « Berlina » en 1995 et 1996. La Bitter Type 3 cabriolet fut fabriquée à moins de 10 exemplaires en 5 ans. Son empattement était de 2,38m pour une longueur de 4,45m. Deux types de transmission furent disponibles : boîte à vitesses manuelle 5 rapports et  boîte à vitesses automatique 4 rapports.

Lors du Salon de l’automobile de Genève 2003, fut présenté le prototype Bitter CD2 basé sur la Holden Monaro australienne. Au salon suivant, la couleur de sa peinture extérieure passa de gris à vert argenté ; son volant, de droite à gauche. Au salon suivant, la couleur de sa peinture extérieure passa de vert argenté à rouge. Son empattement était de 2,79m pour une longueur de 4,9m. L’unique transmission proposée était une boîte à vitesses automatique 4 rapports.

La Bitter Vero, l’époustouflante limousine

En octobre 2007, Erich Bitter présenta la Bitter Vero basée sur la Holden Statesman 4th generation. Son empattement, conservé, était de 3,01m, sa longueur passant de 5,16m à 5,2m. L’unique transmission proposée était une boîte à vitesses automatique 6 rapports. En 5 ans, moins de 10 exemplaires furent réalisés. Arborant le sigle Bitter, la société propose, depuis, des Opel avec un intérieur extrêmement soigné, notamment avec une sellerie en cuir et des placages en ronce de noyer. Par exemple, la Bitter Insignia (série A) V6 2,8 litres 4WD réhabillée fut proposée à 66000 €uros, presque le double d’une Opel Insignia (série A) V6 2,8 litres 4WD. Les Bitter demeurent rares sur nos routes !

Erich Bitter, l’homme de la sécurité

Erich Bitter fut le premier à importer en Allemagne, des combinaisons de course ignifuges du Royaume-Uni, dès 1964. Ensuite, il développa, avec le concours de la société américaine DuPont de Nemours, le matériau dénommé Nomex. Pour prouver son efficacité, revêtu d’une combinaison Nomex, il se tint au milieu des flammes dans un carter repli d’huile. Il porta ainsi sa contribution à des milliers de salariés qui, aujourd’hui, portent des combinaisons antistatiques Nomex.

Article co-écrit par : ABSOLUTELY CARS & CARDO
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’Archives


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