Les femmes pilotes automobiles aux XXᵉ et XXIᵉ siècles, de leurs pionnières à leurs championnes contemporaines

Les femmes pilotes automobiles aux XXᵉ et XXIᵉ siècles, de leurs pionnières à leurs championnes contemporaines ; les femmes pilotes ont souvent dû dépasser des obstacles socioculturels et techniques pour accéder à la compétition. Elles ont contribué à démocratiser le sport automobile, démontrant des performances de haut niveau dans toutes les disciplines : F1, rallye, endurance, rallye-raid, tourisme, monoplace. Le XXIᵉ siècle voit apparaître des programmes institutionnels dédiés (W Series, F1 Academy), visant à augmenter la présence féminine aux plus hauts niveaux.

I Les pionnières (1900–1940)

Camille du Gast (France 1868-1942) : « la vie est trop ennuyeuse pour les femmes », l’une des toutes premières femmes pilotes qui participe à Paris–Berlin (1901) et à Paris–Madrid (1903).

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L’Amazone aux yeux verts ou la Walkyrie de la mécanique est d’abord une sportive participant à des sports classiques qu’une jeune femme du monde pratique comme l’équitation, mais aussi aventurière participant à des courses en canot à moteur, aéronaute. Camille du Gast (1868-1942), est une véritable pionnière du sport automobile français. C’est aussi une personne éclairée s’engageant pour les sciences en dirigeant des expéditions scientifiques au Maroc. Elle finance 5 expéditions qui aboutissent à 2 rapports, sur l’agriculture et le statut de l’ouvrier.

Son lien avec la voiture commence avec l’histoire de l’attribution du certificat de capacité, ancêtre du permis de conduire.  En 1897, elle est la deuxième femme avec la Duchesse d’Uzès à obtenir le document permettant de circuler en automobile. Elle acquiert deux véhicules, une Peugeot et Panhard & Levassor. C’est avec sa Panhard & Levassor 20CV qu’elle participe à la course Paris et Berlin de 1901 (elle arrive 33ème sur 122 participants). Elle est la première française à participer à une course automobile.

Durant les diverses courses auxquelles elle participe, elle rencontre ses concurrentes et pionnières telles que la Baronne de Zuylen ou Dorothy Levitt. Inscrite à la course Paris Madrid, en 1903, elle conduit une De Dietrich, une voiture de 30CV. Elle est la seule pilote femme à concourir sur les 221 pilotes de voitures ou motocyclettes. Cette course est connue pour sa triste renommée. De nombreux accidents se produisent dont un qui provoquera la mort de Marcel Renault après deux jours d’agonie. Camille, elle-même, préférera s’arrêter pour sauver un pilote alors qu’elle était dans les huit pilotes prêts à gagner. Elle finira 77ème.

A la suite de cette course, le constructeur Benz lui propose de concourir sous leur couleur lors de la course Gordon Benett. L’Etat français le lui interdit et même généralise cette interdiction à toutes les femmes de participer à une course automobile. De même, elle est exclue de ACF (automobile Club de France) sur décision du club le 5 mars 1904, se débarrassant de leur seule et unique licenciée et concurrente du monde masculin. L’argument fallacieux du manque d’adresse à la conduite est présenté par Henri Desgranges, porte-parole de l’ACF pour exclure les femmes de ce monde. Audacieuse et passionnée, elle se distingue aussi par son engagement en faveur des femmes ; elle est membre de la ligue française pour le droit de la femme (fondée en 1882 par Maria Deraismes) auprès de son amie avocate Maria Vérone ou Séverine (pseudonyme de Caroline Rémy).

Son courage et sa détermination lui ont permis de surmonter de nombreux obstacles, faisant d’elle une figure emblématique du début du XXᵉ siècle. Par ses actes plus que par ses idées, elle a su monter que la femme n’a rien à s’interdire au nom de son sexe.

Hélène Betty Louise Caroline de Zuylen de Nyevelt de Haar (1863-1947), connue comme pionnière des sports automobiles et comme femme de lettres.

