Focus sur : La Kaiser Darrin 161, « la voiture de sport que tout le monde attendait »

Parmi les voitures des années 1950 à (re)découvrir, il y a bien évidemment la voiture de sport américaine conçue par Howard Darrin et construite par Kaiser Motors. De cette association réunissant ce designer américain et l’industriel Henry. J. Kaiser, est née la Kaiser Darrin 161. Il s’agit de l’une des dernières réalisations de ce concepteur, mais surtout c’est la première voiture américaine équipée d’une carrosserie et de portes en fibre de verre ! Penser pour rivaliser avec les roadsters européens importés aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, elle est désormais connue pour sa rareté avec seulement 435 exemplaires produits ! ABSOLUTELY CARS vous propose de partir à la découverte de ce modèle aussi unique qu’atypique !

Kaiser Motors : des hommes, un destin

A la fin de sa vie, l’industriel américain Henry J. Kaiser avait construit un empire qui comprenait plus d’une centaine entreprises allant de la cimenterie à la construction navale en passant par les fonderies d’aluminium. Il avait déjà envisagé de se lancer dans le secteur automobile en 1942, mais l’entrée des Etats-Unis dans la Seconde Guerre mondiale contrecarra ses plans, l’industrie automobile américaine étant soumis à l’effort de guerre. Après la guerre, en 1945, il se plongea dans le projet de construire une voiture compacte et légère qui se voudrait être accessible. Un prototype verra le jour, équipée d’une transmission dite traction et d’un châssis monocoque. Il s’associe alors avec Joseph W. Frazer et forme la Kaiser-Frazer Corporation, en 1947. Ils louèrent une usine Ford, près de Détroit, dans le Michigan. Mais la construction de voitures après la guerre se révéla être un défi notamment à cause des pénuries de matières premières. Face à cette situation et à des ventes en chute, Henry J. Kaiser souhaitait augmenter les cadences de production tandis que Joseph W. Frazer souhaitait réduire la voilure afin de faire des économies. Suite à ces différents stratégiques, Frazer démissionne, en 1949, de son poste de Président. Il est remplacé par Edgar Kaiser, fils d’Henry J. Kaiser. La société est alors rebaptisée Kaiser Motors. Pour redresser la courbe des ventes, Henry J. Kaiser décide de sortir un nouveau modèle.

La carrière du designer Howard D. Darrin commença à Paris, en tant que carrossier chez Hibbard & Darrin, en 1923. Reconnu comme faisant les plus belles carrosseries d’Europe, son entreprise est mise à mal par le krach économique de 1929, disparaissant en 1931. Il retourne aux Etats-Unis en 1937 et ouvra sa propre entreprise, œuvrant pour Packard dans les années 1940. Après la Seconde Guerre mondiale, il travaille en tant que consultant chez Kaiser-Frazer Corporation avant d’être définitivement engagé en 1946. Toutefois, ses dessins avant-gardistes ne sont pas retenus pour la conception de la future voiture Kaiser-Frazer. Il démissionne alors, avant de revenir pour travailler sur le nouveau modèle imaginé par Henry J. Kaiser, la future Kaiser Darrin.

La Kaiser Darrin 161, l’atypique roadster américain en fibre de verre

En 1948, la Kaiser-Frazer Corparation décroche un prêt de 44 millions de dollars de la Federal Reconstruction Finance Corporation (RFC) afin de pouvoir construire leur nouveau modèle à condition que celui-ci soit mis sur le marché au plus tard lors de l’été 1950. Un premier prototype est imaginé par la Kaiser-Frazer Corparation : une berline d’un empattement de 2,5m. Toutefois son design carré n’est pas au goût de Howard D. Darrin. Sur ses propres fonds et sans avertir Henry J. Kaiser, il conçoit un autre prototype sur la base d’une voiture biplace, durant l’année 1952. Il contacte par la suite Bill Tritt, pionner dans l’utilisation de plastique renforcé de verre, ce que nous appelons aujourd’hui la « fibre de verre », dans le secteur de l’automobile. Cette carrosserie est par la suite expédiée à Santa Monica, en Californie, pour être accouplée à un châssis Kaiser Motors. Présentée alors à Henry J. Kaiser, cette nouvelle version ne conquit pas le cœur de l’industriel. La légende dit que ce fut sa femme qui le convainquit de se lancer ce modèle. La voiture de sport Kaiser Darrin 161 était née !

