Focus sur : La Christie V4, un bolide de 20 litres de cylindrées

L’histoire est remplie de voitures phénoménales à l’image de la Christie V4. Il faut dire que cette voiture de course est l’une des plus incroyables de tous les temps puisque ce fut l’automobile dotée d’un 4 cylindres la plus rapide du monde ! En effet, cette traction avant est équipée d’un énorme et extraordinaire moteur V4 en position transversale de 20 litres de cylindrées ! C’est alors le moteur plus puissant jamais engagé lors d’un Grand Prix ! Nous devons cette merveille à un véritable Géo Trouvetou : John Walter Christie (1865-1944) ! ABSOLUTELY CARS vous propose de revenir sur l’histoire de ce fantastique véhicule tout en rendant hommage à l’un des inventeurs les plus prolifiques dans le domaine de l’automobile !

John Walter Christie, l’un des inventeurs les plus prolifiques dans le domaine de l’automobile

Dès 16 ans, John Walter Christie travailla pour la DeLamater Iron Works, implantée à New York. Son propriétaire était Cornelius Henry DeLamater (1821-1889). Il employait 600 salariés pour produire des chaudières à vapeur. Avec l’aide du suédois John Ericsson (né Johan Ericsson, 1803-1889), il conçut et fit construire des cuirassés spectaculaires et efficaces : l’USS Monitor, lancé en 1862 et l’USS Dictator, lancé en 1863. En effet, ces bâtiments étaient équipés d’une unique tourelle, mais leurs coques étaient immergées. En parallèle de son activité professionnelle, John Walter Christie suivait les cours de la Cooper Union de New York. Peu après la guerre hispano-américaine de 1898, il développa et fit breveter un guide de tourelle amélioré pour l’artillerie navale. Ceci lui permit de fonder, en 1899, la Christie Iron Works pour construire et entretenir les composants renforcés de tourelles pour les navires de guerre américains et britanniques. Les bénéfices engrangés furent très rapidement réinvestis dans un atelier d’usinage de précision situé à Manhattan.

Fin 1903, John Walter Christie conçut et fit réaliser par ses unités de production une voiture révolutionnaire : moteur transversal, roues avant motrices, boîte à vitesses 2 rapports (un embrayage par roue motrice), suspension avant indépendantes à ressorts hélicoïdaux et freins sur les roues arrière. Ce fut la première traction construite aux Etats-Unis ! Le moteur était également extraordinaire : 4 cylindres de 7722cm3 (127×152,4), 5 soupapes par cylindre, 4 d’admission en tête et une latérale d’échappement. Il développait 30ch (nous sommes en 1903). Pour démarrer le moteur, une manivelle était introduite dans le moyeu d’une roue. Le brevet fut déposé en 1904. En 1904, la cylindrée fut portée de 7722 à 9931cm3.

La version Course avait une cylindrée plus généreuse : 13574cm3 (158,75×171,45). Son moteur délivrait 70ch. La vitesse maximale espérée fut de 145km/h. Sur Ormond Beach, en janvier 1905, John Walter Christie attint 137km/h. Plus fiable que performante, cette voiture lui permit de remporter le trophée Lozier, car il fut le seul à terminer la course des 50 milles. En mars 1905, il créa la Christie Direct Action Motor Car Company pour fabriquer des automobiles en plus grande quantité.

En 1905, John Walter Christie expérimenta l’ajout d’un second moteur implanté transversalement à l’arrière, pour obtenir une puissance totale de 100ch et 4 roues motrices. Cette voiture fut engagée dans de nombreuses courses et sa vitesse maximale était comprise entre 144 et 157km/h. En septembre 1905, le moteur arrière fut retiré.

La Christie V4, l’incroyable traction américaine avec 20 litres de cylindrée

John Walter Christie prépara la course Vanderbilt Cup prévue le 14 octobre 1905 à Long Island, New York. Il engagea le pilote George Robertson (1884-1955). Ce dernier, insuffisamment formé pour conduire une traction, finit par accidenter sa voiture lors des essais. Les réparations prirent du temps et la voiture fut finalement disqualifiée. Cependant, la Commission de la Coupe prit une décision bizarre, à ce jour toujours incomprise. Trois automobiles qualifiées furent retirées au profit de trois voitures disqualifiées. La voiture de course de John Walter Christie en faisait partie. Il remplaça George Robertson. Au quatrième tour, le pilote italien et leader de la course, Vincenzo Lancia quitta les stands alors que John Walter Christie passait à toute vitesse. Il tenta en vain d’éviter la collision. Heureusement, les deux conducteurs et leurs mécaniciens n’eurent que des blessures mineures. Fin 1905, une nouvelle voiture de course vit le jour. L’objectif étant d’atteindre 100ch, les 4 cylindres devaient avoir une capacité beaucoup plus importante ce qui imposa une architecture en V. Le V4 avait une cylindrée de 20 271cm3 (190,5×177,8). La cylindrée de la voiture de tourisme était portée à 10411cm3 (136,525×177,8). La Christie V4 venait de naître ! Elle participa à de nombreuses courses. En avril 1906, à Ventnor Beach, près d’Atlantic City, dans le New Jersey, une vitesse maximale de 164,6km/h fut obtenue, faisant d’elle l’automobile 4 cylindres la plus rapide du monde.