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Issue de la célèbre famille Rothschild, Hélène de Zuylen a grandi dans un environnement privilégié et culturellement riche, ce qui lui a permis de suivre ses passions et de s’affirmer dans un univers alors dominé par les hommes. Elle est reconnue comme une pionnière du sport automobile et première femme à piloter dans des courses internationales. En 1898, elle participe à la course Paris Amsterdam Paris sous le pseudonyme « l’Escargot ». En 1901, elle croise Camille du Gast lors de la course Paris-Berlin, mais elle est contrainte à abandonner après la première journée de course. Son mari fait partie des fondateurs de ACF. Outre ses exploits sportifs, Hélène de Zuylen s’est illustrée comme auteure, publiant souvent sous le pseudonyme « Hélène van Zuylen ». Sa rencontre avec Renée Vivien, incite la Baronne a assumé son goût de l’écriture. Elles écrivent sous le pseudonyme Paule Riversdale plusieurs ouvrages.

Elle s’est engagée dans de nombreuses initiatives culturelles et sociales, et était réputée pour son esprit indépendant et son ouverture d’esprit. Son implication dans les courses automobiles, ainsi que dans le monde littéraire, font d’elle l’une des figures féminines marquantes de son temps.

Violette Morris (1893 – 1944), une figure française exceptionnellement rebelle, insoumise et controversée ; athlète multidisciplinaire et collaboratrice durant la Seconde Guerre mondiale.

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Née à Paris dans une famille d’aristocrates militaires, Morris se passionne très jeune pour les sports et excelle dans de nombreuses disciplines physiques, notamment l’athlétisme (lancer du poids, du disque, du javelot), la natation, le football, le cyclisme, la boxe et même les courses automobiles. En 1921, elle participe sur une Alva sport à la coupe des Dames. En 1927, à bord d’une voiture BNC (Bollack, Netter et Compagnie), elle parcourt 1700 km en 24 heures et gagne des épreuves d’endurance automobile au Bol d’Or sur 24 heures.

Elle transgresse tous les codes de son époque — elle porte des vêtements masculins, fume, jure et vit ouvertement sa bisexualité — ce qui lui vaut d’être perçue comme scandaleuse surtout dans le monde du sport, institution fortement sexuée. La fédération française sportive féminine l’exclut et lui refuse sa participation aux jeux olympiques d’été de 1928 aux motifs de son homosexualité, son port de vêtements masculins et son impudeur.

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Engagée pour elle-même, elle se met aussi au service de la nation française durant la Première Guerre mondiale. Morris conduit des ambulances et sert comme estafette. Dans les années 1930, après avoir été marginalisée par le milieu sportif, elle s’installe dans le monde automobile, ouvrant un garage et vivant sur une péniche à Paris.  Sous l’Occupation allemande (1940–44), elle collabore avec les autorités nazies et le régime de Vichy. On l’a associée à des activités allant de la gestion d’un garage pour la Luftwaffe à la fourniture de carburant ou à l’espionnage pour les Allemands. Elle est parfois surnommée dans la presse d’après-guerre « la hyène de la Gestapo » en raison d’accusations (contestées par certains historiens) de participation à des interrogatoires avec torture.

Le 26 avril 1944, alors qu’elle est en voiture près d’Épaignes en Normandie, Violette Morris est abattue par des maquisards du mouvement de résistance français.

II L’après-guerre et la professionnalisation (1945–1970)

Après la Seconde Guerre mondiale, le sport automobile entre dans une phase de reconstruction et de professionnalisation accélérée. Les constructeurs s’impliquent davantage, les championnats se structurent (notamment la Formule 1 en 1950) et la compétition devient progressivement un métier plutôt qu’un loisir d’élite. Dans ce contexte, la place des femmes pilotes se réduit paradoxalement, malgré quelques figures marquantes.

Contrairement à l’entre-deux-guerres, où certaines femmes pouvaient accéder à la compétition grâce à leur statut social ou à des engagements privés, l’après-guerre voit s’imposer :

  • une sélection plus rigoureuse basée sur la performance et le soutien financier,
  • une culture fortement masculine, associant la course automobile à la virilité, au risque et à la technologie,
  • des stéréotypes persistants sur les capacités physiques et mentales des femmes.

La professionnalisation exclut de fait de nombreuses femmes, qui ont plus difficilement accès aux sponsors, aux écuries et aux filières de formation. Certaines pour autant seront reconnues dans ce monde ségrégationniste.

