Lamborghini : la marque de Sant’Agata Bolognese a 60 ans / hommage au grand Marcello Gandini (1/2)

La marque Automobili Lamborghini fut fondée par Ferruccio Lamborghini, le 30 octobre 1963, pour produire des automobiles sportives. ABSOLUTELY CARS vous invite, dans cette première partie, à redécouvrir les voitures équipées d’un prestigieux V12. Le maître du Wedge Design, Marcello Gandini, qui œuvra pour Lamborghini, s’est éteint le 13 mars 2024 à l’âge de 85 ans.

Ferruccio Lamborghini, un homme malin !

Ferruccio Lamborghini (1916-1993) suivit des études à Bologne et réalisa un parcours initiatique en réparant et entretenant des véhicules militaires sur l’île de Rhodes. En 1948 à Cento, dans sa ville natale, il fonda Lamborghini Trattori. La promulgation de la loi Fanfani du 25 juillet 1952 qui alloua une aide aux agriculteurs achetant du matériel agricole italien, favorisa le développement de l’entreprise. En 1960, il lança une gamme de brûleurs pour chaudières au fioul ; en 1961, une gamme de climatiseurs. Cette nouvelle activité fut développée à Pieve di Cento. Les grilles tarifaires étaient d’un certain niveau, tant et si bien que Ferruccio Lamborghini devint un riche industriel et acheta des coupés prestigieux européens. Possédant une Ferrari 250 GT dont il n’était pas pleinement satisfait, il se plaignit à Enzo Ferrari (1898-1988) qui lui rétorqua « Tu sais conduire un tracteur, mais tu ne sais pas conduire une Ferrari. » Ferruccio Lamborghini se mit en tête de construire des voitures exceptionnelles : « mon ambition est de construire la GT la plus parfaite du monde ». Ces simples phrases, maintes fois reprises par la presse, ancra l’idée que les Lamborghini étaient supérieures aux Ferrari auréolées par leurs nombreuses victoires en compétition.

Ferruccio Lamborghini chercha un terrain pour faire bâtir sa nouvelle usine. La majorité communiste de la commune de Sant’Agata Bolognese lui proposa un marché : aucune taxe à s’acquitter sur les profits réalisés par l’entreprise pendant les dix premières années de production contre la possibilité offerte aux ouvriers de se syndiquer. Le 7 mai 1963, Automobili Lamborghini fut créée. En juillet 1963, un panneau fut érigé au 12 via Modena pour signaler la construction de cette nouvelle usine. Giotto Bizzarrini (1926-2023) fut retenu pour concevoir la motorisation V12 ; Giampaolo Dallara (1936-….) et Paolo Stanzani (1936-2017), pour le châssis ; Franco Scaglione (1916-1993), pour la ligne. Le 30 octobre 1963, fut présenté le prototype Lamborghini 350 GTV. Ce coupé était une pièce d’orfèvrerie : V12 avec un angle de 60° tout en aluminium, 3465cm³, double arbre à cames en tête par rangée de cylindres, 6 carburateurs Weber 36 IDL double corps, 347ch net à 8000 tr/mn, 326Nm à 6000tr/mn, châssis tubulaire en acier de section carrée, carrosserie en acier et aluminium, phares escamotables, boîte à vitesses manuelle ZF 5 rapports, vitesse maximale de 280km/h, 0 à 100km/h franchi en 6,7 secondes, 4 freins à disques, suspension à 4 roues indépendantes, longueur de 4,5m pour un empattement de 2,45m. Ce dernier fut exploité sur le spider Lamborghini 350 GTS (longueur de 4,5m) fabriqué à 2 exemplaires en 1965 par la Carrozzeria Touring, sur le coupé Lamborghini 3500 GTZ (longueur de 4,3m) dessiné par Ercole Spada (1937-….) et réalisé par Zagato en 2 exemplaires en 1965. Ces trois variantes de carrosseries n’offraient que deux places.

