Saga Shooting Brake : Bentley

Les premiers shooting brake ont vu le jour au Royaume-Uni, dans les années 1920/1930 et ce, auprès de plusieurs marques dont la plus connue est Bentley ! A cette époque, la majorité des exemplaires transformés en « station wagon » le sont par l’impulsion de clients qui passent ainsi commande auprès des grands carrossiers de l’époque à l’instar d’Hooper, de Mulliner, de Park Ward, de Saoutchik ou encore de Vanden Plas. Les coupés deviennent donc des breaks de chasse, tout en préservant la sportivité des modèles ainsi modifiés. Le travail artisanal réalisé dessus en fait des exemplaires uniques désormais recherchés par les collectionneurs. Effet de mode d’une époque, tendance d’une autre, type de voitures assumé aujourd’hui, ABSOLUTELY CARS revient sur les plus beaux shooting brake Bentley à l’occasion du quatrième volet de cette saga consacrée aux « shooting brake » !

La Bentley 3 Litre Shooting Brake de 1925 ou l’histoire du premier shooting brake Bentley

Fondée en 1919 par Walter Owen Bentley, Bentley commence son incroyable aventure avec la Bentley 3 Litre. En parallèle, le constructeur britannique règne en maître sur les circuits avec la Bentley 3 litre Sport, victorieuse aux 24 Heures du Mans en 1924 et en 1927. Ainsi, cette marque automobile devient rapidement célèbre. A cette époque, Bentley vend ses châssis-moteur-boîte à vitesse séparément de la carrosserie, laissant au client le choix de faire carrosser sa voiture soit chez eux, soit chez un artisan spécialisé. Cela donne donc la liberté à certaines personnes de créer leur propre véhicule en version « shooting brake » à l’image de cette Bentley 3 Litre Shooting Brake de 1925. Elle opte pour un châssis long standard avec la boîte de vitesses de type A. Sa carrosserie « allweather » avec structure et panneaux en bois est signée James Young. En 1927, elle change de boîte de vitesse de type B. Produite à un seul exemplaire, elle connaîtra plusieurs processus de restauration avant d’être adjugée pour 124 700£ (150 652€) par Bonhams, en 2011.

Les Bentley shooting brake de l’ère Rolls-Royce

La Bentley 3 ½ Litre Shooting Brake Jones Bros de 1935

Victime des effets du krach économique de 1929, Bentley connaît un grand changement au début des années 1930 en passant sous le giron de Rolls-Royce. Elle sort alors Bentley 3 1/2 Litre dite « Derby Bentley ». Grâce à ce savant équilibre entre sport et luxe, les riches clients britanniques lui restent fidèles et n’hésitent pas à faire appel à des carrossiers qui répondent à leur moindre exigence. Cette Bentley 3 1/2 Litre Shooting Brake est née dans ce contexte. Construite en 1935, elle était à l’origine carrossée en coupé deux portes par Hooper avant d’être transformée en shooting brake par Jones Brothers, en 1937. Le résultat final donne un véhicule 5 portes dont la carrosserie arbore une structure arrière en bois dite « woody ». Quant à la mécanique, le capot abrite un 6 cylindres semi-culbutée issue de la Rolls-Royce 20/25HP d’une puissance de 110ch grâce au double carburateurs SU pour une vitesse maximum de 145km/h. En 2013, elle a été vendue par Bonhams pour 74 300£ (90 183€).

La Bentley 4 ¼ Litre Woodie Shooting Brake de 1937

Avec la Bentley 4 ¼ litre, les Bentley gagnèrent en puissance tout en gardant le même châssis et la même motorisation tout en bénéficiant d’innovations inédites, faisant d’elle l’une des voitures de tourisme d’avant-guerre les plus agréables. Elle est également moins lourde que sa devancière, la Bentley 3 1/2 litre pour compenser l’augmentation de poids des carrosseries créées par les carrossiers afin de garder une certaine sportivité. Parmi ces créations, nous trouvons la Bentley 4 ¼ Litre « Woodie » Shooting Brake. A l’origine, c’était un coupé de type tourer, c’est-à-dire sans toit fixe, signé Vanden Plas. Elle a été recarrossée en 1949/1950 en shooting brake par William Vincent Ltd. La structure opte pour un arrière en bois ainsi qu’un habitacle full cuir et boiseries. Vendue une première fois à la vente aux enchères de Pebble Beach, elle repassera sous le feux des enchères, en 2018 et sera adjugée par Bonhams pour 103 500£ (125 625€).

