Focus sur : La Simca 1000, ange ou démon ?

La première Simca 1000 fut assemblée le 27 juillet 1961. Soixante ans plus tard, elle continue encore à fasciner des générations de passionnés ! Lors de chaque salon, nous avons la joie de pouvoir admirer un exemplaire de cette bombinette plus ou moins personnalisée, ici une Simca 1000 Rallye 2 lors du salon Rétromobile 2020. Il faut dire que cette petite voiture populaire à la silhouette carrée et dotée d’un moteur arrière a su conquérir les cœurs et fut un véritable succès commercial ! En 17 ans de carrière, elle fut produite à près de deux millions d’exemplaires grâce à ses multiples déclinaisons qui se font de plus en plus sportives ! A l’occasion de cet anniversaire immanquable, ABSOLUTELY CARS vous propose de redécouvrir la saga de la Simca 1000, dont on ne sait si elle est plutôt ange ou plutôt démon !

La genèse de la Simca 1000

La société de Nanterre fabriqua une voiture populaire en 46 472 exemplaires entre 1936 et 1949 : la Simca-Fiat Cinq. Elle fut complétée par la Simca Six produite de 1947 à 1950 en 16 508 exemplaires. Puis, sur ce segment de marché, le constructeur Simca resta absent pendant plus d’une décennie. Enrico Teodoro Pigozzi dit Henri Théodore Pigozzi (1898-1964), le fondateur de Simca, demeura attentif et respectueux du succès rencontré par les Renault 4CV et Renault Dauphine. Fin 1957, une opportunité s’offrit à lui : le projet 122 de Fiat qui se présenta sous la forme d’une compacte 4 portes d’esthétique rondouillarde, équipée :

  • d’un 4 cylindres refroidi par eau muni de soupapes en tête, implanté longitudinalement en porte à faux arrière
  • d’une caisse autoporteuse munie de 4 roues indépendantes, la suspension des roues avant étant assurée par une lame transversale, celle des roues arrière étant constituée par des ressorts hélicoïdaux
  • de 4 freins à tambours.

Malheureusement, ou heureusement, Fiat ne donna pas une suite favorable à son projet. Enrico Teodoro Pigozzi le reprit à son compte et Simca fabriqua le projet 950 avec une esthétique beaucoup plus cubique et beaucoup plus moderne. 18 mois après, le 27 juillet 1961, la première Simca 1000 fut assemblée. Mi août, les concessionnaires virent la petite merveille. Le 4 octobre au Salon de l’automobile de Paris, la Simca 1000 fut présentée et immédiatement livrée grâce au stock constitué et dissimulé derrière celui des Simca Aronde P60. En 15 mois, 163 952 exemplaires furent livrés. L’apport offert par cette nouveauté fut le 4 cylindres muni de 5 paliers, celui des Renault 4CV et Dauphine n’en exploitant que 3.

La Simca 1000, un ange descendu du ciel

En 17 ans, la Simca 1000 fut fabriquée en 1 939 283 exemplaires, soit en moyenne plus de 100 000 par an : un immense succès commercial ! Elle fut produite par les usines de Poissy en France, Barreiros à Villaverde en Espagne et Somaca à Casablanca au Maroc. Sa boîte à vitesses avait 4 rapports totalement synchronisés (licence Porsche). La boîte automatique 3 rapports Ferodo fut disponible de 1965 à 1976. Son empattement était de 2,22m, sa longueur de 3,8m. Le sens d’ouverture du capot s’effectuait vers l’avant, permettant l’accès au coffre.

Si le moteur emblématique de cette citadine fut le 944cm³, l’étendue en matière de proposition de cylindrées s’étoffa au fil des années, avec bien entendu l’ajout de nouvelles dénominations.

Les premiers changements importants n’intervinrent qu’en 1969 : le boîtier de direction constitué par une vis sans fin et un galet type Gemmer fut enfin remplacé par une crémaillère, les phares devinrent plus grands, les feux rectangulaires. La version Simca 1000 Spécial reçut des freins à disques avant, ce progrès technique étant exploité sur les variantes Simca 1000 SR et Simca 1006 GLS. La version Simxa 1000 Extra était équipée d’un toit coulissant.

