La semaine dernière, nous regardions la fabuleuse série télévisée Le Prisonnier avec Patrick McGoohan (1967). À chaque début d’épisode, nous salivions sur sa Lotus Seven. Au moment où la série se terminait, heureux hasard ou synchronicité subtile, un fan de Donkervoort nous contacta au sujet de sa D8, rare héritière du concept de la Seven. Notre plume et notre passion s’accordèrent à l’unisson et démarrèrent alors sur des chapeaux de roues, à la manière de sa vibrante D8 Cosworth…
Absolutely Cars vous propose de découvrir ce roadster produit aux Pays-Bas et rival des Caterham Super Seven et Lotus Seven.

La Donkervoort D8, une étoile filante néerlandaise !
Donkervoort, est un constructeur néerlandais, fondé en 1978 par Joop Donkervoort. C’est une marque aussi connue qu’intimiste en termes de production. En résulte la rareté de ses modèles. Inspirée par la Lotus Seven, la philosophie de la marque privilégie la performance, mais surtout le plaisir de conduite pur, grandement facilité par la légèreté de ses modèles oscillant entre 600 et 650 kilos.

Que dire de la ligne ? Elle est complètement folle ! Le modèle présenté ici fait partie des premiers fabriqués avec les feux arrière rectangulaires en lieu et place des doubles feux ronds. On avait déjà vu cette particularité sur la Donkervoort S8AT en 1985. On remarque la présence visuelle et volontaire de la plupart des éléments techniques qui propulsent notre rapide D8 avec un sacré panache.
La Donkervoort D8 est sortie en 1993 avec un moteur Zetec (1998 cm3 et 160 chevaux). L’année suivante, le modèle se complète avec une deuxième motorisation, la D8 Cosworth (1993 cm3 turbocompressé de 220 chevaux). Toutes deux furent produites jusqu’en 1998, année où leurs moteurs d’origine Ford seront remplacés par un moteur Audi, afin de répondre aux normes antipollutions.
Et un Cosworth pour la route !
Notre modèle est donc une D8 Cosworth de janvier 1995. La philosophie de cette rareté transparaît déjà dans sa ligne. En témoignent, de nombreux éléments visibles de l’extérieur. On le sent bien, pilotage et sensations fortes seront de la partie. Quelques exemplaires de D8 ont été livrés en France en ailes longues, rarissime !

Le moteur de notre D8 est un YB Cosworth (Ford-Cosworth) et provient directement de la Ford Sierra Cosworth 4X4 (version catalysée). Toujours d’une cylindrée de 1 993 cm³, ce bloc développe cette fois-ci environ 280 chevaux, grâce à son turbo Garrett T03B et dont l’instrumentation de bord nous montre qu’il peut monter jusqu’à 1,2 bar dans sa pleine intensité.

Chez Donkervoort, les options concernent surtout les éléments techniques. En ôtant le capot de notre D8 Cosworth survitaminée, on remarquera alors pas mal de pièces spécifiques, à commencer par son train avant large Wide Track et son train arrière Hockenheim renforcé. Ensuite, viennent les quatre amortisseurs White Power, réglables en compression et détente. Le carter d’huile est spécifique lui aussi. On trouve d’autres pièces renforcées comme l’embrayage AP racing (mécanisme et butée Sachs). Aucun détail n’a été négligé : prenez par exemple, la pompe à essence Bosch 044, elle offre plus de débit tout en étant plus légère que l’ancienne version. Enfin, le carbone est présent à de multiples endroits : boite à air et tube d’admission sous le capot, on le retrouve aussi sur la baie de pare-brise et sur le tableau de bord. Le poids, toujours le poids, une obsession qui caractérise pleinement les artisans de chez Donkervoort.
L’habitacle de la Donkervoort D8 Cosworth aussi sobre qu’efficace

En parlant d’habitacle, il donne le ton, lui aussi : simple, directe et donc très ergonomique. L’ambiance vient d’un autre temps, mais on aime ça chez Absolutely Cars. On a beau chercher, pas la moindre présence d’un écran sur la planche de bord, même petit, ni même d’autoradio ! Vous n’en aurez pas besoin. L’absence de ces équipements, habituels compagnons de route, ne s’arrête pas là, car notre D8 Cosworth ne possède ni la direction assistée ni l’ABS. Deux éléments de sécurité qui se démocratisaient largement dans la production automobile des années 1990. Il n’y a pas lieu d’imaginer non plus la présence d’un ESP ou d’un antipatinage. La Donkervoort D8 offre à l’inverse une mécanique docile, un petit volant, trois branches sportif en alcantara, un intérieur en cuir, ainsi qu’un levier de vitesses très court et précis. Rien de plus ou de superflu. En somme, la D8 est plus radicale que radine. Maintenant, prenons la route !



La D8 Cosworth, une machine à émotions

Premier coup de clé, le moteur nous gratifie d’une sonorité brute et rauque. Ce son rappelle délicieusement celui des blocs turbo des années 1980 et 1990. L’atmosphère typée course se ressent immédiatement lorsque vous êtes installé dans les sièges baquets. L’instrumentation de bord est complète et souligne cette sensation. Bien crampée sur ses roues chaussées en 15 pouces (jantes Revolution 5 branches) sur route sèche, la D8 est furtive et légère comme le vent.
La voiture vous transmet des sensations directes, grâce notamment à la direction qui transmet la moindre information ou aspérité de la route. Sans filtre, la Donkervoort D8 Cosworth ne néglige pas pour autant un minimum de confort requis, car le travail des amortisseurs permet de faire de plus longs trajets. La poussée semble ne jamais finir, le propriétaire nous précise que la vitesse maximale de l’engin est d’environ 235 km/h, mais qu’au-delà de 200 km/h, il faut beaucoup de courage…
Enfin, le moment tant attendu : l’accélération. Le turbo T3B entre en scène et tutoie les fameux 1,2 bar de son manomètre de pression, l’expérience atteint son apogée. La poussée est impressionnante, vous êtes complètement plaqué au fond des baquets. Un petit lever de pied nous permet d’entendre la dump valve et de profiter encore plus de l’expérience.

Le mot du propriétaire

Je devais avoir 11 ou 12 ans lorsque j’ai découvert cette voiture dans un reportage de l’émission M6 Turbo. À partir de ce jour, elle est devenue un véritable rêve d’enfant. Un rêve que j’ai finalement pu concrétiser, exactement dans la configuration que je souhaitais : un modèle D8, équipé du moteur Cosworth — un moteur développé pour la course, doté d’un couvre-culasse d’une beauté remarquable — et des ailes longues qui lui donnent cette allure si caractéristique. Trentenaire, elle vient de passer en collection.
Conduire une Donkervoort est une expérience complètement folle et unique. Ne refusez jamais l’essai d’une telle automobile si tant est qu’on vous le propose. En croiser une sera déjà une belle expérience !


Texte : Gwenvaël MOTTAS / Crédit Photos : MCSeven