Les Bentley Mark VI Shooting Brake des années 1950

Lancée en 1946, la Bentley Mark VI est la première Bentley de l’après-guerre, répondant aux besoins des Britanniques fortunés à la recherche de performances et de luxe. Elle est aussi la première voiture du constructeur britannique à posséder une carrosserie standardisée, d’abord produites par Pressed Steel Compagny, à Oxford avant de recevoir celle de la Rolls-Royce Silver Dawn à partir de 1949. Cela n’empêchera pas certains carrossiers de la transformer, réalisant quelques uns des plus beaux shooting brake de cette époque ! Parmi eux, nous retrouvons les deux Bentley Mark VI Estate Car by Rippon de 1949/1950 réalisées par Rippon Brothers dont l’une a été vendue par RM Sotheby’s pour 121 000$, en 2016. Il y a aussi les Bentley MK VI Countryman Shooting Brake de 1949 de Harold Radford Ltd. Cette version conserve le châssis, l’avant et le capot de l’original tandis que son toit et son plancher sont modifiés avec une charpente en bois. Si le premier exemplaire ainsi transformé ne possédait pas de banquettes arrières, les suivants en furent dotés. Modernes pour leur époque, elles disposaient d’un tableau de bord full bois (acajou chêne, hêtre, noyer), de sièges avant 3 places réglables, d’une banquette arrière rabattable (+ repose-pied), du chauffage avec désembuage du parebrise, d’une lunette arrière avec store électrique, d’un échappement chromé et d’une roue de secours latérale (sous le coffre). Au total, huit unités furent produites, vendues 3 530£ en 1948, soit environ 109 000£ actuels. L’un de ces modèles fut vendu par Bonhams, en 2014, pour 52 900£ (64 208€). Pour finir, il ne faut pas oublier la belle Bentley MK VI Woody Shooting Brake de Lord Iliffe, sortie d’usine en berline en 1950, puis transformée en shooting brake 4 portes par le carrossier Rod Jolley.

La Bentley R-Type Shooting Brake de 1953

En juin 1952, le constructeur britannique lance la Bentley R-Type. Parmi les exemplaires produits, l’un d’entre eux fera l’objet d’une préparation pour être transformé en shooting brake. Carrossée par W M Collett & Sons, à Gloucester, la Bentley R-Type Shooting Brake est terminée en 1960. Elle dispose d’une carrosserie marron sur crème typique de l’époque avec l’habitacle en cuir beige, boiseries et moquette assortis. Elle a été vendue par Bonhams pour 55 200£ (67 000 €), en 2012.

Les Bentley S2 Shooting Brake des années 1960

En 1955, Bentley adopte le processus de carrosserie d’usine pour augmenter son volume de production et applique cette méthode aux S-Series. En parallèle, le constructeur britannique réalise des commandes sur-mesure, mais celles se font rares. En effet, seulement six Bentley S2 à empattement long reçurent une carrosserie personnalisée exécutée par des carrossiers extérieurs (sur les 57 produites). L’une d’entre elles est la Bentley S2 Estate Harold Radford de 1959. Elle se distingue par une carrosserie bi-ton (british green et gris silver), l’allumage électronique, des vitres latérales électriques, la climatisation, une stéréo CD, la direction assistée et même un porte-fusil. Ce sera l’ultime modèle Bentley de ce carrossier d’excellence.

Mais le plus célèbre modèle recarrossé reste la Bentley S2 Wendler Shooting Brake de 1960, de part sa conception osée. Reposant sur un châssis à empattement long, il a été carrossé par Erhard Wendler, installé à Reutlingen, en Allemagne. La commande a été effectuée par un client anonyme du New York Yacht Club auprès de la concession J.S. Inskip de New York. Le travail réalisé rendit la voiture méconnaissable, faisant d’elle un break de chasse 5 portes. Une partie de la carrosserie faite main est issue de la Mercedes-Benz 300S W112. D’une couleur « fishsilver-metallic », sa face avant arbore une ressemblance flagrante avec la Mercedes-Benz 300S W113. Elle est équipée de phares avants spécifiques, d’optiques arrières Buick, d’ailes retravaillées et renforcées ainsi que d’ailerons arrières « Heckflosse ». Son habitacle est une mélange entre le standing britannique et germanique, alliant un toit ouvrant, un tableau de bord en chêne Mercedes-Benz, l’instrumentation Bentley située à gauche, une stéréo Becker Europa, une sellerie cuir Connolly « orange-rouge » et boiseries, des tapis en laine, des garnitures bois/cuir, des pièces sur-mesure et une banquette arrière rabattable à plat. Il faut noter le volant est placé à gauche alors qu’habituellement sur ce modèle, le volant est à droite. Les pneumatiques sont des Firestones à flancs blancs à enjoliveurs Bentley. Côté moteur, elle est armée du nouveau V8 6.2 (6230cm3) Bentley de 190ch. A noter que ce concept unique et imposant s’est vu auréolé par quelques trophées lors de concours d’élégance (Amelia Island- Lime Rock Park-…).

La Bentley T2 Shooting Brake de 1979

La Bentley T2 Four Door Saloon a également connu une transformation en shooting brake. Produite exclusivement en berline, l’un de ses exemplaires a été transformé en 1979 par le préparateur londonien FLM Panelcraft. Elle se reconnait par un toit en vinyle, une caisse bi-ton verte et un intérieur beige. Elle ne fut produite qu’à un seule exemplaire.

