Focus sur : La Ferrari 250 GTO, l’incroyable chef d’œuvre d’Enzo Ferrari

S’il y a bien une voiture qui résume à elle seule la quintessence de Ferrari, c’est bien l’iconique Ferrari 250 GTO ! Par son design incroyable, par son moteur V12 exceptionnel et par ses performances légendaires, elle incarne l’esprit même de la voiture de courses des années 1960 ! Présentée officiellement en février 1962, elle représente ce qu’il se faisait de mieux en matière d’aérodynamisme, de beauté et de puissance à son époque ! Alliant dans un parfait équilibre vitesse et tenue de route optimale, elle déchaînait les foules à son passage, devenant l’une des voitures les plus célèbres de tous les temps ! Aujourd’hui, c’est la folie des enchères qu’elle suscite avec un record de 48,4 millions de dollars lors d’une vente aux enchères Sotheby’s, en 2018 ! A l’occasion des 24 Heures du Mans 2022 et des 60 ans de la Ferrari 250 GTO, ABSOLUTELY CARS revient sur l’histoire de cette diva légendaire qui fait tant chavirer les cœurs, aussi bien sur piste que sur route !

La Ferrari 250 GTO, « il capolavoro automobilistico » d’Enzo Ferrari

Giotto Bizzarini et les prototypes de la Ferrari 250 GTO

L’histoire de la Ferrari 250 GTO est étroitement liée à celle des 24 Heures du Mans, compétition reine des courses d’endurance. Dans les années 1950, l’épreuve mancelle est dominée par Jaguar qui maîtrise son sujet avec les fameuses Jaguar Type D. Seulement par deux fois, Ferrari jouera les trouble-fêtes : en 1949, avec une Ferrari 166M pour une écurie anglaise et en 1954 avec une Ferrari 375 Plus pour, cette fois-ci, la Scuderia Ferrari. En 1957, le Cheval Cabré décide donc de se lancer à la conquête du Mans avec ses fameuses Ferrari 250 Testa Rossa qui créeront une nouvelle ère : l’ère Ferrari !

Ce fut dans cet esprit que fut développée la Ferrari 250 GTO, initialement conçue pour concourir dans les courses GT du Groupe 3 en remplacement de la Ferrari 250 GT SWB. Son développement fut d’abord confié à l’ingénieur italien Giotto Bizzarrini avant que celui-ci ne fusse remercié en raison d’un différent avec Enzo Ferrari. Il eut le temps de réaliser deux prototypes, en 1961. Le premier, connu sous le nom de Ferrari 250 GT Le Mans Berlinetta Sperimentale (n° de châssis 2643GT), avait été construit selon les spécifications de la compétition. Sa carrosserie en alliage d’aluminium léger avait été confiée à Pininfarina. Elle participa en tant que prototype aux 24 Heures du Mans 1961 avec à son volant Fernand Tavano et Giancarlo Baghetti. Hélas, ils ne terminèrent pas la course à cause d’une panne de moteur. Victime d’instabilité à grande vitesse, elle permettra de faire évoluer le design de la future Ferrari 250 GTO, notamment l’avant. Le deuxième, dénommé « il mostro » à cause de son allure disgracieuse et brute (n° de châssis 1791GT), fut construit au cœur du département course Ferrari et avait comme caractéristique une implantation des supports moteur bas et plus en arrière pour donner de la place au moteur de compétition. Elle donna lieu au profil général de la Ferrari 250 GTO avec son capot bas et son arrière haut.

La Ferrari 250 GTO : dans la lignée des Ferrari 250

Par la suite, le projet fut réattribué à Mauro Forghieri qui travailla notamment avec le carrossier Sergio Scaglietti, lui donnant sa forme définitive. Le châssis utilisé est celui de la voiture de série Ferrari 250 GT SWB, elle-même issue de la même lignée que les Ferrari 250 TR, gagnantes aux 24 Heures du Mans. La preuve en ait : comme chaque des voitures issues de cette série, la Ferrari 250 GTO possède un empattement de 2,4m !

