Focus sur : Cizeta V16T et hommage au grand Marcello Gandini

Peu de constructeurs fabriquèrent en série des voitures équipées d’un V16, Cadillac, Marmon, Cizeta, Bugatti si nous acceptons le W16, 4 sur 4000, 0,1%. ABSOLUTELY CARS vous invite à redécouvrir la Cizeta V16T (T pour transversal) et rend hommage à Marcello Gandini qui nous a quitté le 13 mars 2024, le maître du Wedge Design.

Claudio Zampolli, le créateur de la Cizeta V16T, était-il un doux rêveur ?

Claudio Zampolli (1939-2021) fut embauché chez Lamborghini à l’âge de 25 ans et participa au développement technique de la Lamborghini Miura et Countach. En 1973, il débarqua aux Etats-Unis pour réorganiser le réseau commercial. Une fois sa mission terminée, il s’installa sur Wilshire Boulevard à Los Angeles pour vendre et entretenir des bolides italiens. Il se lia d’amitié avec l’auteur-compositeur Giorgio Moroder (1940-….) qui réalisa des musiques de films (Midnigh Express, American Gigolo, Flashdance, Scarface, Top Gun par exemple) et qui collabora avec de nombreux artistes (Barbra Streisand, Blondie, Bonnie Tyler, Cher, Donna Summer, Elton John, Queen…). Claudio Zampolli lui fit part de sa volonté de produire en petite série une voiture exceptionnelle. En 1984, la société Cizeta-Moroder fut fondée et Giorgio Moroder la finança totalement en remettant 50% des parts sociales à son associé contre son expertise technique.

Claudio Zampolli disposait d’un capital relationnel fort important. Il recruta de nombreux employés chez Lamborghini : Oliviero Pedrazzi comme ingénieur en chef, Achille Bevini et Ianose Bronzatti pour le châssis et les suspensions, Giancarlo Guerra pour l’assemblage de la carrosserie et Marcello Gandini pour le design. Ce dernier apporta les dessins de la future Lamborghini Diablo qui fut adoucie par Tom Gal, à la demande du nouveau propriétaire de la marque de la marque de Sant’Agata Bolognese, Chrysler. Claudio Zampolli retint la face avant avec ses 4 phares escamotables et le couvercle de coffre s’ouvrant vers l’arrière. Il demanda le retrait des portes « coléoptère », signature de Lamborghini, et la modification de la partie arrière pour recevoir un V16 transversal central arrière. Il désirait une voiture plus démonstrative que la Lamborghini Miura équipée d’un V12 transversal central arrière. Sur un empattement de 2,69m, les longueur, largeur et hauteur obtenues étaient respectivement de 4,44m, 2,06m et 1,12m. Le châssis était tubulaire en acier et la carrosserie en aluminium.

La difficulté majeure fut la mise au point et la fabrication du V16 atmosphérique. Les parties mécaniques et mobiles retenues furent celles de la Lamborghini Urraco P300 : alésage de 86mm et course de 64,5mm, présence de 4 doubles arbres à cames en tête. La cylindrée était de ce fait de 5995cm³ ; l’angle du V16, de 90°. L’alimentation fut confiée à 2 injections Bosch K-Jetronic personnalisées. Deux vilebrequins étaient présents. Tout laissait croire qu’il s’agissait de deux V8 accolés. Cependant le bloc moteur était coulé en une seule pièce. L’entraînement des 64 soupapes se faisait par le milieu et non sur les côtés. Les deux vilebrequins délivraient leur puissance au travers d’une boîte à vitesses manuelle 5 rapports ZF S5-42 implantée longitudinalement. Une vraie horlogerie ! Les freins à disques ventilés étaient fournis par Brembo, les amortisseurs par Koni, les roues par O.Z. et les pneus par Pirelli (245/40-ZR17 à l’avant et 335/35-ZR17 à l’arrière). Le 5 décembre 1988 au Century Plaza Hotel de Los Angeles, fut présentée la Cizeta-Moroder V16T.

La Cizeta V16T, du rêve à la réalité

La Cizeta-Moroder V16T fut ensuite exposée au Salon de Los Angeles, puis au Salon de Genève en mars 1989. La presse spécialisée s’enthousiasma et elle fit la Une de nombreux journaux ; le public, un peu moins. Stricte 2 places, son spectaculaire capot moteur s’ouvrait vers l’arrière. Cependant, l’ABS et la direction assistée était absents, la climatisation étant néanmoins montée en série. C’était une supercar, peut-être la première depuis la Seconde Guerre mondiale. Fabriquée à Modène en Italie, elle ne fut pas homologuée pour le marché prometteur nord-américain car elle ne respectait pas les normes anti-pollution. Giorgio Moroder se désespéra et retira ses billes, partit avec le coupé blanc en guise de compensation. Le châssis 001 fut mis en vente le 27 janvier 2022 en Arizona, RM Sotheby’s en obtint 1 363 500 $.

La Cizeta-Moroder V16T devint Cizeta V16T. Son prix évolua très rapidement, l’équivalent de 3 Lamborghini Diablo ou de 4 Ferrari Testarossa. L’usine de Modène fabriqua 11 unités complémentaires. En 1994, l’entreprise fut déclarée en faillite. Claudio Zampolli rapatria l’outillage et les pièces détachées à Los Angeles en 1995. Un coupé supplémentaire fut assemblé en 1999, le 14ème exemplaire fut construit pour un client japonais en 2003 sous la dénomination Cizeta Fenice TTJ Spyder.

Article co-écrit par : ABSOLUTELY CARS & CARDO
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’Archives


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