Designers : Robert Opron, le designer français le plus talentueux et prolifique

Aujourd’hui, ce 22 février 2020, Robert Opron fête ses 88 ans ! Et dès que nous évoquons Robert Opron, nous pensons à l’oeuvre qu’il a réalisé chez Citroën et Renault ! Toutefois, la liste des voitures designées par Opron ne s’arrête pas qu’à ces seules marques… A l’occasion de son anniversaire, l’équipe d’ABSOLUTELY CARS vous propose de revenir sur sa carrière exceptionnelle. Né le 22 février 1932 à Amiens, son histoire commence à la Compagnie Nationale des Sucreries à Ham, dans la Somme, en tant que projeteur, à l’âge de 20 ans, suivant en parallèle des cours d’ingénieur. A 22 ans, il travaille par la Société Nationale de Constructions Aéronautiques du Nord, plus connue sous le nom de Nord Aviation. Il dessine des cockpits et des composants techniques. Il participe notamment à la création du poste de pilotage du mythique Nord-Atlas. Mais son rêve est de dessiner des voitures ! Un rêve qu’il réalisera dès 1958 en poussant les portes de Simca !

Les années Simca ou les premières armes de Robert Opron

Pour le compte du Journal de Tintin, Robert Opron dessine la voiture du futur. Il parvient à convaincre la direction de Simca d’en réaliser une maquette à l’échelle 1 désignée sous la dénomination Simca Fulgur et présentée lors du Salon de Genève de 1959. La même année, il conçoit la Simca Chambord décapotable présidentielle. Il poursuit en posant les bases d’une voiture équipée d’un hayon, elle deviendra, en 1967, la Simca 1100. En 1961, le bureau de style Simca est dissout et il est embauché par Arthur Martin pour manager une équipe de design dans de l’électroménager.

Les années Citroën : les années d’or de Robert Opron

Les débuts de Robert Opron chez Citroën

En 1962, Robert Opron entre dans la grande maison Citroën. Flaminio Bertoni, génial créateur des Citroën Traction Avant, de la Citroën 2CV, de la Citroën DS et de la Citroën Ami 6, se consacre au projet C60 et demande à Robert Opron de créer une variante Ami 6 break. Flaminio Bertoni, malgré son aura, n’est pas suivi par la Direction pour produire le projet C60 et meurt prématurément d’une hépatite foudroyante le 7 février 1964 à l’âge de 61 ans. Robert Opron a la lourde tâche de lui succéder et termina les études des camions séries N et P surnommés par la suite « Belphégor ».

Robert Opron a ensuite, comme charge, de moderniser la Citroën DS. En 1967, elle adopte les phares directionnels commandés mécaniquement, dépasse la barre symbolique des 100 000 ventes, 101 904 plus précisément. Elle renouvellera cet exploit en 1970 avec 103 633 exemplaires.

Robert Opron rajeunit également l’Ami 6 en retirant la lunette inversée, devenant ainsi la Citroën Ami 8, en 1969, qui sera fabriquée jusqu’en 1978 en 800 775 exemplaires en incluant la version 6cv Ami Super et les breaks.

La Citroën SM, reflet des années 1960

Parallèlement, Robert Opron travaille sur la Citroën SM qui adopte les phares directionnels hydrauliques et le hayon bulle. Cette voiture est présentée lors du Salon de l’Automobile de Genève en mars 1970. Le succès est au rendez-vous, puisqu’elle se vendra à plus de 12 920 exemplaires Pour la petite histoire, la Citroën SM est issue du mariage d’une plate-forme de DS 21 (la DS 23 fut présentée en 1972) et d’un V6 Maserati. De cette fusion est née cette voiture exceptionnelle, à découvrir sous toutes ses facettes et dans son intégralité à travers notre article « La Citroën SM, star derrière la caméra« , qui lui est entièrement dédié !

La Citroën GS, l’incroyable quinquagénaire toujours aussi belle

Le problème de Citroën, pendant les années soixante, est l’existence d’un trou béant entre la Citroën Ami 6/8 et la Citroën DS. La Direction en est consciente. Flaminio Bertoni travaille sur ce sujet entre 1963 et 1964 avec le projet C60. Ce premier prototype est équipé d’un 4 cylindres à plat refroidi par air de 1,1 et 1,4 litre muni de soupapes en tête et de la suspension hydropneumatique. Ce premier projet n’aboutit pas.

Citroën envisage alors le projet F. Tout d’abord, la Direction désire une voiture avec une caisse autoporteuse et un hayon. Cependant, la seule Citroën monocoque antérieure fut la Traction Avant et Citroën ne maîtrise plus cette technique. Les demandes sont également très étendues : châssis avec suspensions mécaniques et variante hydraulique, moteur à plat classique et moteur à pistons rotatifs, nouvelle méthode de soudure des panneaux de carrosserie avec le pavillon tout en évitant les gouttières, présence d’un hayon.

