Diatto : la naissance de Maserati !

La marque italienne Diatto est quelque peu tombée dans l’oubli. Elle fut créée en 1835, il y a 190 ans ! Bien entendu, elle réalisait des véhicules hippomobiles. Cependant, les vrais amateurs des Maserati la connaissent.

Dans cet article, ABSOLUTELY CARS vous invite à redécouvrir cette saga.

Les Diatto d’avant la Première Guerre mondiale

L’entreprise Diatto fut créée par Guglielmo Diatto (1804-1864) à Turin en 1835. L’activité principale fut la fabrication de roues pour les véhicules hippomobiles, de calèches, de carrosses. En 1864, Vincenzo, Giovanni, Giovanni Battista et Pietro succédèrent à leur père. Le 1er septembre 1868, l’entreprise fut renommée Fratelli Diatto et elle se développa en produisant du matériel roulant ferroviaire, des tramways, y compris à double étage. Le 23 juillet 1889, Giovanni Battista Diatto devint l’unique propriétaire de l’usine en achetant les parts sociales de ses frères et l’entreprise fut rebaptisée Societa Anonima Officine gia Fratelli Diatto. Son successeur fut son gendre, Dante Ferraris (1868-1931) qui par la suite, fut vice-président de FIAT entre 1908 et 1918. Les fils de Giovanni Battista Diatto, Vittorio et Pietro, petits-fils du fondateur, voulurent créer une branche consacrée à la réalisation d’automobiles. Ils se rapprochèrent du constructeur français Gustave Adolphe Clément (1855-1928) et en 1905, fut créée la Società Anonima Diatto – A. Clément. La production débuta en 1906 et les modèles étaient similaires à ceux de Levallois-Perret, un soin tout particulier étant porté sur les rapports des boîtes à vitesses pour franchir aisément les cols.

Le 30 juin 1909, Gustave Adolphe Clément céda ses parts sociales aux frères Diatto et la société fut rebaptisée Fonderie Officine Fréjus tout en exploitant la marque commerciale Diatto et le logo ovale avec un fond rouge. La couverture en matière de motorisations fut réduite, les 2 et 6 cylindres étant retirés. Par contre, les nouveaux modèles adoptèrent un 4 cylindres monobloc. Diatto adopta le fordisme : modèle unique en 1911 avec la Diatto 16hp, entre 1912 et 1915 avec la Diatto 18hp. Entre 1906 et 1918, 2800 Diatto furent fabriquées dont 15% sous la dénomination Diatto-Clément. Entre 1912 et 1919, furent également réalisés 860 véhicules commerciaux, notamment des camions.

Ettore Bugatti chez Diatto

En 1914, Ettore Bugatti (1881-1947) quitta l’Alsace pour se rendre à Turin. Chez Diatto, il conçut des moteurs d’avions. En 1915, il regagna Meudon, près de Paris, et poursuivit ses recherches ayant trait également, à ce type de motorisations, jusqu’à la fin du conflit. Le 23 mai 1915, après avoir négocié le pacte de Londres, l’Italie entra en guerre aux côtés de la Triple-Entente (France, Royaume-Uni, Russie). En complément des voitures et des camions, Diatto fabriqua, 5000 moteurs d’avions, principalement sous licence Gnome & Rhône, destinés aux forces aériennes italiennes, russes, françaises et britanniques. Cependant, la trésorerie de la société fut mise à mal par les paiements différés des acquéreurs des moteurs d’avions tant et si bien que la société fut obligée de vendre le 23 avril 1918, par l’entremise de Dante Ferraris, sa branche ferroviaire à FIAT qui la rebaptisa Fiat Ferroviaria. Diatto devint la Società Anonima Fonderie Officine Fréjus Automobili Diatto en 1918. L’année suivante, elle changea de nouveau de nom pour devenir Società Anonima Automobili Diatto. En 1919, fut monté un moteur d’avion de conception Ettore Bugatti dans une voiture dénommée Diatto-Bugatti Avio 8C. Ce 8 cylindres en ligne muni d’un arbre à cames en tête (32 soupapes selon de nombreuses sources), offrait une cylindrée de 14476cm³ (120×160), une puissance de 250ch à 2160tr/mn, et était accouplé à une boîte à vitesses 4 rapports.

Les Diatto de l’entre-deux-guerres

Après le conflit, Diatto relança la production de la Diatto 25hp, la puissance de son 4 cylindres SV de 2774cm³ étant portée de 25 à 30 chevaux, cette production s’arrêtant en 1922. En 1919, elle importa des châssis Bugatti rebaptisés Diatto Tipo 30. En 1921, l’usine fabriqua la Diatto 4DS, une version sportive de la Diatto 25hp.

