Cisitalia, la marque connue et reconnue des passionnés argentins, états-uniens et italiens !

Cet article est écrit pour rendre hommage à Classic Car Catalogue, un site Internet à but non lucratif qui a récemment disparu, qui enferma un savoir encyclopédique sur les marques automobiles du monde entier, présentées sous la forme d’une frise chronologique, la période couverte allant de 1930 à 1980. Dans une finalité historique, il contenait des réclames, des brochures, des coupures de presse, des photographies d’époque, âgés au minimum de 46 ans. Ce site permettait de vérifier les dates de présentation et de mise en production de tous les modèles et de toutes les versions associées et dérivées.

ABSOLUTELY CARS vous invite à redécouvrir une des marques fondée également par un passionné, Piero Dusio, pour des passionnés, Cisitalia !

Les premières Cisitalia, un pari fou !

Cisitalia devint une société anonyme le 1er juillet 1946. Son fondateur en 1944, Piero Dusio (1899-1975), fut tour à tour, footballeur pour la Juventus de Turin entre 1919 et 1922, vendeur pour une entreprise textile suisse, fabricant à partir de 1926 de toile cirée imprimée. Il diversifia ses activités en réalisant des vêtements synthétiques à usage sportif et militaire, des raquettes de tennis, des bicyclettes sous la marque Beltrame, un secteur bancaire. La fortune qu’il amassa lui permit de courir sur Maserati dès 1929, sur Siata également. Il créa et dirigea entre 1941 et 1943, la Juventus Organizzazione Sportiva Anonima. Pendant la Seconde Guerre mondiale, son usine fut détruite lors d’un bombardement. En 1944, il créa à Turin une petite entreprise dénommée Cisitalia (pour Compagnia Industriale Sportiva Italia), l’objectif étant de fabriquer une monoplace de course accessible financièrement, avec l’aide du grand ingénieur Dante Giacosa (1905-1996). Ce dernier lui recommanda de poursuivre ce projet avec Giovanni Savonuzzi (1911-1988). En parallèle, Piero Dusio fut président de la Juventus de Turin du 27 juillet 1945 au 22 juillet 1947.

Le 3 septembre 1946, le premier modèle de Cisitalia, la Cisitalia D46, débuta sa carrière à l’occasion de la « Coupe Brezzi » sur le circuit du Valentino, à Turin. La puissance du 4 cylindres OHV Fiat de 1089cm³ fut poussée de 32ch à 4000tr/mn à 65ch à 5800tr/mn. Il était accouplé à une boîte à vitesses semi-automatique 3 rapports. Son châssis tubulaire avait un empattement de 2,05m. Sa carrosserie en aluminium réalisée par Rocco Motto (1904-1996), avait une longueur de 3m. L’essieu arrière rigide et les 4 freins à tambours assistés hydrauliquement étaient présents. Entre 1946 et 1947, 47 exemplaires furent réalisés dont deux prototypes.