Septembre 1906, préparation de la course Vanderbilt Cup : George Robertson qui devait piloter la nouvelle voiture, l’accidenta le 15 septembre lors d’une manche de qualification. Les dommages ne paraissant pas trop graves, John Walter Christie effectua les réparations dans la nuit sans remarquer que le bras de direction fût fissuré. Le matin du 16 septembre, John Walter Christie et son fidèle mécanicien, son neveu Lewis Strang, prirent la piste pour un galop d’essai. La voiture prenait rapidement de la vitesse et le bras de direction se rompit. Heureusement, son pilote et son passager ne furent pas blessés.

John Walter Christie et Lewis Strang récupérèrent une voiture destinée à un client et la déshabillèrent intégralement. Le 4 cylindres d’une cylindrée de 10 411cm3 (136,525×177,8), développait 50ch à 1200tr/mn. Son empattement était de 2,59m. Qualifiés, John Walter Christie et Lewis Strang conservèrent la septième place pendant une bonne durée de la course. Ils finirent à la 13ème place sur les 18 concurrents avec une moyenne de 71,9 km/h.

John Walter Christie refabriqua une Christie V4. Son moteur fut incliné. Sa cylindrée fut ramenée à 19 618cm3 (184,15×184,15). Une de ses 2 roues avant fut périodiquement jumelée pour courir plus efficacement sur les circuits en forme d’anneau. En juin 1907, John Walter Christie, Lewis Strang et la Christie V4 partirent pour la France pour le Grand Prix de France qui se déroula le 2 juillet 1907 près de Dieppe. Mais la petite équipe fut obligée d’abandonner suite à plusieurs problèmes : soupape d’échappement collé, embrayage bloqué et échauffement du palier principal. Au cours de sa carrière, cette voiture ne termina aucune course, mais elle fut chronométrée à 175,5km/h.

En 1908, les municipalités sollicitèrent John Walter Christie pour transformer des véhicules hippomobiles articulés exploités par les pompiers. En septembre 1908, fut alors créée la Walter Christie Automobile Company. La cylindrée du 4 cylindres en ligne fut ramenée à 4523cm3 et 600 véhicules furent restaurés, les chevaux étant remplacés par un demi-tracteur. Cette activité s’arrêta en 1913.

Fin 1908, une nouvelle Christie V4 fit son apparition. Le V4 avait une cylindrée de 20 271cm3 (190,5×177,8). Le nombre de soupapes était fortement réduit – une pour l’admission et une pour l’échappement -, mais le moteur était muni d’un arbre à cames en tête. Il délivrait de 100 à 300ch selon l’usage qu’il en était fait en matière de communication de ses différents propriétaires successifs. L’inclinaison du moteur s’était accentuée, l’aérodynamisme et la répartition des masses avaient été améliorés. De nouvelles versions de tourisme virent le jour, toujours équipées d’un 4 cylindres en ligne transversal. Leurs moteurs avaient une cylindrées de 10 901cm3 (139,7×177,8) et 12 973cm3 (152,4×177,8). La nouvelle idée de John Walter Christie était d’utiliser son expérience pour fabriquer des taxis munis de moteurs 4 cylindres en ligne transversaux et d’un rapport longueur / empattement avantageux.

John Walter Christie et les chars

Les autorités de l’aviation militaire US demandèrent à John Walter Christie de concevoir un moteur d’avions V8 reprenant les solutions techniques de la dernière Christie V4. Le résultat ne se fit pas attendre : un V8 de 13 795cm3 (111,125×177,8) équipé de 16 soupapes et de 2 arbres à cames en tête délivrant 110ch à 1500tr/mn

John Walter Christie fut sollicité pour concevoir des tanks et des canons anti-aériens exploitant le moteur et la transmission du demi-tracteur. Il conçut, puis fit évoluer un char révolutionnaire, car il était équipé de roues indépendantes. Il était même possible de retirer les chenilles pour se déplacer rapidement sur les routes. Le délire alla jusqu’à imaginer un char volant exploitant son propre moteur.

Deux armées furent fortement intéressées par les brevets de John Walter Christie : les armées britannique et soviétique dont leurs chars utilisèrent les suspensions Christie. Mais en URSS, l’expérimentation alla jusqu’au bout. Fin 1941, Oleg Konstantinovitch Antonov (1906-1984) étudia un dispositif de type planeur d’atterrissage à fixer sur un char. Décembre 1941, le char léger T-60 fut livré. Le 2 septembre 1942, à proximité de Moscou, Pavel Arsentiyovych Yeremeyev pilota l’avion-remorqueur TB-3 équipé de quatre moteurs AM-34RN renforcés (970ch). Le char-volant était guidé par Sergei Anokhin (1910-1986) : vitesse de croisière de 130km/h ; altitude de 40m ; cible, l’aéroport voisin de Bykovo. Sergei Anokhin réussit son atterrissage. Sans déposer les ailes, il démarra le moteur et se dirigea vers le poste de commandement de l’aérodrome. N’étant pas prévenu de l’essai, le commandant de la base donna l’alerte. Lorsque Sergei Anokhin sortit de son char, il fut arrêté…

John Walter Christie mourut à Falls Church, en Virginie, le 11 janvier 1944, presque ruiné, alors que les chars basés sur ses idées étaient en train de changer le cours de l’histoire.

Article co-écrit par : ABSOLUTELY CARS & CARDO
Crédit Photos : Photos d’archives

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