En 1976, les nouvelles versions Simca 1005 LS et Simca 1006 GLS reçurent des optiques rectangulaires, une fausse calandre, leurs longueurs progressant d’un centimètre. En matière de performances, le 0 à 100km/h était franchi par la Simca 1005 LS en 21,7s. Cette citadine était un ange.

Bien entendu, le groupe Chrysler, qui acquit 25 % de parts sociales de Simca en 1958 et qui détint 63% des actions en décembre 1962, importa la Simca 1000 en Amérique du Nord de 1962 à 1969. Au début, elle fut dénommée Simca 1000, puis Simca Deluxe, et enfin Simca 1118 lorsqu’elle fut disponible avec le 1118cm³.

Les Simca Coupé Bertone 1000 et 1200S, une beauté venue du Paradis

Le coupé Simca 1000 fut dévoilé en octobre 1961 et présenté au Salon de l’automobile de Genève en mars 1962. Sa ligne fluide était dessinée par Giorgetto Giugiaro (1938-….) lorsque celui-ci travailla chez Bertone. Les carrosseries fabriquées à Turin étaient acheminées par train pour l’assemblage final dans l’usine de Poissy. Sa puissance était limitée, 40ch DIN à 5400tr/mn, mais les 4 freins à disques étaient présents. Il fut exporté en Amérique du Nord, la boîte automatique 3 rapports Ferodo étant disponible dès 1965. Produit à 10 124 exemplaires, le coupé 2+2 Simca 1000 était bien un ange descendu du ciel et fut rapidement catalogué en tant que voiture destinée à la gente féminine.

En 1967, ce placide coupé se mua en coupé sportif et son nom devint Simca Coupé Bertone 1200S. Les changements furent nombreux :

  • allongement du museau ce qui affina cette ligne épurée, œuvre de Marcello Gandini (1938-….),
  • migration du radiateur implanté entre le moteur et l’habitacle sur la face avant pour un meilleur refroidissement,
  • cylindrée portée de 944cm³ à 1204cm³,
  • taux de compression porté de 9 à 10,3,
  • carburateur simple corps remplacé par deux carburateurs double corps.

Le résultat ne se fit pas attendre : 80ch DIN à 6000tr/mn, 175km/h, 0 à 100km/h en 12 secondes.

En 1969, le coupé Simca 1200S fut amélioré :

  • 85ch DIN à 6200tr/mn, 180km/h, 0 à 100km/h en 11,3 secondes,
  • direction à crémaillère,
  • barre de torsion complémentaire avant,
  • 4 freins à disques avec servofrein.

Ce coupé fut fabriqué à 14 741 unités. Les 3 114 derniers exemplaires furent produits entre 1970 et juin 1971 dans l’usine Chrysler de Rotterdam, les invendus ayant été refrappés au millésime 1972.

Le coupé Simca 1200S est reconnaissable grâce à ses grilles de refroidissement de style « Lamborghini Miura ». Il est magnifique et les derniers exemplaires, équipés de la direction à crémaillère, sont d’une redoutable efficacité.

Les Abarth Simca : pour transformer un ange en démon, ne faut-il pas un sorcier ?

Carlo Abarth (1908-1979), né à Vienne, co-fondateur de la société Abarth implantée à Turin avec Armando Scagliarini, s’intéressa naturellement aux projets Fiat 122 et Simca 950. Il obtint 100 Simca 1000 et des éléments mécaniques destinés à son futur coupé sportif. Les relations entre le groupe Chrysler qui dirigeait Simca et Carlo Abarth se dégradèrent, le premier ne désirant plus poursuivre une campagne promotionnelle exploitant comme axe directionnel le sport automobile. Par ailleurs, Enrico Teodoro Pigozzi fut licencié en 1963…

Le coupé, conçu pour la route et la compétition par Carlo Abarth, porta comme dénomination Abarth Simca et non Simca Abarth. Sa carrosserie en aluminium reposait sur un soubassement de Simca 1000. Le moteur longitudinal arrière de 1288cm³ était équipé d’un double arbre à cames en tête. Les freins à disques Girling étaient présents sur les 4 roues. En 1962, sa puissance était de 90ch DIN à 6000tr/mn. En 1963, le sorcier améliora son moteur à l’aide de deux carburateurs double corps Weber 45 DCOE 9. Le résultat : 125ch DIN à 7200tr/mn, 230km/h, 0 à 100km/h en 7,2 secondes, 1000m départ arrêté en 27,6 secondes. En 1964, sa puissance fut portée à 138ch DIN à 7800tr/mn, la boîte à vitesses 6 rapports conçue par Carlo Abarth étant proposée en option. Le résultat : 237km/h, 0 à 100km/h en 6,7 secondes.