Maria Teresa de Filippis (1926-2016) : une pionnière en Formule 1  » J’étais soit courageuse, soit imprudente, soit téméraire ; appelez ça comme vous voulez, j’aimais juste aller à toute vitesse« 

Maria Teresa de Filippis 1

Maria Teresa de Filippis est considérée comme la première femme à conduire une F1. Elles sont 5 à avoir tenté l’aventure : Lella Lombardi, Divina Galica, Desiré Wilson et Giovanna Amati. Le parcours de vie de Teresa ressemble beaucoup à celui de ces prédécesseuses. Issue d’un milieu aisé, elle a une passion particulière pour le sport (tennis, équitation). Elle prend le volant à la suite d’un défi lancé par ses frères qui ne la croient pas capable de conduire vite. Elle ne le quittera plus, jusqu’en 1959. Elle s’engage dans les courses automobiles en 1946 sur le circuit de Del Garda en F2 avec une Ferrari 166S. En 1948, elle participe à une épreuve de 10 km entre Salerno et Cava de Tirreni. Elle remporte la course au volant d’une fiat 500 Topolino. Entre 1952 et 1954, elle pilote des OSCA (marque des frères Maseratti).

  • 1952 circuit Sassari sur OSCA 1100 cm3, elle accède à la seconde place,
  • 1953 avec une OSCA MT4,
  • 1954, elle obtient la 2ème place au grand prix de Naples et la 3ème au circuit de Calabre,
  • 1955 à Catane Etna, elle arrive 2ème sur une Maserati 2000 A6G CS,
  • 1958 sur Maserati 250 F, elle obtient la 5ème place à Syracuse, ce qui reste à ce jour la meilleure place d’une femme dans une épreuve F1 hors championnat.
Maria Tersea De Filippis en 1958
Maria Teresa de Filippis au Grand Prix de Monaco 1958

Si elle est reconnue comme une championne et a l’estime des hommes de la F1, les sponsors ne se bousculent pas. Elle court donc pour la première fois à Monaco à titre privé, sur la Maserati 250F. Arrivée à la 21ème place, elle n’est pas qualifiée. Qu’à cela ne tienne, ce n’est que partie remise. En Belgique, elle prend sa revanche en arrivant à la 10ème place. En 1959, elle se qualifie pour les épreuves F2 à Syracuse et Silverstone. Entre temps, elle s’est vu refuser l’accès au Grand Prix de France 1958, un officiel déclarant : « Le seul casque qu’une femme devrait porter est celui du coiffeur. »

Elle rejoint l’écurie française de Jean Behra la même année et concoure sur des Porsche. A Monaco, elle tente de se qualifier en F1 avec une Porsche (moteur 547/3). Elle rejoint le circuit d’Avus pour le grand prix d’Allemagne 1959. Lors de cette course, Jean Behra perd le contrôle de son véhicule sous la pluie et décède. Traumatisée par cet évènement, Maria Teresa met fin à sa carrière. Pour autant, elle n’oublie pas le monde de l’automobile. Elle s’engage dans divers clubs tels que le club International des Anciens pilotes dont elle devient la vice-présidente, elle est aussi la présidente honoraire du club Maserati.

Son parcours illustre à la fois :

  • la possibilité réelle mais exceptionnelle pour une femme d’atteindre le plus haut niveau,
  • les limites imposées par le milieu, notamment le manque de soutien et des attitudes ouvertement sexistes (refus d’inscription à certaines courses).

Malgré son talent, sa carrière reste courte, symbolisant les obstacles structurels auxquels les femmes sont confrontées. Une présence marginale, mais persistante. Son héritage a ouvert la voie aux femmes dans le sport automobile de haut niveau et fait d’elle un symbole durable de courage et de détermination en Formule 1.

Pat Moss (Royaume-Uni 1934-2008) : une des pilotes les plus couronnées de succès

Elle grandit bercée par le rugissement des moteurs et l’odeur de l’huile. Issue d’une famille passionnée de sport automobile, Pat Moss est très tôt immergée dans cet univers : son père, Alfred Moss, est un ancien pilote amateur, sa mère participe à des épreuves de maniabilité et son frère, Sir Stirling Moss, deviendra l’une des plus grandes légendes de la Formule 1.