Sa structure tubulaire en acier est entièrement soudée à la main, renforcée d’une entretoise et associée à une suspension avant à bras en A, un essieu moteur arrière avec une tringlerie de Watt, des freins à disque et des roues à rayons Borrani. Mais la véritable signature de la Ferrari 250 GTO est l’aérodynamisme de sa carrosserie en aluminium, réalisé en soufflerie à l’Université de Pise ! Les objectifs sont doubles : améliorer la vitesse de pointe et la stabilité de la voiture. Ce travail minutieux, complété par des essais sur route et circuit, donnera le design si caractéristique de cette magnifique voiture. Longue de 4,32m, large de 1,60m et haute de 1,21m, elle est reconnaissable entre toutes par son long nez bas, son absence de pare-chocs, son capot surbaissé et fluide, sa petite entrée de radiateur, ses optiques avants carénés et ses trois volets amovibles à l’avant ! Des ouïes latérales sculptent son profil tandis que sa partie arrière tronquée dévoile un béquet de coffre (rajouté en mars 1962) et des prises d’air arrières spécialement conçues pour le refroidissement des freins ! La notion de sport et de compétition est présente grâce à la présence des lettres « SF » sur les ailes en référence à la Scuderia Ferrari. Ainsi avec cette conception aérodynamique représentant une innovation technique majeure à l’époque, la Ferrari 250 GTO se détache de toutes les autres voitures Ferrari GT !

L’habitacle de la Ferrari 250 GTO de série est minimaliste, soulignant son côté compétition. Il se pare d’un volant aluminium/bois 3 branches siglé du logo Ferrari, d’une planche de bord avec une instrumentation 6 cadrans se trouvant face au conducteur, d’un levier de vitesse sans soufflet avec grille en H (avec la première en bas à gauche) et d’une sellerie en tissu de type baquet avec ceintures 4 points. Chose curieuse, elle ne possède pas de compteur de vitesse ! Autre caractéristique de la belle : la ventilation du cockpit se fait par des prises d’air extérieures ! A noter qu’aucune moquette, ni aucune garniture de pavillon ne sont présents à l’intérieur.

Dès sa réalisation, il est envisagé d’équiper la Ferrari 250 GTO du moteur Tipo 168/62 Comp, soit le V12 Colombo de 3,0 L (2953 cm3) utilisé en compétition par la Ferrari 250 Testa Rossa ! Ce dernier fut modifié. Il a un rapport alésage/course de 73 x 58,8mm et accueille un système de lubrification à carter sec. En position longitudinal avant, il dispose d’un seul arbre à cames en tête, de 2 soupapes par cylindre et de 6 carburateurs Weber. D’une puissance de 296ch, il permettait d’avoir 5500 tr/min de couple. Il est accouplé à une boîte manuelle inédite 5 rapports à dispositif de synchronisation de type Porsche avec un embrayage monodisque. Le freinage est assuré par quatre freins à disques ! Ne pesant que 880kg sur la balance, les performances sont exceptionnelles pour l’époque avec un 0-100 abattu en 5.9 secondes pour une vitesse de pointe de 280km/h ! Le comportement routier passe par un centre de gravité abaissé, un porte-à-faux arrière raccourci, une direction à crémaillère, une transmission type propulsion, une suspension indépendante, un essieu rigide arrière, des amortisseurs télescopiques et ressorts hélicoïdaux, une barre antiroulis et des pneumatiques 15 pouces (élargis 16 pouces).

