Interview automobile : La Mercedes-Benz 280 SLC C107, l’élégance et le haut de gamme

Si les années 1960 chez Mercedes-Benz étaient plus synonyme de cruising que de sportivité, la marque à l’étoile va changer la donne dans les années 1970. Pour se faire, elle fut créée, en 1971, la Mercedes-Benz SLC, en remplacement de sa célèbre Mercedes-Benz W111. Dotée d’un tout nouveau design signé par Joseph Gallitzendörfer et Friedrich Geiger, ce tout nouveau modèle sera décliné en roadster, avec la Mercedes-Benz SLC R107, seule décapotable de Mercedes dans les années 1970… mais pas que ! En effet, la belle a été également proposée avec un toit fixe : la Mercedes-Benz SLC C107. Méconnue du grand public, les fins connaisseurs de la marque diront qu’elle fait partie des plus grands coupés haut de gamme de Mercedes-Benz ! Et quoi de mieux que de la découvrir à travers le regard de celui qui la connaît : son propriétaire ? ABSOLUTELY CARS est allé à la rencontre de l’un d’entre eux qui nous a parlé avec passion d’une belle Mercedes-Benz 280 SLC C107 de 1971.

La Mercedes-Benz SLC C107, le coupé qui incarne un virage stylistique chez Mercedes-Benz

Le début des années 1970 est révolutionnaire chez Mercedes-Benz. La marque se renouvelle en proposant tout nouveau style qu’elle décline sur l’ensemble de ses modèles. Ainsi chez les coupés de la marque à l’étoile, souffle un nouveau vent de fraicheur incarné par la Mercedes-Benz 350 SL (Sport Leicht), la Mercedes-Benz 350 SLC, la Mercedes-Benz SLC R107 ou encore la Mercedes-Benz SLC C107. Parmi elles, la Mercedes-Benz SLC a la dure tâche de succéder aux statutaires Mercedes-Benz W111/112 (280 et 300). Pour se faire, Le parti-pris de Mercedes est d’offrir une voiture sportive haut de gamme s’éloignant du concept de berlines de luxe tout en gardant la signature de cette série. Si le roadster à deux places équipé soit d’une capote souple, soit d’un hard top, a facilement relevé le défi, le destin décide d’être plus rude avec sa version coupé.

En effet, la Mercedes-Benz SLC C107 est bien différente de ses devancières. Et cela commence par ses dimensions : mesurant 4,75m de long pour un empattement de 2,82m, elle est plus courte de 15 centimètres que la Mercedes-Benz W111 ! Plus courte, mais pas plus petite : la Mercedes-Benz SLC C107 offre une meilleure habitabilité avec deux vrais places arrières, un de ses atouts qui saura séduire comme il se doit ses futurs propriétaires ! Officiellement présentée en 1971 lors du Salon automobile de Paris, la commercialisation de la Mercedes-Benz SLC débute en avril 1971. Si cette dernière ne fait pas l’unanimité en Europe, car le nouveau style de Mercedes-Benz est jugé trop rectiligne, c’est plus de 230 000 Mercedes-Benz SLC R107 qui sont commercialisés, principalement aux Etats-Unis ! Un record pour une voiture, onéreuse pour son époque, signé par Mercedes-Benz ! Mais quid de sa version coupé ? Ne bénéficiant pas de la déclinaison « cheveux aux vents », elle fut quelque peu boudée malgré sa promesse de quatre vraies places et d’un coffre de 300 litres ! Son prix, soit 15% plus cher que sa version cabriolet, sera un de ses principaux freins à l’achat. De ce fait, seulement 63 000 exemplaires seront commercialisés durant ses 10 ans de règne. Pourtant, les années lui confèrent maintenant un statut d’ambassadrice compte tenu de de sa conception innovante symbolisée par l’absence de montant central ! . Elle s’illustra également sur les pistes mêlant tous les revêtements : bitume, graviers, boue… en montant sur la plus haute marche lors des étapes de rallye en Côte d’Ivoire en 1979 et 1980 ! Il faut dire que Mercedes fit tout pour la rendre désirable en changeant régulièrement de motorisation.