Pourtant, rien ne la prédestinait immédiatement à la conduite automobile. Excellente cavalière, elle intègre même l’équipe britannique de saut d’obstacles. Mais l’appel de la course est plus fort. En 1953, elle fait ses premiers pas en rallye en tant que copilote de Ken Gregory. Deux ans plus tard, en 1955, elle passe derrière le volant aux côtés de sa fidèle coéquipière Ann Wisdom-Riley, marquant le véritable début de sa carrière de pilote.

Son talent ne tarde pas à être remarqué. En 1958, la British Motor Corporation (BMC) s’intéresse à elle. Lors de rallyes prestigieux tels que le RAC Rally sur MG TF1500 ou le redoutable Liège-Rome-Liège au volant d’une Morris Minor 1000, elle se classe à une remarquable quatrième place. Cette même année, elle décroche son premier titre de championne d’Europe des rallyes féminins. Ce succès marque le début d’une domination exceptionnelle : elle remportera ce titre à cinq reprises entre 1958 et 1965, un record. Ces victoires s’appuient sur une série de performances remarquables lors de rallyes internationaux majeurs comme Genève, les Tulipes aux Pays-Bas, l’Acropole, la Coupe des Alpes, le Viking Rally ou encore le légendaire Liège-Rome-Liège. En 1959, sur une Austin Healey 3000, elle termine deuxième du rallye d’Allemagne, confirmant son statut parmi l’élite.

Les années 1960 sont celles de la consécration. Au volant de la mythique Mini Cooper de la BMC, Pat Moss accumule trois victoires internationales et sept podiums mondiaux. Elle s’impose à de nombreuses reprises au Rallye Monte-Carlo, remportant à huit reprises la Coupe des Dames. Lors du Liège-Rome-Liège, elle devient la première femme à remporter une épreuve comptant pour un championnat international. Sa victoire est d’autant plus impressionnante que rien ne laissait présager un tel succès : l’embrayage patine, un joint de boîte de vitesses fuit. Grâce à une réparation de fortune aussi ingénieuse qu’efficace, elle parvient à parcourir près de 3 500 kilomètres presque sans s’arrêter et à décrocher la victoire.

En 1962, elle figure parmi les premières femmes à remporter un rallye international au volant d’une Mini Cooper S, toujours avec Ann Wisdom comme copilote. L’année suivante, elle poursuit sa carrière sur différents modèles, notamment la Ford Cortina GT et la Ford Anglia. En 1964, elle s’attaque à l’exigeant rallye East African Safari, qu’elle termine à la 9ᵉ place sur 64 concurrents au volant d’une SAAB 96 Sport. En 1967, elle remporte une nouvelle fois la Coupe des Tulipes, avant de courir en 1968 sur une Lancia Fulvia HF 1300.

Durant les années 1970, Pat Moss continue de courir occasionnellement, notamment sur Alpine A110 1600 et 1800. En 1974, elle prend une dernière fois le départ en compétition au sein de l’équipe Toyota, au volant d’une Celica 2000GT.

Après avoir quitté les circuits, elle revient à ses premiers amours, les chevaux, auxquels elle se consacre pleinement jusqu’à sa disparition à l’âge de 73 ans.

Pat Moss se distinguait par son esprit compétitif, sa détermination et ses talents de conduite, souvent à égalité, voire supérieurs, à ceux de nombreux pilotes masculins de son époque. Elle est aujourd’hui reconnue comme une pionnière du sport automobile féminin, ayant su s’imposer durablement dans un univers largement dominé par les hommes. Par son palmarès exceptionnel, sa longévité et son audace, elle a contribué à faire évoluer les mentalités et à ouvrir la voie à d’autres grandes pilotes telles que Michèle Mouton. Pat Moss demeure ainsi une figure emblématique du rallye international et un modèle d’inspiration pour les générations suivantes.

III Les années 1970–1990 : essor médiatique

Michèle Mouton (1951-France) « la reine du volant« 

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Michèle Mouton est une véritable légende du sport automobile, et plus particulièrement du rallye. Née en 1951 à Grasse, elle débute sa carrière dans les années 1970, à une époque où le rallye connaît une profonde mutation.

L’arrivée de l’Audi Quattro bouleverse la discipline : des voitures toujours plus puissantes, extrêmement rapides, mais aussi plus légères et donc plus dangereuses. Les exigences du métier de pilote évoluent radicalement. Désormais, les courses demandent :

  • une maîtrise technique exceptionnelle,
  • une lecture très fine du terrain,
  • un mental d’une solidité à toute épreuve.