La marque Cisitalia fut intimement liée à la famille Porsche. Tout commença le 16 janvier 1945 ; les usines Renault étaient nationalisées et devenaient la Régie Nationale des Usines Renault (RNUR), l’Ordonnance n°45-68 étant publiée le 17 janvier 1945 et demeurant en vigueur jusqu’au 6 septembre 1990. En décembre 1945, Marcel Paul (1900-1982), alors ministre de la Production industrielle du gouvernement intérimaire sous l’autorité de Charles de Gaulle, « invita » Ferdinand Porsche (1875-1951) à apporter son expertise en vue de la fabrication de la future Renault 4CV et pour mener à bien la cession de l’usine Volkswagen au titre de dommage de guerre. Il était accompagné de son gendre Anton Piëch (1894-1952), directeur général de Volkswagenwerk GmbH, de son fils Ferdinand Anton Ernst Porsche surnommé Ferry Porsche (1909-1998) et de son neveu Herbert Kaes. Ils furent accusés d’avoir employé des ouvriers extraits des camps de concentration et ils furent incarcérés à Dijon. Les deux jeunes personnes furent libérées en juillet 1946. Ferry Porsche dut trouver une somme d’un million de francs pour libérer son père et son oncle. Cet échange fut réalisé le 1er août 1947. L’argent provenait de Piero Dusio qui, en contre partie, voulut une étude portant sur une voiture de Grand Prix, la Porsche Typ 360 devenant ainsi la Cisitalia 360. Cette voiture de course était extrêmement moderne : 12 cylindres à plat refroidi par eau central longitudinal arrière de 1493cm³ muni de quatre arbres à cames en tête, de 2 carburateurs double corps, d’un compresseur double étage, châssis tubulaire de 2,6m d’empattement muni d’une suspension à 4 roues indépendantes, carrosserie en aluminium d’une longueur de 4,01m. Le moteur était accouplé à une boîte à vitesses manuelle 5 rapports et à une transmission 4 roues motrices pouvant être exploitée en propulsion. La mise au point de cette voiture fut si coûteuse que Cisitalia dut renoncer, par la suite, à la compétition. Cependant, elle apporta une image indélébile à l’entreprise artisanale de Turin.

Egalement, Ferdinand Anton Ernst Porsche conseilla à Piero Dusio d’embaucher un ancien pilote autrichien de motocyclettes, Carlo Abarth (1908-1979), né Karl Albert Abarth. Ce dernier donna une première descendance à la Cisitalia D46, dénommée Cisitalia 204A Spider Corsa et Cisitalia 204 Abarth Motto Spider, produite à partir de 1948. Son 4 cylindres OHV Fiat de 1089cm³ atteignait 83ch à 6000tr/mn grâce à ses deux carburateurs double corps Weber 36DR4SP et son taux de compression de 10,5:1. Il était accouplé à une boîte à vitesses manuelle 4 rapports. L’essieu arrière rigide et les 4 freins à tambours assistés hydrauliquement étaient présents. Son empattement était de 2,1m ; la longueur de sa carrosserie en aluminium, de 3.9m. Le 31 mars 1949, Carlo Abarth fonda sa société à Turin et s’engagea à inscrire Cisitalia sur les carrosseries des nouveaux exemplaires fabriqués pendant un an. Huit numéros de châssis furent répertoriés, cinq exemplaires furent parfaitement achevés.

En janvier 1948, le gouvernement argentin envoya en Europe son nouveau champion national, Clémar Bucci (1920-2011), pour établir des contacts avec des usines et des écuries et les inciter à venir s’installer en Argentine. Cet émissaire rencontra fortuitement Piero Dusio qui lui fit visiter son entreprise et lui présenta l’impressionnante Cisitalia 360. Les démarches officielles aboutirent à l’installation en Argentine de Piero Dusio qui confia la direction de sa société turinoise à son fils, Carlo Dusio (1922-2006).

Aidé par le président argentin Juan Domingo Perón (1895-1974), en poste entre 1946 et 1955, Piero Dusio fonda le 22 mars 1949 Auto-ar (pour Automotores Argentinos). L’usine fut implantée au 347, Calle Almirante Brown, à Tigre, au nord de Buenos Aires. Les principales productions furent une berline deux portes, un break muni de deux portières latérales et un pick-up. Trois motorisations furent disponibles, un 4 cylindres Willys-Kaiser Motors de 2199cm³, un 4 cylindres Fiat de 1901cm³, V8 Ford-Simca de 2351cm³. Les derniers modèles produits, entre 1960 et 1963, furent la NSU-Autoar Prinz 30 et la NSU-Autoar Prinz III. En 1951, Piero Dusio créa Cisitalia Argentina ICSA, l’usine étant implantée à General Pacheco, une ville industrielle située au nord de Buenos Aires. Les voitures assemblées ressemblaient à celles produites à Turin, d’autant plus que l’usine FIAT Concord située à Caseros, produisit sa première voiture le 8 avril 1960.