De 1963 à 1964, ce coupé fut proposé avec un éphémère 1592cm³ délivrant 155ch DIN à 7400tr/mn accouplé à une boîte à vitesses 4 rapports SIMCA. De 1963 à 1965, ce coupé fut également équipé d’un 1946cm³ développant entre 177ch DIN et 202ch DIN, accouplé à une boîte à vitesses manuelle 4 ou 6 rapports.

De 1963 à 1965, la société transforma des Simca 1000 en Abarth Simca 1150, le changement de chiffre correspondant à l’augmentation de la cylindrée du moteur muni de soupapes en tête. La version de base avait son radiateur implanté à l’arrière, la version Abarth Simca 1150 S avait son radiateur implanté derrière une calandre avant. La mise en place de carburateurs plus performants permettait d’obtenir les versions Abarth Simca 1150 SS et Abarth Simca 1150 Corsa. Toutes ces voitures étaient équipées d’une boîte à vitesses manuelle 4 ou 6 rapports, de freins à disques montés sur les 4 roues. Les Abarth Simca étaient et sont tout simplement démentielles !

Les spider et coupé CG ou quand un ange se mue en démon

CG, pour Chappe et Gessalin, fut fondée en 1946 à Saint-Maur-des-Fossés par les frères Chappe (Abel, Albert et Louis) et par leur beau-frère Amédée Gessalin. Jusqu’au début des années 1950, l’entreprise réalisa des cabines de camions pour Delahaye. Elle fabriqua également des carrosseries en fibre de verre, notamment pour les constructeurs Deutsch-Bonnet (DB), René Bonnet et Alpine. En 1960, elle déménagea à Brie-Comte-Robert.

Pour Alpine, la société produisit des carrosseries coach et des voitures complètes basées sur un châssis-poutre CG : l’Alpine A108 Coupé 2+2 (1960-1962) d’un empattement de 2,18m et l’Alpine A110 Coupé 2+2 GT4 (1962-1969) d’un empattement de 2,27m. Fort de son expérience, elle adapta son châssis-poutre en 1966 de façon à recevoir les liaisons au sol de la Simca 1000, la boîte à vitesses 4 rapports, le 944cm³ muni d’un carburateur simple corps, puis le 1118cm³ muni également d’un carburateur simple corps. Les freins à disques sur les 4 roues provenaient du coupé Simca 1000 Bertone. Malgré un poids réduit dû à la présence d’une carrosserie en fibre de verre, les CG 1000 et CG 1000S étaient des anges.

De 1968 à 1972, les spider et coupé bénéficièrent du 1204cm³ du coupé Simca 1200S Bertone muni de deux carburateurs double corps, le radiateur passant à l’avant. Ils furent transfigurés en démons. En 1969, ils reçurent les améliorations du coupé Bertone (direction à crémaillère, barre de torsion complémentaire avant, 4 freins à disques avec servofrein). De 1972 à 1974, le coupé fut équipé du 1294cm³ muni de deux carburateurs double corps. La présentation du coupé 3 places Matra-Simca Bagheera, le 14 avril 1973, mettra un terme à l’aventure Chappe et Gessalin.

Les CG exploitant les 944 et 1118cm³ furent produits en seulement 30 exemplaires, ceux utilisant le 1204cm³ en 280 unités, ceux exploitant le 1294cm³ en 95 exemplaires.

Les Simca 1000 Rallye, l’ange qui deviendra démon

En février 1970, Chrysler introduisit sur le marché la Simca 1000 Rallye, une Simca Sim’4 équipé de freins à disques avant et du moteur de 1118cm³ de la Simca 1000 Spécial, donc muni d’un unique carburateur simple corps. Son équipement intérieur complémentaire comprenait quatre compteurs Veglia dont un compte-tours, un volant Quillery à trois branches et un unique baquet pour le conducteur. Certes, le prix était comprimé, mais comment faire oublier la Renault 8 Gordini retirée du marché en mai 1970 ?