C’est dans ce contexte extrême que Michèle Mouton s’impose. Dans un univers presque exclusivement masculin, elle ne doit sa place qu’à ses compétences personnelles hors normes. Issue d’un milieu éloigné de l’automobile, elle réussit grâce à plusieurs qualités majeures. D’abord, une capacité d’adaptation remarquable. Michèle Mouton n’était pas une pilote de “spectacle” : ses trajectoires étaient propres, sans glisse inutile, d’une grande précision, avec une gestion exemplaire de la motricité — un élément clé pour exploiter l’Audi Quattro. Ensuite, une compréhension mécanique très fine. Les ingénieurs d’Audi soulignaient sa sensibilité exceptionnelle : elle savait ménager la voiture tout en maintenant un rythme extrêmement élevé, un équilibre rare à l’époque du groupe B. Enfin, une approche méthodique du pilotage. Son analyse du terrain, qu’il s’agisse d’asphalte, de terre ou de changements de surface, était d’une grande précision. Contrairement à de nombreux pilotes “instinctifs”, Michèle Mouton se distinguait par un pilotage réfléchi, rigoureux et constant. Sa régularité et sa capacité à terminer les rallyes ont largement contribué à ses victoires.

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Michèle Mouton sur Audi Sport Quattro au RAC en 1984

Elle devient ainsi la femme la plus titrée de l’histoire du Championnat du monde des rallyes (WRC). En 1982, au volant de l’Audi Quattro, elle termine vice-championne du monde, à seulement quelques points du titre — une performance inégalée par une femme à ce jour. Elle remporte quatre victoires en championnat du monde, dont le mythique Rallye Sanremo, et monte de nombreuses fois sur le podium. En 1984, elle marque encore les esprits en remportant la célèbre course de côte de Pikes Peak aux États-Unis, établissant un record et battant tous les hommes engagés cette année-là ; Iconique !

Figure majeure de la révolution du groupe B et de ses voitures surpuissantes et spectaculaires des années 1980, Michèle Mouton incarne une performance absolue dans un environnement particulièrement hostile. Surnommée « la reine du volant », elle a gagné le respect du paddock sans jamais chercher à endosser un rôle symbolique : elle gagnait, tout simplement.

Contrairement à certaines pionnières, elle ne s’est pas présentée comme un modèle et n’a pas directement entraîné derrière elle une nouvelle génération de femmes pilotes. En revanche, par sa modestie et son exigence centrée uniquement sur la compétence et la performance, elle a fait tomber une barrière mentale essentielle : l’idée qu’une femme ne puisse pas piloter au plus haut niveau devenait désormais intenable.

Après sa carrière, Michèle Mouton s’est fortement engagée pour le sport automobile, notamment au sein de la FIA, où elle a œuvré pour la sécurité et le rallye. Elle est également cofondatrice de la Race of Champions, créée en hommage à Henri Toivonen.

Michèle Mouton, c’est à la fois une pionnière, une compétitrice pure et dure, et la démonstration éclatante que le talent n’a rien à voir avec le genre.

Lella Lombardi (1941-1992), la pionnière oubliée de la Formule 1

Lella Lombardi
Lella Lombardi

Dans l’histoire de la Formule 1, dominée par des figures masculines et marquée par une culture profondément conservatrice, un nom fait exception : Lella Lombardi. Pilote italienne au parcours atypique, elle demeure à ce jour la seule femme à avoir marqué des points en Championnat du monde de F1. Une performance unique, réalisée dans les années 1970, à l’une des périodes les plus dangereuses de la discipline.

Née Maria Grazia Lombardi le 26 mars 1941 à Frugarolo, dans le Piémont, Lella Lombardi ne vient ni d’un milieu aisé, ni d’une famille liée au sport automobile. Elle grandit dans un environnement modeste et découvre très tôt le monde de la mécanique et de la conduite. Avant les circuits internationaux, elle travaille comme conductrice de camionnette, livrant de la marchandise — une première école de rigueur et d’endurance.

Elle débute la compétition dans les années 1960, en participant à des courses locales, puis gravit progressivement les échelons : Formule Monza, Formule 3, Formule 5000. Lombardi se distingue moins par des coups d’éclat que par sa régularité, son sérieux et sa capacité à finir les courses — une qualité essentielle à une époque où la fiabilité et la survie comptent autant que la vitesse pure.