La Kaiser Darrin 161 se caractérise, bien évidemment, par sa carrosserie en fibre de verre Glaspar, gardée pour le modèle en série. Plus résistante que l’aluminium et ne faisant pas l’objet de pénurie comme l’acier, la fibre de verre ne pourrit pas et ne se corrode pas. De plus, cette nouvelle matière est économique à fabriquer, idéal pour produire une voiture abordable. Le châssis se voit modifier pour permettre une hauteur de caisse plus basse. Le rapport de direction est amélioré comme les taux de ressort et d’amortissement afin de correspondre à la carrosserie plus légère. Mais c’est par son sublime design qu’elle se détache du lot ! Tout en rondeur, l’avant de la voiture est haut, en forme de coquille, agrémenté de phares ronds, d’une calandre centrale en demi-cercle et d’un pare-brise courbé. Le capot très long offre une ligne fluide. Doté d’un magnifique tableau de bord rembourré, nous accédons à l’habitacle par ses portières articulées sur rails. En effet, la Kaiser Darrin 161 est équipée d’un système d’ouverture de portières spécifique, coulissant dans les ailes-avants automatiquement. Cette coquetterie ne lui permet pas d’avoir de fenêtres latérales. Elle possède également un toit Landau à trois positions, véritable nouveauté dans les années 1950 ! A noter que la Kaiser Darrin 161 était initialement proposée en quatre couleurs : champagne, blanc, rouge et jaune satinée.

L’habitacle est d’un raffinement et d’une finition remarquables pour l’époque, présentant un colori bi-ton. Il était disponible en rouge, en blanc, en noir ou en vert. La sellerie agrémentée de sièges baquets, la séparation centrale et ses équipements sont recouvertes de vinyle tandis que le plancher bénéficie d’une agréable moquette. L’instrumentation en quatre cadrants, dont un tachymètre, est centralisée derrière un large volant. Côté confort et sécurité, les ceintures de sécurité étaient en option sur ce modèle, mais n’étaient pas rattachées à la carrosserie ou au châssis. Il y avait également le chauffage et les essuie-glaces électriques. Si initialement le prototype était doté d’un pare-brise divisé en deux, la version définitive offre un pare-brise plein, arrondi, teinté, offrant une grande visibilité à bord. Le tout est magnifié par des roues à flancs blancs !

Côté mécanique, le prototype de la Kaiser Darrin 161 est initialement équipé d’un moteur « small-block » 6 cylindres d’origine Henry J. Ce moteur manquant de puissance pour une voiture de sport, Kaiser Motors voulut le remplacer par un V8. Ne pouvant pas le produire, ils se rapprochèrent d’Oldsmobile, mais le V8 proposé par le constructeur américain était très onéreux. Kaiser Motors améliora donc son moteur avec une culasse en aluminium haute compression, un nouvel arbre à cames et une configuration à trois carburateurs. Ces changements offrirent 25ch de plus à la Kaiser Darrin tout en fragilisant la mécanique. La fusion avec Willys-Overland, en 1953, permit d’équiper finalement la voiture en série d’un moteur Willys Hurricane 6 cylindres en ligne 2.6L (161ci- 2420cm3), en position longitudinal avant, développant 90ch. Il est accouplé à une boîte manuelle 3 rapports et le système de freinage est assuré par quatre tambours. Très légère avec seulement 980kg sur la balance, la Kaiser Darrin 161 dispose de performances correctes avec une vitesse maximum de 155km/h.

La Kaiser Darrin 161 fut dévoilée au public en septembre 1954, après trois d’études. Elle est surnommée, dans les médias, « la voiture de sport que tout le monde attendait« . Lors du Salon International de l’automobile de New York, Kaiser Motors annonce que son petit roadster entrera en production dès l’automne. Elle fut alors proposée à la vente pour un prix d’environ 3670$, ce qui était nettement plus élevée que ses concurrentes directes comme la Chevrolet Corvette et même que certaines voitures de luxe à l’image de la Cadillac 62 ou de la Lincoln Capri. Face aux Européennes, elle n’était pas suffisamment armée en termes de performances, étant moins rapide qu’une Alfa Romeo Giulietta Spider ou qu’une Triumph TR2. Face au nombre faible de ventes, l’objectif étant de réaliser au moins 1000 voitures par an, Kaiser Motors dut réduire le prix de sa petite sportive, de 5%. Néanmoins, la production n’atteignit pas la moitié de ce nombre, l’usine où la Kaiser Darrin était fabriquée, ayant pris d’un côté, du retard dans la réalisation des commandes et de l’autre, demandant une modernisation urgente. Ne voyant pas d’amélioration dans ses ventes, Kaiser Motors retire du marché la Kaiser Darrin 161 en août 1954, soit seulement sept mois après le lancement du véhicule !

Suite à l’arrêt du modèle, Howard D. Darrin récupéra une cinquantaine de voiture. Il les modernisa avant de les commercialiser. Il arma six exemplaires du V8 big block de 304ch, d’origine Cadillac, qui pouvaient aller jusqu’à 225km/h en vitesse de pointe. L’un d’entre fut même exploité en compétition ! Ils furent vendus sous le nom de « Kaiser-Darrin Specials » pour un prix de 4350$. Howard D. Darrin tentera, par la suite, de faire ressusciter le modèle avec une version 4 portes qu’il soumettra à Studebaker-Packard Corporation, mais le projet resta sous la forme d’une maquette.

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS 
Crédit Photos : Maison d’enchères Bonhams – Vente 2016

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