Interview automobile : La Simca-Fiat Berlinette Le Mans 1939, une réalisation très pro

L’histoire automobile est remplie de projets restés sur le papier, de prototypes et de voitures inachevées. Certains passionnés se lancent dans d’incroyables chantiers pour rendre vivant ce qui avait été imaginé autrefois. C’est le cas d’Alain Lassalle, connu pour avoir reconstruit la Citroën Rosalie 15 Speedster de Jean Daninos. Cette fois-ci, il nous fait découvrir une autre de ses créations : la Simca-Fiat Berlinette Le Mans 1939. S’inspirant d’un plan inédit de châssis à moteur central avant dessiné par l’ingénieur italien Dante Giacosa pour Amédée Gordini et des Fiat Toppolino des années 1930, cette voiture unique offre une vision de ce qui aurait être ! ABSOLUTELY CARS vous propose de découvrir ce magnifique prototype dans l’esprit des voitures du passé !

La Simca-Fiat Berlinette Le Mans 1939, une vision inédite

La Simca-Fiat Berlinette Le Mans 1939… voici un projet qui aurait pu voir le jour dans les années 1930 si le destin n’en avait décidé autrement, laissant ce qui aurait pu être une nouvelle voiture en l’état de plan… ou pas… En effet, Alain Lassalle est parti sur les traces du passé pour dépoussiérer ce papier et s’en inspirer pour construire sa propre version de la Simca-Fiat Berlinette. D’un côté, nous trouvons Dante Giocasa, ingénieur italien et sans doute l’un des hommes qui a le plus marqué l’industrie automobile mondiale de son époque. De l’autre, Amédée Gordini, pilote italien (qui sera par la suite naturalisé français dans les années 1950) dont le talent n’était déjà plus à démontrer ! Et entre les deux, la marque turinoise Fiat qui vendait alors, sous licence SIMCA (Société Industrielle de Mécanique et Carrosserie Automobile), plusieurs de ses modèles. Pour la petite histoire : dès 1937, Amédée Gordini optimisait les moteurs « Simca-Fiat », au point de les radicaliser pour la compétition, transformant les Simca 5 et les Simca 8 en voitures de course. Il participa même aux 24 Heures du Mans avec ce type de voitures ! Dante Giocasa lui proposa alors le projet de réaliser une Simca 5 avec un moteur central avant pour la compétition. Si cette création tomba dans l’oubli à cause de la Deuxième Guerre mondiale, Amédée Gordini construisit ses premiers modèles à la sortie de la guerre avec ce type de technologie.

Redécouvrant ce projet, Alain Lassalle choisit de s’en inspirer pour sa création : la Simca-Fiat Berlinette. Le futur prototype aura un châssis à moteur central avant issu de la Simca 5, lui offrant un gabarit très petit et une forme rappelant les « topolino » de l’époque. C’est une stricte 2 places, dont la ligne en coupé est représentative des années 1930. Tout en rondeur, sa calandre plongeante, ses garde-boues indépendants de la carrosserie, son long capot et sa partie arrière forment une ligne continue sans cassure au niveau des traits. Les roues à rayons d’Austin Healey finalisent l’attache de cette voiture à la route. Plus grande que son homologue, la Simca 5, elle possède une toute autre allure et de nouvelles proportions inédites !

Tout comme l’extérieur de cette Simca-Fiat Berlinette, son habitacle est agréable au regard. Il a été spécialement préparé pour ce modèle grâce aux savoirs faires d’artisans-selliers français. La coquetterie de cet modèle est sa sellerie en cuir et sa planche de bord, qui n’auraient sans doute existé si cette voiture avait été produite en série dans les années 1930 ! Sur ce prototype, l’instrumentation est en position centrale « élargie » et provient de Jaeger. La position de conduite est basse et confortable. La question de la sécurité est également réglée avec l’installation de ceintures 3 points. Comme sur les topolino des années 1930, le toit s’enlève afin de profiter des sensations cheveux aux vents. La structure a aussi été corrigée pour s’adapter au pavillon.

Parole de collectionneur : « La Simca-Fiat Berlinette, c’est l’esprit des voitures de sport basé sur les Topolino »

Aujourd’hui, nous avons découvert un véhicule très particulier, puisqu’il est sorti de votre imagination. Il s’agit d’une Simca-Fiat Berlinette Le Mans 1939. Pour la construire, vous vous êtes inspirés d’un projet qui aurait vu voir le jour durant l’Entre-deux-guerres ! Pouvez-vous nous la présenter et nous en dire plus à ce sujet ?

