Focus sur : La Studebaker Avanti, l’avant-gardisme signé Loewy

Les années 1960 marquent un tournant décisif pour la marque américaine Studebaker. En effet, la firme souhaitant globalement se renouveler malgré une situation économie précaire, elle sort, en 1962, une voiture révolutionnaire dans son design : la Studebaker Avanti ! La légende dit qu’elle a été dessinée par Sherwood Egbert, tout nouveau directeur de Studebaker, dans un avion à réaction, qui aurait largement influencé son style ! En rupture total avec sa devancière, la Studebaker Hawk, elle se veut être « La seule voiture de série américaine pour 4 passagers à hautes performances » ! Sans parler du fait qu’elle était considérée par beaucoup comme  « l’une des plus importantes étapes de l’industrie d’après-guerre », proposant à ses utilisateurs une sécurité et des performances optimums ! Voilà qui est bien prometteur !

La Studebaker Avanti I : une ligne « made in France » et des innovations techniques

Si la légende veut que ce soit Sherwood Egbert qui aurait dessiné sa ligne, nous devons avant-tout la conception de ce nouveau modèle au designer industriel et graphiste, Raymond Loewy, reconnu aussi bien dans l’hexagone qu’Outre-Atlantique. Il s’est notamment illustré en réalisant plusieurs logos et objets pour des marques internationales à l’instar de Shell, BP, LU, Lucky Strike, Coca-Cola, l’Oréal,… Mais son projet le plus audacieux n’est d’autre que le renouvellement stylistique total de Studebaker, en 1947 !

Le projet « Avanti » voit le jour en seulement 40 jours, dans la résidence du designer. Il faut dire que la marque avait que peu de capital à investir dans ce nouveau modèle… Et c’est sous la forme d’une maquette à l’échelle 1/1 à l’allure détonante qu’elle fut validée par le président de Studebaker. Finalisée en coupé 4 places à deux portes, sa présentation au public, en 1962, au Salon automobile de New York, rencontre un engouement et un succès plus que satisfaisant ! Sa première année, pas moins de 1 200 exemplaires seront livrés, malgré des problèmes de fabrication de carrosseries.

En effet, la Studebaker Avanti est composée d’une carrosserie en plastique renforcée en fibre de verre, sortant de la même usine que celle de la Chevrolet Corvette C1. Mais pourquoi choisir la fibre de verre ? Le design très complexe et travaillé de l’Avanti, tout en angles et rondeurs, doté d’un semi-fastback à capot mi-long, d’un nez droit sans grille, d’ailes-avant prédominante, rend sa réalisation en acier très délicate, voire impossible sans coût onéreux ! Et c’est sans compter sur ses dimensions plus qu’imposantes : 4,88m de long, 1,79m de large pour 1,37m de haut !

Il faut dire que la Studebaker Aventi est avant-tout un exercice de style presque « futuriste » ! Destinée à une cible plutôt jeune, ce coupé avant-gardiste au design intemporel se devait être à la fois moderne et innovant ! C’est la première voiture américaine à être équipée de deux freins à disque avant Dunlop ! Il s’agit également de l’un des premiers modèles automobiles avec une grille de refroidissement se trouvant sous l’avant du véhicule, laissant aux autres la classique calandre. Un concept qu’on verra plus fréquemment sur les voitures des 1980 !

Mais si l’extérieur est hors normes, l’habitacle reste conforme aux standards américains. Les accessoires et équipements extérieurs sont peu nombreux, avec des options pratiques et sécuritaires :

  • Une direction réglable et assistée
  • La climatisation
  • Les vitres électriques
  • La radio

Sous le capot, se loge un moteur avant et traction Hawk modifié se traduisant par un V8 4.7 289ci de 240ch, monté sur un châssis modifié issu de la Studebaker Lark Daytona. Sa transmission est mécanique ou automatique à trois ou quatre vitesses. Grâce à l’installation des kits R2 (un moteur 4,7L 289 HP suralimenté avec compresseur Paxton), R3 (4.9 de cylindrée) et R5 (double compresseur), la barre des 100km/h (60mph) est atteinte en 8.5 secondes tandis que la puissance grimpe à 285ch, puis 300ch. Avec une vitesse de pointe d’environ 180km/h, la Studebaker Avanti fut flashée à plus de 270km/h sur le Lac de Bonneville sur lequel elle engrangea plus de 29 records !

Pourtant, la Studebaker Avanti ne put rivaliser face une concurrence accrue composée de Ford, de Chrysler et de General Motors. Véritable coup de poker, c’est aussi l’ultime modèle d’une marque à la santé plus que fragile ! Ni elle, ni ses fournisseurs n’arrivent à suivre la cadence des commandes, entraînant des annulations en masse! Cet événement sonnera le glas de l’Avanti et dans la foulée, de l’usine de l’Indiana, en décembre 1963, avec seulement 5 800 commandes honorées en deux ans ! En comparaison, sa concurrente, la Chevrolet Corvette, s’est écoulée à 23 000, rien qu’en 1963 ! Dernier flambeau d’une marque désormais disparue, la Studebaker Avanti continue faire rêver les passionnés et les collectionneurs comme le dernier modèle d’une marque légendaire !

La Studebaker Avanti II, la renaissance de l’Avanti ?

Si Studebaker dépose le bilan en 1963, la Studebaker Avanti II lui survit grâce à deux passionnés et anciens vendeurs Studebaker-Packard, Leo Newman et Nathan Altman. Ces derniers se portent acquéreurs de l’ex-usine de production Studebaker à South Bend et avec elle, le nom « Avanti », les machines, les pièces et les moules ! Ainsi équipés, ils relancèrent l’Avanti sous la dénomination « Studebaker Avanti II« . Désormais faite main, elle connaît plusieurs modifications dont un relookage et une nouvelle motorisation « Chevrolet 327ci 5.4 » de 300ch, celui-là même de la Corvette. Le moteur évoluera, passant de 327ci à 350ci 5.75, puis à un 400ci 6.55 pour terminer sur un 305ci 5.0. Jusqu’en 1987, le châssis reste le même avant d’être remplacé par celui de la Chevrolet Monte-Carlo, puis de la Chevrolet Caprice. Passant de propriétaire en propriétaire, cette nouvelle Avanti connut d’innombrables changements, les plus notables étant le changement des plastiques, l’ajout de pare-chocs intégrés et la refonte de l’intérieur et notamment le tableau de bord. Cette résurrection perdura durant 27 années avec des versions 4 portes et cabriolet. Au bout du compte, près de 3470 unités vendues, jusqu’en 1992. Parmi celles-ci, on compte 290 cabriolets !

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’archives

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