Brough Superior, la renaissance d’une marque

Lors du Salon Epoqu’auto 2019, nous avons également flâné parmi les motocyclettes qui y étaient exposées. Une a particulièrement retenu notre attention : une Brough Superior contemporaine. Ce nom ne vous est pas totalement inconnu ? C’est normal ! Brough Superior est un ancien constructeur britannique exceptionnel de motocyclettes et de voitures dont l’aventure a commencé au début du XXème siècle ! Créée en 1919, son image restera longtemps étroitement liée à celle du fameux Thomas Edward Lawrence dit Lawrence d’Arabie, qui, hélas, se tua à l’âge de 46 ans, au guidon d’une Brough Supérieur SS100, le 19 mai 1935. Marque disparue depuis 1940, elle renaît désormais de ses cendres à Toulouse, grâce à un passionné-entrepreneur, Thierry Henriette, dont le seul souhait de faire revivre cette marque de légende !

Brough Superior, une vie autour de l’excellence

Les motocyclettes de Monsieur George Brough : les « Rolls-Royce of Motorcycles »

Brough Superior fut fondée, en 1919, à Nottingham, par George Brough (1890-1970) et la production de la motocyclette Brough Superior SS80 pour 80 miles per hour (129km/h) débuta en 1922. Fin 1924, fut présentée la motocyclette Brough Superior SS100 pour 100 miles per hour (161km/h). Cette machine fantastique fut fabriquée dès 1925 et chaque exemplaire livré était accompagné d’un certificat de test déclarant que la vitesse maximale était maintenue sur une distance d’un quart de mile, soit 402 mètres. Bref de la haute technologie pour l’époque !

George Brough communiqua en surnommant sa production la « Rolls-Royce of Motorcycles ». Un émissaire Rolls-Royce se rendit dans l’usine et, constatant le soin apporté à la fabrication de ces machines, conseilla de n’intenter aucune action en justice, le slogan utilisé pérennisant par ailleurs le nom de Rolls-Royce.

Ces motocyclettes offraient une vitesse de croisière comprise entre 60 miles per hour (97km/h) pour les plus anciennes et 100 miles per hour pour celles équipée d’un V2 muni de soupapes en tête à l’instar de la Brough Superior SS100. Elles étaient équipées d’une boîte à vitesses 3 rapports, quelques-unes étant munies d’une boîte à vitesses 4 rapports optionnelle. Les dernières versions fabriquées, comme la Brough Superio 11.50 (dont son moteur ne développa que 36ch contrairement à ce que sa dénomination pouvait laisser sous entendre pour une vitesse maximale de 135km/h), la Brough Superio SS80 Matchless ou encore la Brough Superior SS100 Matchless, furent équipées en série d’une boîte à vitesses 4 rapports.

Thomas Edward Lawrence dit Lawrence d’Arabie, le plus célèbre client de Brough Superior

Lawrence d’Arabie, l’homme dernière la légende

Thomas Edward Lawrence écrivit, en 1922, un livre intitulé « Seven Pillars of Wisdom », publié en 1926. Il s’agissait d’un récit autobiographie de son expérience de militaire, alors qu’il fut officier de liaison avec les forces rebelles pendant la révolte arabe contre les Turcs ottomans entre 1916 et 1918. Le succès de ce livre fut immédiat. Il faut dire que c’était un colonel britannique hautement distingué (Compagnon de l’Ordre du Bain, le 4 juin 1917, Compagnon du Distinguished Service Order, le 13 mai 1918, trois citations britanniques, les 16 mars 1916, 7 octobre 1918 et 15 décembre 1919, Chevalier de la Légion d’honneur le 27 mai 1916, Croix de Guerre 1914-1918, le 18 avril 1918) ! En France, la première édition de 1928 porta comme titre « La Révolte dans le désert ». Ce n’est qu’à partir de 1936 que le titre français correspondit au titre britannique, « Les Sept Piliers de la sagesse ».