La seconde descendance de la Cisitalia D46 fut la Cisitalia 202 conçue par Giovanni Savonuzzi qui quitta l’entreprise en 1948. La Cisitalia 202 Mille Miglia Spyder fut disponible entre 1946 et 1949. Son empattement était de 2,4m ; la longueur de sa carrosserie en aluminium, principalement produite par les Stabilimenti Industriali Farina, était de 3,5m. Fort proche techniquement de la Cisitalia D46, sa boîte à vitesses offrait néanmoins 4 rapports.

La Cisitalia 202 Mille Miglia Coupe fut disponible entre 1947 et 1948. La longueur de sa carrosserie en aluminium était de 3,6m. Elle était due à Alfredo Vignale (1913-1969) qui créa son atelier au 29/31, via Cigliano à Turin le 26 octobre 1946, avec l’aide financière de Piero Dusio.

Les Cisitalia 202 Coupe Sport, Spyder Sport, Coupe Sport Special, Spyder Sport Special furent disponibles à la vente entre 1947 et 1949 ; les Cisitalia 202 Gran Sport Coupe et Gran Sport Convertible, entre 1947 et 1952. Des carrosseries en acier furent proposées dès 1948. Leurs longueurs étaient comprises entre 3,78m et 4m. Le qualificatif « Spyder » au lieu de « Spider » fut utilisé pour mettre en évidence que ces cabriolets étaient vendus sur le marché états-unien. Les dernières versions, plus expérimentales, furent vendues en 1952 sous les dénominations Cisitalia 202 D Coupe et Cisitalia 202 D Spyder. Leurs carrosseries de 4,5m étaient montées sur un empattement de 2,45m. Deux motorisations étaient disponibles, un 4 cylindres OHV de 2 litres et un 4 cylindres OHV de 2,8 litres de marque Botta & Puricelli-Milano, spécialisée dans la fabrication de moteurs marins. Les seules caractéristiques qui nous sont parvenues, sont celles du moteur de 2,8 litres de cylindrée. 188 Cisitalia 202 furent réalisées. Aucune ne participa à l’épreuve reine, les 24 Heures du Mans.

Les Cisitalia DF, DF pour « Derivata Fiat »

Les premières Cisitalia furent un pari fou. Une réorientation s’avérait nécessaire au regard de l’état des finances de l’entreprise. Piero Dusio souriait en prononçant la fameuse phrase « Pour faire fortune en course, il faut commencer avec une grosse fortune ». Dorénavant, les Cisitalia intègreraient plus de pièces provenant de FIAT. La Cisitalia 303 DF coupe, un coupé 2+2, fut disponible de 1951 à 1953. Son 4 cylindres OHV Fiat de 1089cm³ développait 52ch à 5500tr/mn. Son empattement était de 2,4m ; sa longueur, de 4m. Une variante complémentaire, la Cisitalia 303 DF spyder, fut assemblée en 1952. 12 exemplaires furent réalisés.

Entre 1954 et 1955, fut assemblée la Cisitalia 33 DF Voloradente, un coupé 2+2 dessiné par Aldo Brovarone (1926-2020). Son 4 cylindres OHV Fiat de 1089cm³ développait 70ch à 5800tr/mn. Son empattement était de 2,42m ; sa longueur, de 4,1m. 15 exemplaires furent réalisés.

Entre 1956 et 1957, furent assemblées la Cisitalia 35 DF Voloradente, un coupé 2+2 équipé d’un 4 cylindres OHV Fiat de 1247cm³ développant 72ch à 5500tr/mn et la Cisitalia 36 DF Voloradente, un coupé 2+2 équipé d’un 4 cylindres OHV Fiat de 1089cm³ développant 53ch à 5200tr/mn L’empattement commun du châssis tubulaire était de 2,34m ; la longueur, de 4,1m.