Bref, Citroën veut une Renault 16 qui avait déjà été présentée lors du Salon l’Automobile de Genève 1965. Les dépenses sont colossales : tout d’abord, dès 1967, dans une usine implantée à Altforweiler en Allemagne et dédiée à la fabrication des moteurs à pistons rotatifs, appartenant à Comotor, une co-entreprise issue de l’association avec NSU ; puis, dans l’usine Rennes-la-Janais qui reçoit de l’outillage commandé pour produire en série des automobiles dont leurs prototypes connaissent des problèmes de tenue à la rigidité et de torsion difficilement maîtrisables.

Finalement, le projet F est abandonné le 2 avril 1967. Sauf que l’outillage Budd est livré et payé. Le projet G est alors lancé avec un impératif : la production doit débuter dans 28 mois. L’équipe de Robert Opron est mise en concurrence avec Giorgetto Giugiaro (1938-….). Finalement, le projet de ce dernier n’est pas retenu, mais il intéressera Alfa Roméo qui donnera naissance à l’Alfa Roméeo Alfasud.

La Citroën GS est présentée lors du Salon de l’Automobile de Paris de 1970 et le succès est immédiat. Des commandes sont prises en concessions sans qu’elle soit vue, ni essayée. Certes, elle n’a pas de hayon et les gouttières sont présentes. Son 4 cylindres à plat refroidi par air rassure les possesseurs des Citroën 2CV, Citroën Dyane, Citroën Ami 6 et Citroën Ami 8. Il est néanmoins équipé de 2 arbres à cames en tête ce qui compense sa faible cylindrée originelle d’un litre. Son moteur en porte à faux permet un rayon de braquage de 4,75m et sa direction est très douce.

Sa finition intérieure est remarquable avec une console qui habille le levier de vitesses au plancher et des élégants accoudoirs. Le volant monobranche est bien présent et de faible diamètre. Le coffre est généreux et offre 465 litres, la roue de secours étant logé dans le compartiment moteur. Les poignées extérieures chromées sont intégrées dans les portières, les vitres latérales sont courbes et serties d’encadrement chromé, le Cx est de 0,32. Elle est équipée de 4 freins à disque et uniquement disponible avec la suspension hydropneumatique. Elle est la première voiture française homologuée à l’essai de choc, son tableau de bord étant rembourré. Son prix était modéré au regard de son contenu technologique et de sa finition. Elle fut fabriquée en 2 473 499 exemplaires en incluant les 576 757 GSA, sa variante restylisée.

En 1971, la Citroën GS reçoit le Trophée européen de la voiture de l’année suivie par la Volkswagen K70 étudiée par NSU, suivie par la Citroën SM.

Les Citroën M35 et GS birotor, entre prototype et réalisation

En parallèle, Robert Opron dessine un prototype qui fut vendu à 267 exemplaires de 1967 à 1971 reprenant le code stylistique de la Citroën Ami 8 en version coupé. Equipée d’un moteur à piston rotatif refroidi par eau, doté de la suspension hydropneumatique, la fameuse Citroën M35 annonciatrice de la Citroën GS birotor vendue à 846 exemplaires de 1973 à 1975, équipée d’un moteur transversal à deux pistons rotatifs refroidi par eau reconnaissable par ses élargisseurs d’ailes.

La Citroën CX, la routière haut de gamme française

La Direction désire une voiture proche de la Peugeot 504 pour succéder à la Citroën DS. L’équipe de Robert Opron s’attelle à la tâche. Des maquettes sont présentées, mais derrière un paravent est dissimulé le projet L. C’est ce projet qui est finalement retenu. Il s’agit d’une Citroën GS birotor étirée pour exploiter à la fois le moteur à pistons rotatifs et des moteurs issus de la Citroën DS, mais cette fois-ci implantés transversalement. Ainsi, la Citroën CX reçoit un compartiment moteur de faibles dimensions qui ne pourra accepter le V6 PRV. La Citroën GS a une longueur de 4,12m, une largeur comprise entre 1,61 et 1,63m, une hauteur de 1,35, un empattement de 2,55m. La Citroën CX, présentée le 28 août 1974, a une longueur de 4,66m, une largeur de 1,73m et une hauteur très proche de celle de la Citroën GS, 1,36m. Son empattement est de 2,84m. Son Cx est de 0,35.

En 1975, la Citroën CX reçoit le Trophée européen de la voiture de l’année. Elle sera fabriquée jusqu’en 1991 en 1 169 695 exemplaires. Les vitres sont extrêmement travaillées. Le pare-brise est équipé d’un unique essuie-glace. La lunette arrière est concave.

La Citroën Axel, l’ultime Citroën conçue avant le rachat par Peugeot

L’équipe de Robert Opron étudie également la remplaçante de la Citroën Ami 8 : le projet Y. Mais les coûteux projets F/G et la récession consécutive au premier choc pétrolier font perdre, à Citroën, son indépendance. En 1975, Peugeot absorbe Citroën et Robert Opron quitte Citroën pour Renault. Le projet Y est abandonné au profit de la Citroën Visa exploitant la plate-forme de la Peugeot 104, la standardisation engendrant des réductions des coûts. En 1976, le gouvernement roumain veut une marque complémentaire sur son territoire et signe un contrat de partenariat avec Citroën. Le site industriel OLTCIT implanté à Craiova commence la production du projet Y sans ses 2 portes arrière en 1981. La production cessera en 1995 avec 160 000 OLCIT ou Citroën Axel fabriquées.

