Les mascottes de radiateur, une rencontre entre l’art et l’automobile

Des années 1920 jusqu’aux « Arts cars » des 24 Heures du Mans », l’automobile a côtoyé de tout temps étroitement l’art. Les deux ont même fusionné durant l’Entre-Deux-Guerres pour former un objet à part entière de la voiture : le bouchon de radiateur. Cet élément automobile se mua en mascottes de radiateur, tantôt équipement « standard », tantôt accessoire de luxe, offert ou proposé par les constructeurs ou les garagistes. En bronze ou en métal chromé, elle permet une personnalisation totale du véhicule. ABSOLUTELY CARS vous propose de revenir sur les plus belles et les plus mythiques mascottes de radiateur automobiles !

Les Mascottes Avions Voisin : l’envol de la « Cocotte »

Nous ne pouvons pas commencer cet article sans parler en premier lieu de cette mascotte, ô combien célèbre, qui nous permet, par la même occasion, de rendre hommage à Michel Legrand, auteur du livre « Mascotte Aubimobiles » (éditions EPA) ! La mascotte traditionnelle des automobiles « Avions Voisin », surnommée ironiquement « la Cocotte », serait due au dessinateur Lejeune, ami du constructeur et fidèle à sa philosophie : réduire le poids. D’où le choix d’une pièce en feuilles d’aluminium découpée et rivetée correspondant parfaitement à cet objectif. Ce qui allait devenir l’emblème de la marque fut présenté pour la première fois au Salon de l’Automobile de 1923. Pendant toute cette période, elle fit partie intégrante et fonctionnelle du bouchon de radiateur… De 1923 à 1938, elle exista en plusieurs versions différentes de hauteur, d’inclinaison et d’épaisseur de feuille d’aluminium ». Celles qui sont sur les voitures « Voisins » présentes lors du Chantilly Arts et Elégance Richard Milles 2019, en sont un parfait exemple !

Les Mascottes René Lalique ou la rencontre du verre avec l’automobile

Entre 1925 et 1931, René Jules Lalique (1860-1945), maître du verre Art Déco, crée une trentaine de modèles de bouchons de radiateur d’inspiration essentiellement naturaliste. Il utilise du verre blanc moulé pressé, satiné, mat ou brillant, serti à sa base d’une roue en entailles qui se visse sur le support de fixation au radiateur.

Le 29 janvier 1929, il demande un brevet pour l’éclairage des bouchons de radiateur. Le système d’éclairage de 6V intègre un filtre teinté pour une apparence différente entre le jour et la nuit. Les mascottes les plus recherchées de René Lalique sont celles qui sont teintées.

Le Spirit of Triumph des Isotta-Fraschini

La mascotte, en bronze argenté, « Spirit of Triumph« , d’une hauteur de 15 cm, fut référencée dans les catalogues des accessoires des automobiles Isotta-Fraschini de 1920 à 1936.

Elle est l’œuvre de François Victor José Johannès Bazin, dit François Bazin (1897-1956), sculpteur et médailleur français, qui fit ses études à l’École des Arts Décoratifs et à l’École Nationale Supérieure des Beaux-arts de Paris. Il conçut également la célèbre Cigogne des Hispano-Suiza.

Le Spirit of Ecstasy des Rolls-Royce

« Spirit of Ecstasy » est la célèbre mascotte de la marque automobile Rolls-Royce. Elle fut créée en 1911 par le peintre et sculpteur anglais Charles Robinson Sykes (1875-1950). Elle était en bronze argenté et fut proposée en tant qu’accessoire. Depuis 1914, elle est en acier inoxydable et au début des années 1920, elle devint un équipement standard. A l’origine, sa hauteur était de sept pouces (17,78 cm). Actuellement, elle est de trois pouces (7,62 cm). Pour assurer la sécurité des piétons, elle devint rétractable à partir de 1980. Cette mascotte s’inspire de la Victoire de Samothrace, sculpture grecque de l’époque hellénistique trouvée dans l’île de Samothrace. La statue d’une hauteur de 2,75 m représente la déesse Niké (la Victoire) dont la tête et les bras sont portés manquants. Elle est exposée au Musée du Louvre, en haut de l’escalier principal.