C’est un prototype. C’est une voiture unique bâtie sur une Simca 5 Tank. En 1989, je suis tombé sur une photo de la Siata 750 Sport, dans « La Vie de l’Auto », qui était vendue à l’époque 300 000frs. C’était une petite fortune, car c’était une année avec une inflation phénoménale sur les voitures de collection ! Mais l’esthétique de cette voiture m’a accroché. En 2000, j’ai entrepris le projet de refaire une voiture de ce style-là et de cet esprit-là. Je voulais quelque chose dans l’esprit « roadster de sport ». J’ai d’abord dessiné une voiture moderne. Mais au vu des difficultés que représente l’homologation d’un tel véhicule, je me suis tournée vers la transformation d’une Simca 5. Il faut savoir qu’Amédée Gordini a gagné trois fois de suite, en 1937, en 1938 et en 1939, au Mans, sur une Simca 5 en catégorie 750cm3. A cette époque, Dante Giacosa lui a dessiné un plan de châssis à moteur central avant pour ses voitures de compétition. Evidemment, ça n’a pas été utilisé puisqu’il y a eu la Seconde Guerre mondiale. Gordini a fait des châssis à moteur central avant qu’après la guerre. Mais si la guerre n’avait pas eu lieu, ils auraient pu créer cette Simca-Fiat Berlinette Le Mans, soit une Simca 5 avec un moteur central avant.

Pouvez-vous nous résumer en quelques mots l’évolution de ce projet ?

L’idée de départ de cette voiture, c’était vraiment son style. Je souhaitais avoir ce style fuseau de la Sieta 750. La Simca 5 s’y prêtait parfaitement. Si on enlève les ailes avant et que l’on sépare les roues et les ailes, on peut avoir des lignes qui partent toutes du pied de la calandre, donnant cette ligne « fuseau ». La Simca-Fiat Berlinette a donc en voiture de base une Simca 5. Sauf que pour mettre un moteur central avant, il fallait allonger l’empattement et donc le châssis. De ce fait, il fallait un châssis beaucoup plus rigide. J’ai donc pris le châssis d’une Simca 6 qui est équipée d’une croix de St André en partie centrale et qui améliore considérablement la torsion du châssis. Et j’ai incorporé toute la partie arrière de l’unit du châssis d’une Simca 5 pour avoir les 200 millimètres qui me manquaient en empattement. Le capot a été aussi allongé de 90 millimètres. Le toit a été surbaissé de 90 millimètres. Tout cela donne une proportion complètement différente de la proportion de la Simca 5. Elle se rapproche plus des berlinettes des années 1930 des grands carrossiers. Côté carrosserie, les ailes avant sont séparées de la caisse. Ce sont des ailes motos. La suspension avant est celle de la Simca 6, puisqu’elle est équipée d’amortisseurs hydrauliques. L’arrière possède aussi le même type d’amortisseurs en remplacement des amortisseurs à friction d’origine Simca 5. Elle a été montée sur des roues à rayon qui sont des adaptations à moyeux Rudge d’Austin-Healey.

En plus de la Sieta 750 Sport et de la Simca 5 Giacosa à moteur central avant, est-ce qu’il y a une autre voiture qui vous a inspiré pour imaginer cette Simca-Fiat Berlinette Le Mans ?

Avec la Simca-Fiat Berlinette Le Mans, on retrouve, effectivement, l’esprit des voitures de sport basé sur les Topolino. La Sieta 750 Sport était basée sur la Fiat Topolino. A cette époque, de nombreuses voitures italiennes étaient transformées en voiture de sport ou de courses pour un coût modique et la majorité d’entre elles était basée sur des Topolino. On retrouve, par exemple, la structure de train avant de la Topolino. Idem pour l’arrière. Beaucoup d’entre elles se sont vues ôter les ailes pour sortir les roues et se munir d’ailes motos. A l’époque, ce type de voiture était transformé par des pilotes qui voulaient faire le Mille Miles (Les Mille Miglia était l’une des courses automobiles d’endurance les plus célèbres au monde, disputée durant 24 heures sur routes ouvertes, faisant une boucle entre Brescia et Rome, en Italie, ndlr).

Pouvez-vous nous dire combien d’heures de travail avez-vous consacré à ce projet ?