Grand amateur de vitesse, Thomas Edward Lawrence, posséda huit Brough Superior ! Le 13 mai 1935, il perdit le contrôle de sa machine en voulant éviter deux jeunes cyclistes sur une route de campagne. Après quatre jours passés dans le coma, il décéda des suites de ses blessures. Personnage romanesque et bien réel, il porta différents noms exploités selon les objectifs qu’il s‘était fixé, John Hume Ross et Thomas Edward Shaw.

le petit journal du 20 mai 1935

Le récit le plus célèbre sur Lawrence d’Arabie : le film éponyme de David Lean

A partir du récit autobiographique « Les Sept Piliers de la sagesse », en 1962, fut projeté un film réalisé par David Lean (1908 – 1991), nommé simplement « Lawrence d’Arabie« . Le film connut un engouement sans précédent, le public étant séduit autant par le scénario que par la musique ô combien célèbre de Maurice Jarre (1924-2009) ! Le film fut récompensé par 7 Oscars, c’est peu dire !

Le premier rôle fut confié par Peter O’Toole (1932-2013), une merveilleuse interprétation très énigmatique et sans aucun doute l’un de ses meilleurs rôles avec celui du Général Tanz dans le film « La Nuit des généraux » !

Les premières minutes du film Lawrence d’Arabie sont consacrées à une balade de Thomas Edward Lawrence en motocyclette, puis à la rencontre des deux cyclistes et à l’accident. Un bel hommage à l’homme et à la marque qu’il chérissait !

De lors, les rares Brough Superior survivantes furent vendues à prix d’or lors des enchères ! Aujourd’hui, il n’est pas rare qu’un prix de 250 000€ soit dépassé !

Ci-dessus, la jaquette du DVD ou Blu-ray du film Lawrence d’Arabie avec les deux passions de Thomas Edward Lawrence, la Brough Superior avec ses deux lignes d’échappement superposées et le vaisseau du désert en tant qu’ombre de la première.

George Brough, créateur de voitures d’exception

De 1935 à 1939, l’usine de George Brough fabriqua également environ 85 voitures exceptionnelles équipées d’une boîte 3 rapports. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle participa à l’effort de guerre notamment en produisant des pièces mécaniques des moteurs d’aviation Rolls-Royce Merlin. Aujourd’hui, environ 1000 motocyclettes et une dizaine de voitures ont survécu !

La renaissance d’une marque pour mieux entreprendre ses rêves

Si la marque disparut en 1940, après 21 ans de production, 2000 motos produites et 85 voitures, celle-ci connaîtra une première renaissance avec British only Austria qui achète brevets et marque afin de reprendre la fabrication des différents modèles motocyclettes, notamment la Brough Superior SS100 de 1927, avec des méthodes modernes. Mais si le nouveau propriétaire est anglais, la production devient bel et bien française avec la collaboration de Thierry Henriette (1956-….) ! Ce ‘ »self-made man » occitan créa, en 1999, à Saint-Jean, près de Toulouse, la société Boxer Design, spécialisée dans le secteur d’activité de l’ingénierie et des études techniques. En 2014, il se lance dans ce projet de « résurrection », toujours, à Saint-Jean, pour créer une machine nouvelle sous le nom de « Brough Superior Motorcycles« . En 2016, fut produite une nouvelle Brough Superior SS100. Elle ressuscite les valeurs fondamentales attachées à ce nom, aux performances, aux soins exemplaires et rigoureux dans la fabrication… Avec Thierry Henriette, c’est la transfiguration d’une motocyclette en œuvre d’art avec un modèle « anniversaire » d’exception, 100% conçu par le Français, dont la marque lui appartient en totalité depuis novembre 2018. Son moteur fut développé par Akira Technologie, une société fondée en 2003 à Bayonne. Ainsi, la Brough Superior SS100 est une motocyclette française arborant une identité britannique !

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS & CARDO
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & CARDO

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