Les deux fondateurs de la marque Rolls-Royce, créée en 1904, étaient :

  • Charles Rolls (1877-1910), aristocrate et ingénieur en mécanique et en science appliquée issu du Trinity College de l’Université de Cambridge, qui se tua accidentellement à l’âge de 32 ans dans un meeting aérien au-dessus de Bournemouth
  • Henry Royce (1863-1933), mécanicien de génie

Concomitant à la disparition de ce dernier, le logo avec un double R pour symboliser l’alliance des deux fondateurs, passa du rouge au noir.

L’éléphant dressé des Bugatti Royale

La célèbre firme Bugatti fabriqua en six exemplaires l’exceptionnelle Bugatti Royale Type 41 :

  • en 1926, le châssis 41100 muni d’une carrosserie Packard torpédo, remplacée par une seconde carrosserie de type coupé fiacre dessinée par Ettore Bugatti, puis par une troisième de type berline dessinée également par Ettore Bugatti, puis par une quatrième de type coach réalisée par Weymann, puis, en 1931, par une cinquième de type coupé de ville dite coupé Napoléon dessinée par Jean Bugatti, son fils. Cette automobile est visible au Musée National de l’Automobile de Mulhouse, Collection Schlumpf.
  • en 1932, le châssis 41111 muni d’une carrosserie de type roadster dessinée par Jean Bugatti, recarrossée en coupé de ville en 1938 par Binder, achetée par le groupe Volkswagen pour une somme estimée à 20 millions de dollars en 1999. Une copie du roadster originel réalisée en 1991 est visible au Musée National de l’Automobile de Mulhouse, Collection Schlumpf.
  • en 1932, le châssis 41121 muni d’une carrosserie de type cabriolet réalisée par Weinberger, visible au Musée Henry Ford à Dearborn.
  • en 1933, le châssis 41131 muni d’une carrosserie de type limousine réalisée par Park Ward, visible au Musée National de l’Automobile de Mulhouse, Collection Schlumpf.
  • Exposé au salon de Londres de 1932, le châssis 41141 muni d’une carrosserie de type coupé réalisée par Kellner ne trouva acquéreur qu’en 1950.
  • Carrossé en berline de voyage dessinée par Ettore Bugatti, le châssis 41150 ne trouva acquéreur qu’en 1950, visible au Blackhawk Automotive Museum en Californie.

Ce fut un échec commercial. Les moteurs furent montés dans 88 autorails fabriqués de 1933 à 1939, exploités par la SNCF jusqu’en 1958.

La mascotte d’une telle voiture se devait d’être exceptionnelle. Ettore Bugatti (1881-1947) voulut rendre hommage à son frère Rembrandt Annibale Bugatti, artiste sculpteur animalier, qui s’est suicidé le 8 janvier 1916 à l’âge de 32 ans. Ettore récupéra dans l’atelier de son frère un modèle en plâtre, créé en 1903, dénommé le petit éléphant dressé qui devint le bouchon de radiateur de la Bugatti Royale.

Le succès de cette mascotte fut tel qu’elle fut demandée par les clients. Marcel Charles Benoist, dit Robert Benoist (1895-1944), aviateur pendant la Première Guerre mondiale, pilote automobile, vainqueur aux 24 Heures du Mans en 1937 avec Jean-Pierre Wimille (1908-1949) sur une Bugatti Type 57G Tank, grand résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, proposa en exclusivité – lorsqu’il était agent officiel des Automobiles Bugatti Avenue Montaigne à Paris – une mascotte dénommé l’œuf d’éléphant. Sa hauteur est généralement de 8,5 cm, mais quelques exemplaires ont une hauteur de 14 cm.

Article co-écrit par : ABSOLUTELY CARS & CARDO
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS

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