Les propulsions Lamborghini

La Lamborghini 350 GT entra en production en mai 1964. Son empattement fut porté à 2,55m. La carrosserie fut réalisée par Touring. Son capot s’ouvrait toujours vers l’avant. La face avant fut profondément transformée avec l’abandon des phares escamotables. La face arrière le fut également avec une lunette moins importante. Le fiabilisation du moteur et sa réduction des coûts engendra des modifications : taux de compression abaissé de 11:1 à 9,4:1, 6 carburateurs Weber 40 DCOE double corps, puissance ramenée de 347ch à 8000tr/mn à 280ch à 6500tr/mn. En 1966, la cylindrée fut portée de 3465cm³ à 3929cm³ et sa dénomination devint Lamborghini 400 GT. La version 2+2 avait une ceinture de caisse relevée de 66mm. Suite à la faillite de Touring en 1967, la Carrozzeria Marazzi poursuivit la réalisation des carrosseries. Mario Marazzi restylisa sa carrosserie : ligne tendue, 2+2, phares escamotables, panneaux en acier. Elle fut rebaptisée Lamborghini Islero. Les vitres électriques étaient montées en série ; la climatisation, proposée en option ; la direction assistée, non disponible. Cette première lignée représenta une production d’environ 600 exemplaires en 5 ans.

Le 3 novembre 1966 lors du Salon de l’automobile de Turin, la surprise fut grande lorsque fut présenté le concept car Lamborghini 4000 GT Touring Flying Star, un magnifique break de chasse conçu par Carlo Felice Bianchi Anderloni (1916-2003), fils de Felice Bianchi Anderloni (1882–1949), fondateur de la Carrozzeria Touring. Les vitres de portières étaient dépourvues d’encadrement. Seulement deux places étaient disponibles.

Le 9 mars 1967 lors du Salon de l’automobile de Genève, fut dévoilé le concept car Lamborghini Marzal. Il était totalement déconcertant : 2 immenses portes totalement vitrées de type « papillon », toit vitré, 4 jolies places, 6 cylindres en ligne transversal arrière de 1965cm³ (82×62) muni d’un double arbre à cames en tête et de 3 carburateurs Weber 40 DCOE double corps, puissance de 175ch net à 6800tr/mn (180Nm à 4600tr/mn), vitesse maximale de 225km/h, empattement de 2,62m pour une longueur de 4,45m, capot moteur s’ouvrant vers l’arrière, 4 freins à disques ventilés, design de Marcello Gandini (1938-2024) qui œuvrait chez Bertone. La presse spécialisée était enthousiaste. Le 14 mars 1968 lors du Salon de l’automobile de Genève, fut présenté un coupé 4 places autrement plus intéressant : la Lamborghini Espada, un chef d’œuvre de Marcello Gandini qui n’avait que 29 ans. Le V12 de 3929cm³ muni d’un double arbre à cames en tête par rangée de cylindres et de 6 carburateurs Weber 40 DCOE 20-21 double corps, était bien implanté à l’avant. Son capot s’ouvrait vers l’avant. Un hayon donnait accès au coffre de 280 litres, la face arrière étant munie d’une glace verticale. Les 4 freins à disques étaient présents. Son empattement généreux de 2,65m (pour une longueur de 4,74m, une largeur de 1,86m, une hauteur de 1,19m) donnait une bonne habitabilité. Sa carrosserie monocoque autoporteuse en acier fut fabriquée chez Bertone à Grugliasco. Gamins, nous envions les gosses qui sortaient des places arrière. En conduire une aujourd’hui, est un réel plaisir, le levier de la boîte à vitesses manuelle 5 rapports offrant très peu de battement (la boîte à vitesses automatique 3 rapports Chrysler TorqueFlite étant disponible à partir de 1974). Réalisée à 1217 exemplaires en 10 ans, pour beaucoup, ce modèle est « la » Lamborghini.

La Lamborghini Jarama fut produite entre 1970 et 1976 à 327 exemplaires. Marcello Gandini transforma la Lamborghini Espada en un coupé 2+2 fastback en réduisant son empattement à 2,38m pour une longueur de 4,49m. La boîte à vitesses automatique n’était pas disponible et son coffre offrait un volume de 250 litres. Elle remplaça la Lamborghini Islero. Sa carrosserie monocoque autoporteuse en acier fut fabriquée chez Bertone à Grugliasco.

