Swallow Doretti, être constructeur automobile au féminin

Parmi toutes les marques automobiles, vous présenter celle-ci nous tenait particulièrement à cœur. Les mots « Swallow Doretti » ne vous diront peut-être pas grand chose, car cette entreprise est assez méconnue du grand public, même dans le monde des collectionneurs… Pourtant ce constructeur automobile britannique des années 1950 est unique en son genre ! Fondée par l’américaine Dorothy Deen, il s’agit, à ce jour, de la seule marque créée par une « self-made-woman » éprise de mécanique et de belles carrosseries ! Passionnée d’aviation, pilote de course et femme d’affaires, elle a su, comme personne, implanter sa firme au cœur même du marché américain ! Et comme chez ABSOLUTELY CARS, nous pensons que l’automobile n’est pas qu’une affaire d’hommes, nous vous dévoilons, aujourd’hui, l’incroyable histoire de cette pionnière qui a su mettre la voiture au féminin !

De la Swallow Coachbuilding Compagny à Swallow Doretti : une histoire riche en rebondissements

Swallow : un préquel entre side-car et automobiles

Pour vous parler de Swallow Doretti, nous devons quelque peu remonter le temps, jusque dans les années 1920. En 1922, naît, au Royaume-Uni, la Swallow Coachbuilding Company, lancée par deux amis et associés, William Lyons et William Walmsley. Cette toute nouvelle usine de l’Entre-Deux-Guerres est spécialisée dans la production de deux roues et side-cars. La firme anglaise se lance dans l’automobile, à partir de 1927, via la marque Austin en travaillant sur l’Austin 7, un véhicule populaire et peu coûteux en termes de fabrication qui a grandement influencé, par la suite, l’histoire automobile. Se basant sur le châssis de l’Austin Seven et imaginant une toute nouvelle carrosserie, ils lancent, en mai 1927, l’Austin Seven Swallow. Au prix de seulement 175£, cette voiture à la carrosserie bicolore de couleurs vives dont le style imite les voitures les plus chères de l’époque, se révèle alors très populaire. Elle donnera même lieu à une version berline, l’Austin Seven Swallow Saloon.

Swallow réalisera un certain nombre de modèles, reprenant, respectivement, des châssis Standard, Swift Cars, Fiat ou encore Wolseley, jusqu’en 1934, année où William Walmsley décida de vendre ses actions. La société, SS Cars Limited, partenaire commercial de la Swallow Coachbuilding Company Limited, les acheta. Pour une question d’images, SS Cars Limited, devient, en 1945, à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, Jaguar Cars Limited. En janvier 1946, Jaguar revendit les usines « Swallow » à Eric Sanders et Tube Investments, spécialiste dans l’aéronautique. Dès lors, la marque Swallow tombera en désuétude avant d’être ressortie des placards par Dorothy Deen.

Dorothy Deen, la femme du renouveau

Dans une Amérique en pleine reconstruction, Dorothy Deen est le symbole même de la femme indépendante ! Pilote de course, elle est connue sur les circuits locaux pour conduire une MG TD, un des multiples roasters britanniques particulièrement appréciés par les américains, dans les années 1950. En effet, MG, Triumph et autre Morgan envahissent le marché outre-atlantique, suite aux retours des soldats. Ce côté « vieille Europe » séduit et le succès est au rendez-vous. Visionnaire, Dorothy Deen lance sa propre entreprise d’’accessoires automobiles avec le soutien de son père, Arthur Andersen, ingénieur et directeur d’une filiale du Groupe Tube Investments. Son nom de marque : Doretti.

Pourtant, la jeune femme voit plus grand ! Vers 1947, elle se rapprochera de Sir John Black, directeur de Standard Triumph, afin de faciliter l’importation des Triumph aux Etats-Unis, avant de convaincre Eric Sanders, directeur de Tube Investments, de relancer la marque Swallow. Si les side-cars ne sont plus en vogue, les roadsters aux allures britanniques, si ! Son idée : proposer une alternative américaine aux modèles britanniques déjà sur les routes, destinée principalement à la Californie. Le but est de s’intercaler entre la Jaguar XK120 et la Triumph TR2 tout en pouvant concurrencer l’Austin-Healey 100 ! Eric Sanders mettra l’un de ses meilleurs ingénieurs sur le projet : Franck Rainbow ! Le projet Swallow Doretti est alors lancé.

Bien que l’idée fut initiée en 1947, les études, puis la construction, ne débutèrent qu’en 1953. Eric Sanders souhaite que la voiture soit fin prête en neuf mois. Afin de concrétiser ce projet, l’usine retenue est celle de Walsall (Staffordshire), appartenant au Groupe Tube Investments. Là-bas, le châssis de la Triumph TR2 estt retravaillé afin de l’adapter aux routes américaines (stabilité améliorée, élargissement, allongement de l’empattement…). La carrosserie est, quant à elle, complètement repensée par Franck Rainbow. Le style général est d’inspiration, bien sûr, britannique avec des aspects esthétiques et visuels « made in USA ». Le résultat est de toute beauté ! Dès sa présentation officielle, en 1953, les commandes s’accumulent, car, non seulement, la voiture séduit, mais elle peut être aussi accessoirisée ! Le must du must de la personnalisation !