Jusqu’en 1977, la Mercedes-Benz SLC C107 est dotée d’un 6 cylindres en ligne de 2,8L à injection développant 177ch à 185ch. Les voitures équipées d’un tel moteur prirent le nom de Mercedes-Benz 280 SLC C107. Avec l’arrivée de la Mercedes-Benz 450 SLC 5.0., en 1977, la Mercedes-Benz SLC C107 est équipée du moteur V8 allant de 195ch à 240ch qui se décline en trois versions de la Mercedes-Benz SLC en ce qui concerne les modèles « européens ». En effet, comme beaucoup de Mercedes-Benz, les Mercedes-Benz SLC « R107″ et C107 » furent principalement exportées outre-Atlantique et se sont soumises aux différentes normes américaines plus strictes. Dès 1972, les modèles américains arboraient déjà un V8 de 4,5L accouplé à une boîte 3 rapports, offrant un nombre de chevaux entre 155 et 190 selon les modèles, le type de compression et d’injection. A noter que le modèle qui nous intéresse aujourd’hui, à savoir la Mercedes-Benz 280 SLC C107 fut uniquement commercialisée en Europe, jusqu’en 1981, en même temps que la version SLC, la SL continuant à être commercialisée jusqu’en 1989.

Caractéristiques –
Version Européenne
280350/380450500
Moteur6 cylindres V8 V8 V8
Puissance177-185ch195-218ch217-240ch240ch
Cylindrée2645cm33499-3818 cm34520-5025 cm34973 cm3
TransmissionPropulsion Propulsion Propulsion Propulsion
Boite de vitessemanuelle 4/5 rapports
Automatique 4 rapports
manuelle 4 rapports
Automatique 3 rapports
Automatique 3/4 rapports Automatique 3/4 rapports
Poids1515 kg1720kg 1720 kg 1800 kg
Caractéristiques –
Version USA
380450
MoteurV8 V8
Puissance151ch160-190ch
Cylindrée3839 cm34520 cm3
Transmission Propulsion Propulsion
Boite de vitesseAutomatique 4 rapports Automatique 4 rapports
Poids 1720 kg 1720 kg

Parole de collectionneur : « La Mercedes-Benz 280 SLC C107, une voiture bien équilibrée, confortable et innovante »

La voiture de ce jour est une magnifique Mercedes-Benz 280 SLC C107. Quelles sont les raisons qui ont motivé votre choix : acheter cette Mercedes SLC ?

Tout d’abord, j’ai influencé mon père concernant l’achat de ce véhicule et en tant que passionné de voiture, ce modèle m’a vraiment marqué. Il est sorti en 1971 et était proposé à un tarif exorbitant (La Mercedes-Benz 280 SLC C107 était vendue plus cher qu’une Porsche 911 de la même époque, ndlr). L’opportunité s’est présentée grâce à un ami de mon père qui souhaitait vendre sa Mercedes coupé. J’ai fait pression sur lui pour qu’il appelle le vendeur et vérifier que le modèle soit bien une Mercedes-Benz SLC. Ils ont réussi à s’entendre sur un prix de 132 000frs, en 1989. Cela fait donc 31 ans que cette Mercedes fait partie de la famille. Je l’ai conduite avec modération et quelque fois en cachette (sourires). Cependant, elle prend de la place et nous avons décidé de la déplacer dans un box « sain », à proximité de la maison et elle est restée statique pendant une quinzaine d’années. Il appartenait à une vielle dame placé dans un établissement spécialisé et les héritiers ayant pris la décision de vendre ont validé la cession du garage. Elle est totalement associée à mon enfance. Il ne reste plus qu’à lui donner un nom. Une amie l’a surnommée Pénélope. (rires) A voir…

Remettre en route une voiture qui n’a pas roulé depuis quinze ans est une opération périlleuse. Comment s’est organisé la remise en route de cette Mercedes-Benz SLC ?

Pour la restauration de la voiture, nous sommes passés par une entreprise allemande spécialisée dans les Mercedes-Benz des années 1900 à 1980. La filiale française, située à Forge-les-Bains, dans l’Essonne, a donc accueilli cette voiture. L’ouverture du box a été très émouvante, malgré la poussière, les pneus à plat et certains points mécaniques. Aucune trace d’huile n’était à noter. Le restaurateur m’a affirmé le parfait état de conservation du véhicule et la possibilité de la refaire rouler. Partie sur plateau, la voiture a été restaurée en juin 2019. Beaucoup d’éléments ont été refaits à l’originel : échappement, vidanges, durites, démarreur. Quasiment tout a été mis à jour. J’ai eu le plaisir de la retrouver après un mois de travaux et de reprendre le volant pour la montrer à mon père. Pour cela, il faut attendre le mois de novembre et la côte d’Azur. Aujourd’hui, elle dépasse les 200 000kms au compteur, sachant qu’elle est considérée en rodage. Il est nécessaire que les nouvelles pièces, la boîte de vitesse automatique 4 rapports s’acclimatent et que la consommation revienne à la normale. Aujourd’hui, le rapport d’expert et le restaurateur m’assurent que la structure est saine et que la mécanique sans fuite. Cela passe par un entretien régulier depuis 43 ans !

