Lancia, la haute couture italienne (3/3) !

Suite à un premier article consacré aux propulsions Lancia, à un second affecté aux tractions Lancia, ABSOLUTELY CARS vous invite à redécouvrir les Lancia exceptionnelles, celles équipées d’un moteur central arrière.

La Lancia Stratos

Une nouvelle aventure débuta avec Cesare Fiorio (1939-….). Il rejoignit la direction de Lancia en 1963 et apporta son soutien à un club qui réunissait les clients les plus fidèles de la marque sous le logo HF, HF signifiant High Fidelity. En 1965, fut créée Lancia HF Squadra Corse, le service course officiel de la marque. Dans notre collection des plus grands designers du monde qui portèrent leur dévolu sur la marque Lancia, il en manque deux : Nuccio Bertone (1914-1997) et Marcello Gandini (1938-2024). En octobre 1970 lors du Salon de l’automobile de Turin, ils présentèrent une œuvre d’art, la Lancia Stratos Zero.

Ce prototype totalement fonctionnel avait un empattement de 2,22m, une longueur de 3,85m, une largeur de 1,84m, une hauteur de seulement 0,84m. Le V4 de 1584cm³ de la Lancia Coupe 1.6 HF Corsa, accouplé à une boîte à vitesses manuelle 5 rapports, était implanté en position centrale longitudinale arrière. Le couvercle du moteur était de forme triangulaire. Le pare-brise était soulevé pour accéder au cockpit, les portières étant absentes. L’éclairage avant était constitué par 10 ampoules de 55W ; à l’arrière, 84 petites ampoules. Les clignotants allumaient les ampoules successivement du centre vers le côté.

Cesare Fiorio vit dans le prototype Lancia Stratos Zero, une opportunité. Il demanda des fonds à Gianni Agnelli, le V6 Dino à Enzo Ferrari, la conception d’un coupé moins radical à la Carrozzeria Bertone. Son objectif était de disposer d’une voiture originale, conçue pour gagner des rallyes, non extrapolée d’un véhicule fabriqué en série, une première dans l’histoire de l’automobile.

Enzo Ferrari (1898-1988) accepta. Il n’y était pas obligé. Le 21 juin 1969, FIAT acheta 50% des parts sociales de Ferrari, l’accord prévoyant que 40 % de parts sociales supplémentaires reviendraient à FIAT à la mort d’Enzo Ferrari. Ce dernier gardait le contrôle de l’activité course, Ferrari restait une marque indépendante dans son fonctionnement, FIAT apportait de l’argent et sa capacité industrielle.

Néanmoins, la réglementation exigeait que 500 voitures fussent réalisées à partir du modèle de compétition. Ainsi naquit la Lancia Stratos Stradale : coupé 2 places, V6 Dino de 2418cm³ implanté en position centrale transversale arrière et accouplé à une boîte à vitesses manuelle 5 rapports, châssis tubulaire en acier d’un empattement de 2,18m, carrosserie en fibre de verre d’une longueur comprise entre 3,67m et 3,71m, 0 à 100km/h franchi entre 6,5s et 6,8s pour la version Stradale. La version compétition remporta par trois fois le Championnat du monde des rallyes (WRC), entre 1974 et 1976.

Aux 24 Heures du Mans 1976, une Lancia Stratos Turbo fut engagée. Lella Lombardi (1941-1992) et Christine Dacremont (1949-….) finirent 20ème au classement général (3ème dans la catégorie 3001 à 4000cm³). Aux 24 Heures du Mans 1977, Christine Dacremont et Marianne Hoepfner (1944-…) abandonnèrent à la 5ème heure.

Les Lancia Beta Montecarlo, Scorpion, Montecarlo et Rally 037

Durant l’été 1974, devint disponible un fascicule chez les concessionnaires français FIAT présentant les véhicules expérimentaux de la maison turinoise. Parmi eux, figurait la FIAT X 1/20 conçue par Pininfarina, coiffant la FIAT X 1/9. En mars 1975 lors du Salon de l’automobile de Genève, fut présentée la Lancia Beta Montecarlo reprenant les codes stylistiques de la FIAT X 1/20. Ce coupé 2 places n’avait aucun rapport avec la gamme Lancia Beta, la dénomination « Beta » était présente pour valoriser en termes d’image, de ladite gamme Lancia.

La Lancia Beta Montecarlo était équipée d’un 4 cylindres DOHC de 1995cm³ implanté en position centrale transversale arrière, accouplé à une boîte à vitesses manuelle 5 rapports. Son empattement était de 2,3m ; sa longueur, de 3,81m. Le volume de son coffre situé à l’avant était de 200 litres (capot s’ouvrant vers l’avant). Les 4 freins à disques étaient présents. Le 0 à 100km/h était franchi en 9,3 secondes. Théoriquement, ce coupé avait tous les atouts pour être un best-seller. Cependant, elle ne fit pas le poids face à la FIAT X 1/9 : phares escamotables absents, pare-chocs imposants, encadrement des phares et de la calandre de couleur noire, couvercle du moteur s’ouvrant sur le côté, Wedge Design de Marcello Gandini absent, encadrements des glaces des portières présents, toit amovible optionnel mettant en évidence des épais montants latéraux, grille tarifaire élitiste.