Les Bentley Mulsanne Turbo Shooting Brake des années 1980

Dans les années 1970/1980, les break de chasse réalisés sur-mesure sont la mode ! Ainsi la Bentley Mulsanne n’y échappe pas. En 1983, quelques propriétaires tentent l’expérience avec leurs véhicules. L’un d’entre eux sera réalisé par le carrossier Coway. L’esthétique de cette Bentley Mulsanne Turbo Shooting Brake est entièrement revue : nouvelle carrosserie de couleur bi-ton bordeaux-moutarde, calandre chromée, galerie de toit ajoutée… L’intérieur se dote d’un ciel de toit spécial, d’un volant bois, d’un tableau de bord avec instrumentation high-tech (régulateur, GPS), d’un réfrigérateur, de la climatisation, d’une sellerie réglable électriquement, d’un tapis en agneau et d’un lecteur DVD. La tenue de route passe par la direction assistée, des suspensions sport et des pneus à jantes alliage 18 pouces.

Cette voiture inspira un autre carrossier, Robert Jankel, à qui nous devons aussi la marque Panther. Réalisant des carrosseries atypiques pour les véhicules les plus luxueux à destination des personnalités les plus excentriques, il conçut les fameuses Bentley Mulsanne Turbo R Val d’Isère, produites à 11 unités entre 1989 et 1992.

Les shooting brake Bentley de l’ère Volkswagen

La Bentley VGD Arnage Shooting Brake

Le changement de propriétaire en 1998 suite à son rachat par Volkswagen n’a pas arrêté la belle histoire entre Bentley et les shooting brake. La preuve en ait avec la Bentley VGD Arnage Shooting Brake. En effet, en 2004, le centre de design VDG (Genaddi Design) dévoile sa vision du break de chasse s’inspirant de la Bentley Arnage. Cette nouvelle version dispose d’une carrosserie renforcée avec un toit panoramique, un stéréo « sound around » et une plateforme coulissante électriquement. Dans l’esprit des voitures entièrement personnalisées du siècle dernier, elle offre un large choix d’options pour une conception sur-mesure et une personnalisation propre à chaque client : peinture, blindage, intérieur, toit ouvrant (Webasto Products International), sellerie, lit coulissant électrique, système de navigation (GPS, TV, DVD, récepteur satellite, VHS), transmission intégrale, pneus spécifiques,… Côté mécanique, nous retrouvons le V8 6.75 bi-turbo de 450ch de l’originel. A noter que cette transformation a un coup, soit 332 787€ (achat de la voiture compris).

La Bentley Continental Flying Star

En 2010, lors du Salon de l’automobile de Genève, la « Carrozzeria Touring » dévoile son deuxième prototype de shooting brake : la Bentley Continental Flying Star. Cette variante inédite de la Bentley Continental GTC repose sur la version cabriolet dont elle conserve les dimensions en longueur et en hauteur, excepte en largeur qui gagne 2cm. Avec cette transformation faite sur-mesure au cœur des ateliers du carrossier italien, la capacité de chargement passe de 400 à 1200l (avec les sièges arrières rabattus). A noter que sous son capot, se trouve le bloc-moteur de la Bentley Continental Speed W12, à savoir un W12 bi-turbo 4 arbres à cames en tête et 48 soupapes d’une puissance de 642ch. Se voulant exclusif, avec un tarif de base débutant à 590 000€, cette supercar a été produite à 19 exemplaires.

La Bentley Continental n’a pas seulement inspiré la Carrozzeria Touring, mais aussi d’autres designers qui ont invité leur propre shooting brake à l’image de la « Castagna Bentley Continental GT Shooting Brake » (2005), la « Vandenbrink Bentley Continental Flying Spur Estate » et la « Bentley Continental GT Sport turismo Shooting Brake de Fabio Puddu » (2018).

La Bentley EXP 10 Speed 6 Shooting Brake

Nous ne pouvions pas conclure cet article sans vous parler de la Bentley EXP10 Speed 6 Shooting Brake, le concept-car break d’un prototype Bentley ! Il faut dire que le constructeur britannique avait créé le buzz en exposant la très intéressante Bentley EXP10 Speed 6 au Salon de l’automobile de Genève 2015. Suite à ça, Theophilus Chin a transformé ce concept en shooting brake. Si ce véhicule n’est que virtuel, le design donne envie avec son coloris « British Racing Green », sa partie arrière spécifiquement conçue dans le prolongement de la ligne (toit, hayon, échappements) et son discret béquet. Hélas, il y a de fortes chances que ce beau break de chasse ne reste qu’en état de projet, le modèle sur lequel il se base n’étant toujours pas sorti chez Bentley.

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’Archives

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