Le Lamborghini LM-002 : un 4×4 stupéfiant !

Le 4×4 Lamborghini LM-002 fut produit entre 1986 et 1992 à 301 exemplaires. Son V12 de 5167cm³ muni d’un double arbre à cames par rangée de cylindres et de 48 soupapes, pouvait être équipé d’une injection Marelli en remplacement des 6 carburateurs Weber 44 DCNF double corps à partir de 1989. Son empattement était de 3m. Sa boîte à vitesses manuelle 5 rapports était équipé d’un réducteur. La transmission bénéficiait de trois différentiels à glissement limité. Les freins à tambours étaient présents à l’arrière.

Les Lamborghini équipées d’un V12 central

Le 3 novembre 1965 lors du Salon de l’automobile de Turin, fut présenté un châssis extraordinaire, conçu par Giampaolo Dallara et Paolo Stanzani, dénommé TP400. Le V12 de 3929cm³ était implanté en position centrale transversale arrière. Au Salon de l’automobile de Genève de 1966, fut présenté le prototype Lamborghini Miura. La production débuta au cours de la même année. Marcello Gandini avait dessiné sa ligne, sa carrosserie fut fabriquée chez Bertone à Grugliasco. Les vitres de portières étaient dépourvues d’encadrement. Son coffre arrière avait une contenance de 140 litres. Stricte 2 places, son empattement était de 2,5m. La boîte à vitesses manuelle offrait 5 rapports. Les 4 freins à disques ventilés étaient présents. Les 4 carburateurs Weber 40 IDA 3C triple corps furent montés jusqu’en 1969, les 4 carburateurs Weber 40 IDL 3C triple corps furent montés dès 1968. En 6 ans, 763 exemplaires furent assemblés.

La remplaçante de la Lamborghini Miura fut présentée lors du Salon de l’automobile de Genève en mars 1971. La Lamborghini Countach fit la Une de tous les journaux. Qu’on aimait ou détestait sa ligne, elle ne laissait pas indifférente. Le maître du Wedge Design, Marcello Gandini, s’était exprimé et avait tapé fort. Le premier client reçut sa voiture le 11 avril 1974. Avec un empattement de 2,45m et uniquement proposée avec une boîte à vitesses manuelle 5 rapports, elle était équipée d’un V12 implanté en position centrale longitudinale arrière. La carrosserie réalisée chez Bertone reposait sur un châssis tubulaire. Assemblée jusqu’au 7 mai 1990 à 2042 exemplaires, elle est devenue une icône du monde de l’automobile, une durée de 16 ans de production y participant grandement.

L’année 1973 fut marquée par le premier choc pétrolier et Ferruccio Lamborghini vendit toutes ses entreprises et se consacra à la production de vin. 51% des parts sociales de la branche automobile furent vendues à Georges-Henri Rossetti, un homme d’affaires suisse. En 1974, les 49% restantes furent achetées par René Leimer. En 1978, la situation financière fut telle que la société fut mise sous administration judiciaire. En juillet 1980, les frères Mimram, entrepreneurs dans l’industrie agro-alimentaire, acquirent Lamborghini. Ils la revendirent au groupe Chrysler le 23 avril 1987. La Lamborghini Countach eut la lourde tâche d’assurer la pérennité de la société.

La remplaçante de la Lamborghini Countach fut présentée à Monaco et au salon de Détroit en janvier 1990 et commercialisée dans la foulée. Sa carrosserie fut dessinée par Marcello Gandini, mais le nouveau propriétaire exigea qu’il collaborât avec Tom Gal tout en y apposant sa signature. La Lamborghini Diablo avait un style plus assagi que celui de la Lamborghini Countach. Son empattement était de 2,65m (2,7m pour la version GT1). Sa boîte à vitesses manuelle offrait 5 rapports (boîte à vitesses semi-automatique 6 rapports pour la version GT1). Produite jusqu’en 2001, elle fut assemblée à 2903 exemplaires.