Cela m’a pris 5000 heures. Il faut aussi compter 36 000€ de pièces. La voiture a été réalisée dans mon garage de 25m2. Comme elle est petite, je pouvais tourner autour ! (rires) Bien souvent, la caisse était accrochée au plafond. Je pouvais bouger le châssis en dessous. J’ai réalisé par la suite un autre projet, la Citroën Rosalie 15 Speedster qui est beaucoup plus volumineuse et c’était une toute autre histoire sous peine de se prendre le toit sur la tête ! (rires)

Si vous devez décrire en trois mots la Simca-Fiat Berlinette, comment la qualifieriez-vous ?

Alors déjà l’esthétique ! C’est le facteur numéro un. Ensuite, son agrément d’utilisation parque c’est une berlinette découvrable. On peut profiter du soleil et être à l’abri de la pluie. Pour finir, son agrément de conduite qui demande un peu d’expérience au niveau de la boîte de vitesse, mais qui est super.

Pouvez-vous nous en dire un plus au niveau mécanique ? Quel moteur équipe cette Simca-Fiat Berlinette Le Mans 1939 ?

La Simca-Fiat Berlinette est équipée d’un Fiat Multipla 600D qui fait 750cm3 et qui développe 34ch. Mais sa particularité, c’est son moteur à vilebrequin trois paliers qui sert de base aux moteurs Abarth. C’est donc un moteur qui peut être poussé 70ch si on lui met les pièces Abarth qui lui vont bien et la carburation qui lui va bien. Sur la Simca-Fiat Berlinette, je n’ai que 34ch, mais le rapport poids-puissance est déjà très bien, car elle fait que 650kg. C’est une voiture qui roule à 90 km/h assez facilement, mais ce n’est pas une voiture de sport à proprement dit. Si on veut lui faire faire du circuit, il faudra la préparer pour. Mais pour le reste, c’est très sympa. Elle est très agréable en conduite et en balades, même si le confort est un peu spartiate parce que la suspension est relativement dure et le châssis très rigide. Par contre, quand on entend le bruit du moteur, on ne se doute pas qu’il y a 34ch ! (rires) Ce n’est pas le cas quand on monte les côtes et qu’on se rend compte que le moteur manque un peu de puissance ! On sait alors qu’on n’a que 34ch (rires). L’autre particularité du moteur – là aussi c’était une chance -, c’est que je suis tombé sur un moteur Fiat 600D, mais de Multipla. Il tourne à l’envers par rapport au moteur d’une Fiat 600 normal. Il me fallait un moteur qui tourne dans ce sens-là pour aller au bout de la boîte de vitesse de la Simca 6. Sinon la voiture aurait eu quatre vitesses en marche arrière et une en marche avant (rires) ! Les compteurs proviennent d’une Simca, mais beaucoup plus récente, soit des années 1970 et du Jaeger, soit de la rallye 2 .

Ce modèle est vraiment unique puisqu’il s’agit d’une création se basant sur des plans d’un potentiel prototype. Quel engouement existe-t-il autour de la Simca-Fiat Berlinette Le Mans 1939 ?

Nous n’avons pas eu l’occasion d’aller en Italie avec cette voiture, mais je pense qu’on aurait autant engouement qu’en France. Il y a beaucoup de sympathie autour de cette voiture, par sa ligne, par sa petite taille et par son côté féminin. Personne n’a critiqué le fait que je me sois servi d’une Simca 5 pour la transformer en berlinette. Je n’ai jamais eu aucune critique de ce côté-là.

Quels sont les évènements qui vous ont le plus marqué à bord de cette Simca-Fiat Berlinette ?

Sa première sortie était à Rétromobile 2012 quand Meguiar’s l’a présenté sur son stand. C’étaient un moment, comment dire, enrichissant et une très grande reconnaissance. Ensuite, on s’est beaucoup amusé au Rétro Festival de Caen qui organise un petit circuit dans les rues au bord de l’hippodrome. Ça aussi, c’était un très bon moment ! Autrement, on s’est fait quelques balades en Vallée de Chevreuse. Après, elle a été présentée au Salon Auto Moto Rétro de Rouen et à Automédon. Tout ça ont été des bons moments. Je dis toujours qu’il y a une étape « égoïste » dans la construction d’une voiture, quand on est tout seul dans son garage – et c’est long – et puis il y a une étape de partage avec le public. Et là, c’est fabuleux !

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Alain Lassalle – Auto Rêves Voisins

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