Les Taxis de la Marne, les héros de la Première Guerre mondiale

Le 11 novembre est le jour anniversaire de l’Armistice qui marque la fin de la Première Guerre mondiale. Les Commémorations de la Victoire et de la Paix rendent notamment hommage à tous les hommes qui ont sacrifié leur vie pour leur patrie. A l’occasion de ce moment spécial, ABSOLUTELY CARS vous propose de repartir sur les traces des « Poilus » et des véhicules qui les ont accompagnés. Si les automobiles ont joué un rôle indéniable durant la Première Guerre Mondiale, les plus célèbres d’entre elles sont les Taxis de la Marne. Découvrez ce chapitre unique de la Grande Guerre ou quand les Renault Type AG ont sauvé la France !

La Renault type AG et l’émergence des taxis

A la fin du XIXème siècle jusqu’au début du XXème siècle, de nombreuses grandes villes, comme Paris, Londres ou New York, se modernisèrent sous fond de révolution industrielle. Le domaine des transports fut fortement impacté. Ce fut donc dans ce contexte d’innovations constantes que la voiture apparut. Très vite, les grandes cités motivèrent des entreprises à investir dans des taxis motorisés, dans un monde encore gouverné par le cheval.

En 1905, la société naissante Renault Frère répondit à un appel d’offre de la Compagnie Française des Automobiles de Place. La stratégie visait à supplanter les hippomobiles en proposant « une voiture automobile étudiée, dans l’ensemble de ses dispositions, de façon à permettre de démonter très facilement et très rapidement les principaux organes du châssis » pour être facilement utilisable et réparable. La promotion de ce nouveau modèle motorisé fit même les gros titres ! Ce véhicule n’est d’autre la Renault type AG. Très vite, le succès fut au rendez-vous !

Il faut dire que la Renault type AG avait toutes les cartes en main pour être un véritable succès commercial ! Elle est équipée d’une plateforme tôle emboutie (châssis-moteur) et une carrosserie carrée. Comme il était d’usage à l’époque, Renault commercialisait séparément le moteur-châssis d’une valeur de 5 700 francs et la carrosserie. La marque de Louis Renault fit une exception pour les taxis en leur proposant la fameuse carrosserie « fiacre -landaulet ». Elle est dotée de deux lanternes avants, d’un capot type alligator (à cause du radiateur qui se situait derrière le moteur) et d’une roue de secours latérale fixée via des papillons. Le résultat offrait un gabarit de 3.70m de long, 1.60m de large et 2.20m de haut.

Accessible par des strapontins se situant de chaque côté du véhicule, l’habitacle de la Renault type AG est divisé en deux parties : une pour le client et une pour le chauffeur. La première est recouverte d’une capote de type « landaulet » qui pouvait s’ouvrir et se fermer à la manière des fiacres hippomobiles. Il y a une fenêtre de chaque côté et deux autres grillagées à l’avant. A l’intérieur, confortablement installé sur sa banquette, le client y retrouve un taximètre simpliste 3 tarifs (selon la cylindrée), clairement visible du client qui peut y lire le prix de sa course et le nombre de pannes qu’a connu le taxi ! La deuxième, sous un auvent repliable de type « Capucine », se trouve la banquette conducteur, face à un volant à droite (pour une meilleure visibilité) associé à un levier de vitesse en ligne et à un pédalier à trois pédales.

Sous le capot, se loge un deux cylindres en ligne verticaux de 1063cm3 développant 8ch. Il est accouplé à une boîte 3 rapports qui atteint les 8km/h en 1ère et les 35km/h en 3ème. Le comportement passe par une suspension arrière à lames longitudinales (+ 2 ressorts).

Fort de cette magnifique automobile, la marque de Louis Renault gagna l’appel d’offre et livra 250 exemplaires aux tous nouveaux taxis G7 dès 1905. Convaincu par leur très grand fiabilité, par leur facilité d’entretien, par leur robustesse et par leur consommation modérée grâce à sa petite motorisation et leur réservoir de 35 litres, la G7 commanda derechef 1000 Renault Type AG en 1906. Dès 1907, le petit taxi francilien connut une renommée internationale : Renault reçut la commande de 1100 véhicules pour Londres et Berlin ! Ces exemplaires, très similaires de l’extérieur, ont vu leur cylindrée augmentée à 1.205cm3, pour une vitesse maximum de 40 km/h. En 1908, les compagnies de taxis se développent et une nouvelle vague de 1500 Renault envahie les rues parisiennes. Toutes les compagnies les plus notables s’en dotent dont les G2, G3 (vert) et G7 (noir et rouge), faisant de Renault le leader du marché des taxis. Jusqu’en 1909, près de 2660 exemplaires sont produits dont plus de 1000 pour Paris, en version Renault Type AG-A, AG-B et AG-1. En 1909, cette voiture passe à 9ch. Elle continue à s’exporter à l’étranger, notamment Outre-Atlantique (Etats-Unis, Argentine,…), en Russie et au Royaume-Uni avec comme ambassadeur Winston Churchill !