La plus intéressante de cette série fut la Cisitalia 505 DF de 1953 carrossée par Ghia, réalisée à 10 exemplaires. Ce vaste coupé, doté d’un empattement de 2,65m et d’une longueur de 4,5m, était équipé d’un 4 cylindres OHV Fiat de 1901cm³ délivrant 80ch à 5000tr/mn, accouplé à une boîte à vitesses manuelle 4 rapports munie d’un overdrive.

A l’instar de son grand-père, Henry Ford II (1917-1987) était passionné par les automobiles sportives italiennes. Il conclut un accord avec la famille Dusio et fit expédier six châssis à Turin équipés de moteurs d’une cylindrée allant de 3,6 litres (6 cylindres) à 4,2 litres (V8). Son projet était de vendre en Amérique du Nord des voitures sportives fabriquées à Turin sous la marque Ford, en Europe sous la marque Cisitalia. Quatre voitures furent réalisées sous la dénomination Cisitalia 808 XF, X pour châssis avec entretoises en X, F pour Ford. Finalement, ce fut le projet Ford Thunderbird qui fut retenu.

En 1960, Piero Dusio importa en Argentine quelques spyders Cisitalia OSCA 1500, puis il commanda une trentaine de coupés FIAT 1500S carrossés par Fissore. Il les vendit en Argentine entre 1961 et 1962, sous la dénomination Cisitalia DF85. Son 4 cylindres DOHC OSCA de 1491cm³ était accouplé à une boîte manuelle 4 rapports. Les freins à disques à l’avant étaient présents. Son empattement était de 2,34m ; sa longueur, de 4,03m. Ce fut la dernière Cisitalia à porter les consonnes « DF ».

Les « tout à l’arrière » Cisitalia

Les derniers modèles de l’entreprise turinoise furent les Cisitalia 600 Coupe (1959-1960), 750 Coupe (1959-1961), 750 Spyder (1959-1961), 850 Coupe (1961-1964), 850 Spyder (1961-1964). Ils étaient construits à partir de la plateforme de la citadine FIAT 600, reprenaient l’empattement de 2m, l’implantation arrière du 4 cylindres OHV refroidi par eau, la boîte à vitesses 4 rapports, la suspension à 4 roues indépendantes. Le 848cm³ offrait des freins avant à disques. La longueur était de 3,85m. La production de cette série fut de 300 unités environ. En Argentine, Piero Dusio ajouta un modèle, le monospace Cisitalia Bella Vista d’une longueur de 3,64m, fabriqué entre 1960 et 1962 à 171 exemplaires (en incluant la production des fourgons), très inspiré du FIAT 600 Multipla, d’une esthétique proche du FIAT 600 M Coriasco notamment au niveau de la poupe, équipé d’une porte latérale coulissante. En 1964, de part et d’autre de l’océan Atlantique, la production cessa. Piero Dusio décéda le 7 novembre 1975 à Buenos Aires.

La Cisitalia d’Epoqu’auto 2025

Lors de l’évènement Epoqu’auto 2025, Aguttes, la maison française de ventes aux enchères fondée en 1974, exposa un rarissime coupé Cisitalia 202 Sport de 1948 carrossée par Pinin Farina. Son état pouvait être apparenté à une sortie de grange ; néanmoins, elle paraissait complète. L’affiche signala une estimation comprise entre 160000€ et 240000€. Vous nous avez demandé si l’estimation paraissait correcte. Il est difficile de répondre à cette question. La carrosserie ponton, rare à cette époque, était toujours aussi gracieuse. Le 4 cylindres de 1089cm³ muni de soupapes en tête, d’origine Fiat, manquait, bien évidemment, de coffre. Les amateurs de la marque Cisitalia sont nombreux en Argentine, aux Etats-Unis, en Italie. Une enchère reflète toujours un juste équilibre entre une offre et une demande. Le dimanche 30 novembre 2025 à l’Espace Champerret dans le 17ème arrondissement de Paris, le marteau frappa une troisième fois son socle : 274580€ tous frais compris. La personne qui a acheté ce coupé, aime la bagnole !

Crédit Photos : ABSOLUTELY CARS & Photos d’Archives


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