Comment pouvons-nous qualifier cette Mercedes-Benz 280 SLC C107 ?

Ce qui caractérise cette Mercedes-Benz SLC (Sport Leicht Coupe) tient plus du cruising que de la sportivité. Le moteur offre beaucoup de couple, mais ne permet pas de grandes accélérations. Le modèle présenté est le plus petit de la gamme : un 6 cylindres en ligne 2.8 de 185ch. On n’a pas la puissance des 4.5 ou 5.0. Le poids aussi reste élevé, mais dispose d’une facilité de conduite agréable et d’un freinage au dessus de la moyenne de l’époque. Elle correspond à une voiture bien équilibrée, confortable et innovante via une boite automatique 4 rapports rétrogradant lors d’accélérations franches. Ce modèle en particulier offre une configuration extérieur/intérieur spécial, vert amande pour la carrosserie et marron chocolat pour l’habitacle. On comprend pourquoi le tarif était si excessif ! C’est une autre époque, un autre univers : frein à main à pédale,… Il faut surtout anticiper le freinage sur route mouillé. Moins d’1/3 a trouvé preneur en version SLC, ce qui la rend plutôt rare et malheureusement sous-cotée. Son châssis long et la présence d’une banquette arrière la différencient.

Que représente, pour vous, la marque Mercedes-Benz ?

Il se trouve que j’ai un intérêt particulier pour le luxe et l’artisanat. Pour résumer Mercedes-Benz, il s’agit d’une marque luxueuse, non ostentatoire, innovante techniquement et technologiquement. On note immédiatement la qualité et la durabilité des matériaux, sans oublier, la fiabilité mécanique et un design vintage ! On sort des lignes « banalisées », des concepts toujours plus puissants… On sent l’héritage d’une marque avec une philosophie de perfection tout en se différenciant des autres constructeurs (Bentley, Porsche,…). On a l’impression d’être quelqu’un d’autre !

Quelles sont les qualités et les défauts de cette Mercedes-Benz SLC ?

Beauté, confort et fiabilité ! Le gabarit est à la hauteur de la marque : imposant malgré sa déclinaison coupé. Le moteur reste assez bruyant avec 4000 tour/min à 120km/h, comparé aux modernes actuelles. La consommation est quand même importante, notamment en ville. Elle demande une attention de tous les instants. En parallèle, on peut faire réaliser des frais de carrosseries ou mécaniques importants si des problèmes majeurs arrivent !

Quel usage faites-vous de cette voiture ? Est-ce plutôt une voiture du quotidien ou une voiture pour les petits plaisirs du week-end ?

Je l’utilise lors de balades le week-end, ainsi que pour me rendre sur des rassemblements amateurs ou passionnés de ce type de véhicule. J’espère la conserve le plus longtemps possible, même de ne jamais la vendre. Si je dois changer, je reprendrai le même modèle, mais pas de Mercedes-Benz SL classique ou Porsche 911 !

Quelles réactions suscitent cette Mercedes-Benz 280 SLC C107 ? Crée-t-elle une engouement à son passage ?

Je retrouve une sympathie communicative, car elle fait autant sourire qu’une populaire type Citroën 2CV. Elle ne fait pas l’objet de remarques comme « voitures de riche ». L’accueil réserve est similaire à celui des « british cars », sachant que la catégorie à laquelle cette Mercedes-Benz 280 SLC C107 appartient est plus luxueuse. Les personnes qui la croisent, ne voient pas forcément la différence avec une Mercedes-Benz SLC R107 « classique ». Il faut se référer aux années de production, sachant que la SLC cède sa place en 1981 à la version SEC. Certains me disent qu’ils ne la connaissaient pas en coupé, tandis que d’autres sont très contents d’en (re)voir. Dans ses premières années de carrière, on pouvait en voir sur la Côte d’Azur à chaque coin de rue. Maintenant, cela permet de faire renaître une partie de l’histoire. Cette version SLC peut susciter plus d’attraction que la SL « originelle » !

Quels conseils pouvons-nous à donner lors de l’achat d’une Mercedes-Benz SLC C107 ?

Il ne faut pas se précipiter si on en voit une. Il est nécessaire de la voir physiquement et en détails, voire même prendre rendez-vous avec un expert pour certifier l’authenticité du véhicule. Ces exemplaires souffrent de la rouille, des chromes qui ternissent et de quelques fuites mécaniques. Au niveau de l’habitacle, la sellerie velours est susceptible de se déchirer à l’usage et toujours au même endroit. Elle dispose d’une côte estimée aux environ de 15 000/30 000€. Au delà, c’est exagéré sauf pour des finitions rares.

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS

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