Entre 1919 et 1922, fut également produite la Diatto Tipo 10 qui fut présentée comme une voiture plus accessible. Trois ateliers étaient alors en activité, la sezione (branche) Diatto implantée 21 et 23 Via Frejus à Turin, la sezione Carrozzeria située 55 Via Moretta à Turin, la sezione Gnome implantée à Madonna di Campagna à Turin, dédiée à la Diatto Tipo 10. Enfin, entre 1920 et 1929, fut fabriquée une voiture destinée aux ménages fortunés, dénommée Diatto 3 litri, Diatto Tipo 25 et Diatto Tipo 35 entre 1925 et 1928, Diatto Tipo 26 et Diatto Tipo 26S entre 1927 et 1929.

En 1922, apparut la plus célèbre des Diatto, la Diatto Tipo 20. La clientèle visée fut les ménages très aisés. Elle était équipée d’un 4 cylindres de 2011cm³ muni d’un arbre à cames en tête. En 1923, sa cylindrée fut ramenée à 1996cm³. Les roues avant n’étaient pas équipées de freins à tambours. La société fit faillite le 5 novembre 1923 et la production s’arrêta. Le 20 mai 1924, la Società Anonima Autocostruzioni Diatto fut créée et la fabrication reprit. La Diatto Tipo 20 fut rebaptisée Diatto Tipo 20A en adoptant les 4 freins à tambours et un empattement de 3,1m au lieu de 3m. Elle fut complétée entre 1925 et 1927, par la Diatto Tipo 30, la puissance de son 4 cylindres étant plus généreuse, son châssis ayant un empattement de 2,86m.

La gamme Diatto 20/20A/30, retirée en 1927, eut une déclinaison sportive, la Diatto 20S disponible entre 1922 et 1925, une véritable voiture de course d’un empattement de 2,5m ou 2,69m Quelques exemplaires furent habillés par des maîtres carrossiers en version de tourisme à la demande de riches propriétaires.

Les Diatto remportèrent de nombreuses compétitions depuis 1906. En 1925, elles furent engagées dans la plus noble des courses d’endurance, les 24 Heures du Mans. La Diatto Tipo 30 se classa à la 11ème place (4ème dans la catégorie de 1501 à 2000cm³). La Diatto Tipo 35 fut non classée, une autre fut contrainte à l’abandon ainsi qu’une Diatto Tipo 30. Deux voitures de courses furent remarquables par leurs motorisations, la Diatto Grand Prix compressore de 1925 et la Diatto 8 CS MM compressore de 1927, toutes les deux équipées d’un 8 cylindres en ligne de 1995cm³ muni d’un double arbre à cames en tête et d’un compresseur.

En 1929, la marque Diatto fut retirée du marché de l’automobile. 4341 voitures furent produites pendant l’entre-deux-guerres. Quelque 300 courses furent gagnées en 23 ans. Achetée en 1932 par Carlino Sassi, Diatto assura la fabrication des pièces de rechange pour ses automobiles jusqu’en 1955, tout en produisant des compresseurs, des groupes électrogènes, des marteaux-piqueurs pneumatiques.

Les frères Maserati chez Diatto

Les sept frères Maserati naquirent à Voghera dans la province de Pavie en Italie, fils de Carolina Losi et de Rodolphe Maserati : Carlo (1881-1910), Bindo (1883-1980), Alfieri (1885-1886), Alfieri (1887-1932), Mario (1890-1981), Ettore (1894-1990) et Ernesto (1898-1975). Leur père était cheminot, passionné de mécanique, conducteur du train royal du roi d’Italie ; il transmit sa passion à ses fils et les emmenait souvent dans sa locomotive. Les frères Maserati, Alfieri, Ettore et Ernesto, fondèrent le 1er décembre 1914 à Bologne, la Società Anonima Officine Alfieri Maserati. Ils livrèrent leur première voiture de compétition en 1926.

Carlo Maserati débuta sa carrière en concevant un moteur fabriqué par Michele Carcano dans son usine d’Anzano del Parco, ce monocylindre entraînait la roue arrière d’une motocyclette à l’aide d’une bande en cuir en guise de transmission. Il fut embauché comme pilote et, lorsque ladite usine ferma en 1901, il devint pilote d’essais chez FIAT jusqu’en 1903. Il rejoignit son frère Alfieri chez Isotta Fraschini, puis à partir de 1907, travailla en tant que pilote chez Bianchi. En 1908, il devint directeur de la société Junior. Il décéda de la tuberculose en 1910.