En 1974, elle accède à la Formule 1, un univers presque hermétique aux femmes. Engagée principalement par l’écurie March, elle évolue avec un matériel limité et sans réel soutien financier. Pourtant, elle parvient à se qualifier et à prendre le départ de plusieurs Grands Prix, affrontant sans traitement de faveur un plateau de pilotes d’élite.

Le Grand Prix d’Espagne 1975, disputé sur le circuit urbain de Montjuïc, marque un tournant historique. La course est interrompue après un grave accident causant la mort de plusieurs spectateurs. Le classement est figé avant la distance réglementaire, entraînant l’attribution de demi-points. Lella Lombardi termine sixième et inscrit 0,5 point au championnat du monde. Un résultat modeste en apparence, mais inédit : jamais auparavant, et jamais depuis, une femme n’a marqué de points en F1.

Malgré cet exploit, sa carrière en Formule 1 reste brève. Elle dispute au total 17 Grands Prix entre 1974 et 1976, avant de quitter la discipline, freinée par le manque de compétitivité de ses monoplaces et par un environnement encore largement hostile.

Lombardi poursuit cependant sa carrière avec succès dans d’autres catégories. Elle s’illustre en endurance, participe aux 24 Heures du Mans. Elle concourra à cette course mythique 4 fois dont deux avec des partenaires exceptionnelles (en 1976 avec Christine Dacremont sur une Lancia stratos turbo, en 1977 avec Marie Claude Beaumont sur une Alpine Renault A 441 C). Elle remporte des victoires en championnats de voitures de tourisme. Elle y gagne le respect du paddock pour son professionnalisme et son intelligence de course. Plus tard, elle fonde sa propre structure, Lombardi Autosport, contribuant à l’encadrement de jeunes pilotes.

Lella Lombardi s’éteint le 12 mars 1992, à l’âge de 50 ans, des suites d’un cancer. Longtemps restée en marge des récits officiels de la F1, elle est aujourd’hui redécouverte comme une figure pionnière, symbole d’une époque où la passion et la ténacité permettaient de briser — partiellement — les barrières.

Son demi-point inscrit en 1975 reste un jalon historique, rappelant que le talent n’a jamais eu de genre, mais que l’accès aux opportunités, lui, a longtemps été inégal.

IV Femmes pilotes automobiles au XXIᵉ siècle

Aujourd’hui, les femmes concourent dans presque toutes les catégories : karting, F4, F3, IndyCar, endurance, rallye, Formule E, rallye-raid… Pourtant quelques changements sont encore à noter.

Reema Al Juffali (1992-), Pionnière, compétitrice et symbole de changement, Reema Al Juffali s’impose comme l’une des figures les plus marquantes du sport automobile au Moyen-Orient !

Née le 18 janvier 1992 à Djeddah, Reema Al Juffali est aujourd’hui reconnue comme la première pilote automobile professionnelle d’Arabie saoudite. Son parcours, intimement lié aux profondes mutations sociales du Royaume, illustre une ascension aussi rapide qu’historique dans un univers longtemps inaccessible aux femmes.

Une passion née avant le droit de conduire

Dès son plus jeune âge, Reema développe une fascination pour les voitures et la compétition mécanique, malgré un contexte où les femmes n’avaient pas le droit de conduire. Après une scolarité à la British International School de Djeddah, elle poursuit des études en relations internationales à la Northeastern University, aux États-Unis. C’est là qu’elle obtient son permis de conduire en 2010, bien avant que cette possibilité n’existe dans son pays natal.

Une carrière lancée à contre-courant

En 2017, à la suite de la levée de l’interdiction de conduire pour les femmes en Arabie saoudite, Reema Al Juffali obtient sa licence de pilote de course, devenant la première Saoudienne à franchir cette étape. L’année suivante, elle fait ses débuts en compétition internationale et participe à plusieurs championnats, dont le TRD 86 Cup et le MRF Challenge.

Déterminée à se mesurer aux meilleurs, elle s’installe ensuite au Royaume-Uni et s’engage en Championnat britannique de Formule 4, un environnement exigeant qui lui permet d’affiner ses compétences et de gagner en visibilité sur la scène mondiale.