La Lancia Beta Montecarlo fut importée sur le marché nord-américain entre 1975 et 1978 sous la dénomination Lancia Scorpion. Son 4 cylindres DOHC de 1756cm³ délivrait 82ch SAE net à 5900tr/mn. Le 0 à 100km/h était franchi en 12,3 secondes. Sa longueur était de 3,97m.

En 1978, la production fut temporairement suspendue, afin d’écouler un stock encombrant. En mars 1980 lors du Salon de l’automobile de Genève, elle fut rebaptisée Lancia Montecarlo, se distinguant grâce à ses dérives arrière vitrées avec arcs-boutants faisant la jonction entre la poupe et le toit, de chaque côté du couvercle moteur. Sa fabrication cessa en septembre 1981, mais ce coupé fut vendu jusqu’en 1982. L’usine Pininfarina de Grugliasco réalisa 7587 exemplaires dont 23,7% sous la dénomination Lancia Scorpion.

Aux 24 Heures du Mans 1980, trois Lancia Beta Montecarlo Turbo furent engagées, 19ème au général, abandon après 16h58 de course, abandon après 19h10 de compétition. Aux 24 Heures du Mans 1981, quatre Lancia Beta Montecarlo Turbo furent engagées, 8ème au général, 14ème au général, abandon après 5h03 de course, abandon après 19h de compétition. Aux 24 Heures du Mans 1982, deux Lancia Beta Montecarlo Turbo furent engagées, 12ème au général, abandon après 9h22 de course (abandon des deux barquettes Lancia qui exploitaient le même moteur).

Cesare Fiorio fit transformer profondément la Lancia Montecarlo par Pininfarina. Elle devint la Lancia Rally 037 et fut présentée en avril 1982 lors du Salon de l’automobile de Turin. La version Stradale fut fabriquée à 222 exemplaires (dont 2 prototypes). Son 4 cylindres DOHC de 1995cm³ était implanté en position centrale longitudinale arrière, équipé d’un carburateur Weber 40 DCNVH 15/250, de 16 soupapes, d’un compresseur volumétrique. Il était accouplé à une boîte à vitesses manuelle 5 rapports (différentiel autobloquant à 25%). Sa cellule centrale était une structure monocoque en aluminium prolongée par deux faux châssis tubulaires. Sa carrosserie était en fibre de verre. Son empattement était de 2,44m ; sa longueur, de 3,92m. Les 4 freins à disques ventilés étaient présents. En version course, elle remporta le Championnat du monde des rallyes (WRC) en 1983. En parallèle, Lancia poursuivit son engagement aux 24 Heures du Mans jusqu’en 1991, avec un joli classement lors de l’édition 1985, une 6ème et une 7ème place au général (Lancia LC2 munie d’un V8 Ferrari biturbo).

La Lancia Delta S4, elle ressemblait à une Lancia Delta, mais elle n’en n’était pas une !

Cesare Fiorio fit évoluer la Lancia Rally 037 et obtint la Lancia Delta S4. Pour espérer des retombées commerciales, elle se devait de ressembler à la Lancia Delta produite en série. Le 1er novembre 1985, elle fut homologuée officiellement en Groupe B par les instances sportives. Son empattement était également de 2,44m. Son 4 cylindres DOHC de 1759cm³ implanté en position centrale longitudinale arrière, muni de 16 soupapes et d’une injection électronique Magnetti-Marelli, accouplé à une boîte à vitesses manuelle 5 rapports, était équipé d’un compresseur volumétrique et d’un turbocompresseur. Sa transmission à 4 roues motrices était sophistiquée :

  • répartition du couple 30% à l’avant et 70% à l’arrière,
  • différentiels central (visco-coupleur de type Fergusson), avant et arrière,
  • différentiels autobloquants central et arrière, avant en complément pour les versions courses.

La Lancia Delta S4 Stradale fut produite à 200 exemplaires. Elle était équipée d’une direction assistée, la climatisation et l’ABS étant absents. La carrosserie de la Lancia ECV (pour Experimental Composite Vehicle) intégrait plus du carbone/kevlar.

L’accident d’Attilio Bettega, le 2 mai 1985 à l’âge de 32 ans, attira l’attention sur la sécurité des voitures très puissantes du Groupe B. Un an plus tard, le 2 mai 1986, son ancien coéquipier Henri Toivonen se tua à l’âge de 29 ans, avec son copilote Sergio Cresto âgé de 30 ans. Ce drame provoqua le bannissement du Groupe B. Le temps des Lancia Delta HF 4WD et HF Integrale était venu ; elles remportèrent le Championnat du monde des rallyes (WRC) entre 1987 et 1992 !

A ce jour, Lancia est la marque la plus titrée en WRC, 10 championnats constructeurs, 11 en intégrant la Lancia Fulvia Coupe qui remporta en 1972, le Championnat International des Marques (ICM). Fin 1986, FIAT acheta Alfa Romeo. La ligne stratégique alors exprimée fut « A Alfa Romeo, le sport ; à Lancia, le luxe ». Combien de marques survécurent en se positionnant sur le luxe, sans le sport ? Une, voire deux, Lincoln et Rolls-Royce… En 1989, Cesare Fiorio devint le directeur sportif de la Scuderia Ferrari. Aujourd’hui, Lancia fête ses 120 ans d’existence, un exploit !

Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’Archives


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