Une gamme composée d’un unique modèle : la Swallow Doretti MK I

La première sortie de la Swallow Doretti eut lieu à Los Angeles, au cœur de l’Hotel Ambassador, en janvier 1954. Cette présentation durera près de 6 jours ! Dorothy Deen, en personne, se chargea de la gestion, de la commercialisation (commandes, réseau de distribution…) et de la promotion du modèle sur les routes américaines. Elle utilisa également son image pour promouvoir la marque, apparaissant dans de nombreuses publicités de cette époque. Afin d’assurer les ventes, la société « Car Sales » fut spécialement créée, dirigée par Dorothy Deen, elle-même. Outre les Swallow Doretti, cette entreprise se chargea également de la vente des Triumph exportées sur la Côte Ouest.

Une promotion qui portera ses fruits : la Swallow Doretti connaît un véritable succès et le carnet de commandes se remplit à vue d’œil ! Il faut dire qu’elle reprend tous les codes du petit roadster anglais caractéristique de ces années : capot avant allongé, arrière plongeant, les ailes élargies, faible porte-à-faux… Avec son châssis tubulaire et sa carrosserie en aluminium, nous pouvons lui reconnaître des ressemblances avec certaines de ses concurrentes, notamment Jaguar et Austin Healey. Toutefois, la Swallow Doretti offre un meilleur aérodynamisme et un plus grand luxe ! En effet, lorsqu’on pénètre à l’intérieur, l’habitacle propose une planche de bord aux magnifiques finitions avec aluminium, chrome et cuir associés au bois et à la moquette.

Coté mécanique, nous retrouvons, sans surprise, le 4 cylindres en ligne 2.0 de 90ch de la Triumph TR2. Il est accouplé à une boîte de vitesse 4 rapports avec overdrive. Plus légère, les performances de la Swallow Doretti sont supérieures aux autres roadster du marché. La barre des 60MPH (ou du 0 à 96 km/h) est franchie en 12,3 secondes auquel s’ajoute une vitesse de pointe de 162km/h !

La Swallow Doretti : une hirondelle avec du plomb dans l’aile

Si la Doretti Swalllow connaît un vif succès, cela n’est pas du goût de tout le monde, notamment de celui des autres constructeurs anglais, William Lyons et Jaguar en tête. Jaguar y voit un sérieux concurrent à ces modèles commercialisés outre-atlantique. En effet, alors que l’Europe commence tout doucement à se relever de la Seconde Guerre mondiale, le marché américain et son ouverture ressemblent à la terre promise pour l’automobile britannique. Cependant, la concurrence fait rage pour régner en maître sur ce nouveau territoire et à ce jeu, c’est bien Jaguar, alors en pleine expansion, qui a le plus à perdre. Ainsi l’arrivée d’une nouvelle marque, dirigée de plus par une femme – une révolution à l’époque dans le monde très conservateur des années 1950 -, n’est pas vu du très bon œil. Et un véritable travail de sabotage sera réalisé !

William Lyons convaincra Sir John Black de se détacher de l’affaire pour mieux collaborer ensemble, Swallow Doretti perdant ainsi son équipementier en composants mécaniques. Il fit ensuite pression sur la maison mère, Tube Investments, soulignant le confit d’intérêts entre la production des Swallow Doretti et la vente d’équipements automobiles à d’autres constructeurs. Risquant de perdre l’un de ses plus grands clients, Tube Investments décide de stopper la production des Swallow Doretti au bout d’un an, malgré l’appui continu du père de Dorothy Deen. Dur… mais après tout, « business is business« …

La dernière Swallow Doretti sort de l’usine en 1955, laissant derrière elle un potentiel inexploité et une opportunité gâchée pour l’automobile. Cette marque, menée par une femme, a donné le jour à 276 voitures entre 1954 et 1955. Il faut savoir qu’une deuxième version était en préparation et que trois prototypes de la Swallow Doretti Mk II, dénommés « Sabre« , ont été fabriqués. Désormais très recherchées par les collectionneurs, ce constructeur retrouve la lumière et l’attrait qu’il mérite.

Quant à Dorothy Deen, elle commercialisa, jusqu’en 1960, des Triumph sur la Côte Ouest des Etats-Unis avant de retourner à son premier amour : l’aéronautique. Elle disparut en 2007, à l’âge de 84 ans, laissant derrière elle le souvenir d’une époque où une femme avait été constructeur automobile…

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’archives

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