Reema Al Juffali en 2019
Reema Al Juffali en 2019

Des moments historiques et des succès internationaux

En novembre 2019, Reema Al Juffali marque de nouveau l’histoire en devenant la première femme saoudienne à participer à une course internationale organisée en Arabie saoudite, lors de la Jaguar I-PACE eTROPHY à Riyad. Par la suite, elle poursuit sa progression dans différentes disciplines, notamment en endurance et en GT, où elle décroche podiums et victoires, devenant également la première Saoudienne à remporter une course automobile internationale.

Bâtir l’avenir du sport automobile

Au-delà de ses performances en piste, Reema s’engage pour l’avenir du sport automobile dans son pays. En 2022, elle fonde Theeba Motorsport, une écurie saoudienne dédiée à la formation, au développement des talents et à l’ouverture de nouvelles opportunités dans les sports mécaniques, notamment pour les jeunes et les femmes.

Une icône du changement

Figure emblématique de la nouvelle génération saoudienne, Reema Al Juffali est régulièrement citée parmi les personnalités influentes du monde arabe et a été reconnue par la BBC comme l’une des femmes les plus inspirantes de sa génération. Plus qu’une pilote, elle incarne un symbole de transformation sociale, prouvant que la passion, la persévérance et l’audace peuvent briser les barrières les plus solides.

Le rallye des Gazelles une autre manière de concourir

Créé en 1990, le Rallye Aïcha des Gazelles s’est imposé au fil des années comme l’un des plus grands événements sportifs féminins au monde. Organisé au Maroc, ce rallye-raid 100 % féminin se distingue des autres compétitions automobiles par son approche singulière de la navigation et de la performance.

Contrairement à la majorité des rallyes modernes, les participantes ne disposent d’aucun système GPS. La navigation se fait « à l’ancienne », uniquement à l’aide d’une carte, d’une boussole et d’une règle. Dans cette épreuve, la vitesse n’est pas l’élément déterminant : la victoire repose plutôt sur la précision de l’orientation, la stratégie adoptée et la capacité à parcourir la distance la plus courte entre les balises. L’objectif est ainsi de privilégier l’intelligence de la progression plutôt que la rapidité pure.

Chaque année, des centaines de participantes prennent le départ de cette aventure. Surnommées les « Gazelles », elles concourent par équipes de deux : une pilote et une navigatrice. Les concurrentes viennent de nombreux pays et d’horizons variés, qu’elles soient amatrices, professionnelles, étudiantes ou cadres. L’événement est ouvert à plusieurs catégories de véhicules, notamment les 4×4 et SUV, les quads, les motos, les buggy ou SSV, ainsi que les E-Gazelles, une catégorie dédiée aux véhicules entièrement électriques.

Le parcours, renouvelé chaque année, traverse les paysages exigeants du désert marocain : dunes du Sahara, plateaux rocailleux appelés hamadas, oueds asséchés et reliefs montagneux. À chaque étape, les équipages doivent localiser des balises disséminées dans le désert en parcourant la distance la plus courte possible, un défi qui exige stratégie, endurance, précision et maîtrise du véhicule.

Au-delà de la compétition sportive, le rallye porte également des valeurs fortes. Il constitue d’abord un espace de performance exclusivement féminin dans un univers longtemps dominé par les hommes. L’événement s’inscrit aussi dans une démarche solidaire grâce à l’association Cœur de Gazelles, qui mène des actions humanitaires dans les zones rurales marocaines, notamment dans les domaines médical, scolaire et social.

L’organisation s’engage par ailleurs en faveur de l’environnement, avec des initiatives telles que la compensation carbone, la gestion stricte des déchets et des campagnes de sensibilisation écologique.

Dominique Serra, Française, fondatrice et directrice de l’événement dont l’objectif était de créer une compétition 100 % féminine, centrée sur la navigation, la solidarité et la responsabilité environnementale.

Plusieurs équipes françaises issues de l’organisation et des partenaires historiques ont donné une visibilité internationale au rallye dès ses débuts (par exemple : Maïenga Team,  pour un équipage 4×4 / SUV Christina Vieille & Valérie Dot, pour un équipages Buggy / SSV Florence Deruelle & Caroline Galli, pour un équipages E-Gazelles (véhicules électriques) Roxane Prince & Eugénie Dette…)

Crédits photos : archives.


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