En 1914, à la veille de la Première Guerre mondiale, une majeure partie des 10 000 taxis de la Capitale sont des Renault (près des 3/4 selon certaines sources) ! Il faut savoir que la Renault Type AG est le véritable porte-étendard de la marque et va contribuer à son succès avec environ 4000 unités construites tous les ans ! Hélas, la Grande Guerre qui allait la faire rentrer dans l’histoire, sonne aussi son glas, les quelques derniers châssis étant vendus jusqu’en 1917. Au total, elle fut commercialisée à 11 700 exemplaires dont 7700 en version taxis (dont 4312 rien que pour les G7) !

Les taxis de la Marne, une épopée durant la Grande Guerre

Les Renault Type AG rentrèrent dans l’histoire en septembre 1914. En effet, Paris est menacé au nord-est par les troupes allemandes qui sont à 40 km de la capitale. L’Etat major français doit absolument mettre en place un plan afin de protéger la capitale et ce, rapidement. Une offensive dans la Marne est envisagée pour arrêter l’ennemi, mais pour cela, il faut des troupes fraîches. Si la première idée fut d’utiliser les trains pour le transport des troupes, elle fut abandonnée. En effet, le front était mal desservi par le réseau ferroviaire et un déraillement bloquerait tout acheminement. Le Général Gallieni décida de réquisitionner les taxis de Paris qui avaient déjà participé à la guerre soit en déplaçant les archives nationales du Ministère de la Guerre, soit en ravitaillant les camps retranchés de Paris sous l’ordre de l’Intendant Général Burguet.

Le 06 et le 07 septembre 1914, entre 1100 et 1300 taxis parisiens (les chiffres variant selon les sources) et quelques cars pouvant transporter 20 à 30 soldats sont réquisitionnés. Ils amèneront sur le front les fantassins de la 14ème brigade de la 7ème division d’infanterie du Général Edgard de Trentinian, soit entre 3000 et 6000 hommes (les chiffes variant selon les sources). Le coup d’envoi se fait dans la nuit du 6 septembre, aux Invalides, où un premier convoi de 350 véhicules part à 22h, avant qu’un seconde convoi de 250 emprunte la même voie à 23h. Ils prendront la direction Tremblay-lès-Goness, puis de Ménil Amelot, de Sevran, de Gagny, de Dammartin-en-Goêle,de Plessis-Belleville, de Silly-le-Long avant d’arriver à Meaux vers 2h du matin,… Le 7 septembre, plus de 700 taxis sont derechef réquisitionnés par l’armée pour un nouveau convoi qui arrivera le 8 septembre sur le front. Ainsi, le transport des troupes se fait 24/24h, de jour comme de nuit, chaque véhicule transportant environ 5 soldats et ce durant plus de 36h ! La majorité des automobiles utilisées sont des Renault type AG1 « Landaulet » issues de la G7 qui roulèrent sur les routes non goudronnées à une vitesse moyenne de 25 km/h ! Ces fameux taxis, qui prendront par la suite le nom de « Taxis de la Marne« , retourneront par la suite à Paris où ils seront payés par l’Etat français d’après les indications portées au compteur et selon le tarif correspondant à un quart d’un trajet de banlieue parisienne, soit jusqu’à 130 francs/taxis – une somme pour l’époque ! Bref, une course comme une autre !

Face à ce déploiement logistique, nous pouvons nous demande si l’opération des Taxis de la Marne a été déterminante pour la Grande Guerre ? Sans doute pas, quand on sait que la Bataille de la Marne a réuni 1 082 000 d’hommes, aussi bien français que britanniques, entre le 5 septembre et le 12 septembre 1914, face à 900 000 Allemands. Mais cette mobilisation marque les esprits par son côté inédit et son ampleur. Elle donna lieu à une forte légende populaire et les Renault Type AG devinrent le symbole de la détermination française, de l’unité et de solidarité nationale face à l’ennemi. Plus encore, les taxis de la Marne ouvrent en grands les portes de la modernité, prémisses que les mécaniques joueront un rôle important dans le dénouement de la Grande Guerre. 

Aujourd’hui, les Taxis de la Marne se font rare, beaucoup de Renault type AG ayant été démontés après la guerre ou mis au rebus. Deux Taxis de la Marne ont été offerts en 1922 au Musée de l’Armée, à l’Hôtel des Invalides à Paris. Un autre se trouve depuis 2011 au Musée de la Grande Guerre à Meaux. Un autre encore se situe au Musée des Automobiles de Reims.

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’archives

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