Bref, nous sommes fort proches du ridicule avec un capot noir, une puissance de 53ch DIN, une vitesse maximale de 150km/h, un 0 à 100km/h franchi en 15 secondes. De plus, ces performances déclarées étaient difficilement atteignables. Les inscriptions intégrées dans les bandes noires furent SIMCA, puis RALLYE. En février 1972, la Simca 1000 Rallye 1 la remplaça. Une liste plus exhaustive d’équipements optionnels apparut : un baquet pour le passager, un arceau homologué, des longues portées supplémentaires, un klaxon à compresseur, le dégivrage de la lunette arrière, un pare-brise feuilleté. Les inscriptions devinrent RALLYE 1. Le 1294cm³, toujours muni d’un unique carburateur simple corps, délivrait 60ch DIN. La vitesse maximale de 155km/h et le franchissement de la barre des 100km/h départ arrêté en 13,5 secondes étaient difficilement atteignables, que ce soit sur circuit, en rallye, en course de côte. Les Simca 1000 Rallye et Simca 1000 Rallye 1 étaient des anges.

En septembre 1972, apparut une version complémentaire : la Simca 1000 Rallye 2. Les solutions mises en œuvre étaient intéressantes : radiateur déporté à l’avant, 1294cm³ muni de deux carburateurs double corps, taux de compression de 9,8 maintenu, 4 freins à disques. Les inscriptions devinrent RALLYE 2. Les équipements intérieurs intégrèrent le siège baquet du passager et le manomètre de pression d’huile. La puissance du 1294cm³ atteignit 82ch DIN, la vitesse maximale 168km/h, le 0 à 100km/h 11,7 secondes. Par contre, les publicités étrangères faisaient état d’un 0 à 100km/h franchi en 12,8 secondes.

Un kit Groupe 2 permettait de porter la puissance de la Simca 1000 Rallye 2 à 110ch DIN. En 1975, elle vit sa puissance portée à 86ch DIN et adopta un becquet arrière. En août 1976, comme pour le reste de la gamme, une nouvelle face avant avec de grands phares rectangulaires et une grande fausse calandre fut introduite. En décembre 1977, remplaçant les Simca 1000 Rallye 1 et Rallye 2, un nouveau modèle fut présenté : la Simca 1000 Rallye 3 équipée d’extension d’ailes et de jantes Amil en alliage léger. Sa longueur était portée à 3,85m. Son moteur développait 103ch DIN grâce à un taux de compression porté à 10,3, permettait une vitesse maximale de 183km/h et un 0 à 100km/h franchi en 10,3 secondes. La Simca 1000 Rallye 3 était démoniaque. Si la Simca 1000 Rallye 2 fut réalisée en 16 000 unités, la Simca 1000 Rallye 3 fut produite en 1 000 exemplaires.

Epilogue

La Simca 1000 et ses dérivés furent anges et démons. Les premiers étaient équipés d’un moteur muni d’un carburateur simple corps et assurèrent un important volume de vente. Les seconds étaient équipés d’un 4 cylindres muni de deux carburateurs double corps et assurèrent la renommée des constructeurs. Des versions intermédiaires équipées de deux carburateurs simple corps ou d’un carburateur double corps n’existaient pas.

Simca, c’était l’insouciance et la liberté. Cette marque nous fit rêver et des images demeureront à tout jamais gravées dans nos mémoires.

Le Simca Racing Team : cette écurie exista de 1972 à 1981.
Le Simca Racing Team : cette écurie exista de 1972 à 1981.

Article co-écrit par : ABSOLUTELY CARS & CARDO
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’archives

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2 réflexions sur “Focus sur : La Simca 1000, ange ou démon ?

  1. L’Abarth Simca 2000 GT est une auto d’exception à la ligne magnifique et aux performances rares pour l’époque.
    Le travail du sorcier Abarth sur cette voiture mériterait un article à lui seul !
    En tout cas, bel article, complet et bien illustré, sur cette voiture polulaire aux 2 visages !

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