La Ferrari 250 GTO, une voiture rarissime

Comme toutes les voitures de courses de son époque, la conception de la Ferrari 250 GTO repose sur une production en série avant même toute participation en compétition. En effet, le règlement de la FIA exigeait la construction d’au moins cent exemplaires « dit de route » pour qu’une voiture puisse être homologuée en course. Hors la Ferrari 250 GTO n’a été produite qu’à 36 exemplaires : 33 Ferrari 250 GTO série I et 3 Ferrari 250 GTO 64′ (appelées aussi Ferrari 250 GTO série II) designées par Pininfarina et dont le style se rapprochait de celui de la Ferrari 250 LM. A noter qu’il existe 3 autres voitures dites Ferrari 330 GTO qui sont en soi des Ferrari 250 GTO avec un moteur V12 4.0 Superamerica de 390ch et qui sont reconnaissables grâce à la présence d’une bosse sur le capot. En effet, cette voiture de sport n’avait pas besoin d’une homologation à proprement parlé puisqu’elle fut présentée comme une prolongation de la Ferrari 250 GT Berlinetta SWB. Seules des extensions furent demandées par Ferrari.

Produite à Maranello, la Ferrari 250 GTO était proposée à 18 000$ aux Etats-Unis. Seuls des acheteurs personnellement approuvés par Enzo Ferrari pouvaient s’en porter acquéreurs. A fin des années 1960 et dans les années 1970, cette sportive fut considérée comme une voiture de course d’occasion sans fioritures. Durant cette période-là, de nombreux véhicules étaient proposés ou vendus sous la barre des 10 000$. A la fin des années 1970 et dans les années 1980, elle devient progressivement l’icône de la maison Ferrari. Aujourd’hui, sa côte culmine à plusieurs millions d’euros. Elle explose même les records, en 2018, lors d’une vente aux enchères de la maison RM Sotheby’s avec un prix de vente de 48 405 000€ (frais inclus). Un exemplaire aurait même été acheté pour 70 millions d’euros par David Macneil (PDG de Weathertech), faisant de la Ferrari 250 GTO la voiture la plus chère du monde !

Les Ferrari 250 GTO et la piste

L’histoire d’amour entre les Ferrari 250 GTO et la piste commença dès la conception de son prototype. Ce dernier participa entre autre aux 24 heures du Mans 1961 et aux 3h de Daytona Continental 1962, où il se classa 4ème au général et 1er de la catégorie GT piloté par Stirling Moss. La version définitive de la Ferrari 250 GTO fit, quant à elle, ses premières armes lors des 12 Heures de Sebring 1962, se classant 2ème au général avec à son volant Phil Hill et Olivier Gendebien. Avec cette voiture, Ferrari s’adjugera le Championnat du Monde des Marques en 1962, en 1963 et en 1964. Les Tour de France Automobile de 1963 et de 1964 ne résisteront pas non plus aux incroyables Ferrari 250 GTO, marquant la domination de Ferrari sur cette compétition pendant 9 ans ! Présentes dans de nombreuses écuries privées en plus de la Scuderia Ferrari, elles gagneront également la RAC Tourist Trophy (1962), la Targa Florio (1963-1964), les 3 Heures de Daytona (1963), les 6 Heures de Dakar (1964), les 9 Heures de Kyalami (1962-1963), les 1000km de Spa Francorchamps, les 2 000 kilomètres de Daytona (1964)… Mais la plus belle reconnaissance sportive reste les 24 Heures du Mans ! Ferrari y engagera sa belle sportive lors des éditions 1962 (Guichet-Noblet) et 1963 (Beurlys-Langlois). A chaque fois, une Ferrari 250 GTO terminera 2ème au classement général !

Si la Ferrari 250 GTO est l’une des dernières voitures à moteur avant à rester compétitive jusqu’en 1964, elle doit laisser sa place. En 1965, elle est retirée du programme course chez Ferrari. Du côté des écuries privées, elle fera encore quelques courses d’endurance, rallyes et autres courses de côte avant de disparaître en 1968. C’est tout un chapitre qui prend alors fin.

Article écrit par : ABSOLUTELY CARS
Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’Archives

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