En février 1994, Chrysler vendit Lamborghini à MegaTech. En 1995, une restructuration répartit les parts sociales, 60% à la holding V’Power et 40% à la société Mycom Sedtco. Finalement, en 1998, Ferdinand Piëch (1937-2019), Président du conseil d’administration de Volkswagen de 1993 à 2002, grand amateur de voitures sportives et de luxe devant l’Éternel, fit acheter en quelques mois par le groupe, la firme de Sant’Agata, Bugatti, Rolls-Royce et sa filiale Bentley. La Lamborghini Diablo eut également la lourde tâche d’assurer la pérennité de la société.

La remplaçante de la Lamborghini Diablo fut présentée en septembre 2001 lors du Salon de l’automobile de Francfort. Toujours équipée de 2 portes « coléoptère », dessinée par Luc Donckerwolke (1965-….), dénommée Lamborghini Murcielago, elle offrait un empattement de 2,67m. En matière de transmission, elle était proposée en 2 roues motrices (RWD) et 4 roues motrices (AWD), avec une boîte à vitesses manuelle 6 rapports et une boîte à vitesses semi-automatique 6 rapports dénommée E-Gear. Son châssis était constitué par des tubes en acier ; sa carrosserie, du plastique peint renforcé de fibres de carbone (KFRP). Son succès commercial fut considérable : 4099 exemplaires. La gamme fut coiffée par la Lamborghini Reventón entre 2007 et 2009, vendue à 20 unités en coupé, réalisée à 20 exemplaires en roadster. Les 4 freins à disques carbone-céramique étaient disponibles en option sur la version LP640, montés en série à partir de la variante LP670-4 SV.

La remplaçante de la Lamborghini Murcielago fut présentée en mars 2011 lors du Salon de l’automobile de Genève et produite jusqu’en septembre 2022. Toujours équipée de 2 portes « coléoptère », dessinée par Filippo Perini (1965-….), dénommée Lamborghini Aventador, elle offrait un empattement de 2,7m, une transmission intégrale, une boîte à vitesses semi-automatique 7 rapports. Son châssis était de type monocoque en polymère renforcé de fibres de carbone (CFRP). Les 4 freins à disques carbone-céramique étaient présents. Les Lamborghini Aventador S, SVJ et LP780-4 Ultimae bénéficièrent des 4 roues directionnelles. En tout, 11465 exemplaires furent assemblés, un exploit !

En 2013, fut présentée la Lamborghini Veneno avec son châssis en fibre de carbone. 4 coupés furent réalisés dont un destiné au musée Lamborghini. En 2014, furent assemblés 9 roadsters sans toit, même en option.

En 2016, la Lamborghini Centenario avec sa carrosserie monocoque en fibre de carbone, fut réalisée sous la forme de coupé en 20 exemplaires, sous la forme de roadster également en 20 unités. Elle bénéficiait des 4 roues directrices.

Une troisième série limitée apparut en 2019, produite à 63 exemplaires en version coupé, 19 unités en variante roadster. La carrosserie monocoque en fibre de carbone de la Lamborghini Sián était peinte. Elle bénéficiait des 4 roues directrices.

Une quatrième série limitée apparut en 2021, produite uniquement en coupé à 112 exemplaires, dénommée Lamborghini Countach LPI 800-4. Elle bénéficiait des 4 roues directrices.

La remplaçante de la Lamborghini Aventador fut présentée en avril 2023 lors du Salon de l’automobile de Shanghai. Toujours équipée de 2 portes « coléoptère », dessinée par Mitja Borkert (1974-….), dénommée Lamborghini Revuelto, elle offre un empattement de 2,78m, une transmission intégrale, une boîte à vitesses double embrayage 8 rapports, 4 roues directionnelles. Grâce à sa structure en carbone, son poids reste contenu, 1772kg à vide, à comparer avec les 1292kg de la Lamborghini Miura de 1966, avec les 1300kg de la Lamborghini Countach de 1974. Cette supercar de type hybride rechargeable est équipée d’un V12 de 6498cm³ et de trois moteurs électriques, deux entraînant les roues avant et un troisième situé sur la boîte à vitesses.

Pour la suite, à la semaine prochaine…

Article co-écrit par : ABSOLUTELY CARS & CARDO
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’Archives


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