Bindo Maserati fut embauché chez Isotta Fraschini en 1910 en tant que mécanicien, puis remplaça son frère Alfieri suite à son décès chez Maserati. Suite au rachat de Maserati en 1937 par Adolfo Orsi (1888-1972), il œuvra sous sa direction pendant 10 ans avant de créer OSCA (Officine Specializzate Costruzione Automobili — Fratelli Maserati SpA) avec ses frères.

Alfieri Maserati fut embauché en 1902 chez Isotta Fraschini et gravit les échelons, ingénieur en chef à la succursale de Buenos Aires, puis à Londres. Le 1er décembre 1914 à Bologne, il créa la Società Anonima Officine Alfieri Maserati pour assister techniquement Isotta Fraschini, puis Diatto à partir de 1922. Il remporta trois victoires à Suse-Moncenisio (en 1921 et 1922 avec une Isotta Fraschini, en 1923 avec une Diatto) et deux à Aoste-Gran San Bernardo (en 1922 avec une Isotta Fraschini, en 1923 avec une Diatto).

Mario Maserati, artiste peintre, dessina l’emblème de la marque Maserati, le fameux trident.

Ettore Maserati rejoignit Carlo chez Junior en 1908, puis Bindo chez Isotta Fraschini en 1910, puis Alfieri en 1914. Il était fortement expérimenté dans le domaine commercial.

Ernesto Maserati rejoignit Alfieri en 1914, devint malgré lui, le dirigeant de la société pendant la Première Guerre mondiale du fait que ses frères s’étaient engagés dans l’armée. Sa carrière de pilote débuta en 1924, il remporta le championnat italien des pilotes en 1927 au volant de la Maserati Tipo 26, puis en 1930 au volant de la Tipo 8C-2500.

Alfieri Maserati bénéficia d’une opportunité. Le marquis Diego de Sterlich (1898-1976), ancien pilote Diatto, lui apporta son soutien financier et lui acquit, auprès des frères Diatto qui se désengageaient progressivement de la compétition entre 1926 et 1927, l’intégralité des équipements dédiés à la compétition, des châssis, des moteurs, des boîtes à vitesses.

Alfieri Maserati put envisager la construction des voitures Maserati dès 1926. Une nouvelle aventure se dessinait sans pour cela envisager la production de voitures de tourisme. Cependant, dans la gamme Maserati 4CS/4CM disponible entre 1932 et 1938, une voiture fut proposée en version biplace, la Maserati 4CS-1100. La monoplace Maserati 4CM-1500 reprenait un bloc moteur similaire à celui de la Diatto Tipo 30. En effet, la course était de 100mm. L’alésage était réduit à 69mm. Cependant, ce moteur était équipé d’un double arbre à cames en tête et d’un compresseur Roots.

La séduisante Maserati 4CS-1500 de la collection Rosso Bianco (musée situé à Aschaffenburg en Allemagne) était une Maserati 4CS-1100 de 1934 (livrée à l’écurie Subalpina en mars 1935) d’un empattement de 2,7m, munie d’une boîte à vitesses 4 rapports, d’une carrosserie en aluminium. Le 4 cylindres de 1496cm³ de la Maserati 4CM-1500 développant 115ch à 5000tr/mn, fut monté par la suite, tout comme l’assistance hydraulique au freinage et un train avant à suspension indépendante. Elle fut recarrossée en 1940 ce qui la rendit unique, sa vitesse maximale étant de 170km/h.

Diatto, le revival

En mars 2007 lors de Salon de l’automobile de Genève, la surprise fut grande en découvrant le coupé Diatto GT Ottovù Zagato. La marque était tombée dans l’oubli et seuls, les passionnés de Maserati la connaissaient. L’absence du double bosselage sur le pavillon, signature de Zagato, était déconcertante. Le volume de production envisagé fut de 99 exemplaires, seulement deux furent réalisés. Son V8 Ford-Roush de 4601cm³ muni de deux double arbres à cames en tête, de 32 soupapes, d’un compresseur, délivrait 530 chevaux (690Nm) et était accouplé à une boîte à vitesses manuelle 6 rapports (boîte à vitesses automatique 4 rapports disponible). Son empattement était de 2,66m ; sa carrosserie, en aluminium. Sa vitesse maximale était de 300km/h, le 0 à 100km/h étant franchi en 4 secondes. Les acquéreurs n’étaient malheureusement pas au rendez-vous.

Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’Archives


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