Renault, le prochain chapitre de Robert Opron

Robert Opron a en charge le restyling de la Renault Alpine A310. Les 4 cylindres originelles furent fabriquées en 2 340 exemplaires réalisés de 1971 à 1976 ; les V6 en 9 276 exemplaires de 1976 à 1984.

Présentée au Salon de l’Automobile de Genève en mars 1980, le coupé Renault Fuego est équipé d’un hayon bulle. Gaston Juchet (1930-2007) avait fait quelques esquisses. Robert Opron, exploitant son expérience acquise grâce à la Citroën SM, finalise le projet.

Présentée au Salon de l’Automobile de Paris en octobre 1980, la Renault 5 Turbo éclipse toutes les autres nouveautés. Nous ne pouvons imaginer le retentissement de cette voiture équipée d’un moteur longitudinal central arrière et d’un châssis monocoque. 6 547 exemplaires furent réalisés jusqu’en 1986.

L’Agence française pour la maîtrise de l’énergie incite les constructeurs à étudier des automobiles économes en carburant, dotées de formes aérodynamiques. C’est ainsi que naissent les prototypes Renault Eve en 1980 et Renault Vesta en 1982.

Présentée en septembre 1981, la Renault Rodéo est un véhicule de loisir qui succède à la première génération introduite en 1970;

Egalement présentée en septembre 1981, équipée d’un 4 cylindres transversal et de 4 roues indépendantes, la Renault 9 obtient le Trophée européen de la voiture de l’année en 1982 et Robert Opron, son 3ème titre. Cette 4 portes compacte est complétée en 1983 par la Renault R11 disponible en 3 et 5 portes, équipée d’un hayon bulle. Le duo Renault 9/11 reste aujourd’hui le troisième modèle français le plus vendu avec 6,3 millions d’exemplaires derrière la Peugeot 206 et la Renault 4.

Commercialisée en mars 1984, la Renault 25 a un Cx de seulement 0,28. 780 976 exemplaires furent vendus jusqu’en 1992.

Robert Opron finalise la silhouette du Renault Espace qui est fabriqué en série à partir d’avril 1984. 191 694 exemplaires furent réalisés jusqu’en 1990.

Présentée fin 1984, la Renault Alpine GT V6 est une pure merveille d’esthétisme. Son Cx est de 0,28. 6 494 exemplaires furent fabriqués jusqu’en 1991.

Présentée en septembre 1984, équipée de 4 roues indépendantes et d’une caisse autoporteuse, disponible en 3 et 5 portes, la citadine Renault Supercinq connaît un beau succès commercial jusqu’en 1996 avec 3 436 650 exemplaires écoulés. Son Cx est de 0,35.

Présentée en mars 1986, équipée de 4 roues indépendantes, la Renault 21 4 portes est rapidement accompagnée par le break Nevada. En septembre 1989, est ajoutée la variante 5 portes. Son Cx pour sa version Turbo la plus affutée est de 0,31. Dessinée par Giorgetto Giugiaro, son esthétique est assouplie par Robert Opron. Son empattement est de 2,6m (2,75m pour le break Nevada), sa longueur comprise entre 4,47m et 4,65m. Elle connaît également le succès avec 2 096 311 exemplaires vendus.

Les Alfa Romeo dessinées par Robert Opron

En 1985, Bernard Hanon, PDG de Renault depuis 1981, est remplacé par Georges Besse et Robert Opron, homme épris de liberté, intègre le groupe Fiat avec le titre « Directeur du design en charge de la prospective des modèles et des méthodes« . Il laisse ainsi son poste  à Gaston Juchet, qu’il avait remplacé neuf ans plus tôt. Ses principales créations sont les Alfa Romeo SZ et Alfa Romeo RZ.

Avec ce modèle-ci, Robert Opron permet à Alfa Romeo renouer avec son passé et les coupés sportifs d’exception dotés d’une transmission dite « de propulsion ». Pour en savoir plus sur ce projet et sa concrétisation, apprenez-en plus sur l’Alfa Romeo SZ grâce cet article qui lui est entièrement dédié.

Ligier, la dernière aventure de Robert Opron

Robert Opron travaille en tant qu’indépendant de 1992 à 2001. Il dessine, entre autres, des voitures sans permis Ligier. Il s’agira de son ultime projet majeur.

Le petit mot de la fin

Le trait de crayon de Robert Opron qui demeurera, est le hayon bulle. Cette coquetterie stylistique est reprise par de nombreux constructeurs, quelques designers l’adoptent sur des carrosseries ressemblant à des monospaces, sans grand succès commercial.

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS & CARDO
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’Archives

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